Anton de Kom, né à Paramaribo (Suriname) le 22 février 1898 et mort au camp de Sandbostel (Allemagne) le 24 avril 1945, est l’auteur de Wij slaven van Suriname, publié en 1934. Ce livre est présenté comme la première histoire du Suriname écrite par un Surinamais. Il l’a écrit aux Pays-Bas, après son expulsion de Paramaribo en 1933. Le 7 février 1933, une foule se rassemble devant la prison de Paramaribo, au Suriname, alors colonie des Pays-Bas, pour réclamer la libération d’Anton de Kom. Des tirs éclatent. Deux manifestants meurent et de nombreux autres sont blessés, selon le Canon van Nederland. Arrêté six jours plus tôt, l’homme ne sera jamais jugé. Les autorités coloniales l’expulsent vers les Pays-Bas, et il ne reverra jamais son pays.
Anton de Kom, un fils d'esclave né à Paramaribo
Anton de Kom naît à Paramaribo le 22 février 1898, trente-cinq ans après l’abolition de l’esclavage de 1863 au Suriname. Son père est né esclave sur la plantation Molhoop, selon le Canon van Nederland. La famille vit à Frimangron, un quartier où s’installent d’anciens esclaves libérés.
Titulaire d’un diplôme de comptabilité, Anton de Kom se voit pourtant refuser des emplois à cause du racisme. Au début des années 1920, il part pour les Pays-Bas. Il y épouse en 1926 Petronella Borsboom, avec qui il aura quatre enfants.
Le retour de 1933 au Suriname
Fin 1932, Anton de Kom repart pour le Suriname voir sa mère mourante. Elle est déjà morte à son arrivée, début 1933. Dans sa ville natale, Paramaribo, les autorités l’avaient signalé à l’avance comme « fauteur de troubles », rappelle une étude de l’Institut royal KITLV. La colonie traverse alors une crise sévère. Selon le KITLV, environ 20 % des garçons et 15 % des filles de Paramaribo sont sous-alimentés en 1933, et une révolte de la faim, en octobre 1931, a déjà fait un mort. Anton de Kom donne des conférences, qui sont interdites. Il ouvre alors un cabinet de conseil, où viennent de nombreux Surinamais. Les autorités l’arrêtent le 1er février 1933.
Après les tirs du 7 février, Anton de Kom est expulsé sans procès. Les autorités admettront plus tard qu’elles manquaient de preuves d’incitation à la révolte, écrit le KITLV. Un rapport du consulat américain de Trinidad décrit son embarquement forcé, avec photos d’identité et empreintes digitales.
Wij slaven van Suriname, un livre contre le colonialisme
De retour aux Pays-Bas, Anton de Kom publie en 1934 Wij slaven van Suriname, « Nous, esclaves du Suriname ». Ce livre dénonce le racisme, l’exploitation et l’oppression coloniale. Il mêle histoire de l’esclavage, analyse de classe et critique du colonialisme, selon une étude de l’université de Leyde. Sa singularité tient à la perspective, celle des Surinamais eux-mêmes. Le texte a une histoire propre. L’éditeur d’Anton de Kom a modéré le manuscrit après concertation avec l’auteur, et la version publiée est plus mesurée que les extraits parus dans la presse de gauche. Selon l’université de Leyde, la revendication d’indépendance y reste pourtant implicite.
Le livre d’Anton de Kom voyage ensuite. Une édition allemande paraît à Moscou en 1935, puis à Zurich en 1936. Une édition espagnole sort à Cuba en 1981. Selon la même étude, aucune traduction anglaise n’avait été publiée.
Anton de Kom, de la Résistance à Sandbostel
Pendant l’occupation allemande des Pays-Bas, Anton de Kom rejoint la Résistance. Il écrit pour De Vonk, « L’Étincelle », un journal communiste clandestin. Les occupants l’arrêtent le 7 août 1944. Après plusieurs camps, il meurt le 24 avril 1945 au camp de Sandbostel, dans le nord de l’Allemagne, probablement de tuberculose. Ce camp est une annexe de celui de Neuengamme, près de Hambourg. Son corps est jeté dans une fosse commune. Il n’est identifié qu’en 1960, selon le Canon van Nederland. Anton de Kom repose aujourd’hui au cimetière d’honneur de Loenen, aux Pays-Bas, où sa mort a été officiellement commémorée pour la première fois, d’après l’agence ANP.
Une mémoire encore disputée
Après l’indépendance du Suriname en 1975, Anton de Kom est honoré comme un héros. Un buste en bronze est dévoilé à Amsterdam en 2006, et son portrait a figuré sur des billets surinamais. Il figure aussi dans le Canon van Nederland, consacré aux grands repères de l’histoire des Pays-Bas.
La mémoire d’Anton de Kom n’est pas simple. Selon l’université de Leyde, l’État surinamais a longtemps laissé de côté la dimension communiste de son parcours, au profit du nationalisme. L’étude affirme aussi que sa famille a bloqué en 2013 un projet de traduction anglaise chez Pluto Press, pour des raisons politiques. L’auteur de l’étude parle de « rode deletie », littéralement un « effacement rouge ». La formule résume le débat sur la place du communisme dans la mémoire du Suriname. Comment lire Anton de Kom entier, sans en faire une statue lisse ? La question reste ouverte, et elle dépasse Paramaribo. Pour prolonger le voyage au Suriname, partez à la rencontre des Bushinengués, descendants des marrons du Suriname et de la Guyane.
Questions fréquentes sur Anton de Kom
Anton de Kom est un écrivain et résistant surinamais, né à Paramaribo le 22 février 1898 et mort au camp de Sandbostel (Allemagne) le 24 avril 1945. Il est l’auteur de Wij slaven van Suriname, publié en 1934.
Wij slaven van Suriname est un livre publié en 1934, présenté comme la première histoire du Suriname écrite par un Surinamais. Il dénonce le racisme, l’exploitation et l’oppression coloniale, et mêle histoire de l’esclavage et analyse de classe.
Anton de Kom a été arrêté le 1er février 1933 par les autorités coloniales, qui craignaient la contestation qu’il suscitait. Après les tirs du 7 février devant la prison de Paramaribo, il a été expulsé vers les Pays-Bas sans procès.