Bob Andy, de Maxfield Park au top 5 britannique de 1970

Portrait de Bob Andy, chanteur et parolier jamaïcain, devant un mur vert

Bob Andy, né Keith Anderson à Kingston en 1944, est l’un des plus grands paroliers de la Jamaïque. Il signe « I’ve Got to Go Back Home » en 1967, atteint la cinquième place du classement britannique en 1970 avec Marcia Griffiths et reçoit l’Order of Distinction en 2006. Son parcours commence pourtant dans la rue.

Bob Andy, un enfant de Kingston sans domicile

Enfant, Bob Andy n’a ni foyer stable ni véritable école. Il se décrira plus tard comme un fugueur presque sans domicile, qui dort à la dure à Rockfort, à Kingston. Placé au foyer pour enfants de Maxfield Park, il y apprend seul le piano et chante dans la chorale de la Kingston Parish Church. Cette éducation sans diplôme restera sa fierté. C’est à la chorale que le jeune Keith Anderson se lie d’amitié avec Tyrone Evans. Ensemble, ils fondent un groupe vocal, les Binders, qui devient les Paragons. Il y écrit des chansons, mais un différend avec le chanteur John Holt le pousse à partir. Le groupe poursuit sans lui, et il se lance seul.

Bob Andy jeune, riant, en portrait d'archive
Bob Andy, portrait d'archive © Bob Andy – Facebook

Studio One, ou comment un fugueur devient parolier

À Kingston, le studio de Coxsone Dodd, sur Brentford Road, devient son école. Bob Andy y livre des disques, y fait passer des auditions à de jeunes chanteurs et y écrit des chansons. Il y vit même un temps. En 1967, « I’ve Got to Go Back Home », chanson sur le désir de retour, devient son premier succès solo. Suivent « Too Experienced » et « My Time » en 1968, puis « Desperate Lover » et « Unchained » en 1969.

Il écrit aussi pour les autres. « I Don’t Want to See You Cry » pour Ken Boothe, « It’s Impossible » pour Delroy Wilson, et plusieurs premiers titres de Marcia Griffiths, dont « Feel Like Jumping » et « Truly ». Ces chansons contribuent à lancer la chanteuse et installent le parolier au cÅ“ur de la musique jamaïcaine.

1970, Bob and Marcia à l'assaut du Royaume-Uni

En 1970, le producteur Harry « Harry J » Johnson propose au duo Bob and Marcia une reprise de « Young, Gifted and Black », chanson de Nina Simone. Le titre atteint la cinquième place du classement britannique, puis « Pied Piper » la onzième en 1971. Le duo passe à l’émission Top of the Pops et part en tournée avec Elton John et Gilbert O’Sullivan. Un chanteur de Kingston entre dans les foyers britanniques.

Bob Andy souriant, en chemise jaune, un micro à la main
Bob Andy, micro à la main © Bob Andy – Facebook

« Fire Burning », la chanson que Jamaica House n'oublie pas

De retour en Jamaïque, Bob Andy écrit ce que le pays traverse. En 1974, « Fire Burning » devient numéro un dans l’île, dans un climat politique tendu. Le Premier ministre Michael Manley l’aurait fait convoquer à Jamaica House pour s’expliquer. Le chanteur maintient son propos, celui d’un feu qui couve chez les gens à cause de leurs conditions de vie. À la même époque, « Check It Out » s’en prend aux multinationales.

Ce que ce parolier a apporté à la Jamaïque

Bob Andy a montré qu’une chanson jamaïcaine pouvait être de la littérature populaire. Il écrit sur la pauvreté, sur une indépendance encore fraîche, sur le retour à la terre d’origine, et le rastafari nourrit sa vision. Il garde aussi la main sur son travail, fonde la maison d’édition Andisongs et aurait refusé des contrats de maisons de disques étrangères pour rester libre.

Portrait en noir et blanc de Bob Andy, parolier jamaïcain
Bob Andy, portrait en noir et blanc © Bob Andy – Facebook

La vie du parolier dépasse le disque. À la fin des années 1970, lassé de l’industrie, il se tourne vers la danse avec la National Dance Theatre Company, puis vers le cinéma, notamment dans The Mighty Quinn en 1989. En 1987, il devient découvreur de talents pour Tuff Gong, le label de la famille Marley. En 2005, il chante devant la foule d’Addis-Abeba lors du concert du soixantième anniversaire de Bob Marley.

En octobre 2006, le gouvernement jamaïcain décerne au parolier l’Order of Distinction, au rang de Commandeur, pour sa contribution à la musique du pays. Ses chansons sont depuis reprises par Marcia Griffiths, Barrington Levy et Tarrus Riley. Une plume jamaïcaine continue ainsi de circuler bien au-delà de l’île.

Un hommage et un livre pour garder sa mémoire

Bob Andy meurt le 27 mars 2020, à 75 ans, d’un cancer. En 2023, l’album We Remember Bob Andy, produit par Dean Fraser et publié par VP Records, réunit Beres Hammond, Romain Virgo ou Richie Spice sur ses chansons. Le 27 octobre 2026, un hommage a lieu au Night Market de Hillcrest Avenue, à Saint Andrew, la veille de ses 82 ans. Son fils Godfrey « Bobby » Anderson prépare aussi une biographie pour le Reggae Month 2027, avec une crainte en tête, celle de voir son père oublié. Qui écrit encore la Jamaïque comme ce parolier savait le faire ?

Bob Andy souriant devant un mur vert, avec la citation « Love this life with all the madness gladness and strife »
Bob Andy : « Love this life with all the madness gladness and strife » © Bob Andy – Facebook

Questions fréquentes sur Bob Andy

Bob Andy, né Keith Anderson le 28 octobre 1944 à Kingston, était un chanteur et parolier jamaïcain, mort le 27 mars 2020 à 75 ans. Il a écrit des succès comme « I’ve Got to Go Back Home » et « Fire Burning ».

« I’ve Got to Go Back Home », sortie en 1967, est le premier grand succès solo de Bob Andy. « Fire Burning », numéro un en Jamaïque en 1974, a été reprise par Marcia Griffiths.

Bob and Marcia est le duo formé par Marcia Griffiths et Bob Andy. Il atteint la cinquième place du classement britannique en 1970 avec « Young, Gifted and Black », puis la onzième en 1971 avec « Pied Piper ».

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