Du 16 au 21 mars 2026, 35 programmateurs et programmatrices venus de France hexagonale, du Québec et des territoires ultramarins sont en Martinique pour rencontrer artistes et compagnies locales. Organisée par l’Office National de Diffusion Artistique (ONDA), cette semaine de rencontres est une opportunité concrète pour les professionnels du spectacle vivant martiniquais de tisser des liens durables avec des lieux de diffusion nationaux et internationaux.
Une délégation inédite pour la diffusion artistique en Martinique
Trente-cinq professionnels du spectacle vivant ont fait le déplacement jusqu’en Martinique cette semaine. Parmi eux : des directeurs de scènes nationales, des programmateurs de festivals dont la co-rectrice de la programmation du Festival d’Avignon, des responsables de centres dramatiques nationaux, ainsi qu’un directeur de festival jeune public venu de Montréal. Une composition qui témoigne de l’intérêt croissant du réseau hexagonal pour les créations martiniquaises.
« Pour la première fois, il y a des gens de tous les territoires ultramarins dans la délégation. Il y a des Guadeloupéens, des Réunionnais, des Guyanais. Et un programmateur québécois aussi, en se disant que ce n'est pas si loin. »
— Marie-Pia Bureau, directrice de l'ONDA
La délégation a été élaborée en co-construction avec la Direction des Affaires Culturelles (DAC), Tropiques Atrium Scène Nationale, Korzémo L’Envol, Les Coulisses de Saint-Esprit et d’autres structures de proximité. Ce maillage territorial garantit que les rencontres reflètent la diversité réelle de l’écosystème artistique de l’île.
Des disciplines multiples, des artistes professionnels
Les rencontres couvrent l’ensemble des champs du spectacle vivant : théâtre, danse, cirque, musique de création (jazz improvisé, musiques contemporaines), arts de la parole et arts visuels. Cette dernière dimension constitue une spécificité martiniquaise reconnue par la délégation elle-même plusieurs lieux représentés disposent de galeries et s’intéressent aux artistes plasticiens.
Les artistes rencontrés cette semaine sont des professionnels, parfois très jeunes et encore émergents, mais inscrits dans une démarche de création contemporaine. L’ONDA n’accompagne pas la reproduction de formes traditionnelles à proprement parler, mais s’intéresse aux démarches qui travaillent la tradition pour l’emmener ailleurs.
« Ce qu'on encourage, c'est plutôt les démarches contemporaines. Parfois la tradition est très intéressante quand elle n'est pas juste sur de la reproduction de gestes, mais qu'elle emmène aussi quelque part. »
— Marie-Pia Bureau, directrice de l'ONDA
Environ cinquante artistes martiniquais sont présentés au cours de la semaine, dans des formats variés : spectacles en salle, présentations en déambulation sur le territoire, tables de travail. Certains n’ont pas l’espace pour montrer un spectacle complet, mais peuvent présenter leur travail directement aux programmateurs ce qui, à ce niveau de réseau, est déjà une étape décisive.
Le jeune public, un axe stratégique pour la diffusion artistique en Martinique
Parmi les professionnels présents cette semaine figure Estelle Picot-Derquenne, directrice de Scènes d’enfance, ASSITEJ France, l’association nationale qui fédère les acteurs de la création artistique pour l’enfance et la jeunesse. Sa présence en Martinique illustre un axe fort de cette délégation : le jeune public, déjà signalé par la venue d’un programmateur québécois spécialisé en festival jeunesse.
« J'anime région par région des réseaux qui regroupent les programmateurs et les artistes autour d'enjeux de coopération, de diffusion, de circulation des œuvres et des artistes. »
— Estelle Picot-Derquenne, directrice de Scènes d'enfance – ASSITEJ France
Elle accompagne également le réseau jeune public martiniquais Rézo Filibo, dont une journée entière lui est consacrée le lundi 23 mars avec des temps de rencontre entre professionnels, des élus, des journalistes et des institutions. L’objectif est explicite : faciliter la vie des artistes et des diffuseurs qui font le choix de la jeunesse, en créant les conditions d’une interconnaissance durable entre acteurs locaux et réseau national.
Diffusion artistique : ce que ces rencontres produisent concrètement
La diffusion artistique se construit, souvent lentement, par accumulation de liens et de confiance. Marie-Pia Bureau est claire sur ce point : à chaque édition de ces rencontres itinérantes organisées tous les quatre ans sur chacun des territoires ultramarins deux ou trois artistes trouvent de nouveaux partenaires durables dans l’Hexagone.
« Je pense à Véronique Kanor, par exemple, qui est maintenant artiste associée à la scène nationale de Chambéry et dont les productions sont soutenues depuis trois ans. C'est elle qui me vient, mais il y en a d'autres comme ça à chaque fois. »
— Marie-Pia Bureau, directrice de l'ONDA
Ces liens peuvent prendre plusieurs formes : une date de programmation, une invitation en résidence, une coproduction. La logique est souvent celle de la fidélité progressive, on accueille d’abord, on coproduit ensuite, on programme enfin. Johan Hillel Hamel, directeur de la DAC Martinique, insiste sur l’importance économique de ces ouvertures pour les compagnies locales.
« La possibilité de diffusion à l'extérieur de la Martinique est absolument fondamentale pour l'économie d'une compagnie, mais aussi pour la diversité des publics qu'elle va toucher et le retour que ça aura sur le travail des artistes. »
— Johan Hillel Hamel, directeur de la DAC Martinique
Un regard qui change : la fin de l'exotisme
Il y a vingt ans, être programmé en tant qu’artiste martiniquais dans l’Hexagone signifiait souvent être associé à une image folklorique: musique, rhum, soleil. Ce n’est plus la grille de lecture dominante. Les programmateurs qui font le déplacement jusqu’en Martinique ne cherchent pas de l’exotisme : ils cherchent des voix singulières, des points de vue artistiques qui élargissent leur propre compréhension de l’histoire et de la société françaises.
« On essaie d'écouter des voix singulières qui regardent avec un autre angle de vue toute notre histoire et qui viennent la partager sur les plateaux — pas nécessairement à destination de populations ultramarines, mais de tous les Français. »
— Marie-Pia Bureau, directrice de l'ONDA
C’est un glissement culturel significatif. Pour les artistes martiniquais, il ouvre un espace de diffusion artistique qui ne repose plus sur la nécessité de se conformer à une image attendue, mais sur la singularité de leur démarche.
Une semaine pour construire des liens qui durent
La Rencontre Itinéraire ONDA en Martinique se tient du 16 au 21 mars 2026. Elle constitue une séquence dense : spectacles à Tropiques Atrium, présentations à Korzémo L’Envol (Ducos), aux Coulisses de Saint-Esprit, à l’espace A’zwel de Schoelcher, au Campus Caraïbéen des Arts, à Terre d’Arts et ETC Caraïbes à Fort-de-France. Un laboratoire de performance clôt la semaine à la Savane des Pétrifications, en présence d’Annabel Guérédrat et d’artistes performeurs martiniquais.
Pour les artistes et professionnels culturels de l’île, cette semaine est moins un événement ponctuel qu’un point de départ. Les liens noués ici peuvent se transformer en tournées, en résidences, en coproductions. L’ONDA s’engage à soutenir les projets qui en découleront à condition qu’ils naissent d’une rencontre vraie, construite dans la durée.
L’ONDA (Office National de Diffusion Artistique) est un opérateur public qui soutient la diffusion du spectacle vivant en France. Il est signataire du Pacte de visibilité des artistes ultramarins avec le ministère de la Culture et le ministère des Outre-mer. Son rôle est de renforcer les liens entre les artistes des territoires ultramarins et les programmateurs hexagonaux, notamment via des rencontres itinérantes organisées tous les quatre ans sur chaque territoire.
Les rencontres ONDA en Martinique couvrent le théâtre, la danse, le cirque, la musique de création (jazz improvisé, musiques contemporaines), les arts de la parole et les arts visuels. L’ONDA soutient principalement les démarches artistiques contemporaines, y compris celles qui réinterprètent des formes traditionnelles de manière innovante.
Les rencontres permettent aux artistes de présenter leur travail directement à des programmateurs de scènes nationales, de centres dramatiques nationaux et de festivals. Des collaborations peuvent en découler : dates de programmation, résidences, coproductions. L’ONDA accompagne ensuite les projets qui se concrétisent. À titre d’exemple, Véronique Canor est aujourd’hui artiste associée à la scène nationale de Chambéry, un lien né de ce type de rencontre.