Rendez-vous aux Jardins : voir comme on écoute à l’Habitation Saint-Étienne

Habitation Saint-Étienne

Les Belcoua au jardin de l'Habitation Saint-Étienne

Pour les Rendez-vous aux Jardins 2026, l’Habitation Saint-Étienne ouvre son parc du Gros Morne autour d’une thématique qui touche à quelque chose de profondément universel : la vue. RICHÈS KARAYIB suit la famille Belcoua à la rencontre des Jardins Remarquables de Martinique.

Ce jour-là, entre bambous géants, palmiers rouges et bord de rivière, ils découvrent ensemble qu’un jardin peut aussi se regarder comme on l’écoute.

Habitation Saint-Étienne
La famille Belcoua au jardin de l'Habitation Saint-Etienne

Au bout de l’allée, une silhouette s’enfonce sous les bambous géants. Jocelyne Belcoua marche devant, Émile et Kévin la suivent quelques pas en arrière. Au-dessus d’eux, la voûte des bambous monte si haut qu’elle laisse à peine passer la lumière dorée. À droite, on devine déjà le murmure de la rivière. Ici, regarder ne suffit pas, il faut aussi écouter…

Habitation Saint-Étienne

C’est précisément cette double attention, à ce qu’on voit et à ce qu’on entend, que l’Habitation Saint-Étienne entend mettre à l’honneur les 6 et 7 juin, à l’occasion de l’édition 2026 des Rendez-vous aux Jardins en Martinique, placée cette année sous le thème de la vue. Une thématique qui résonne particulièrement avec l’identité du lieu, où le regard se laisse porter par tout ce que l’oreille devine.

Habitation Saint-Étienne
Habitation Saint-Étienne
Habitation Saint-Étienne
Habitation Saint-Étienne

L'Habitation Saint-Étienne, jardin remarquable depuis 2015

Au cœur du Gros Morne, le parc s’étend sur un terroir réputé pour sa richesse. « Le parc est bordé par la rivière Lézarde tout autour de l’habitation, ce qui nous amène l’humidité nécessaire pour que les plantes se développent », explique Cyril Lawson, en charge du développement de la marque HSE et de l’habitation depuis près de trente ans.

Habitation Saint-Étienne

Labellisé Jardin Remarquable depuis 2015, le lieu abrite plus de 200 variétés de plantes. « On a des couleurs, un vert absolument intense, avec des arbres absolument spectaculaires », poursuit-il. Des figuiers maudits gigantesques, de grands flamboyants, le zamana, des alpinias rouges, des strelitzias, des roses de porcelaine. Jocelyne s’arrête devant un massif de palmiers rouges aux troncs écarlates qui s’élancent en bouquet vers le ciel, parmi les premiers exemplaires importés et acclimatés en Martinique.

Habitation Saint-Étienne
Jocelyne devant un massif de palmiers rouges, parmi les premiers exemplaires acclimatés en Martinique.

Plus loin, c’est une fleur de gingembre qui retient son attention, minuscule éclat rose au ras du sol. Ce patrimoine a été initié au milieu des années 90 par José et Florette Hayot, qui ont entrepris un gros travail de structuration des jardins lors de la reprise de l’habitation.

Habitation Saint-Étienne
La fleur de gingembre

Une balade libre, entre bambous et rivière Lézarde

Ce qui distingue le lieu, c’est une philosophie de visite assumée. « C’est ce côté balade libre où on peut déambuler et se laisser aller à de la rêverie au bord de la rivière, à la contemplation sur les alpinias ou sur les roses de porcelaine », confie Cyril Lawson. Les jardins sont à la fois entretenus et laissés ouverts à l’imagination.

Habitation Saint-Étienne

C’est là, au bord de l’eau, que se révèle le cœur du lieu.

« Au bord de la rivière, on a la chance d’avoir à la fois le bruissement des feuilles de bambou qui donne un son assez berçant, et également celui de la rivière Lézarde qui s’écoule le long de l’habitation », raconte Cyril Lawson.

C’est son endroit préféré, celui où il vient prendre ses pauses quand les journées sont longues — « un lieu assez emblématique d’un moment de calme et d’un moment de pause ».

Habitation Saint-Étienne

Au fil de la promenade, les Belcoua remontent le cours de la rivière. Sur le chemin, Kévin s’arrête devant une canne de bambou : une coccinelle s’est posée sur l’écorce, il la désigne du doigt, l’observe de près.

Plus loin, Émile profite d’une grosse roche au bord de l’eau pour s’asseoir, souffler, écouter un instant.

Habitation Saint-Étienne
Habitation Saint-Étienne

Voir comme on écoute au cœur d'un Jardin Remarquable

C’est dans cette rencontre entre la vue et l’ouïe que se joue la promesse de l’édition 2026. Les Belcoua s’arrêtent au bord de la Lézarde. Devant eux, l’eau slalome entre les roches, les bambous inclinent leurs cannes sur l’autre rive, les fougères encadrent la scène. Personne ne parle.

Habitation Saint-Étienne

Plus loin, sous un bouquet de bambous géants, Jocelyne, à quelques mètres de là, effleure les troncs du bout des doigts, le regard concentré. Émile lève la tête vers le sommet des cannes.

La vue, sens à l’honneur cette année, s’enrichit ici d’une qualité particulière : celle de la lenteur. Les yeux glissent du bas vers le haut, redescendent.

« Les yeux iront du bas vers le haut, et du haut vers le bas », résume Cyril Lawson.

Tout se regarde en plusieurs niveaux , « au niveau de l’homme et en haut avec ces grandes frondaisons et ces arbres magnifiques ».

Habitation Saint-Étienne
Habitation Saint-Étienne

Les Belcoua s’attardent encore : un ananas ornemental dresse son fruit écarlate parmi les feuilles panachées. Un éclat de couleur qu’on aurait pu manquer si l’on marchait trop vite, si l’on ne prenait pas le temps de regarder.

Rendez-vous aux Jardins 2026 : la richesse de la Martinique

À l’heure où l’on parle beaucoup de transmission sans toujours savoir où la déposer, l’Habitation Saint-Étienne offre un cadre rare : un lieu où les grands-parents et le petit-fils peuvent partager non pas un savoir, mais une sensation, écouter les bambous, suivre l’eau du regard ou encore lever les yeux vers un palmier rouge.

La pluie s’invite sur la fin de la visite. Les Belcoua sortent les parapluies, ralentissent encore. Au détour d’une pelouse, ils s’arrêtent devant une arche de pierre qui encadre une cascade au fond, puis traversent le jardin vers une grande épée plantée dans le sol comme un signe.

Le parc n’est pas seulement végétal : quelques œuvres, posées comme des repères, ponctuent la promenade.

Habitation Saint-Étienne
Habitation Saint-Étienne

Si Cyril Lawson devait résumer ce qu’on traverse en une phrase, ce serait celle-là : « la richesse de la Martinique ». Une richesse végétale, culturelle, patrimoniale.

Pour Émile, Jocelyne et Kévin Belcoua, le voyage se poursuit, d’autres jardins les attendent. Et nous les suivrons.

📌 EN PRATIQUE

Rendez-vous aux Jardins 2026 — Habitation Saint-Étienne (HSE)

📅 Samedi 6 et dimanche 7 juin 2026

📍 Habitation Saint-Étienne, 97213 Le Gros Morne, Martinique

🎟️ Activités gratuites, sur réservation (places limitées pour les ateliers)

🌿 Visites botaniques, ateliers cocktail, photo, cosmétothérapie et visite guidée du domaine

Une exploration signée RICHÈS KARAYIB à l’occasion des Rendez-vous aux Jardins 2026, en partenariat avec la Direction des Affaires Culturelles (DAC) de Martinique.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Plus d'articles de RK

Affiche officielle du documentaire Women of Dominica
Film et vidéo
Tolotra

Dominique – Women of Dominica : le documentaire qui réunit dix femmes avant leur première à Miami

Women of Dominica réunit dix femmes de générations différentes autour d’un même récit, celui du patrimoine créole de la Dominique. Le documentaire, signé par la scientifique de l’environnement devenue cinéaste Farrah La Ronde-Hutchison, sera projeté pour la première fois aux États-Unis le 5 septembre à Miami, avant une sortie plus large annoncée pour 2027. Parmi les voix réunies, celle d’Ophelia Marie, figure historique de la musique dominiquaise. Une histoire de transmission, entre une mère et sa fille Le projet Women of Dominica part d’une histoire de famille. En 2019, la mère de Farrah La Ronde-Hutchison a reçu le Golden Drum, une distinction dominiquaise consacrée à la préservation de la tenue traditionnelle créole. Elle portait cette responsabilité depuis plus de trente-cinq ans, transmettant à sa fille les gestes et les tissus d’un habit que peu de jeunes générations savent encore nouer aujourd’hui. C’est cette transmission de mère en fille qui a

Lire la suite "
Femme jamaïcaine sur une véranda au crépuscule face à un duppy dans la cour
HISTOIRE et PATRIMOINE
Tolotra

« Duppy know who fi frighten », pourquoi ce proverbe protège les faibles ?

Duppy know who fi frighten : cette formule jamaïcaine résonne dès l’enfance, bien avant qu’on en comprenne toute la portée. En Jamaïque, à la tombée du jour, une scène traverse les générations. Les enfants sont rappelés dans la maison avant que la nuit n’avale le jardin. La raison ne se discute pas longtemps, dehors rôdent les duppies, ces esprits qui n’ont pas suivi le mort jusqu’au bout du chemin. Un homme originaire d’Old Harbour, aujourd’hui octogénaire, racontait en 2021 à des chercheurs combien ces histoires rythmaient ses soirées d’enfance, moins pour terroriser que pour garder les enfants près du foyer. De cette peur transmise est née une formule qu’on entend encore aujourd’hui dans toute l’île, « Duppy know who fi frighten », le duppy sait qui effrayer. Que signifie « Duppy know who fi frighten » ? Le dictionnaire en ligne Jamaican Patwah illustre l’expression par une phrase type, «

Lire la suite "
gwoka
HISTOIRE et PATRIMOINE
Tolotra

Gwoka, le tambour guadeloupéen que l’UNESCO a fait entrer dans l’histoire

À Pointe-à-Pitre, une statue de bronze représente un homme assis, tambour ka entre les jambes. Elle rend hommage à Vélo, l’un des plus grands maîtres du gwoka, cette musique guadeloupéenne née dans la résistance à l’esclavage. Depuis 2014, l’UNESCO en fait un patrimoine de l’humanité. Un tambouyé devenu statue Marcel Lollia, dit Vélo, est né le 7 décembre 1931 et mort le 5 juin 1984. Il a formé plusieurs générations de joueurs de ka, ce tambour taillé dans un tronc et recouvert d’une peau tendue. Il a aussi inspiré Akiyo, mouvement culturel de revendication identitaire fondé en 1979, qui a porté le gwoka hors des cercles restreints où il survivait encore. Le 5 juin 2004, vingt ans après sa mort, une statue signée du sculpteur Jacky Poullier a été inaugurée à Pointe-à-Pitre, à l’image d’un précédent portrait guadeloupéen consacré à une autre grande figure de l’île. Deux plaques l’accompagnent, l’une

Lire la suite "

conTACT RK

Nous serions ravis de connaître votre avis sur l'expérience que vous avez acquise jusqu'à présent.

conTACT RK

Nous serions ravis de connaître votre avis sur l'expérience que vous avez acquise jusqu'à présent.

Rejoignez la liste

Rejoignez notre communauté Richès Karayib ! Inscrivez-vous à notre lettre d’information.

Vous voulez maximiser votre présence sur Riches Karayib ?

Remplir le formulaire pour commencer la demande