Martinique : quand les voix kalinago résonnent à la Fondation Clément

Kalinago

Le 13 décembre 2025, la Fondation Clément au François a ouvert les portes d’une exposition qui dépasse le cadre muséal. “Aux origines de la Caraïbe : Taïnos & Kalinagos” réunit pour la première fois 330 œuvres retraçant 6000 ans d’histoire amérindienne, issues de 30 institutions internationales. Jusqu’au 15 mars 2026, Martinique et Dominique se retrouvent autour d’un patrimoine commun qui unit l’archipel depuis des millénaires. Ce partenariat inédit entre la Fondation Clément et le musée du Quai Branly – Jacques Chirac illustre une unité caribéenne retrouvée.

Une coopération caribéenne inédite

L’exposition est le fruit d’un partenariat historique entre la Fondation Clément et le musée du Quai Branly – Jacques Chirac. Mais elle incarne aussi un point de rencontre symbolique : la Martinique accueille la présidente et la cheffe kalinago de Dominique, pays anglophone indépendant. Au-delà des frontières et des statuts politiques, les deux îles se retrouvent autour d’un patrimoine amérindien commun qui précède de plusieurs millénaires les découpages européens.

Pour Bernard Hayot, président de la Fondation Clément, l’enjeu est clair : “C’est offrir à notre jeunesse, à nos visiteurs, à nos chercheurs, la possibilité de découvrir ici, chez nous, des collections patrimoniales qui racontent notre histoire.” L’Habitation Clément, qui avait accueilli plus de 250 000 visiteurs en 2024, affirme ainsi son rôle d’acteur culturel majeur du territoire.

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Bernard Hayot - président de la Fondation Clément

Sous le commissariat d’André Delpuech, conservateur général du patrimoine, cette exposition réunit pour la première fois dans la Caraïbe des pièces provenant du Vatican, de Berlin, de Londres, de Saint-Domingue, aux côtés des collections martiniquaises, guadeloupéennes et dominicaines.

Parmi les œuvres : le siège cérémoniel (duho) taïno du musée du Quai Branly, des céramiques de la culture Saladero vieilles de deux mille ans, et des découvertes archéologiques récentes issues des fouilles de Sainte-Anne en Martinique.

“Pour la première fois, ces œuvres font leur retour dans leur bassin d’origine depuis leur création”, a souligné le préfet de la Martinique, Étienne Desplanques lors de l’inauguration.

Un retour symbolique qui illustre la volonté d’Emmanuel Kasarhérou, président du musée du Quai Branly, de faire circuler les œuvres vers leurs terres d’origine plutôt que de les maintenir enfermées dans les capitales européennes. Le parcours de 600 mètres carrés retrace 6000 ans d’histoire, depuis les premiers chasseurs-cueilleurs du 5e millénaire jusqu’aux communautés vivantes d’aujourd’hui.

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Emmanuel Kasarhérou - président du musée du Quai Branly
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Étienne Desplanques - Prefet de Martinique

Deux femmes kalinago aux avant-postes de l'histoire

Sylvanie Burton, présidente de la République de Dominique depuis 2023, est la première femme et la première Kalinago à occuper cette fonction. À ses côtés lors du vernissage, Anette Sanford, première femme élue cheffe du Territoire Kalinago de Dominique, représente une communauté vivante de plus de 3000 personnes. 

“Je n’ai jamais pensé qu’en 2023, nous aurions la première femme présidente de la République de Dominique, une femme kalinago”, confie Sylvanie Burton. “C’est un honneur de représenter mon peuple. Les premiers peuples de Dominique, les premiers peuples de la Caraïbe, ont été reconnus de cette manière.” Pour elle, cette exposition dépasse le cadre muséal : “Cela nous donne une source de force : d’autres personnes à l’international reconnaissent notre patrimoine, notre identité culturelle, et nous donnent l’élan pour continuer à travailler et vivre en tant que peuple.”

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Sylvanie Burton - présidente de la République de Dominique

Anette Sanford, qui a rappelé lors de son discours que ses ancêtres “maîtrisaient l’horticulture et la céramique dans la vallée de l’Orénoque”, insiste sur la résilience kalinago : “Ce qui a suivi en 1492 fut une collision qui a apporté guerres, massacres et épidémies, anéantissant presque nos populations. Mais aujourd’hui, nous avons perduré.”

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Anette Sanford

Déconstruire les mythes, restaurer la vérité

L’un des enjeux majeurs de l’exposition est de corriger les récits historiques déformés. “Les gens disent beaucoup de choses fausses sur les peuples autochtones, et cela doit être corrigé”, martèle Anette Sanford. Elle cite un exemple précis : “L’île de Dominique s’appelle en réalité Waitukubuli, nommée ainsi par les peuples autochtones. Et les Kalinagos n’ont jamais été cannibales. Nous avions des pratiques spirituelles que les gens ont mal interprétées.”

Étienne Desplanques a salué le travail des archéologues qui, “de découverte en découverte, font tomber les idées fausses”. Les fouilles récentes à Sainte-Anne, dont les résultats sont qualifiés d’exceptionnels, contribuent à ce renouvellement de la compréhension du peuplement amérindien. L’exposition n’esquive pas la violence coloniale : elle aborde frontalement les massacres, les épidémies, les structures d’exploitation qui ont anéanti des populations entières. Mais elle refuse le récit de la disparition totale.

Le parcours intègre également le documentaire “Kalinago Voices”, qui capture la mémoire vivante de la communauté de Dominique. “Je suis particulièrement fière de ce documentaire, qui garantit que ces histoires sont racontées par nous et pour nous”, souligne Anette Sanford. Un changement de paradigme : les Kalinagos ne sont plus objets d’étude, mais sujets de leur propre récit.

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Une unité caribéenne à retrouver

“Cette exposition nous rappelle que la Caraïbe n’est pas une collection fragmentée d’îles divisées par des frontières coloniales, mais une unité culturelle oubliée”, affirme Anette Sanford. “Des côtes du Venezuela aux rivages de Cuba, nous étions des peuples de la mer. Les mers n’étaient pas des barrières, mais des chemins qui nous unissaient.”

Cette rencontre entre Martinique et Dominique autour de l’exposition illustre concrètement cette vision. Deux îles voisines, séparées par l’histoire coloniale — l’une française, l’autre anglophone et indépendante — mais reliées par une mémoire commune qui remonte à des millénaires.

Sylvanie Burton y voit un modèle pour l’avenir de la région : “Si les leaders caribéens comprennent que notre civilisation a commencé avec ces peuples autochtones, nous pouvons tous accepter et travailler ensemble comme un seul peuple caribéen. C’est un exemple parfait de la façon dont nous pouvons collaborer.”

Le vernissage a rassemblé près de 1500 personnes, témoignant de l’attente autour de cette reconnaissance patrimoniale.

Bernard Hayot rappelle que “la culture est un formidable vecteur de développement” et que “l’accès à la culture permet de dépasser les frontières et de rencontrer le monde dans une confrontation enrichissante que notre situation d’insulaire rend encore plus nécessaire”.

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Sylvanie Burton - presidente

Exposition “Aux origines de la Caraïbe : Taïnos & Kalinagos”
Fondation Clément, Le François, Martinique
Du 14 décembre 2025 au 15 mars 2026
Entrée gratuite | 9h-18h30, tous les jours
Plus de 330 œuvres | 30 institutions partenaires | 6000 ans d’histoire

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Pour Anette Sanford, le message est clair : “Je veux encourager les peuples de Martinique, les peuples de la Caraïbe, à respecter les peuples autochtones et leurs droits. Venez visiter le territoire kalinago, venez interagir avec nous pour voir que nous sommes toujours vivants.”

Sylvanie Burton, elle, voit dans cette exposition un modèle pour l’avenir : “Nous pouvons tous nous réunir pour comprendre que notre patrimoine, notre origine, la civilisation de la Caraïbe a commencé avec ces peuples autochtones. Nous pouvons tous accepter et travailler ensemble comme un seul peuple caribéen.” 

La présence de ces deux femmes kalinago aux plus hautes fonctions, lors de ce vernissage historique, illustre que l’histoire s’écrit dans les actes de reconnaissance qui façonnent l’avenir caribéen.

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FAQ

L’exposition « Aux origines de la Caraïbe : Taïnos & Kalinagos », présentée à la Fondation Clément au François, retrace 6000 ans d’histoire amérindienne à travers plus de 330 œuvres issues de 30 institutions internationales. Elle met en lumière les peuples taïno et kalinago, leurs savoirs, leurs migrations et leur héritage vivant dans la Caraïbe contemporaine.

La présence conjointe de Silvanie Burton, présidente de la République de Dominique, et d’Annette Sanford, cheffe du Territoire Kalinago, marque une reconnaissance institutionnelle forte des peuples autochtones caribéens. C’est la première fois que des responsables kalinago occupent un rôle central dans une exposition de cette ampleur en Martinique, affirmant une mémoire vivante et non figée.

L’exposition « Aux origines de la Caraïbe : Taïnos & Kalinagos » est accessible gratuitement à la Fondation Clément, au François (Martinique), du 14 décembre 2025 au 15 mars 2026. Elle est ouverte tous les jours de 9h à 18h30 et propose un parcours immersif de 600 m² consacré aux premières civilisations de la Caraïbe.

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