Rendez-vous aux Jardins : voir le vivant à l’Anse Latouche

Anse Latouche

Les Belcoua à l'Habitation Anse Latouche, au Zoo de Martinique

Pour les Rendez-vous aux Jardins 2026, l’Habitation Anse Latouche ouvre les portes d’un site singulier, à la fois jardin botanique, parc zoologique et vestiges d’une habitation fondée en 1643. RICHÈS KARAYIB suit la famille Belcoua à la rencontre des Jardins Remarquables de Martinique.

Ce jour-là, entre fromager monumental, atèles en semi-liberté et papillons dans la serre, ils découvrent que regarder le vivant, c’est déjà s’engager à le protéger.

Anse Latouche

À l’entrée du parc, la famille Belcoua marque un arrêt. Devant eux, le tronc d’un vieux tamarinier historique, massif et noirci, qui résiste aux cyclones et aux années. Jocelyne s’arrête, le regard levé vers la cime. Kévin et Émile, à côté, observent cet arbre majestueux.

Quelque part dans le feuillage, un cri d’oiseau perce le silence. Un peu plus loin, les iguanes se baladent librement. Ici, le végétal, le minéral et l’animal cohabitent dans un même espace. Et la visite ne fait que commencer…

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C’est précisément cette attention au vivant que l’Habitation Anse Latouche entend mettre à l’honneur les 6 et 7 juin, à l’occasion de l’édition 2026 des Rendez-vous aux Jardins en Martinique, placée cette année sous le thème de la vue.

Une thématique qui résonne ici d’une manière singulière : on n’y voit pas seulement des plantes ou des animaux, on y voit un écosystème entier, végétal, animal et patrimonial, qui demande à être regardé pour être protégé.

L'Habitation Anse Latouche, une mémoire née en 1643

À cheval sur les communes du Carbet et de Saint-Pierre, l’Anse Latouche est l’une des plus anciennes habitations de Martinique.

« Les premières pierres ont été posées en 1643 par la famille d’Orange », raconte Jimmy Limousin.

À son apogée, le domaine s’étendait sur 300 hectares. C’était alors la plus grande habitation martiniquaise de son époque.

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L’histoire s’arrête brutalement le 8 mai 1902 : la nuée ardente de la montagne Pelée balaie Saint-Pierre.

« La nuée ardente s’est faite arrêter par la ravine qui est de ce côté-là », précise Jimmy Limousin.

L’habitation Anse Latouche est soufflée. Tous les vestiges visibles aujourd’hui : arcades, machine à vapeur, manège à bœuf, manioquerie, sont les ruines post-éruption, des fragments qui ont traversé le siècle.

Anse Latouche

Au milieu de la promenade, une passerelle himalayenne enjambe la ravine. Cinq personnes maximum, recommande le panneau à l’entrée. Kévin s’engage le premier, Jocelyne le suit, Émile ferme la marche.

À l’autre bout, un panneau bleu : Saint-Pierre. En traversant ce pont, le visiteur passe d’une commune à l’autre : du Carbet à Saint-Pierre, le long de la ravine qui, en 1902, arrêta la nuée ardente.

Anse Latouche

Une intelligence végétale au cœur des ruines

Dans les années 1990, le site est repris par Jean-Philippe Thoze, le paysagiste-botaniste qui avait déjà créé, quelques années plus tôt, le célèbre Jardin de Balata. À l’Anse Latouche, il imagine un parc qui dialogue avec les ruines : allées courbes, scénographies végétales autour des vestiges, broméliacées et orchidées posées sur les éléments mécaniques de l’ancienne distillerie. Le végétal et le minéral se répondent.

Anse Latouche

Au détour de l’allée, le fromager apparaît. Monumental. Ses racines forment des contreforts qui s’appuient sur la roche volcanique, comme si l’arbre avait sculpté son propre socle pour mieux tenir.

« Quand vous regardez comment il a construit ses racines comme des contreforts, qu’il est venu s’appuyer sur la roche volcanique pour passer tout ce que la nature lui réserve, c’est-à-dire les cyclones qu’il a pu connaître ici, il est toujours debout, toujours solide », observe Jimmy Limousin.

« On parle bien d’une intelligence végétale. »

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C’est dans ce dialogue entre les pierres et les plantes que Jocelyne s’arrête, un peu plus loin. Derrière elle, une cascade descend dans la végétation luxuriante, parmi les fleurs colorées : un cadre idyllique.

Elle lève les yeux, retient son souffle. Ici, le passé n’est pas immobile : il est traversé par l’eau, repris par le végétal, sublimé par la lumière.

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Le Zoo de Martinique, un écrin pour le biotope antillo-guyanais

En 2012, l’aventure prend un nouveau tournant. Franck et Angélique Chaulet, deux passionnés de faune sauvage, reprennent le site à Jean-Philippe Thoze. Ils décident d’y installer le Zoo de Martinique, ouvert au public en 2014.

« Quand Angélique et Franck ont inséré cette touche animalière sur le parc, ça a été fait dans un écrin déjà existant. Ça a été fait avec beaucoup de soin, avec l’envie de transmettre la passion de la protection du biotope antillo-guyanais », raconte Jimmy Limousin.

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Ce choix n’est pas anodin. « Les Antilles-Guyane représentent environ entre 90 et 95% de la biodiversité européenne », rappelle Jimmy Limousin.

Aujourd’hui, 90% du cheptel présenté appartient au biotope antillo-guyanais : iguanes pays (Delicatissima), tamarins empereurs, atèles, vautours urubus, perroquets. Le reste vient des saisies effectuées par les autorités sur des particuliers détenant illégalement des espèces exotiques.

« On essaye de répondre de la meilleure des façons, en tant que structure d’accueil, à ces demandes. »

Anse Latouche
Anse Latouche

Parmi les pensionnaires du parc, certaines histoires racontent à elles seules tout le sens du métier. C’est le cas de Stone, un atèle confisqué dans un bar de Saint-Laurent-du-Maroni, en Guyane, où il était exhibé dans une cage si exiguë qu’il en est sorti handicapé des membres postérieurs. Relâché dans la nature, il serait mort en quelques jours. Au Zoo de Martinique, il a trouvé une seconde vie. Mieux : malgré son âge avancé, il a reproduit, contribuant au patrimoine génétique de l’espèce.

« On le considérait comme un retraité », sourit Jimmy Limousin. « Mais il a apporté sa génétique dans le cadre de notre programme de protection et d’élevage. »

« Une autre figure du parc défie le temps. Bubu, vautour urubu, est présent en Martinique depuis au moins 1994, soit plus de 32 ans aujourd’hui, alors que l’espérance de vie de l’espèce en milieu naturel est de 16 ans. Il est donc au double de cette durée.

« Il a un appétit d’ogre, il a un plumage d’adolescent », sourit Jimmy Limousin.

« On se demande s’il est pas éternel ». 

©Jimmy Limousin
©Jimmy Limousin
©Jimmy Limousin
©Jimmy Limousin

Voir le vivant : un acte de conservation

À côté, un paon déploie sa roue. Émile s’attarde, le regard pris par le camaïeu de bleu et de vert des plumes.

Anse Latouche

Plus loin, dans la serre aux papillons, des monarques volent librement. Posés sur les grappes pendantes d’un héliconia, ils butinent les fleurs mellifères. « Ce sont des plantes mellifères sur lesquelles ils vont venir prendre du pollen et manger », explique Jimmy Limousin.

Le zoo leur apporte aussi les plantes nécessaires à leur cycle de vie complet.

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« Plus l’animal va vers un degré de dangerosité d’extinction, plus nos organisations s’organisent », poursuit-il.

Le Zoo de Martinique participe à des programmes européens d’élevage et de conservation (EEP), coordonnés à l’échelle européenne par l’EAZA (Association Européenne des Zoos et Aquariums). 

« L’idée, c’est de conserver une génétique forte et saine destinée à protéger, conserver et éventuellement repeupler les forêts vidées par l’extinction. »

Cette dimension n’est pas seulement institutionnelle.

« Quand vous venez au Zoo de Martinique, vous n’êtes pas que des spectateurs, vous devenez des acteurs de la conservation, parce que vous participez à financer ces programmes », précise-t-il.

Environ 30% des recettes sont reversés à la conservation, via l’association SOS Faune Sauvage présente en Guyane et en Guadeloupe, ou via le soutien direct à des programmes de protection.

©Jimmy Limousin
©Jimmy Limousin

Rendez-vous aux Jardins 2026 : un jardin où tout est vivant

À l’heure où l’on parle beaucoup de protéger le vivant sans toujours savoir par où commencer, le Zoo de Martinique propose une réponse concrète : changer de regard.

« On a tous un rôle à jouer dans la conservation », résume Jimmy Limousin, « en respectant le monde animal et en essayant d’avoir un impact le plus faible possible sur ce monde. »

Pour les Rendez-vous aux Jardins, le 6 juin, le Zoo de Martinique a choisi de prendre le contre-pied du thème de la vue : un atelier sensoriel proposera aux visiteurs de fermer les yeux pour redécouvrir le jardin autrement, par les odeurs, les textures, les sons.

Une autre manière de voir le vivant, par tout ce que la vue, justement, ne montre pas.

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À la fin de la visite, les Belcoua marquent une dernière pause, un dernier regard sur le parc.

L’Anse Latouche n’est pas un zoo. Ce n’est pas non plus seulement un jardin, ni un site historique. C’est un espace où le vivant se raconte sous toutes ses formes : minéral hérité de 1643, végétal sculpté par Thoze, animal porté par les Cholette, mémoire portée par chacun.

Pour Émile, Jocelyne et Kévin Belcoua, le voyage touche à sa fin. Un dernier jardin les attend, mais celui-là, Kevin a décidé de le découvrir à sa façon…

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📌 EN PRATIQUE

Rendez-vous aux Jardins 2026 — Habitation Anse Latouche / Zoo de Martinique

📅 Samedi 6 et dimanche 7 juin 2026

📍 Anse Latouche, 97221 Le Carbet, Martinique (sur les communes du Carbet et de Saint-Pierre)

🎟️ Tarifs habituels du Zoo de Martinique

🌿 Visite libre du parc botanique, du Zoo de Martinique et des vestiges de l’Habitation Latouche

Samedi 6 juin — Atelier sensoriel guidé : redécouvrir le jardin autrement, privés volontairement de la vue, par les odeurs, textures, sons et sensations

☎️ 05 96 52 76 08 — zoodemartinique.com

Une exploration signée RICHÈS KARAYIB à l’occasion des Rendez-vous aux Jardins 2026, en partenariat avec la Direction des Affaires Culturelles de Martinique.

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