Victor Anicet laisse une œuvre profondément liée à la mémoire martiniquaise. Chez Richès Karayib, nous gardons aussi le souvenir d’un homme joyeux, toujours une blague à partager, dévoué aux autres et à son territoire. Un artiste convaincu qu’il n’est pas nécessaire d’avoir beaucoup au départ pour poursuivre ses objectifs.
La disparition de Victor Anicet, annoncée ce 26 octobre 2026, touche la Martinique et le monde artistique caribéen. Né au Marigot en 1938, le céramiste, peintre et plasticien avait consacré son parcours à faire dialoguer la création, l’histoire et les mémoires de son île. Source : RCI.
Pour nous, cet hommage est aussi celui d’une rencontre. Nous avions eu l’occasion de travailler avec lui et de découvrir cette joie qui accompagnait sa volonté de transmettre. L’humour avait sa place, comme l’attention portée aux autres. Son engagement envers la Martinique se prolongeait dans cette disponibilité à partager ce qu’il avait appris.
Une œuvre pour retrouver la mémoire
Enfant, Victor Anicet découvre des fragments de poteries amérindiennes lors de fouilles menées par le père Pinchon au Marigot. Cette rencontre avec les traces des premiers habitants de l’île nourrira durablement sa démarche.
Formé en Martinique puis à Paris, il revient au pays en 1967. Sa création devient un moyen de rapprocher les Martiniquais de leur histoire. Avec Soleil noir, présenté en plein air en 1970, il porte également l’art à la rencontre du public. Source : LUMA.
En 1984, il participe à la création du groupe Fwomajé, engagé dans une recherche sur l’esthétique caribéenne. Parmi ses réalisations figurent les vitraux de la cathédrale de Saint-Pierre, conçus avec l’Atelier Simon Marq de Reims. En 2024, l’exposition Opacité & transparence, à la Fondation Clément, mettait en lumière plusieurs décennies de création. Source : Fondation Clément.
Avec Richès Karayib, transmettre aux jeunes
Cette volonté de partage, nous l’avions retrouvée lors de « Mémoire Vivante – L’art de se transmettre ». Portée par Richès Karayib avec le soutien de la DAC Martinique et d’Énergies Nouvelles Antilles-Guyane, l’initiative avait réuni à Fort-de-France 17 jeunes de 18 à 25 ans.
Autour de l’argile, Victor Anicet avait partagé ses gestes, son parcours et l’importance de la persévérance. Les participants, accompagnés notamment par Milcem, Milnord et Les Cycas, avaient pu découvrir la céramique et échanger avec lui.
« Ce qui m’intéressait, c’est la transmission », expliquait-il dans notre reportage. Relire notre rencontre avec Victor Anicet.
Son message rejoignait une conviction dont nous gardons le souvenir : les moyens dont on dispose au départ ne déterminent pas tout le chemin. Il encourageait à avancer, à apprendre et à persévérer. Cette confiance dans ce que chacun peut construire faisait partie de ce qu’il donnait aux autres.
Cette rencontre se prolonge dans le livret bilingue Mémoire Vivante – L’art de se transmettre, publié par Richès Karayib. Il retrace la journée partagée par Victor Anicet avec 17 jeunes Martiniquais et conserve une trace de cet échange entre générations.
Consulter le livret en français et en anglais.
Garder vivants les gestes et les rencontres
De Victor Anicet, nous continuerons à regarder les œuvres et à raconter le parcours. Nous garderons aussi le souvenir de ses plaisanteries, de sa joie et de son dévouement à son territoire.
Lui rendre hommage, c’est prolonger ces occasions de rencontre entre les générations, faire connaître les artistes de la Caraïbe et permettre à leurs savoirs de circuler.
À sa famille, à ses proches et à ses compagnons de création, Richès Karayib adresse ses sincères condoléances.
Merci, Victor, pour l’œuvre et pour le partage.