Festival del Jíbaro Comerieño : la fête montagnarde de Porto Rico

Festival del Jíbaro Comerieño

À une quarantaine de kilomètres par route de San Juan, dans la Cordillère Centrale, Comerío n’a pas la visibilité des grandes destinations côtières de Porto Rico. La ville rassemble moins de 19 000 habitants selon les dernières estimations américaines, mais elle porte un surnom fort : la Cuna de Trovadores, le berceau des trovadores. Chaque mois de juin, cette commune de montagne transforme cette réputation en rendez-vous culturel avec le Festival del Jíbaro Comerieño.

Festival del Jíbaro Comerieño
Festival del Jíbaro Comerieño

Une édition 2026 confirmée

Le Festival del Jíbaro Comerieño revient du 12 au 14 juin 2026 pour sa 46e édition. Cette année, l’événement prend une valeur particulière, car Comerío marque aussi les 200 ans de sa fondation. L’édition 2025 du Festival del Jíbaro Comerieño s’est tenue du 12 au 15 juin sur la Plaza de la Trova, avec un programme mêlant artisanat, ateliers, concours de trovadores, nourriture typique, messes jíbaras, concerts et rencontres autour de la décima. Le format peut varier selon les années, mais la logique reste stable : faire de la place publique un espace de transmission.

Festival del Jíbaro Comerieño
@FestivalJíbaro Comerieño

La trova, une parole qui s’apprend

À Comerío, la tradition ne se limite pas aux soirées de festival. L’Escuela Cuna de Trovadores forme des enfants et des adolescents à l’improvisation de la décima, cet art poétique qui repose sur des strophes de dix vers octosyllabiques. Dans la trova, un chanteur improvise face à un autre, sur un thème proposé, avec une mémoire de la langue et un sens précis du rythme. Lorsque des jeunes de 8 à 16 ans apprennent cet exercice, c’est une part de la culture portoricaine rurale qui passe d’une génération à l’autre.

Ce que signifie être jíbaro

Le mot jíbaro mérite une précision. Il désigne historiquement le paysan rural des montagnes portoricaines, associé aux communautés de l’intérieur de l’île. Cette figure est liée à un long métissage culturel, entre héritages autochtones, espagnols et africains, dans une société marquée par plusieurs siècles de colonisation espagnole. La culture jíbara s’est développée dans les vallées et les hauteurs de la Cordillère Centrale, avec ses formes musicales, ses instruments et ses codes sociaux.

Dans cette tradition, le cuatro occupe une place essentielle. Il ne s’agit pas d’une guitare à six cordes, mais d’un instrument portoricain proche de la guitare, généralement doté de cinq doubles cordes, soit dix cordes. Il accompagne la música jíbara, notamment le seis et l’aguinaldo, deux formes centrales de ce répertoire. À ces sons s’ajoutent souvent la guitare, le güiro et d’autres instruments du conjunto típico. Dans le Festival del Jíbaro Comerieño, cette mémoire sonore reste liée à la pratique, pas seulement à la scène.

Festival del Jíbaro Comerieño

Une culture rurale réhabilitée

Cette culture n’a pas toujours été valorisée. Au XXe siècle, alors que Porto Rico se modernisait et que de nombreux Portoricains partaient vers New York, Chicago, Orlando ou d’autres villes américaines, l’identité jíbara a parfois été présentée comme rurale, pauvre ou tournée vers le passé. Elle disait pourtant beaucoup plus : un rapport à la terre, à la parole, à la musique et à la dignité des communautés de montagne.

Le Festival del Jíbaro Comerieño s’inscrit dans ce travail de réhabilitation. Son histoire est liée au Centro Cultural Cirilo W. Meijers et à des initiatives locales destinées à soutenir la culture comerieña, notamment autour de la décima. Ce qui aurait pu rester une fête municipale est devenu un rendez-vous de référence pour comprendre comment Porto Rico protège une partie de son identité rurale sans la figer.

Festival del Jíbaro Comerieño
@FestivalJíbaro Comerieño
Festival del Jíbaro Comerieño

Une scène collective à la Plaza de la Trova

Le programme du Festival del Jíbaro Comerieño s’organise autour de plusieurs temps. La journée met en avant les artisans, les ateliers, les kiosques et la gastronomie typique, avec des plats portoricains comme le lechón asado, l’arroz con gandules, les pasteles ou les alcapurrias. Le soir, la place se tourne vers les concours de trovadores, où la parole improvisée devient un moment de tension, d’écoute et de reconnaissance. Puis les concerts prolongent cette mémoire avec des groupes attachés au répertoire jíbaro.

Parmi eux, Ecos de Borinquen occupe une place importante. Le groupe a été nommé aux Grammy Awards et aux Latin Grammy Awards pour son travail sur la musique jíbara. Smithsonian Folkways a aussi publié des enregistrements majeurs du groupe, contribuant à faire circuler cette tradition au-delà de Porto Rico.

Festival del Jíbaro Comerieño
Festival del Jíbaro Comerieño
@FestivalJíbaro Comerieño

Une petite ville, un pont avec la diaspora

La singularité comerieña se trouve précisément là. Beaucoup de territoires caribéens ont des festivals folkloriques. À travers le Festival del Jíbaro Comerieño, Comerío articule un festival populaire, une scène de compétition orale, une école de transmission et une reconnaissance musicale qui dépasse l’île. Pour une commune de moins de 19 000 habitants, cette continuité a un poids réel.

Le contexte 2026 ajoute une dimension. Juin correspond aussi au Caribbean American Heritage Month aux États-Unis. En 2024, Pew Research Center estimait à 6,1 millions le nombre de personnes d’origine portoricaine vivant dans les 50 États américains et à Washington, D.C. Le Festival del Jíbaro Comerieño agit donc comme un pont entre la montagne portoricaine et une diaspora qui garde souvent la musique, les mots et les gestes comme preuves d’appartenance.

Une transmission à protéger

L’avenir pose plusieurs questions. Comment transmettre la trova à des enfants qui grandissent avec les réseaux sociaux, le reggaeton et des formes culturelles plus rapides ? Comment maintenir un festival populaire dans une économie portoricaine fragilisée par les ouragans Maria en 2017 et Fiona en 2022, par la baisse démographique et par les départs successifs ? Comment éviter que le folklore devienne un simple décor, vidé de ses exigences et de sa mémoire ?

Une chose demeure. Tant que Comerío forme des jeunes à la décima, tant que la Plaza de la Trova réunit les générations, et tant que les voix montagnardes continuent de répondre en musique, la culture jíbara garde un avenir. Le Festival del Jíbaro Comerieño rappelle alors une vérité caribéenne simple : les traditions ne survivent pas parce qu’on les expose, mais parce qu’on les pratique.

Festival del Jíbaro Comerieño
@FestivalJíbaro Comerieño

Le Festival del Jíbaro Comerieño se déroule à Comerío, une commune située dans la Cordillère Centrale de Porto Rico, à une quarantaine de kilomètres par route de San Juan. L’événement prend place autour de la Plaza de la Trova, un lieu symbolique pour cette ville surnommée la Cuna de Trovadores, le berceau des chanteurs-improvisateurs portoricains. Ce positionnement géographique est important, car il inscrit le festival dans les montagnes portoricaines, là où la culture jíbara a trouvé l’un de ses ancrages les plus forts.

Le Festival del Jíbaro Comerieño est important parce qu’il met au centre la culture jíbara, longtemps associée aux communautés rurales de l’intérieur de Porto Rico. À travers la trova, la décima, le cuatro et les concours de trovadores, le festival ne se contente pas de montrer une tradition : il la fait pratiquer, transmettre et entendre par plusieurs générations. Son intérêt culturel vient aussi de son lien avec l’Escuela Cuna de Trovadores, qui forme des jeunes à l’improvisation poétique et musicale.

Le Festival del Jíbaro Comerieño 2026 est annoncé du 12 au 14 juin à Comerío. Le rendez-vous réunit généralement des concours de trovadores, des concerts, des ateliers, de l’artisanat, des kiosques de gastronomie portoricaine et des moments consacrés à la décima. Pour les visiteurs comme pour la diaspora portoricaine, c’est une manière de comprendre la culture jíbara dans son territoire d’origine, entre musique, langue, mémoire rurale et transmission familiale.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Plus d'articles de RK

gwoka
HISTOIRE et PATRIMOINE
Tolotra

Gwoka, le tambour guadeloupéen que l’UNESCO a fait entrer dans l’histoire

À Pointe-à-Pitre, une statue de bronze représente un homme assis, tambour ka entre les jambes. Elle rend hommage à Vélo, l’un des plus grands maîtres du gwoka, cette musique guadeloupéenne née dans la résistance à l’esclavage. Depuis 2014, l’UNESCO en fait un patrimoine de l’humanité. Un tambouyé devenu statue Marcel Lollia, dit Vélo, est né le 7 décembre 1931 et mort le 5 juin 1984. Il a formé plusieurs générations de joueurs de ka, ce tambour taillé dans un tronc et recouvert d’une peau tendue. Il a aussi inspiré Akiyo, mouvement culturel de revendication identitaire fondé en 1979, qui a porté le gwoka hors des cercles restreints où il survivait encore. Le 5 juin 2004, vingt ans après sa mort, une statue signée du sculpteur Jacky Poullier a été inaugurée à Pointe-à-Pitre, à l’image d’un précédent portrait guadeloupéen consacré à une autre grande figure de l’île. Deux plaques l’accompagnent, l’une

Lire la suite "
Barbuda
TOURISME
Tolotra

Barbuda, plus de 5 000 frégates dans une lagune hors norme.

À Barbuda, le spectacle commence avant même d’apercevoir les oiseaux. Le sanctuaire de Codrington Lagoon ne se rejoint pas par une route. Il faut embarquer, avancer sur l’eau entre les mangroves, puis voir apparaître les silhouettes noires des frégates superbes, Fregata magnificens, dont la colonie compte parmi les plus importantes des Caraïbes. Ce fait suffit à raconter une autre Barbuda. Au-delà de ses plages roses, l’île abrite une lagune où plus de 5 000 de ces oiseaux sont recensés, sur une colonie dont un recensement scientifique a compté 1 743 nids. Ici, la destination se découvre en levant les yeux, et en comprenant la place que cette lagune occupe dans l’équilibre de l’île entière. Une lagune classée Ramsar, entre mangroves et récifs La lagune de Codrington couvre 3 600 hectares et est reconnue comme zone humide d’importance internationale par la Convention de Ramsar depuis 2005. Elle borde Codrington, l’unique village

Lire la suite "
Man Mélé
ARTS VISUELS
Tolotra

Martinique – Cécile Vernant : dans les coulisses de “Man Mélé !” à l’Orangerie du Sénat.

À l’Orangerie du Sénat, Man Mélé ! a pris une dimension que Cécile Vernant ne pouvait pas entièrement prévoir avant l’ouverture des portes. Au fil des journées, l’exposition est devenue un espace de rencontres, de conversations et d’échanges entre artistes et visiteurs. Autour des œuvres ont circulé la Martinique, la nature, mais aussi des souvenirs, des cultures et des sensibilités venues de bien au-delà de l’île. Le calme avant l’arrivée du public Chaque matin, Cécile Vernant arrivait avant l’ouverture, prévue à 11 heures. Le jardin était calme. Elle croisait les joggeurs, observait les groupes de taï-chi entre les marronniers et profitait de l’odeur des fleurs. Elle aimait ce « calme avant la tempête ». Quelques heures plus tard, l’ambiance changeait. Cécile Vernant estime que l’Orangerie, d’environ 600 m², pouvait accueillir des pics de 400 visiteurs en trois à quatre heures. La journée la plus fréquentée aurait réuni 1 000 visiteurs.

Lire la suite "

conTACT RK

Nous serions ravis de connaître votre avis sur l'expérience que vous avez acquise jusqu'à présent.

conTACT RK

Nous serions ravis de connaître votre avis sur l'expérience que vous avez acquise jusqu'à présent.

Rejoignez la liste

Rejoignez notre communauté Richès Karayib ! Inscrivez-vous à notre lettre d’information.

Vous voulez maximiser votre présence sur Riches Karayib ?

Remplir le formulaire pour commencer la demande