Rendez-vous aux Jardins : voir en profondeur à l’Habitation Céron

Habitation Céron

Les Belcoua à l'Habitation Céron

Pour les Rendez-vous aux Jardins 2026, l’Habitation Céron ouvre les portes d’un parc d’un autre temps, au cœur de la forêt tropicale du Prêcheur, autour d’un zamana de plus de 300 ans élu plus bel arbre de France. RICHÈS KARAYIB suit la famille Belcoua à la rencontre des Jardins Remarquables de Martinique.

Ce jour-là, entre rivière, canopée et points de vue qui se dévoilent à chaque pas, ils découvrent qu’un jardin peut être une manière de regarder en profondeur.

Habitation Céron

Les Belcoua s’apprêtent à pénétrer dans la forêt tropicale. À peine entrés, Émile, Jocelyne et Kévin mesurent ce qui les attend : non pas un jardin, mais une forêt à traverser.

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C’est précisément cette profondeur de regard que l’Habitation Céron entend mettre à l’honneur les 6 et 7 juin, à l’occasion de l’édition 2026 des Rendez-vous aux Jardins en Martinique, placée cette année sous le thème de la vue. Une thématique qui résonne ici d’une manière singulière : on n’y voit pas un jardin, on y traverse une forêt.

« Quand on dit forêt tropicale, on imagine un amas de forêts », raconte Julie Marraud des Grottes, responsable de la fabrique de l’Habitation Céron.

« Et c’est d’avoir réussi, à travers ce jardin, à créer des points de vue, des points de profondeur, où justement on ne se sent pas étouffé par la forêt, mais on se balade de manière agréable dedans. »

L'Habitation Céron, une histoire de cœur

Niché au Prêcheur, à l’extrême nord-ouest de la Martinique, l’Habitation Céron est une ancienne sucrerie fondée en 1658. À deux pas de l’Anse Céron, encadré par la rivière et la canopée, le site offre une immersion unique au cœur du Nord Caraïbe.

Le jardin a été ouvert au public en 1995, refermé après le cyclone Dean, puis rouvert en janvier 2015. La même année, la famille Marraud des Grottes relance la production de cacao sur le terroir historique.

Habitation Céron

Le label Jardin Remarquable est obtenu en 2016, la même année que l’élection du Zamana comme plus bel arbre de France.

Mais derrière le label, ce qui frappe d’abord à Céron, c’est une histoire de cœur.

Une mère, quatre enfants, tous nés sur le domaine :

« On est tous partis faire nos études à droite, à gauche, et on a tous été rappelés par ce lieu qui est magnifique et qu’on a envie de développer, de faire découvrir et de partager avec les autres. »

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Le Zamana, plus bel arbre de France

Au cœur du jardin, le Zamana règne. Plus de 300 ans, un demi-hectare d’ombrage. En 2016, il a été élu plus bel arbre de France. « C’est vraiment le roi du jardin », dit Julie Marraud des Grottes.

« Il surplombe tout ce jardin. Il recouvre un demi-hectare d’ombrage. Il est vraiment majestueux. »

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Le Zamana est aussi appelé arbre à pluie, une particularité qui le rend précieux : il autogère l’ombrage et le taux d’humidité nécessaire aux plantes qui poussent sous sa canopée, notamment au cacao.

« Au pied des zamanas, on a replanté les jeunes pieds de cacao », précise-t-elle.

L’arbre ancestral devient ainsi le gardien naturel d’une cacaoyère renaissante.

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Une promenade au cœur de la forêt tropicale

Au-delà du Zamana, le parc se révèle dans la marche. Une rivière le traverse de part en part. Jocelyne s’arrête un instant : l’eau, les feuillages, la lumière qui tombe entre les arbres, tout l’invite à ralentir le regard.

La rivière, justement, n’est pas seulement un décor. « On peut s’y baigner », glisse Julien Marraud des Grottes. Pour qui veut bien quitter les chaussures, l’eau fraîche du Nord Caraïbe prolonge la promenade en expérience sensorielle.

Voir le jardin, c’est aussi le sentir, le toucher, l’entendre et parfois s’y immerger.

Habitation Céron

Partout, une canopée d’arbres énormes, fromagers, un imposant manguier donnant des « mangues divines » au tronc démesuré.

Certains de ces géants invitent à la pause : Jocelyne s’assoit un instant au creux des racines d’un fromager, le temps de mesurer du regard tout ce qui la surplombe.

Au sol, un peu plus loin, se croisent broméliacées, alpinias, bégonias et roses de porcelaine ainsi que de très vieilles variétés fruitières.

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On retrouve dans le sous-bois, la liane Cano. « C’est une liane qu’on utilisait à l’époque pour faire les cordages des bateaux », raconte Julien Marraud des Grottes. Capable de pousser dans la pierre et de s’enrouler autour sans jamais se casser, elle a longtemps remplacé le liège et les cordages synthétiques. Elle donne un fruit en forme de petits canaux qu’on retrouve au sol. Ici, le savoir ne se lit pas sur des panneaux : il se transmet d’une génération à l’autre, comme dans une famille.

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La promenade n’a pas de chemin obligatoire.

« Il n’y a pas un seul chemin obligatoire », insiste Julie.

« Il faut vraiment se laisser porter et se laisser balader pour apprécier tous ces points de vue et ces points de profondeur. »

À chaque détour, le regard change. Un moment, on longe la rivière ; le suivant, on émerge dans un dégagement où la canopée s’ouvre ; un autre encore, on tombe sur une essence isolée nichée au creux du sous-bois.

« On se perd sans se perdre », résume Julie Marraud des Grottes.

Tout est là…

Habitation Céron

Du cacao à la tablette : la Fabrique de Julie

Le cacao, lui aussi, se découvre dans la marche. Depuis 2015, dix hectares ont été replantés, des hybrides locaux issus d’une sélection menée à partir des cabosses d’une ancienne cacaoyère centenaire retrouvée sur le site.

« On a fait une sélection de cabosses en termes de fruit, de taille, de couleur, de saveur », raconte Julie Marraud des Grottes.

« Et on est repartis des fèves. Le but était de refaire revivre le terroir. »

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Une cabosse de cacao ouverte, tenue à la main

La transformation se fait sur place, de l’arbre à la tablette. Dans une logique anti-gaspillage, c’est l’intégralité du fruit qui est valorisée.

« On essaye vraiment de tourner tout autour du cacao » dit-elle. De la cabosse naissent ainsi une confiture de mucilage ; la cosse, elle, devient infusion et bière, en partenariat avec des acteurs locaux, tandis que le grué se marie à un gin. S’y ajoute une pâte à tartiner. Et bien sûr la tablette de chocolat, « la sublimation », dit-elle.

Une démonstration que le cacao « n’est pas que du chocolat, c’est aussi un fruit ».

Rendez-vous aux Jardins 2026 : se perdre sans se perdre

À l’heure où l’on regarde le monde à travers un écran sans toujours prendre le temps de le voir vraiment, l’Habitation Céron offre une réponse simple : poser son téléphone et réapprendre à regarder en profondeur.

« Posez votre téléphone et allez admirer cette nature très luxuriante qu’on a en Martinique, et ces jardins qui sont vraiment exceptionnels », invite Julie Marraud des Grottes.

À la fin de la visite, les Belcoua marquent une dernière pause. Dans l’allée des palmiers, Jocelyne tient en main les fruits et les petits canaux tombés de la liane Cano, ces petites choses que l’on ne remarque qu’en prenant le temps de vraiment regarder.

Habitation Céron

Voir en profondeur, c’est étendre son regard, mais c’est surtout ralentir, écouter, toucher, parfois se baigner — accepter le jardin comme une promenade plus que comme une démonstration. L’Habitation Céron est un lieu vivant, porté par une famille, où la forêt tropicale devient un personnage à part entière : un jardin où l’on se perd dans la profondeur, sans jamais vraiment se perdre…

Pour Émile, Jocelyne et Kevin Belcoua, le voyage se poursuit, d’autres jardins les attendent. Et nous les suivrons.

📌 EN PRATIQUE

Rendez-vous aux Jardins 2026 — Habitation Céron

📅 Samedi 6 et dimanche 7 juin 2026

📍 Habitation Céron, Anse Céron, 97250 Le Prêcheur, Martinique

⏰ Ouverture 10h00 — 17h00 toute l’année

🌿 Visite libre du Jardin Remarquable, de la cacaoyère et du Zamana ancestral

🍫 Boutique La Fabrique de Julie sur place : chocolats artisanaux 70%, pâte à tartiner, confitures, grué…

Une exploration signée RICHÈS KARAYIB à l’occasion des Rendez-vous aux Jardins 2026, en partenariat avec la Direction des Affaires Culturelles (DAC) de Martinique.

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