Riské : le groupe de konpa haïtien 100 % féminin qui a marqué l’histoire de Haïti

Riské

En janvier 1991, un groupe inédit apparaît dans l’univers du konpa haïtien. Quatorze musiciennes décident de former Riské, un orchestre entièrement féminin dans un milieu dominé par les hommes. À une époque où les femmes sont rarement présentes derrière les instruments dans les formations de konpa, cette initiative constitue une rupture majeure dans l’organisation de la scène musicale haïtienne.

Le projet naît de l’initiative de deux chanteuses, Sandra Jean et Sabrina Kolbjornsen, bientôt rejointes par Gina Rouzeau et Maguy Limage. Autour d’elles, dix instrumentistes complètent l’ensemble : bassistes, claviéristes, batteuses et percussionnistes. Dès le départ, l’objectif est clair : démontrer que les musiciennes peuvent occuper toutes les fonctions d’un orchestre, de l’écriture à l’interprétation, et ne pas être cantonnées au seul rôle de chanteuses ou de choristes.

Sandra Jean résume cette ambition dans une interview accordée au journal La Presse en 1992 : la création de Riské vise à encourager les femmes haïtiennes à sortir des rôles traditionnels qui leur sont souvent assignés dans l’industrie musicale.

La naissance d’un projet musical inédit

Au moment de la création du groupe, les femmes instrumentistes sont rares dans le konpa. Sandra Jean possède déjà plusieurs années d’expérience scénique, notamment aux côtés de Hans Peters et du Caribbean Sextet durant les années 1980. Elle imagine alors un projet qui réunirait uniquement des musiciennes.

La première personne à rejoindre l’aventure est Sabrina Kolbjornsen, avec qui elle avait déjà travaillé. Sabrina s’est fait connaître auparavant avec la chanson “Ti Boy” au sein du groupe Skandal. Les deux artistes prennent la direction musicale du projet et en deviennent les principales leaders.

Progressivement, le groupe se constitue autour d’un ensemble complet d’instrumentistes. Basse, batterie, claviers et percussions sont assurés par des femmes, une configuration presque inédite dans le paysage musical haïtien de l’époque.

Riské

L’album Alfabê, première étape discographique

Le premier album du groupe, Alfabê, paraît en 1991. Les compositions de Sandra Jean et de Sabrina Kolbjornsen constituent le cœur du projet musical. L’album s’inscrit clairement dans la tradition du konpa, tout en mettant en avant une identité vocale plurielle.  La répartition des morceaux reflète la diversité des voix du groupe. Sandra Jean interprète notamment “Alfabê”, “Célébré”, “Lanmou” et “Di Fé”, tandis que Sabrina Kolbjornsen signe des titres comme “Zanmi”, “Madam Marie” et “Kité Yo”.

De son côté, Gina Rouzeau, pianiste et chanteuse expérimentée, assure à la fois les claviers et les parties vocales sur plusieurs morceaux. Maguy Limage et Valérie Cayo participent également aux harmonies vocales qui caractérisent l’album. La sortie de Alfabê permet au groupe de s’imposer rapidement dans les circuits du konpa et d’attirer l’attention du public.

Une tournée internationale

Après la sortie de l’album, Riské entame une série de concerts qui l’amène à se produire dans plusieurs régions où le konpa dispose d’un public fidèle : Haïti, les Antilles, la France, le Panama et l’Amérique du Nord. Les performances du groupe marquent les esprits. Sur scène, l’énergie collective et la configuration entièrement féminine attirent l’attention d’un public habitué à voir des orchestres masculins.

Lors d’un concert organisé dans un stade de Port-au-Prince, plusieurs milliers de spectateurs assistent à la prestation du groupe. L’événement illustre l’intérêt suscité par ce projet musical singulier dans le paysage du konpa.

Des tensions internes et les premiers départs

Malgré la visibilité acquise en peu de temps, la trajectoire du groupe se complique rapidement. Des désaccords apparaissent entre certaines membres et l’équipe de management. Les tensions internes s’ajoutent aux difficultés liées au fonctionnement d’un projet artistique ambitieux. Sabrina Kolbjornsen quitte le groupe après moins d’un an d’activité. Elle poursuit ensuite sa carrière au sein de plusieurs formations importantes de la scène haïtienne, notamment System Band et les Superstars de New York, et collabore avec des figures majeures du konpa comme Dadou Pasquet, Robert Martino ou Claude Marcelin.

Deux ans après la création du groupe, Sandra Jean se retire également du projet. Elle évoquera plus tard le poids du machisme dans l’industrie musicale haïtienne, estimant que ce climat a fortement fragilisé l’expérience Riské.

Une formation remaniée dans les années 1990

Malgré le départ de ses fondatrices, Riské poursuit son parcours discographique. En 1994, le groupe publie l’album Joyeux Noël, composé de huit titres inspirés du répertoire traditionnel des chants de Noël. Parmi les morceaux figurent notamment “Noël tropical”, “Klosh Noël”, “Minuit chrétiens”, “Jingle Bells” et “Silent Night”, dans une adaptation aux sonorités du konpa.

Deux ans plus tard, en 1996, Riské sort un dernier album intitulé 20ème Syek, qui comprend neuf titres parmi lesquels “Do the Kompa”, “Respect”, “Saturday Night” ou encore “Fem Dous”.

Les femmes dans le konpa : une présence encore fragile

Avant la création de Riské, la présence féminine dans le konpa reste marginale. Certaines artistes s’imposent toutefois individuellement à partir des années 1980, comme Danielle Thermidor, Anna Pierre, Jacqueline Denis, ou encore Emeline Michel, dont l’album Flanm marque la scène musicale haïtienne. Après Riské, plusieurs initiatives voient le jour mais rencontrent souvent des difficultés à s’inscrire dans la durée. Des projets comme Konpa O Féminin en 2013 ou le groupe Siromiel, créé en 2018, témoignent d’une volonté persistante de renforcer la présence des femmes dans ce genre musical.

Dans le même temps, certaines artistes connaissent un succès important en solo, notamment Rutshelle, Darline Desca, Bedjine ou Fatima, dont les titres dominent régulièrement les plateformes numériques et les réseaux sociaux.

Une expérience pionnière dans l’histoire du konpa

Plus de trois décennies après sa création, Riské reste un exemple marquant dans l’histoire du konpa haïtien. L’expérience du groupe a démontré qu’un orchestre féminin pouvait s’imposer dans un univers musical structuré depuis longtemps autour de formations masculines. Aujourd’hui encore, Sandra Jean exprime le souhait de voir apparaître de nouvelles formations féminines capables de prolonger cette dynamique. Selon elle, la cohésion et la solidarité entre musiciennes restent des éléments essentiels pour réussir dans un environnement artistique exigeant.

Trente-quatre ans après ses débuts, Riské demeure ainsi une référence lorsqu’il s’agit d’évoquer la place des femmes dans le konpa et les transformations progressives de la scène musicale haïtienne.

Le groupe Riské est fondé en janvier 1991 par les chanteuses Sandra Jean et Sabrina Kolbjornsen, rejointes par plusieurs musiciennes et chanteuses dont Gina Rouzeau et Maguy Limage. La formation réunit au total quatorze musiciennes, toutes des femmes, une configuration particulièrement rare dans l’univers du konpa à cette époque.

Le premier album du groupe s’intitule Alfabê, publié en 1991. Cet enregistrement marque les débuts discographiques de Riské et comprend plusieurs titres interprétés par les différentes chanteuses du groupe, dont “Alfabê”, “Zanmi”, “Madam Marie”, “Lanmou” et “Célébré”.

Après Alfabê, le groupe poursuit son parcours musical avec Joyeux Noël en 1994, un album consacré aux chants de Noël adaptés au konpa, puis 20ème Syek en 1996, qui constitue le dernier album publié par la formation.

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