Martinique – Treemonisha : l’opéra ragtime de Scott Joplin à l’honneur au Tropiques Atrium

Treemonisha

Treemonisha s’impose comme l’un des grands rendez-vous culturels de ce début d’année 2026 en Martinique. Le samedi 28 février 2026 à 19h30, le Tropiques Atrium – Scène nationale de Fort-de-France accueillera une représentation unique de cet opéra ragtime emblématique de Scott Joplin, porté par une distribution internationale et martiniquaise d’exception.

Cette production ambitieuse, à la fois artistique et mémorielle, réunit institutions culturelles, artistes lyriques, musiciens, danseurs et chœur martiniquais autour d’une œuvre majeure du patrimoine musical afro-américain.

Treemonisha, un opéra afro-américain pionnier

Achevé en 1910 et publié en 1911 par Scott Joplin, Treemonisha est considéré comme l’un des premiers opéras afro-américains de l’histoire. Pionnier de l’opéra noir dit « ragtime », le compositeur cherchait à ouvrir les portes de la musique classique à une époque où cet univers restait largement réservé aux Blancs. À travers cette œuvre, il met en avant des thématiques fortes telles que l’éducation, la dignité humaine et les droits fondamentaux, présentés comme des leviers d’émancipation pour la communauté afro-américaine.

Mais l’opéra dépasse le cadre du ragtime. Par ses rythmes syncopés proches du jazz, ses influences gospel et ses passages inspirés de l’opérette, Treemonisha s’inscrit aujourd’hui comme une œuvre du répertoire international, régulièrement programmée sur les scènes du monde entier.

Treemonisha

Une histoire d’émancipation par l’éducation

L’action de Treemonisha se déroule dans une plantation de l’Arkansas entourée d’une forêt dense, à une période où les anciens propriétaires blancs ont quitté les lieux et où les populations noires s’organisent pour construire une nouvelle société. Ned et son épouse Monisha prennent la direction de la plantation. Désireux de voir naître une génération affranchie des croyances obscurantistes, ils prient pour accueillir un enfant qu’ils pourraient élever dans une éducation saine, sans recours aux superstitions.

Leur souhait se réalise en septembre 1866 lorsqu’ils découvrent un bébé abandonné sous un arbre. Ils l’adoptent et la nomment Treemonisha. Dès l’enfance, la jeune fille travaille pour une famille blanche en échange d’une instruction, l’école étant trop éloignée. Elle devient ainsi la seule personne éduquée du voisinage. Pendant ce temps, trois personnages – Zodzetrick, Luddud et Simon – vivent de la vente de gris-gris et d’exorcismes, maintenant la population dans la peur et l’ignorance. Devenue adulte, Treemonisha choisit l’éducation et la non-violence pour libérer sa communauté de ces pratiques. L’opéra symbolise ainsi la victoire du savoir et de la conscience sur l’obscurantisme.

Treemonisha
Treemonisha

Scott Joplin, figure majeure de la musique américaine

L’œuvre de Scott Joplin a profondément marqué l’histoire de la musique. Le ragtime, dont il est l’un des principaux représentants, a nourri la naissance du jazz et influencé de nombreux compositeurs de musique savante tels que Debussy, Ravel, Milhaud ou Poulenc. La redécouverte de ses compositions au XXe siècle doit beaucoup au cinéma. En 1974, la bande originale du film L’Arnaque (The Sting), inspirée de son œuvre et adaptée par Marvin Hamlisch, remet en lumière son répertoire et participe à sa redécouverte internationale. Deux ans plus tard, en 1976, Scott Joplin reçoit à titre posthume un Prix Pulitzer spécial pour sa contribution exceptionnelle à la musique américaine.

Treemonisha

Qu’est-ce que le ragtime ?

Pour comprendre pleinement Treemonisha, il est essentiel de revenir à la signification du ragtime. Le terme se compose de deux éléments : « rag », qui en argot américain désigne quelque chose de peu de valeur ou un tissu usé, et « time », qui renvoie au temps, à l’époque et à la mesure musicale.

Le ragtime apparaît à la fin du XIXe siècle dans le Midwest des États-Unis. Il se caractérise par un rythme syncopé marqué, principalement joué au piano, mais pouvant être interprété par un orchestre ou une fanfare. Ce style musical constitue l’une des sources majeures du jazz et introduit une liberté rythmique nouvelle dans la musique américaine. En 1974, la musique du film L’Arnaque de George Roy Hill, avec Paul Newman et Robert Redford, inspirée de l’œuvre de Scott Joplin adaptée par Marvin Hamlisch, remporte sept Oscars dont celui du meilleur film. En 1976, Scott Joplin reçoit à titre posthume un Prix Pulitzer spécial pour sa contribution exceptionnelle à la musique américaine.

Une production exceptionnelle en Martinique

La représentation de Treemonisha au Tropiques Atrium réunira une distribution de haut niveau. La célèbre soprano sud-africaine Zandile Mzazi incarnera le rôle principal, entourée d’une distribution essentiellement martiniquaise pour les solistes, danseurs et choristes. La mise en scène originale, créée par Patricia Panton, sera présentée dans le respect de sa vision artistique. Produite pour la première fois à l’Opéra du Cap en Afrique du Sud, puis en France à La Turbie en 2006 et en Martinique en 2009, cette production sera dédiée à sa mémoire après sa disparition le 26 décembre 2025 à Monaco.

La Fondation d’Entreprise SPHERE a souhaité rendre hommage à Patricia Panton en proposant cette nouvelle représentation. Alfredo Troisi, ami proche de la metteuse en scène, a honoré sa dernière volonté en respectant sa mise en scène avec l’assistance d’Hervé-Claude Ilin. Les chorégraphies sont signées Christiane Emmanuel. Décors, costumes et lumières ont été créés par Alfredo Troisi, offrant un dialogue visuel et chorégraphique étroit avec la musique de Scott Joplin.

Treemonisha

Direction musicale et interprètes

L’opéra sera dirigé par Peter Valentovič, entouré de Kodo Yamagishi au piano, des musiciens de l’Orchestre de Presbourg et du Chœur Sainte-Thérèse du Père Élie.

Solistes

Treemonisha – Zandile Mzazi (soprano)
Monisha – Marie-Claude Bottius (soprano)
Lucy – Leïla Brédent (soprano)
Ned – Jean-Loup Pagésy (basse)
Remus – Mathys Lagier (ténor)
Zodzetrick – Steeve Brudey Nelson (baryton)
Andy – Joël O’Cangha (ténor)
Parson Alltalk / Simon – Halidou Nombre (baryton/basse)
Cephus – Elvis Miath (ténor)
Luddud – Alexandre Thésée (baryton)

Compagnie de danse Christiane Emmanuel

Klayd Bonheur, Alison Desort, Livia Gercé, Cathy Magloire, Kaiser Remer, Fabrice Vaillant.

Orchestre de Presbourg

Kodo Yamagishi (piano), Lukáš Szentkereszty (1er violon), Alžbeta Godovičová (2e violon), Martin Mierny (alto), Michal Haring (violoncelle), František Výrostko (contrebasse), Barbora Gálová (flûte), Jozef Kamencay (clarinette), Ľubomír Petic (cor), Richard Gajdos (trompette), Mikuláš Havrila (trombone), Marián Michalec (percussions), Alžbeta Struňáková (hautbois).

Treemonisha

Le Chœur Sainte-Thérèse du Père Élie

Chef de chœur : Guilène Bertrand, originaire de Fort-de-France, engagée dans le chant choral depuis l’âge de 11 ans et dirigeant la chorale Sainte-Thérèse depuis près de quinze ans.

Une production portée par la Fondation SPHERE

Créée en 2004, la Fondation d’Entreprise SPHERE s’est engagée dans le soutien à l’art musical et à la redécouverte d’œuvres majeures tombées dans l’oubli. Elle a contribué à faire revivre Treemonisha de Scott Joplin, mais aussi les quatuors et sonates du Chevalier de Saint-George, l’opéra L’Amant Anonyme, la musique en France et dans les îles au temps de Joséphine, ou encore la carrière internationale de la soprano Christiane Eda-Pierre.

En 2026, la fondation produit l’opéra en hommage à Philippe Persenda et Patricia Panton, poursuivant son travail de transmission du patrimoine musical.

Tropiques Atrium et partenaires culturels

Créé en 2015 de la fusion du CMAC et de L’Atrium, le Tropiques Atrium – Scène nationale est un établissement public de coopération culturelle bénéficiant du label Scène nationale du ministère de la Culture. Doté d’un budget global de 4 millions d’euros et d’une équipe de 32 permanents, il programme environ 160 représentations par saison. Son action vise à accompagner les artistes, renforcer l’éducation artistique et culturelle, développer les partenariats et favoriser la mixité des publics.

L’opéra est coréalisé avec le Tropiques Atrium et coproduit avec l’association Opéra Paris Outre-Mer, passerelle culturelle entre l’hexagone et les territoires ultramarins, qui valorise les artistes lyriques et instrumentistes ultramarins et encourage le dialogue entre répertoire classique et traditions musicales.

Treemonisha sera présenté le samedi 28 février 2026 à 19h30 au Tropiques Atrium – Scène nationale de Fort-de-France pour une représentation unique.

La soprano sud-africaine Zandile Mzazi interprète le rôle de Treemonisha, entourée d’une distribution majoritairement martiniquaise et de l’Orchestre de Presbourg dirigé par Peter Valentovič.

Treemonisha est un opéra en trois actes achevé en 1910 et publié en 1911 par Scott Joplin. Considéré comme l’un des premiers opéras afro-américains, il met en avant l’éducation et l’émancipation face aux superstitions dans une communauté noire américaine après l’esclavage.

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