Trinidad & Tobago fête ses 50 ans de République ce 24 septembre

Foule célébrant le jour de la République à Port of Spain, Trinidad & Tobago

Ce 24 septembre, Trinidad & Tobago souffle cinquante bougies républicaines. En 1976, le pays remplaçait la couronne britannique par une présidence entièrement nationale, quatorze ans après son indépendance. Cinquante ans plus tard, ce jour raconte une nation qui a choisi de se gouverner elle-même, et qui continue de se demander ce que signifie vraiment cette autonomie.

Le 24 septembre 1976, dans l’enceinte du Parlement de Port of Spain, Sir Ellis Clarke prête serment. Il ne jure plus fidélité à un monarque lointain, mais à Trinidad & Tobago elle-même. L’homme n’est pas un inconnu du jour. Natif de Port of Spain, il avait décroché à Saint Mary’s College une bourse d’études en mathématiques avant d’étudier le droit à Londres et d’être admis au barreau de Gray’s Inn. Revenu au pays en 1941, il gravit les échelons de l’administration coloniale, jusqu’à devenir Attorney General à la veille de l’indépendance, puis gouverneur général en 1972. Ce jour-là, il devient le premier président de la toute jeune République, élu à l’unanimité par un collège électoral réunissant les deux chambres du Parlement.

Un serment qui change de destinataire

La République existe, en droit, depuis le 1er août 1976, date d’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution. Mais c’est le 24 septembre, jour où le premier Parlement se réunit sous ce nouveau texte, que le pays fête chaque année comme jour de la République. Le texte est l’aboutissement d’un travail entamé en 1971, quand une commission constitutionnelle présidée par l’ancien juge en chef Sir Hugh Wooding, et composée notamment de Philip Telford Georges, Mitra Sinanan et Michael de la Bastide, est chargée, sous le gouvernement d’Eric Williams, de repenser la Constitution héritée de l’indépendance. Son rapport, remis en 1974, propose une assemblée unique, piste que le Parlement écartera pour garder ses deux chambres.

Ce qui change, en 1976, tient moins aux institutions qu’à leur source. Le gouverneur général représentant la reine cède la place à un président de la République, chef de l’État et commandant en chef, choisi par les Trinidadiens et les Tobagoniens. Le Premier ministre reste à la tête du gouvernement, le Parlement garde ses deux chambres, mais la fidélité prêtée par les responsables publics n’est plus celle d’une colonie à sa métropole.

Sir Ellis Clarke en avait fait une affaire de conscience civique autant que de droit constitutionnel, en insistant sur ce que représentait, pour chaque citoyen, la nouvelle formule du serment. Il exercera deux mandats jusqu’en 1987, avant de décliner un troisième au changement de gouvernement. Sept présidents lui succéderont depuis.

Écoliers agitant des drapeaux de Trinidad & Tobago le jour de la République

Le cinquantenaire d'une République de Trinidad & Tobago toujours en travaux

Cinquante ans plus tard, cette histoire n’est pas qu’un souvenir d’archives. La présidente actuelle, Christine Kangaloo, en fonction depuis 2023, a inauguré cet été, aux côtés du Premier gentilhomme Kerwyn Garcia, une exposition retraçant les grandes étapes de la présidence, intitulée 50 Years, One Republic, Moments that Shaped a Nation, ouverte au public à President’s House.

Elle y a qualifié l’accession au statut de République d’ultime étape vers une pleine autonomie nationale, en rappelant que cette autonomie doit donner à chaque citoyen sa place à la table nationale. Le 27 septembre, quelques jours après la fête nationale, un concert de steelpan réunissant l’orchestre Republic Bank Exodus doit clôturer les célébrations du jubilé, sur les pelouses de President’s House, l’instrument emblématique du pays mis à l’honneur d’une République qu’il a aidé à faire connaître dans le monde.

Orchestre de steelpan jouant lors des célébrations du cinquantenaire de la République à Trinidad & Tobago

Le jour de la République n’a d’ailleurs pas toujours été un rendez-vous fixe du calendrier national. Retiré des jours fériés entre 1999 et 2001 pour laisser place à la journée de libération des baptistes spirituels, il n’a été réintégré qu’en 2002, preuve que cette mémoire républicaine a, elle aussi, fait débat. Le soir du 24 septembre, comme chaque année, la présidente remet les plus hautes distinctions du pays, dont l’Ordre de la République de Trinidad & Tobago.

Mais le cinquantenaire pousse aussi à une question moins protocolaire, que la Première ministre Kamla Persad-Bissessar posait récemment devant les Nations unies : comment un petit pays souverain tient-il sa place dans un monde de rapports de force, sans renoncer à coopérer avec ses voisins sur des menaces qui ignorent les frontières. Cinquante ans après le serment de Sir Ellis Clarke, la République de Trinidad & Tobago se raconte encore comme un travail en cours.

Skyline de Port of Spain, capitale de Trinidad & Tobago
Vue aérienne de Port of Spain, Trinidad & Tobago
Danseurs de Carnaval en costumes de plumes bleues à Trinidad & Tobago
Danseuses de Carnaval en costumes de plumes roses à Trinidad & Tobago

La Constitution républicaine est entrée en vigueur le 1er août 1976, mais le pays célèbre le jour de la République chaque 24 septembre, date à laquelle le premier Parlement s’est réuni sous ce nouveau texte.

Sir Ellis Clarke, ancien gouverneur général et Attorney General, est devenu le premier président de la République le 24 septembre 1976, élu à l’unanimité par le collège électoral parlementaire.

La présidente Christine Kangaloo a inauguré l’exposition « 50 Years, One Republic » à President’s House, suivie le 27 septembre d’un concert de steelpan avec l’orchestre Republic Bank Exodus.

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