Umana Yana, le monument guyanien bâti en 80 jours par les Wai-Wai

Le Umana Yana, monument circulaire en bois et palmes à Georgetown, au Guyana

Le Umana Yana est un monument national de Georgetown, au Guyana, bâti en 1972 en seulement 80 jours par une soixantaine d’artisans wai-wai. Ce bâtiment circulaire, taillé dans le bois et la feuille de palmier, a accueilli la première conférence des pays non-alignés organisée dans l’hémisphère occidental. Détruit par un incendie en 2014, le Umana Yana a été reconstruit et reste aujourd’hui un lieu d’exposition au cœur de la capitale guyanienne.

Le Umana Yana, un chantier de 80 jours mené par les Wai-Wai

En 1972, à Georgetown, au Guyana, une soixantaine d’artisans wai-wai arrivent de l’intérieur du pays pour un chantier inhabituel. Le peuple wai-wai vit d’ordinaire dans l’extrême sud de la savane du Rupununi, à des centaines de kilomètres de la capitale, loin de l’étroite bande côtière où se concentre la majorité de la population guyanienne. Ces artisans grimpent sur des perches lisses avec une agilité que les témoins de l’époque jugent remarquable.

Le chantier est mené par un chef wai-wai nommé Elka, avec l’appui du ministère des Affaires étrangères et du département du développement de l’intérieur. En 80 jours, cette équipe construit le Umana Yana, un bâtiment circulaire d’environ 26,8 mètres de diamètre, inauguré le 8 août 1972 à Georgetown.

Le Umana Yana, monument circulaire en bois et palmes à Georgetown, au Guyana
Toiture en feuilles de palmier du Umana Yana, à Georgetown, au Guyana

Georgetown, 1972, un monument pour la diplomatie non-alignée

Le Umana Yana est construit dans le quartier de Kingston, à Georgetown, pour accueillir la conférence des ministres des Affaires étrangères des pays non-alignés. Georgetown, capitale du Guyana, s’étend en grande partie sous le niveau de la mer et reste protégée par une digue héritée de l’époque coloniale, dans une ville connue pour ses maisons en bois. Le Umana Yana, construit sans mur ni fondation en dur, tranche avec ce paysage urbain colonial.

La conférence qu’il accueille est la première réunion du mouvement des non-alignés jamais tenue dans l’hémisphère occidental, un mouvement qui rassemble alors, en pleine guerre froide, des États refusant de choisir un camp entre le bloc occidental et le bloc soviétique. Le choix d’un bâtiment traditionnel amérindien pour recevoir des chefs de la diplomatie mondiale n’a rien d’anodin en 1972, six ans après l’indépendance du Guyana, proclamée le 26 mai 1966. Le Umana Yana devient alors une vitrine du savoir-faire autochtone guyanien, à un moment où le jeune État cherche à affirmer son identité sur la scène internationale. Plus récemment, le Guyana s’est aussi distingué à l’international en devenant le Guyana, premier pays au monde à atteindre l’autosuffisance alimentaire.

Panneau du National Trust présentant le Umana Yana, à Georgetown

Une architecture presque sans clou

Le Umana Yana est construit à partir de perches, de jeunes bois ronds, de lianes et de feuilles de troolie, un palmier local. Cette technique de construction est celle que les Wai-Wai emploient traditionnellement pour leurs propres habitations dans la savane du Rupununi, transposée ici à l’échelle d’un monument national. Des clous ont finalement été ajoutés pour fixer la toiture face au vent, un choix qui s’écarte de la méthode traditionnelle sans clou utilisée pour le reste de la structure. Le nom Umana Yana viendrait d’un mot wai-wai signifiant lieu de rencontre du peuple, une traduction reprise par plusieurs sources mais non confirmée par une institution officielle à ce jour.

Monument à la libération africaine, à Georgetown, au Guyana

Un peuple reconnu pour son savoir-faire

Le peuple wai-wai n’est pas seulement connu pour la construction du Umana Yana. Il est aussi réputé pour son travail du tissage et des perles, avec des vêtements de coton et des parures perlées transmis de génération en génération dans la savane du Rupununi. Le Guyana reconnaît aujourd’hui neuf nations amérindiennes distinctes, installées dans les dix régions administratives du pays. Les Wai-Wai en sont l’une des plus isolées géographiquement, et l’une des rares dont le savoir-faire porte, à Georgetown même, un monument national.

L'incendie de 2014 et la renaissance du Umana Yana

Le 9 septembre 2014, entre 15h25 et 15h29, un incendie détruit le Umana Yana. La cause est probablement électrique. Bâtiment patrimonial jugé important par les autorités guyaniennes, sa reconstruction tarde pourtant à démarrer, freinée par des arbitrages budgétaires et politiques. Les travaux commencent finalement fin 2015 et s’achèvent en 2016. Des artisans wai-wai se disent prêts à participer eux-mêmes à cette reconstruction, fidèles à la technique de leurs aînés, pour que Georgetown retrouve son monument.

Plaque historique du Umana Yana, à Georgetown, au Guyana

Le patrimoine amérindien du Guyana en 2026

Le Guyana a ouvert le 1er septembre 2026 son mois du patrimoine amérindien, sur le thème officiel de son jubilé de diamant, soixante ans après l’indépendance du 26 mai 1966. Le président Irfaan Ali a inauguré cette édition 2026 au Sophia Exhibition Complex de Georgetown. Le Umana Yana n’est pas cité dans cette annonce officielle, mais ce monument résume à lui seul ce que célèbre le mois du patrimoine amérindien, un savoir-faire autochtone devenu symbole national, planté au cœur même de la capitale plutôt que relégué à l’intérieur du pays.

Une transmission encore à écrire

Le Umana Yana sert aujourd’hui de lieu d’exposition et de conférence à Georgetown, tout près d’un grand hôtel de la capitale. Le bâtiment a traversé un incendie, une reconstruction, six décennies d’histoire guyanienne, sans jamais quitter son quartier de Kingston.

Il reste, au milieu des maisons en bois de la vieille ville coloniale, l’un des rares monuments de Georgetown à raconter le Guyana de l’intérieur des terres plutôt que celui de la côte. Ce qui reste incertain, c’est la suite. Les artisans wai-wai qui ont participé à la reconstruction de 2015-2016 transmettent-ils encore cette technique de construction aux générations plus jeunes de leur communauté, dans la savane du Rupununi ? La question reste ouverte, à l’image d’un monument qui continue de porter, sans un mot, la mémoire d’un peuple.

Le Umana Yana est un monument national situé à Georgetown, au Guyana, construit en 1972 par des artisans wai-wai. Ce bâtiment circulaire sert aujourd’hui de lieu d’exposition et de conférence.

Le Umana Yana a été construit par une soixantaine d’artisans amérindiens wai-wai, originaires de la savane du Rupununi, au sud du Guyana. Le chantier a été mené par un chef wai-wai nommé Elka.

Le Umana Yana a été construit pour accueillir, en 1972, la première conférence des ministres des Affaires étrangères des pays non-alignés organisée dans l’hémisphère occidental.

Oui, un incendie a détruit le Umana Yana le 9 septembre 2014. Le monument a été reconstruit entre fin 2015 et 2016.

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