Mighty Sparrow : Mia Mottley propose d’étudier « The Slave »

Pochette de l'album The Slave de Mighty Sparrow, avec son portrait en noir et blanc, costume et nœud papillon

Mia Mottley a ouvert son hommage à Mighty Sparrow en citant « The Slave », chanson de 1963. Aux funérailles du calypsonien, le 16 octobre 2026, elle a demandé son entrée dans les programmes du Caribbean Examinations Council. Une idée qui pose une question simple, celle de la place des voix caribéennes à l’école.

Mia Mottley a ouvert son hommage à Mighty Sparrow en citant les vers de « The Slave ». Le 16 octobre 2026, à la National Academy for the Performing Arts de Port-d’Espagne, la Première ministre de la Barbade a ensuite demandé que cette chanson de 1963 entre dans les programmes du Caribbean Examinations Council (CXC). Elle voulait que chaque enfant de la région en comprenne à la fois la douleur et la mission. Elle s’est tournée vers Kamla Persad-Bissessar, Première ministre de Trinidad & Tobago, pour convaincre ensemble leurs homologues. Celle-ci a répondu qu’elle travaillerait avec ses collègues caribéens. Le CXC, lui, n’a encore pris aucune décision.

Pourquoi Mia Mottley veut faire étudier Mighty Sparrow

Pour la Première ministre, les chansons de Mighty Sparrow documentent la vie des sociétés caribéennes. Au-delà du divertissement, le calypso a permis de raconter les injustices, de questionner le pouvoir et de dire les aspirations populaires. Mia Mottley a aussi salué l’art du picong, ces joutes verbales piquantes qui font partie de la culture caribéenne. Elle a rappelé « Dan Is the Man in the Van », une satire de l’éducation coloniale. Mighty Sparrow y tournait en dérision les comptines et les récits appris à l’école, loin du quotidien des enfants. Le rapprochement est frappant. Un artiste qui interrogeait ce que l’école transmettait pourrait aujourd’hui y entrer.

Mia Mottley derrière un pupitre en bois sur scène, devant un micro
Mia Mottley © Mia Mottley – Instagram

« The Slave » de Mighty Sparrow, une histoire de l'esclavage en chanson

Enregistrée en 1963, « The Slave » donne la parole à un homme capturé en Afrique et conduit aux Antilles. Il y travaille sans salaire, redoute le fouet et les chiens, et rêve de s’enfuir. La chanson raconte même, à sa façon, comment le calypso serait né, de chants lancés par les captifs à leur maître pour se faire entendre.

Pochette de l'album The Slave de Mighty Sparrow, avec son portrait en noir et blanc, costume et nœud papillon
Pochette de l'album « The Slave » de Mighty Sparrow © Modern Harmonic

Il s’agit pourtant d’une création artistique, et non du témoignage d’une personne ayant vécu l’esclavage. En classe, elle gagnerait à être étudiée avec des documents historiques. Le contexte compte aussi. Trinidad & Tobago venait d’accéder à l’indépendance en 1962. Dans cette période où un pays se racontait lui-même, la chanson posait la question de la place des Caribéens dans leur propre récit.

Le calypso est-il déjà présent dans les programmes scolaires ?

Créé en 1972 par les gouvernements participants de la CARICOM, le CXC compte seize pays participants, tous anglophones. Il travaille aussi avec Curaçao, Saba, Saint-Eustache, Sint-Maarten et le Suriname. Ses examens secondaires, le CSEC, existent depuis 1979. La Martinique et la Guadeloupe n’en font pas partie.

Mighty Sparrow n’est d’ailleurs pas un inconnu du CXC. Son nom figure parmi les artistes de calypso du syllabus de musique du CSEC. L’enjeu n’est donc pas de faire découvrir l’artiste aux élèves, mais de donner à une chanson précise une place explicite dans l’enseignement de l’histoire et de la mémoire. Reste à déterminer dans quelle matière « The Slave » pourrait être enseignée, auprès de quels élèves et avec quels supports. Ces questions n’ont pas encore reçu de réponse officielle.

Une chanson peut-elle transmettre une mémoire commune ?

Les chansons circulent dans les fêtes, les familles et les rues. Elles restent en mémoire longtemps après la fin d’un cours. Les étudier à l’école pourrait relier cette familiarité à une réflexion sur l’histoire, les mots et la liberté. Mighty Sparrow appartenait à plusieurs îles à la fois. Né à la Grenade en 1935, il a grandi à Trinidad, où le gouvernement a organisé avec sa famille un adieu national. Le même jour, Kamla Persad-Bissessar a annoncé que la tribune du Queen’s Park Savannah porterait le nom de Mighty Sparrow.

Richès Karayib a déjà retracé le parcours de Mighty Sparrow, disparu le 27 septembre 2026 à 91 ans. La proposition de Mia Mottley ouvre maintenant un autre chapitre. Après les hommages, quelle place les écoles caribéennes choisiront-elles de donner aux artistes qui ont raconté leur société ?

Portrait en noir et blanc de Mighty Sparrow, souriant, en chemise blanche
Mighty Sparrow, photo d'archive © @themightysparrow_sf / Instagram

Questions fréquentes

Lors des funérailles de Mighty Sparrow, le 16 octobre 2026, Mia Mottley a demandé que « The Slave » devienne un élément central des programmes du Caribbean Examinations Council. Elle souhaite que chaque élève caribéen en comprenne le message. Le CXC n’a pris aucune décision à ce jour.

« The Slave » est une chanson de calypso enregistrée en 1963 par Mighty Sparrow. Elle donne la parole à un homme capturé en Afrique et conduit aux Antilles, qui subit le travail forcé et rêve de liberté. C’est une œuvre artistique, et non un témoignage historique direct.

Le Caribbean Examinations Council (CXC) est un organisme régional créé en 1972 par les gouvernements participants de la CARICOM. Il élabore des programmes et organise des examens, dont le CSEC depuis 1979, pour seize pays participants. La Martinique et la Guadeloupe n’en font pas partie.

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