Mighty Sparrow, de Grand Roy à Port of Spain, 91 ans de calypso

Mighty Sparrow sur scène, micro à la main, en veste noire à motifs argentés

Né à Grenade en 1935, arrivé tout petit à Trinité et mort à New York le 27 septembre 2026, Mighty Sparrow laisse huit couronnes de Calypso Monarch et huit victoires au Road March. Il laisse aussi des chansons qui tendaient un miroir à la vie ordinaire.

En 1956, les tribunes de la finale du Calypso King se mettent à gronder dès le premier couplet. C’est du moins ainsi que Mighty Sparrow l’a raconté, des années plus tard, à propos de « Jean and Dinah ». Le jeune chanteur a une vingtaine d’années. Sa chanson parle du départ des militaires américains de Trinité et de ses conséquences pour les femmes installées autour de la base de Chaguaramas. Elle lui rapporte deux titres la même année, le Calypso King et le Road March, mais seulement 40 dollars.

Ce maigre gain inspire sa chanson suivante, « Carnival Boycott », une protestation contre la faible rémunération des calypsoniens. Dès ses débuts, Mighty Sparrow réclame donc une juste paie pour ceux qui font de la chanson un métier. Il boycottera lui-même les concours du Carnival pendant trois ans. « Jean and Dinah » sera plus tard reprise par Harry Belafonte et Robert Mitchum.

Photo d’archive en noir et blanc de Mighty Sparrow chantant au micro devant un public
Mighty Sparrow devant son public, photo d’archive © @themightysparrow_sf / Instagram

De Grand Roy à Laventille

Slinger Francisco naît le 9 juillet 1935 à Grand Roy, dans la paroisse de St John, à Grenade. Il est encore un tout petit enfant, vers 1937, quand sa famille s’installe à Trinité, où son père, charpentier, a trouvé du travail. Il grandit à Laventille, près de Port of Spain. À l’école, il chante dans une chorale. À 14 ans, il rejoint un steel band, ces orchestres de percussions sur fûts d’acier qui font vibrer le Carnival. Ses prestations très énergiques lui valent un premier nom de scène, Little Sparrow, que l’on transformera ensuite en Mighty Sparrow.

Photo d’archive en noir et blanc : une foule rassemblée autour d’une guitare, un jeune homme couronné au centre
Photo d’archive, foule autour d’une guitare © @themightysparrow_sf / Instagram

Mighty Sparrow, huit couronnes et un public mondial

Mighty Sparrow a remporté huit fois le titre de Calypso Monarch et huit fois le Road March, la chanson la plus jouée par les orchestres de rue pendant le Carnival. Ses Road March sont devenus des classiques, de « Jean and Dinah » en 1956 à « Pay As You Earn » en 1958, « Mae Mae » en 1960, « Obeah Wedding » en 1966, « Sa Sa Yea » en 1969, « Drunk and Disorderly » en 1972 et « Doh Back Back » en 1984. Il a aussi gagné deux fois le Calypso King of Kings.

La carrière de Mighty Sparrow s’étend sur plus de sept décennies, avec plus de 500 compositions. En 1969, avec Byron Lee, il enregistre « Only A Fool Breaks His Own Heart ». Il tourne ensuite aux États-Unis, du Madison Square Garden au Lincoln Center, jusqu’à plus de 80 ans. En 1990, il se produit pour Nelson Mandela au Yankee Stadium.

Photo d’archive en noir et blanc de Mighty Sparrow coiffé d’un chapeau, devant un autobus
Mighty Sparrow coiffé d’un chapeau, photo d’archive © @themightysparrow_sf / Instagram

Les honneurs suivent. L’Université des Indes occidentales lui décerne un doctorat honoris causa en 1987. Trinité-et-Tobago lui remet la Chaconia Medal d’or en 1993, puis l’Ordre de la République en 2014. Il est aussi nommé Officier de l’Ordre de l’Empire britannique. Mighty Sparrow a enregistré en yoruba, en créole, en français, en espagnol et en néerlandais. Il a reçu au Nigeria le titre honorifique yoruba de Chief Omo Wale of Ikoyi. Bob Dylan, dans le livret de son coffret Biograph en 1985, a écrit que Mighty Sparrow était, et restait probablement, le roi.

Pochette de l’album Sweeter Than Ever : Sparrow, casque sur les oreilles, devant un micro de studio
Pochette de l’album « Sweeter Than Ever » de Sparrow © @themightysparrow_sf / Instagram

Une voix pour la vie ordinaire

Ses chansons parlent d’amour et de rivalités, de politique et de superstitions, d’argent et de morale. Leurs titres vont de « Mr. Walker » à « Capitalism Gone Mad », en 1983. Pour la présidente de Trinité-et-Tobago, Christine Kangaloo, il a donné pendant plus de sept décennies une mélodie et des mots à « nos joies, nos contradictions, notre humour et notre conscience ». Tout n’a pas fait consensus. « Congo Man », sortie en 1965, a été critiquée pour ses propos sur les femmes et sur les Africains, puis longtemps interdite de diffusion. Cette ombre fait partie de son histoire, comme sa liberté de ton.

Portrait de studio en noir et blanc de Mighty Sparrow, souriant, chemise blanche ouverte
Portrait de Mighty Sparrow en noir et blanc © @themightysparrow_sf / Instagram

Un adieu préparé par l'État

Mighty Sparrow est mort le 27 septembre 2026 à New York, à 91 ans, après une brève maladie, a indiqué sa famille. Elle rappelle qu’il était aussi un mari, un père, un grand-père et un arrière-grand-père. Trinité-et-Tobago lui prépare des funérailles assistées par l’État, annoncées le 30 septembre par la ministre de la Culture, Michelle Benjamin. La date n’est pas fixée. Des livres de condoléances sont ouverts du 1er au 14 octobre, et le Calypso History Month, qui commence le 1er octobre, sera observé à sa mémoire.

La ministre résume l’artiste en deux idées. Il chantait la vérité quand d’autres se taisaient, a-t-elle dit, et ses chansons permettaient aux gens ordinaires de reconnaître leur propre vie. Le Premier ministre grenadien, Dickon Mitchell, a trouvé la formule qui réunit ses deux îles. « La Grenade lui a donné sa naissance. Trinité-et-Tobago a nourri son talent. »

Reste à savoir où et quand le pays lui dira adieu. Les livres de condoléances sont ouverts et le mois du calypso a commencé. Il suffit peut-être de réécouter « Jean and Dinah » pour entendre ce que Trinité a reconnu en lui dès 1956.

Mighty Sparrow chantant au micro lors d’un concert, veste marron et chemise sombre
Mighty Sparrow en concert © @themightysparrow_sf / Instagram

Questions fréquentes sur Mighty Sparrow

Mighty Sparrow, de son vrai nom Slinger Francisco, était un calypsonien né à Grenade et élevé à Trinité. Il est mort le 27 septembre 2026 à New York, à 91 ans, après huit titres de Calypso Monarch et huit Road March.

Il est né le 9 juillet 1935 à Grand Roy, dans la paroisse de St John, à Grenade. Il est arrivé tout petit à Trinité, où son père, charpentier, avait trouvé du travail.

La date n’est pas fixée. La ministre de la Culture Michelle Benjamin a annoncé le 30 septembre 2026 des funérailles assistées par l’État, et des livres de condoléances sont ouverts du 1er au 14 octobre.

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