« All me labour gone in Maxwell Pond » se dit à la Barbade quand un effort, ou de l’argent, est perdu pour rien. Littéralement, tout mon labeur est parti dans l’étang de Maxwell. Cette expression barbadienne, formulée dans l’anglais créole de l’île, nomme un étang précis. Pourtant, aucun étang de ce nom n’a jamais été identifié.
« All me labour gone in Maxwell Pond », que veut dire ce proverbe bajan ?
Le proverbe dit une perte, et sa forme change d’une bouche à l’autre. « All yuh labour gone in Maxwell pond » s’adresse à quelqu’un dont le travail est parti pour rien. « All his money gone in Maxwell pond » parle de l’argent d’un autre, englouti dans une affaire. Le sens flotte donc entre deux pertes, celle du labeur et celle de l’argent.
Dans tous les cas, « All me labour gone in Maxwell Pond » exprime la même amertume, celle d’avoir tout donné pour rien. Il désigne en particulier un investissement malheureux, une somme ou une énergie placées au mauvais endroit. L’image de l’étang y ajoute sa force, puisqu’une eau où l’on jette quelque chose ne le rend plus.
Le chasseur de grenouilles et le vendeur de pain
Deux récits expliquent la formule. Dans le premier, un chasseur de grenouilles se tient un jour au bord de l’étang de Maxwell. Il laisse tomber son sac à moitié plein, sans penser qu’il est ouvert. Toutes les grenouilles s’échappent dans l’eau. Elles comptaient, car elles aidaient à chasser les insectes sans pesticide. Le chasseur lâche alors la phrase qui deviendra le proverbe, « All me labour gone in Maxwell Pond », tout mon labeur est parti dans l’étang.
Le second récit change de lieu et de scène. Dans « All o’ me labour gone in Lowther’s Pond », un vendeur de pain prend à la lettre le conseil de l’Ecclésiaste, qui invite à jeter son pain sur les eaux. Il vide un plateau dans l’étang de Lowther’s, puis revient chaque jour voir si le pain lui revient. Lowther’s est un autre domaine de Christ Church, qui couvrait 214 acres au XVIIe siècle. Il est passé par mariage à Robert Lowther, gouverneur de la Barbade de 1711 à 1720. En 1832, 222 personnes réduites en esclavage y sont enregistrées, contre 118 en 1758.
Ces deux récits partagent la même logique. Un geste maladroit ou naïf, une eau qui garde tout, et un travail qui ne revient pas. Le proverbe existe ainsi en deux versions, Maxwell et Lowther’s, deux domaines de la même paroisse de Christ Church.
« All me labour gone in Maxwell Pond », un nom de domaine sucrier
Dans « All me labour gone in Maxwell Pond », Maxwell n’est pas un nom inventé. Il désigne un ancien domaine sucrier de la paroisse de Christ Church, au sud de l’île. Un Thomas Maxwell, mort entre 1745 et 1751, en aurait été le propriétaire. Après lui, le domaine change plusieurs fois de mains.
Le domaine compte 234 personnes réduites en esclavage en 1817, puis 321 en 1832. En 1913, le domaine existe encore sous le nom de Maxwell, propriété d’un certain Jackman. À l’abolition, son propriétaire de l’époque, William Thomas Sharp, reçoit une indemnité de 5 394 livres. Le mot « labour » prend ici le poids d’un travail qui, sur un domaine sucrier, se comptait en centaines de vies.
Le proverbe garde ainsi un pied dans la réalité de l’économie sucrière. « All me labour gone in Maxwell Pond » nomme un lieu précis de Christ Church, mais l’étang, lui, reste introuvable. Dans la bouche des Barbadiens, le nom d’un domaine sucrier est devenu l’image d’un effort perdu.
Maxwell n’est pas seul, les proverbes bajans aiment les noms de lieux
Au moins sept proverbes bajans, dont « All me labour gone in Maxwell Pond », reposent sur un nom de lieu. « He gine promise you Drax Hall and Kendal » se moque des promesses creuses, en offrant deux des plus grandes plantations de l’île. « You don’t tek down Drax Hall to fix Kendal » rappelle qu’on ne détruit pas un bien précieux pour en réparer un moindre. « Dis place hot as Mapp’s millyard » décrit un endroit brûlant. « Dem does work at Idle Hall » désigne ceux qui n’ont pas d’emploi, comme s’ils travaillaient dans un lieu imaginaire. Un chien du Lazaretto, ancien asile pour lépreux, meurt, lui, au phare de Ragged Point, à l’extrémité est de l’île.
Ces proverbes dessinent une carte de la Barbade où chaque nom de lieu cache une histoire, et où le parler quotidien garde la mémoire des domaines. Pour « All me labour gone in Maxwell Pond », l’étang reste à trouver. Quels autres noms de lieux la Caraïbe a-t-elle gardés dans ses proverbes ?
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Questions fréquentes
C’est un proverbe de la Barbade qui signifie qu’un effort ou de l’argent a été perdu pour rien. Il s’emploie en particulier pour un investissement malheureux.
Aucun étang de ce nom n’a été identifié. Le proverbe est associé à l’ancien domaine sucrier de Maxwell, dans la paroisse de Christ Church, au sud de la Barbade.
Maxwell est le nom d’un ancien domaine sucrier de la paroisse de Christ Church. Un Thomas Maxwell, mort entre 1745 et 1751, en aurait été le propriétaire, et le domaine a ensuite changé plusieurs fois de mains.