« Après Bondie, c’est la Ter » : après Dieu, la Dominique choisit la terre

Blason de la Dominique avec la devise Après Bondie c'est la Ter sur son ruban, entre deux perroquets sisserou

Sous l’écu du blason de la Dominique, un ruban porte une phrase en kwéyòl. « Après Bondie, c’est la Ter ». Après Dieu, la terre, ou « after God the Earth » dans la traduction anglaise officielle. Cinq mots d’un créole à base française, et une hiérarchie nette. Au rang qui suit Dieu, la Dominique a placé le sol.

« Après Bondie, c'est la Ter », un ordre des choses

« Bondie » est le bon Dieu des créoles français. « Après » place la suite immédiatement derrière. Le verbe « c’est » affirme. La phrase ne demande rien, elle constate. Elle dit ce qui compte dans une île volcanique dont l’économie repose sur l’agriculture.

Le blason l’illustre mot à mot. Deux de ses quatre quartiers montrent un arbre sur une butte de roche noire, le cocotier d’un côté, le bananier chargé de fruits de l’autre. Le noir est celui du sol volcanique. Le canoë à voile du troisième quartier rappelle la mer, le crapaud de la Dominique occupe le deuxième. La croix de l’écu renvoie au dimanche de la découverte qui a donné son nom à l’île. Deux sisserou, le perroquet national, tiennent l’ensemble. Sur le drapeau, œuvre d’Alwin Bully, la bande noire dit la même chose, la terre noire dont dépend l’agriculture.

Drapeau de la Dominique : croix tricolore jaune, noire et blanche sur fond vert, avec le perroquet sisserou au centre d'un disque rouge entouré de dix étoiles vertes
Le drapeau de la Dominique, œuvre d'Alwin Bully : sa bande noire évoque la terre.

Un blason de 1960, une devise sans signature

Le blason est conçu en 1960, l’année où Franklin Baron devient le premier Chief Minister de la Dominique, dix-huit ans avant l’indépendance de 1978. Il est enregistré en 1961 au College of Arms, à Londres. Une île encore coloniale choisit donc de se résumer par un sol, un fruit, une mer et une langue. Qui a trouvé la formule ? On l’ignore. Elle n’a pas d’auteur identifié, ce qui lui donne un air de proverbe, de ceux que l’on dit sans savoir qui les a dits en premier. Elle appartient à tout le monde, et c’est sans doute pour cela qu’elle tient.

Pourquoi la terre, et pas autre chose

Parce que la Dominique a longtemps vécu de la banane. En 1988, l’île en exporte 74 200 tonnes, pour plus de 100 millions de dollars des Caraïbes orientales. En 1999, il n’en reste que 27 776 tonnes. La production a chuté de 63 %, et la valeur des exportations de 62 %. Au milieu des années 1990, la Dominique, qui vendait plus de produits agricoles qu’elle n’en achetait, en achète désormais davantage.

La banane reste pourtant la première culture de l’île, et fait vivre, directement ou indirectement, plus d’un tiers de la main-d’œuvre. Le bananier du blason n’est donc pas un décor. Il raconte une économie, ses petits planteurs, ses années fastes et ses lendemains difficiles. La devise, elle, dit pourquoi l’île y revient toujours. Quand le marché se retire, la terre reste.

Bananiers chargés de fruits sur une pente volcanique de la Dominique, avec la mer et les montagnes dans la brume au lever du soleil
La banane reste la première culture de la Dominique.

« Après Bondie, c'est la Ter » après Maria

Le 18 septembre 2017, l’ouragan Maria rappelle ce que la phrase veut dire. Les évaluations menées ensuite estiment que 80 à 100 % des racines, des légumes, des bananes et des plantains ont été détruits. Les dommages et pertes de l’agriculture atteignent 485 millions de dollars des Caraïbes orientales, soit près de 180 millions de dollars américains. Replanter n’est pas un choix de saison. C’est la seule façon de recommencer. Depuis, la devise se lit autrement. Pour le 44e anniversaire de l’indépendance, en 2022, la presse locale y voyait un idéal, celui de prendre soin de la terre pour qu’elle prenne soin de ceux qui y vivent.

Deux agriculteurs replantant de jeunes bananiers dans une terre volcanique sur une pente de la Dominique, face à la mer et aux montagnes

Une devise dite en kwéyòl

L’anglais est la langue officielle de la Dominique. Pourtant la devise nationale est en kwéyòl, la langue née sur les plantations des XVIIe et XVIIIe siècles. Le choix a du poids. Le symbole le plus officiel de l’île parle dans la langue de ceux qui travaillaient les plantations. Il garde aussi la trace de son époque. L’alphabet standard du kwéyòl n’est fixé qu’en 1981 et 1982, lors d’ateliers à Sainte-Lucie. La devise, antérieure, conserve le « c » de « c’est », que cet alphabet a abandonné. Le blason écrit « C’est la Ter », sans le « e » final. Richès Karayib retient « terre », plus lisible pour un lecteur francophone, sans prétendre que c’est la seule graphie possible.

Que demande la terre aujourd'hui ?

« Après Bondie, c’est la Ter » ne promet rien. Elle fixe un ordre de priorités, qui a traversé l’indépendance, la chute de la banane et un ouragan. Reste une question, que chaque génération de planteurs dominiquais se pose à son tour. Que doit-on à une terre que l’on place si haut ?

Agricultrice dominiquaise accroupie dans un champ, tenant dans ses mains une poignée de terre noire, avec des bananiers et la mer en arrière-plan

Questions fréquentes

Cette formule signifie « après Dieu, la terre ». C’est la devise nationale de la Dominique, inscrite sous le blason. Le gouvernement dominiquais la traduit par « after God the Earth » et la relie à l’importance du sol dans une économie agricole.

La devise est écrite en kwéyòl, un créole à base française. L’anglais reste la langue officielle du pays. L’orthographe du blason n’est pas celle de l’alphabet standard du kwéyòl, fixé en 1981 et 1982.

Le blason a été conçu en 1960 et enregistré au College of Arms de Londres en 1961. L’auteur de la devise n’est pas identifié.

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