La Martinique siège pour la première fois à la CARICOM : une étape historique pour son ancrage régional caribéen

CARICOM

À Sainte-Lucie, la cérémonie d’ouverture de la 51e réunion des chefs de gouvernement de la CARICOM a marqué la première participation officielle de la Martinique comme membre associé, ouvrant une nouvelle étape dans son intégration régionale.

Une première participation officielle après plusieurs années de démarches

La cérémonie d’ouverture de la 51e réunion ordinaire de la Conférence des chefs de gouvernement de la CARICOM, organisée le 5 juillet à Sainte-Lucie, a marqué une étape historique pour la Martinique. Pour la première fois, le territoire a officiellement siégé au sein de la Communauté caribéenne en qualité de membre associé, après l’entrée en vigueur de son adhésion le 16 juin 2026.

Cette participation donne une portée concrète à une trajectoire engagée depuis plusieurs années. Elle intervient après la signature, le 20 février 2025 à Bridgetown, de l’accord d’adhésion de la Martinique en qualité de membre associé, puis la ratification, par la France, de l’accord sur les privilèges et immunités de la CARICOM. Cette étape juridique a ouvert la voie à la participation officielle du territoire à cette 51e réunion des chefs de gouvernement, organisée du 5 au 8 juillet 2026 à Sainte-Lucie.

Cette séquence s’inscrit également dans une dynamique plus large d’ouverture de la CARICOM aux territoires français de la Caraïbe et de l’Amazonie. La Guyane française devrait, à son tour, franchir une étape décisive avec la signature attendue de son accord d’adhésion le 7 juillet.

CARICOM

Les grands défis régionaux au cœur de la 51e réunion

Réunis sous le thème « CARICOM : de la résilience au renouveau dans un monde en mutation », les chefs de gouvernement ont placé au cœur de leurs échanges les grands défis contemporains de la région : sécurité, changement climatique, intégration économique, libre circulation, sécurité alimentaire, jeunesse, coopération institutionnelle, transformation numérique et renforcement du marché unique caribéen.

Serge Letchimy : « Maintenant, il faut passer aux actes »

Pour Serge Letchimy, président du Conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Martinique, ce moment dépasse largement la dimension protocolaire. Il constitue l’aboutissement d’un long chemin politique, institutionnel et diplomatique, mais surtout le début d’une nouvelle responsabilité régionale.

« Il a fallu beaucoup d’années pour que nous soyons acceptés à la CARICOM. Cela montre la difficulté d’appartenir à un double ensemble. Mais aujourd’hui, on y est », a-t-il déclaré à Sainte-Lucie. « Il ne s’agit pas de fêter cela comme un aboutissement. Ce n’est qu’un début. Maintenant, il faut passer aux actes. Il faut que les entreprises, les financements et les investissements viennent. »

CARICOM
@richeskarayib

La double appartenance comme levier stratégique pour la Martinique

Cette entrée de la Martinique au sein de la CARICOM ouvre une perspective inédite : celle d’un territoire capable d’articuler son appartenance à la République française et à l’Union européenne avec une présence plus active dans son espace géographique naturel, la Caraïbe. Pour Serge Letchimy, cette double appartenance peut devenir un levier stratégique, à condition d’être pensée comme une force et non comme une contrainte.

« Appartenir à deux marchés en même temps, le marché de la CARICOM et le marché de l’Union européenne, c’est quelque chose d’exceptionnel », a-t-il souligné. Il a également insisté sur la nécessité pour les territoires français de la Caraïbe et de l’Amazonie de mieux intégrer la nouvelle réalité du multilatéralisme régional : « Ce n’est pas la seule appartenance à l’Europe qui règle le problème. L’Europe est très loin. Aujourd’hui, les relations se régionalisent par bassin : bassin pacifique, bassin atlantique, bassin caribéen. Si vous êtes absent de cette nouvelle dimension, vous êtes en grande difficulté. »

Terrance Drew défend une Caraïbe plus forte ensemble

Pour le Premier ministre de Saint-Kitts-et-Nevis, Dr Terrance Drew, président sortant de la CARICOM, l’arrivée de la Martinique illustre la vocation profonde de l’organisation : rassembler les pays et territoires de la Caraïbe autour d’un projet d’intégration concret, au service des populations. Il a rappelé que la CARICOM repose sur une conviction fondamentale : la région est plus forte lorsqu’elle agit ensemble.

« Nous sommes convaincu que nous sommes plus forts ensemble », a-t-il affirmé. « La CARICOM a permis de créer des institutions qu’il aurait été difficile pour chaque pays de mettre en place seul, mais qui bénéficient aujourd’hui à l’ensemble de la région. »

Le Premier ministre Drew a notamment cité le Système régional de sécurité, la Banque de développement des Caraïbes et les différentes institutions régionales qui permettent aux États et territoires membres de mutualiser leurs moyens, de renforcer leur résilience et de répondre à des enjeux communs. Selon lui, l’entrée de la Martinique ouvre également des perspectives immédiates en matière commerciale, en offrant au territoire un accès plus structuré à un marché régional élargi.

CARICOM
@richeskarayib

Philip J. Pierre veut faire passer la CARICOM aux résultats

Cette vision rejoint le cap fixé par le nouveau président de la CARICOM, Philip J. Pierre, Premier ministre de Sainte-Lucie. Dans son discours d’ouverture, il a appelé à une CARICOM plus visible, plus opérationnelle et plus directement connectée à la vie quotidienne des citoyens. Pour lui, l’intégration régionale ne peut plus rester cantonnée aux déclarations officielles : elle doit produire des résultats concrets.

« La CARICOM doit passer des salles de conférence aux communautés, de la rhétorique à la réalité, des communiqués aux résultats », a-t-il déclaré. Il a également rappelé que les citoyens de la région attendent de la CARICOM des réponses tangibles sur la sécurité, le coût de la vie, la mobilité, l’emploi, le climat, l’énergie et les perspectives offertes aux jeunes générations.

CARICOM
@CARICOM

Une intégration élargie à la Martinique et à la Guyane française

Dans ce contexte, la participation de la Martinique et l’entrée prochaine de la Guyane française donnent une portée nouvelle à l’élargissement de la CARICOM. Elles traduisent la volonté d’une Caraïbe plus intégrée, capable de dépasser les héritages institutionnels et linguistiques pour répondre à des défis communs : changement climatique, chaînes d’approvisionnement, sécurité régionale, souveraineté alimentaire, développement économique, mobilité des talents et coopération avec l’Europe, l’Afrique et les Amériques.

Transformer la reconnaissance politique en projets concrets

Pour la Martinique, l’enjeu est désormais de transformer cette reconnaissance politique en projets concrets. Serge Letchimy a évoqué la nécessité d’inventer un nouveau mécanisme économique, capable de faire de la Martinique un hub de développement et un point de connexion entre l’Afrique, les Amériques, l’Europe et la Caraïbe.

« On retrouve la maison commune qu’est la Caraïbe », a-t-il affirmé. « Une porte a été ouverte. Elle existe vraiment. Il faut maintenant l’utiliser. »

Une nouvelle page pour les territoires français de la Caraïbe

Avec la Martinique désormais autour de la table et la Guyane française appelée à rejoindre à son tour la CARICOM, une nouvelle page s’ouvre pour les territoires français de la Caraïbe. Cette évolution ne remet pas en cause leur appartenance à la France et à l’Union européenne ; elle leur donne, au contraire, une capacité supplémentaire d’action, de coopération et de projection dans leur environnement régional immédiat.

À Sainte-Lucie, le message porté par les dirigeants caribéens est clair : dans un monde marqué par les tensions géopolitiques, les vulnérabilités climatiques et les recompositions économiques, la Caraïbe doit renforcer son unité, élargir ses coopérations et faire de l’intégration régionale un outil concret de développement.

Pour la Martinique, et demain pour la Guyane française, l’enjeu est désormais de faire vivre cette appartenance caribéenne dans les faits : par les échanges économiques, les projets de coopération, les mobilités, les partenariats institutionnels, les investissements et les opportunités offertes aux populations.

CARICOM

La Martinique est officiellement devenue membre associé de la CARICOM le 16 juin 2026. Cette entrée en vigueur a été rendue possible après la transmission, par la France, de l’instrument d’accession nécessaire à l’application de l’accord sur les privilèges et immunités de l’organisation régionale.

Ce statut permet à la Martinique de participer à certaines réunions et instances de la CARICOM, de prendre part aux discussions relevant de ses compétences et de proposer des programmes de coopération régionale. Elle peut notamment renforcer ses échanges dans des domaines comme la santé, l’éducation, le tourisme, le climat, la recherche ou la gestion des risques. Elle ne dispose toutefois pas du droit de vote et ne devient pas membre à part entière.

La réunion organisée du 5 au 8 juillet 2026 à Sainte-Lucie marque la première participation de la Martinique à la Conférence des chefs de gouvernement sous son nouveau statut officiel de membre associé. Cette présence donne une dimension concrète à son adhésion et ouvre une nouvelle phase, dans laquelle la Martinique devra transformer sa place institutionnelle en projets et coopérations visibles pour la population.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Plus d'articles de RK

Page de titre du recueil « Code noir ou recueil d'édits, déclarations et arrêts concernant les esclaves nègres de l'Amérique », imprimé à Paris en 1743
HISTOIRE et PATRIMOINE
Tolotra

Code noir, 341 ans après 1685, le Parlement acte son abrogation

Le 20 octobre 2026, le Sénat a adopté sans modification la proposition de loi portant abrogation du Code noir, par 320 voix pour et aucune contre. Le Parlement achève ainsi l’examen d’un texte porté par le député de Guadeloupe Max Mathiasin, 341 ans après l’édit de mars 1685. Il ne reste plus que la promulgation. Code noir, un vote sans aucune voix contre au Sénat Mardi 20 octobre 2026, les sénateurs ont voté le texte dans les termes adoptés par l’Assemblée nationale le 28 mai. Le scrutin a compté 320 voix pour, aucune contre et 18 abstentions, toutes issues du groupe communiste républicain citoyen et écologiste Kanaky. Faute de modification, la proposition de loi est définitivement adoptée.  Cinq amendements soumis à scrutin public, déposés par les groupes socialiste et communiste, ont été rejetés. Le texte reste donc identique à celui des députés. La commission des lois du Sénat avait arrêté

Lire la suite "
Assiette de green fig and saltfish : banane verte, morue salée et chou, avec une rondelle de citron sur un set de table en bambou
ART CULINAIRE
Tolotra

Green fig and saltfish, la banane verte et la morue qui racontent Sainte-Lucie

À Sainte-Lucie, la « figue » est une banane verte. Cuite avec de la morue salée, elle donne le green fig and saltfish, plat national de l’île, où se rejoignent deux histoires, celle du sel venu du nord et celle de la banane d’exportation. Au bout d’un chemin boueux, dans le village de Desrameaux, les habitants se retrouvent dans une vaste clairière. C’est Jounen Kwéyòl, la fête du créole. Des femmes montrent à tour de rôle comment on prépare la farine de manioc selon les méthodes traditionnelles. Sur les tables, des écrevisses, de la figue verte aux dumplings dans un bouillon de haricots rouges, de la morue au concombre, des soupes servies dans des calebasses. Un reportage publié en 2008 raconte cette scène. Elle dit déjà l’essentiel de Sainte-Lucie, une cuisine de racines, de bananes et de poisson salé. Une figue qui n’en est pas une Sur l’île, on appelle

Lire la suite "
Kéni Piperol souriant sur le pont de son voilier, en tenue de navigation
ACTUS
Tolotra

Kéni Piperol, une deuxième Route du Rhum pour porter la Guadeloupe

À quelques jours de la Route du Rhum 2026, Kéni Piperol prépare sa deuxième traversée de l’Atlantique en solitaire. Quatre ans après une première participation marquée par une avarie, le navigateur guadeloupéen vise désormais le Top 15 en Class40. Avec DrépaVoile, son ambition dépasse aussi le classement, puisqu’il associe à cette nouvelle aventure la lutte contre la drépanocytose, la transmission aux jeunes et la création artistique. Le vendredi 16 octobre, à 22 h 30 selon son équipe, Kéni Piperol quitte La Trinité-sur-Mer à bord de son Class40 DrépaVoile. Le début du convoyage vers Saint-Malo est mouvementé. Dans une mer agitée, avec des rafales atteignant 23 nœuds, le voilier trouve rapidement son rythme et maintient une vitesse moyenne annoncée de 12 nœuds pendant la nuit. Au lever du jour, les conditions s’adoucissent le long des côtes bretonnes. Cette navigation doit conduire le bateau jusqu’au port de départ de la Route du

Lire la suite "

conTACT RK

Nous serions ravis de connaître votre avis sur l'expérience que vous avez acquise jusqu'à présent.

conTACT RK

Nous serions ravis de connaître votre avis sur l'expérience que vous avez acquise jusqu'à présent.

Rejoignez la liste

Rejoignez notre communauté Richès Karayib ! Inscrivez-vous à notre lettre d’information.

Vous voulez maximiser votre présence sur Riches Karayib ?

Remplir le formulaire pour commencer la demande