La Jamaïque a officiellement intégré Afreximbank, un événement qualifié d’historique à Montego Bay lors de la 49e réunion des chefs de gouvernement de la CARICOM. Ce rapprochement entre la première puissance anglophone des Caraïbes et la plus grande banque panafricaine d’exportation ouvre la voie à une nouvelle architecture économique régionale. C’est aussi le signal d’une ambition commune : bâtir des relations Sud-Sud concrètes, structurantes et durables.
Afreximbank : moteur financier de l’intégration africaine et caribéenne
Une institution au service du commerce interafricain… et désormais caribéen
Fondée en 1993, l’Afreximbank (African Export-Import Bank) est une institution financière multilatérale panafricaine basée au Caire, en Égypte. Son objectif premier est de promouvoir, développer et financer les échanges commerciaux entre les pays africains, mais également entre l’Afrique et d’autres régions du Sud. Elle fournit des lignes de crédit, des garanties, du financement structuré et de l’assistance technique.
Dotée d’un actif de plus de 40 milliards de dollars US en 2024, l’institution a élargi depuis 2022 ses activités à la Caraïbe à travers le programme Global Africa. Ce programme vise à reconnecter les économies africaines et caribéennes, historiquement liées mais institutionnellement fragmentées.
Une adhésion politique et économique d’envergure
Un signal fort depuis Montego Bay
La signature du protocole d’entente a réuni des figures majeures : le Premier ministre jamaïcain Andrew Holness, la ministre des Affaires étrangères Kamina Johnson Smith, et le président d’Afreximbank, le professeur Benedict Oramah. Elle s’est tenue le 8 juillet 2025 à l’hôtel Half Moon, en marge du sommet de la CARICOM.
La Jamaïque devient ainsi le 13e État membre de la CARICOM à formaliser cette adhésion, confirmant une volonté régionale de mutualiser les ressources financières et les capacités de négociation internationales.
Une impulsion de 1,5 milliard de dollars pour la Jamaïque
Un soutien massif dans le cadre d’un plan régional de 3 milliards
Grâce à cette intégration, la Jamaïque bénéficie désormais de 1,5 milliard de dollars US en financement dédié, dans le cadre d’un programme global de 3 milliards destiné à l’ensemble des pays de la CARICOM. Ce financement vise à soutenir :
- ✅ les projets d’infrastructure (ports, énergie, télécommunications),
- ✅ le développement des PME et du secteur productif,
- ✅ la diversification industrielle,
- ✅ les projets verts et numériques.
Le Premier ministre Holness a salué cette enveloppe comme une opportunité de transformation structurelle, notamment dans les domaines de l’agriculture, du tourisme, de la logistique et de l’innovation.
Connectivité et infrastructures : de nouveaux horizons pour le commerce
Une plateforme commune avec l’Afrique
L’adhésion jamaïcaine donne accès à un ensemble d’instruments structurants, dont le Centre africain du commerce en cours d’installation à la Barbade. Ce centre servira de hub logistique et diplomatique entre l’Afrique et la Caraïbe, en facilitant les échanges commerciaux, l’organisation d’événements économiques, et la circulation des talents.
Un système panafricain de paiements unifiés
La Jamaïque pourra également rejoindre le PAPSS (Pan-African Payment and Settlement System), mis en place par Afreximbank pour réaliser des transactions en monnaies locales entre partenaires africains et caribéens. Ce système permet de contourner les devises intermédiaires, de réduire les coûts bancaires et de fluidifier les relations commerciales intra-Sud.
Une stratégie d’innovation pensée pour la jeunesse
L’intelligence artificielle comme levier commun
À l’initiative du Forum Afrique–Caraïbes (ACTIF) et de l’Université des Indes occidentales (UWI), des pôles communs de formation à l’intelligence artificielle sont en cours de développement. Porté notamment par l’ancien Premier ministre P.J. Patterson, ce programme vise à former une nouvelle génération de chercheurs, développeurs et entrepreneurs.
L’objectif : positionner les pays du Sud comme producteurs de technologies, et non seulement comme consommateurs.
Des programmes ciblés pour les jeunes entrepreneurs
L’accord entre la Jamaïque et Afreximbank prévoit aussi la mise en place de centres technologiques accompagnant les jeunes porteurs de projets. Des financements allant jusqu’à 250 000 dollars US seront accessibles aux start-ups locales, dans le cadre de concours, de bourses d’innovation ou de programmes d’accélération gérés en partenariat avec les universités et incubateurs caribéens.
Une coopération Sud-Sud aux retombées multiples
Vers un commerce Afrique-Caraïbe de 1,8 milliard de dollars
Selon les estimations de l’International Trade Centre (ITC), les échanges entre l’Afrique et la Caraïbe pourraient atteindre 1,8 milliard de dollars US d’ici 2028. En rejoignant Afreximbank, la Jamaïque se positionne comme acteur central de cette dynamique, capable d’exporter ses produits phares (rhum, café, produits agrotransformés, services culturels) vers des marchés en forte demande.
Une passerelle géopolitique entre continents
Au-delà du commerce, l’intégration à Afreximbank confère à la Jamaïque un rôle géostratégique. Elle devient une porte d’entrée vers les Amériques pour les investisseurs africains, et un centre de transit pour les flux financiers, commerciaux et numériques.
Une décision fondatrice pour l’avenir régional
En rejoignant Afreximbank, la Jamaïque ne signe pas simplement un accord technique. Elle affirme sa volonté de jouer un rôle moteur dans la refondation des relations Afrique–Caraïbe sur des bases égalitaires, souveraines et durables. Cette adhésion ouvre la voie à des projets concrets, à une meilleure résilience économique et à une plus grande autonomie financière.
C’est une étape stratégique dans la construction d’un espace de coopération Sud-Sud fort, où les solutions viennent des peuples concernés et où la Jamaïque entend désormais compter.
Du 6 juillet au 08 juillet 2025, Montego Bay vibre au rythme du 49e Sommet de la CARICOM, où les chefs d’État et de gouvernement des pays membres se retrouvent pour discuter des défis majeurs qui traversent la région. Cette édition, présidée par Andrew Holness, Premier ministre de la Jamaïque, se déroule dans une atmosphère à la fois solennelle et empreinte d’urgence, chaque délégation étant venue avec des attentes fortes sur la sécurité alimentaire, la résilience économique, la crise haïtienne et, surtout, la refonte de la logistique régionale.
Les couloirs du Montego Bay Convention Centre bruissent de conversations stratégiques, tandis que les sessions plénières alternent avec des ateliers thématiques, donnant à chaque territoire la possibilité de faire entendre sa voix.
Un contexte régional exigeant
Dès l’ouverture du 49e Sommet de la CARICOM, le ton a été donné : la Caraïbe traverse une période charnière. Les interventions successives des représentants de la Barbade, de la Trinité-et-Tobago, de Sainte-Lucie ou encore de la Dominique ont mis en lumière la réalité des perturbations logistiques, la dépendance à un transport aérien coûteux et la fragilité des chaînes d’approvisionnement. Les débats sont animés, chaque chef de délégation insistant sur la nécessité de solutions concrètes et immédiates. Les échanges en coulisses témoignent d’une volonté partagée de faire de ce sommet un moment décisif pour la région.
Les priorités de la présidence jamaïcaine
Andrew Holness, dans son discours inaugural, a rappelé l’importance d’une coopération renforcée et d’une diversification des échanges, tout en soulignant la nécessité d’apporter des réponses rapides aux enjeux sécuritaires et climatiques. Son appel à une mobilisation collective n’est pas resté sans effet : les tables rondes du 49e Sommet de la CARICOM se sont succédé, abordant la question de la paix régionale, la mutualisation des ressources et la place de la jeunesse dans la construction d’une prospérité partagée.
Mia Mottley : un plaidoyer pour une transformation logistique
La prise de parole de Mia Mottley, Première ministre de la Barbade, a marqué l’un des temps forts du 49e Sommet de la CARICOM. Avec une éloquence saluée par l’ensemble des participants, elle a dressé un tableau lucide des failles logistiques qui freinent le développement caribéen. Sa voix, ferme et posée, a résonné dans l’auditorium lorsqu’elle a évoqué la nécessité d’une « révolution du fret régional », insistant sur l’urgence de démocratiser les transports et de redonner à la mer son rôle historique de trait d’union entre les îles.
Des propositions concrètes pour le fret régional
Mia Mottley n’est pas restée dans l’incantation. Elle a annoncé que deux États membres de la CARICOM sont en négociation avancée pour acquérir des avions cargo, une initiative qui, selon elle, permettra de fluidifier les échanges et de garantir l’approvisionnement en biens essentiels. Elle a également évoqué la présentation attendue d’un projet de ferry régional porté par le secteur privé, qui pourrait révolutionner la connectivité entre les îles. Ces annonces, formulées au cœur du 49e Sommet de la CARICOM, ont été accueillies par des applaudissements nourris, signe que la question logistique est au cœur des préoccupations collectives.
La volonté politique au cœur du changement
Mia Mottley a profité de sa tribune pour rappeler que la réussite de ces projets dépend avant tout de la volonté politique des dirigeants. Elle a évoqué avec émotion les souvenirs du Federal Maple et du Federal Palm, symboles d’une époque où la mer unissait les peuples caribéens. Son plaidoyer, relayé dans plusieurs sessions du 49e Sommet de la CARICOM, a trouvé un écho particulier auprès des délégations, qui ont reconnu la nécessité de dépasser les inerties institutionnelles pour bâtir une logistique régionale moderne et résiliente.
Les apports concrets du 49e Sommet de la CARICOM pour les territoires membres
Sécurité alimentaire et fluidité des échanges
L’un des axes majeurs des discussions du 49e Sommet de la CARICOM porte sur la sécurité alimentaire. Les participants ont souligné que la mise en place de nouvelles liaisons maritimes et aériennes, comme celles évoquées par Mia Mottley, permettra d’assurer un approvisionnement régulier en produits agricoles et en biens de première nécessité. Les échanges de bonnes pratiques entre les ministres de l’Agriculture et de l’Économie témoignent d’une volonté commune d’optimiser les circuits logistiques et de renforcer la souveraineté alimentaire de chaque territoire.
Renforcement de l’intégration et de la résilience économique
Les débats sur l’intégration économique ont mis en avant l’importance de mutualiser les ressources et de diversifier les partenaires commerciaux. Les annonces d’investissements publics et privés dans le fret régional, formulées à l’occasion du 49e Sommet de la CARICOM, ouvrent la voie à une coopération renforcée, qui permettra aux territoires membres de mieux résister aux chocs extérieurs, qu’ils soient économiques, sanitaires ou climatiques. Les participants s’accordent sur le fait que cette édition constitue un jalon crucial vers une prospérité partagée.
Perspectives pour la jeunesse et l’innovation
Au fil des ateliers, la jeunesse caribéenne et l’innovation technologique ont occupé une place centrale. Les initiatives présentées, qu’il s’agisse de programmes de formation, de mobilité étudiante ou de soutien à l’entrepreneuriat, illustrent la volonté des dirigeants de préparer la relève et de donner aux jeunes les moyens de s’inscrire dans la dynamique régionale. Ces perspectives, discutées en profondeur au 49e Sommet de la CARICOM, laissent entrevoir de nouvelles opportunités concrètes pour la jeunesse.
Le 49e Sommet de la CARICOM, catalyseur d’une nouvelle ère régionale
À Montego Bay, le 49e Sommet de la CARICOM se poursuit dans une atmosphère studieuse et déterminée. Portée par des personnalités comme Mia Mottley et Andrew Holness, la région est en train de franchir une étape décisive vers la modernisation de ses infrastructures et l’approfondissement de son intégration. Les discussions, riches et parfois passionnées, témoignent d’une volonté collective de transformer les défis en opportunités et de bâtir un avenir durable pour l’ensemble des populations caribéennes.
📸 Galerie photo : revivez en images les temps forts de la cérémonie d'ouverture ©CARICOM
La coopération Afrique-Caraïbes entre dans une nouvelle ère. La visite officielle du président du Nigeria Bola Ahmed Tinubu à Sainte-Lucie ne s’inscrit pas dans le registre symbolique d’un simple rapprochement diplomatique : elle incarne une ambition stratégique, celle d’unir durablement l’Afrique de l’Ouest et la Caraïbe autour d’intérêts partagés, d’un patrimoine commun et d’un avenir concerté.
Dans un contexte mondial incertain, où les blocs géoéconomiques s’affrontent par alliances intercontinentales, l’amorce d’un axe afro-caribéen structuré représente bien plus qu’un signal politique. Elle pourrait redéfinir les contours de la diplomatie Sud-Sud.
D’un passé douloureux à une fraternité proactive
L’histoire tisse souvent les fils invisibles des rapprochements géopolitiques. À Sainte-Lucie, comme dans nombre d’îles caribéennes, les archives coloniales de 1815 révèlent que près d’un tiers des esclaves africains déportés provenaient du golfe du Bénin, région aujourd’hui partagée entre le Nigeria et ses voisins.
Ces racines communes, plantées dans le sol fertile d’une mémoire collective douloureuse, germent aujourd’hui sous la forme de collaborations éducatives, artistiques, culinaires et diplomatiques. La coopération Afrique-Caraïbes s’enracine ainsi dans la reconnaissance d’un destin croisé, fait de déportation, de survie et désormais de reconstruction.
Cette reconnaissance s’est trouvée renforcée par une décision historique : en 2003, l’Union africaine a officiellement reconnu la diaspora mondiale comme “Sixième Région” du continent. Une avancée politique majeure, longtemps restée théorique, mais que la visite du président Tinubu contribue aujourd’hui à réactiver et à institutionnaliser.
Une visite présidentielle aux accents fondateurs
Accueilli à Castries avec les honneurs militaires et accompagné d’une importante délégation, le président nigérian a prononcé un discours devant le Parlement de Sainte-Lucie, saluant l’unité des peuples afro-descendants et annonçant plusieurs mesures concrètes. Trois annonces ont particulièrement marqué les esprits : la création d’ambassades croisées entre le Nigeria et Sainte-Lucie, l’octroi de bourses universitaires pour les étudiants de l’OECS (Organisation des États de la Caraïbe orientale), et l’exemption réciproque de visas diplomatiques.
À six reprises, président Tinubu a mentionné “Sainte-Lucie” dans son allocution comme point de départ d’un “pont Atlantique”, renouant avec les idéaux panafricains exprimés dès 1998 par Nelson Mandela lors de sa propre visite sur l’île.
Mais le président Tinubu va plus loin que le seul hommage mémoriel. À l’image d’un architecte de la diplomatie afro-caribéenne, il redessine les plans d’une coopération Afrique-Caraïbes fondée sur la circulation du savoir, l’intégration des marchés et le renforcement des connexions physiques et numériques entre les deux rives.
Éducation, capital humain et innovation bleue
Le cœur de la coopération Afrique-Caraïbes repose sur la formation des jeunes générations. Le protocole d’accord signé entre l’université d’Ibadan, l’une des plus prestigieuses du Nigeria, et le Sir Arthur Lewis Community College de Sainte-Lucie vise à doubler les échanges d’étudiants d’ici cinq ans, avec des programmes conjoints dans les domaines des sciences du climat, de la gestion durable des ressources et de l’économie bleue.
À travers cette initiative, la coopération Afrique-Caraïbes se matérialise en classes partagées, en publications scientifiques co-écrites, en talents formés des deux côtés de l’Atlantique.
L’enjeu éducatif dépasse le cadre universitaire. Il s’inscrit dans une logique plus large de transfert de compétences, avec la volonté de renforcer les capacités institutionnelles locales, de soutenir les jeunes entrepreneurs caribéens et africains, et de bâtir des écosystèmes d’innovation résilients. L’un des objectifs de la coopération Afrique-Caraïbes est de développer des “zones de formation intégrées” sur les deux continents, soutenues par des financements mixtes public-privés.
Commerce, investissements et corridors économiques
Les échanges commerciaux entre l’Afrique et la Caraïbe, évalués à moins de 500 millions USD en 2023, pourraient dépasser 1,8 milliard d’ici 2028 selon le Centre du commerce international, à condition de lever les obstacles logistiques et réglementaires. Le Nigeria, première puissance économique du continent africain avec plus de 234 millions d’habitants, voit dans la CARICOM (130 milliards USD de PIB cumulé) un marché naturel à conquérir via des joint-ventures dans l’agro-industrie, les énergies renouvelables et les services numériques.
La coopération Afrique-Caraïbes prend la forme d’un corridor économique transatlantique, soutenu par l’ACTIF (Africa-Caribbean Trade and Investment Forum), où investisseurs, gouvernements et PME peuvent co-construire des projets à forte valeur ajoutée.
Sainte-Lucie, de son côté, ambitionne de devenir un hub de transbordement pour les flux logistiques entre l’Amérique latine, la Caraïbe anglophone et l’Afrique. Des investissements sont prévus dans ses infrastructures portuaires et numériques pour accompagner cette stratégie.
Connectivité aérienne et diplomatie des transports
Mais la coopération Afrique-Caraïbes resterait incomplète sans résoudre l’un des verrous majeurs : l’absence de vols directs. Aujourd’hui, un voyage entre Lagos et Castries peut prendre jusqu’à 30 heures, avec plusieurs escales intercontinentales. La coopération Afrique-Caraïbes doit briser ce mur logistique.
Des discussions sont en cours entre Air Peace (Nigeria) et Caribbean Airlines pour la mise en place d’une ligne Lagos-Barbade-Castries hebdomadaire, soutenue par des incitations fiscales et un mécanisme de partage de codes aériens triangulaire, incluant Recife au Brésil comme point de connexion Sud-Sud.
Cette liaison, si elle voyait le jour, ne serait pas qu’un vol de plus : elle incarnerait le passage du symbolisme diplomatique à la fluidité économique, permettant aux étudiants, aux entrepreneurs, artistes et investisseurs de traverser l’Atlantique avec rapidité et régularité.
Défis structurels et équilibre géopolitique
Tout projet de cette ampleur rencontre des obstacles. La disproportion démographique et économique entre le Nigeria et Sainte-Lucie – 234 millions contre 180 000 habitants – soulève la crainte d’un déséquilibre structurel. Pour éviter une relation asymétrique, la coopération Afrique-Caraïbes doit s’appuyer sur des institutions multilatérales comme la CARICOM et la CEDEAO, qui permettent de mutualiser les ressources, d’aligner les normes commerciales et de protéger les petites économies insulaires.
Les investissements dans les infrastructures logistiques, la sécurité juridique des contrats et la gouvernance des projets conjoints seront également déterminants pour instaurer la confiance entre les partenaires et attirer les bailleurs internationaux.
Une portée multilatérale : des îles aux BRICS+
Au-delà du cadre bilatéral, la présence du président Tinubu au sommet des BRICS+ à Rio de Janeiro les 6 et 7 juillet prochains témoigne de l’inscription de cette coopération Afrique-Caraïbes dans un agenda global. Le Nigeria entend y défendre une voix commune des pays du Sud, notamment sur la question de l’allègement de la dette climatique des petits États insulaires, de la réforme de l’architecture financière mondiale, et du règlement des échanges en monnaies locales.
Sainte-Lucie, en se positionnant comme passerelle diplomatique entre l’Afrique, l’Amérique latine et la Caraïbe, se place au centre d’un échiquier géoéconomique élargi.
Depuis près de trente ans, la coopération entre Le Lamentin et Santiago de Cuba incarne un engagement durable entre deux territoires qui partagent bien plus qu’un simple partenariat. Ce lien structurant, forgé à travers des projets concrets dans les domaines de la culture, de la santé, de l’éducation ou encore du développement durable, s’est affirmé comme un véritable levier de proximité caribéenne.
À l’approche du Festival del Caribe 2025, les deux villes réaffirment leur ambition commune, dans la perspective de célébrer trois décennies de collaboration en 2026.
Deux temps forts pour mobiliser les forces vives du territoire
Les 21 et 23 mai, deux rencontres ont rythmé la visite officielle des représentantes de Santiago de Cuba en Martinique. Le premier rendez-vous, organisé par la mairie du Lamentin, a rassemblé autour de David Zobda, Odexa Fuentes Medina et Enaï Diamela Palacios Acosta, les principaux organismes culturels et touristiques du territoire : Tropiques Atrium, Direction des Affaires Culturelles, Comité Martiniquais du Tourisme, offices de tourisme communautaires, agences de voyages, compagnie aérienne SAMAC, Préfecture, Université des Antilles, CCIM, comités d’œuvres sociales, clubs services et l’association Martinique-Cuba. Le député Jean-Philippe Nilor était également présent. Il s’agissait de présenter le Festival del Caribe 2025 et d’amorcer un dialogue institutionnel renforcé entre les deux territoires.
Le 23 mai, une seconde réunion s’est tenue, cette fois avec les associations culturelles du Lamentin. Ce temps d’échange plus opérationnel a permis d’identifier les pistes de contribution au festival et de valider l’intérêt de nombreuses structures locales. Parmi les participantes, on retrouvait notamment Jeunesse en Fleurs – Ballet Kadan’s Kréol, Afrique Caraïbe Fraternité, GOPIO Martinique, AMESU et Gommier & Tradition. Toutes ont exprimé leur volonté de participer activement à l’événement, à travers des interventions artistiques, pédagogiques, patrimoniales ou gastronomiques.
M. Georges-Louis Lebon, troisième adjoint au maire du Lamentin en charge des affaires culturelles et président de l’Office de la culture, a introduit la rencontre en rappelant les fondements de l’engagement municipal : « Le sport, la culture, les associations sont le cœur du projet de la Ville du Lamentin. » Il a aussi souligné le rôle structurant de la médiathèque, de l’Office de la culture, et la richesse d’un tissu de plus de 60 associations culturelles, dont près de 40 sont particulièrement actives.
Une coopération concrète et ambitieuse
Le partenariat entre Le Lamentin et Santiago de Cuba dépasse largement le cadre symbolique d’un jumelage traditionnel. Initiée autour de problématiques communes comme la gestion de l’eau, cette coopération a rapidement évolué pour englober des domaines essentiels tels que la santé, le sport, l’environnement, la gestion des risques majeurs, et désormais le développement économique et la recherche scientifique.
David Zobda, maire du Lamentin, souligne cette dynamique : « Ce n’est pas simplement un échange culturel ponctuel. Nous travaillons ensemble sur des projets concrets, avec des objectifs précis, répondant aux besoins réels de nos populations respectives. »
Il ajoute : « Nous voulons que cette coopération soit aussi un levier économique. Nous devons poser les vraies questions : comment développer le fret, fluidifier les flux bancaires, harmoniser nos normes ? »
Diamela Palacios Acosta, secrétaire de l’Assemblée municipale de Santiago de Cuba, complète cette vision en rappelant la solidité du lien entre les deux villes : « Entre Le Lamentin et Santiago, il y a plus que de la solidarité ; c’est une véritable fraternité. Malgré les difficultés dues à l’embargo américain, notre coopération reste constante et efficace depuis près de 30 ans. »
Odexa Fuentes Medina, quant à elle, a souligné la volonté de Santiago de Cuba de promouvoir une diversité d’expressions artistiques et culturelles au sein du festival : « Nous sommes le fruit du mélange des cultures : africaine, espagnole, française, arabe, asiatique… Le Festival del Caribe est l’espace où cette diversité s’exprime pleinement. » entre les deux villes : « Martinique et Santiago de Cuba ont su maintenir une fraternité constante, même dans les périodes les plus difficiles. Cette relation va bien au-delà des échanges culturels. »
Le Festival del Caribe 2025 : rendez-vous incontournable
Le Festival del Caribe, ou Fiesta del Fuego, est l’un des rendez-vous les plus emblématiques du calendrier culturel caribéen. Organisée chaque année à Santiago de Cuba, cette manifestation accueille pendant une semaine des délégations artistiques, des chercheurs, des acteurs culturels et des citoyens issus de l’ensemble du bassin caribéen. L’édition 2025 (3 au 9 juillet) mettra Curaçao à l’honneur, dans une atmosphère marquée par les musiques de rue, les danses traditionnelles, les arts populaires et les rituels collectifs comme la célèbre “Serpiente”.
À travers ce festival, c’est une vision inclusive de la culture caribéenne qui est proposée, au croisement de l’héritage africain, européen, asiatique et amérindien. Diamela Palacios insiste sur cette ouverture : « Le festival reflète la richesse de notre diversité. Même s’il s’ancre dans la Caraïbe, il est ouvert au monde. »
Parallèlement à la programmation artistique, Santiago de Cuba célébrera également en 2025 le 510e anniversaire de sa fondation ainsi que des moments clés de son histoire politique et sociale, comme les 72 ans de l’assaut du Quartier Moncada. Ces éléments confèrent à l’événement une profondeur qui dépasse le seul registre culturel.
En 2026 : cap sur les 30 ans de coopération Lamentin – Santiago
L’année 2026 marquera une étape symbolique dans l’histoire des deux villes. Santiago de Cuba a d’ores et déjà proposé de placer cette édition du Festival sous le signe des trente ans de coopération. Une invitation forte, qui appelle une mobilisation large du tissu associatif, éducatif et économique martiniquais.
L’idée ? Bâtir une délégation plurielle, représentative de la diversité et des ambitions du territoire.
Le maire du Lamentin appelle à anticiper cette échéance : « Nous devons nous organiser dès maintenant pour que 2026 ne soit pas seulement un souvenir, mais une véritable vitrine de notre capacité à agir collectivement dans la Caraïbe. »
Cette dynamique s’appuie sur la volonté partagée de construire un espace caribéen plus intégré, où la culture, l’éducation et l’économie dialoguent. La mairie du Lamentin a annoncé la mise en place d’un accompagnement pour aider les associations à structurer leur projet, identifier les financements et assurer leur logistique.
Construire une Caraïbe qui agit et rayonne
À travers cette coopération active et multiforme, Le Lamentin et Santiago de Cuba montrent qu’un autre modèle d’échange est possible dans la Caraïbe : un modèle basé sur la confiance, la constance et une vision commune. Alors que 2025 marquera une étape importante avec la présence attendue de nombreuses délégations martiniquaises au Festival del Caribe, 2026 s’annonce déjà comme un point d’orgue.
Vous êtes une association, un acteur culturel, économique ou éducatif ? C’est le moment de rejoindre la dynamique.