Le Conseil de Coordination Interportuaire Antilles-Guyane (CCIAG) s’est réuni le 12 décembre 2025 à l’Habitation Le PALM en Martinique. Ce rendez-vous annuel, prévu par le Code des transports, est devenu un levier majeur de gouvernance interterritoriale entre la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane.

Porté par l’État et les trois Grands Ports Maritimes, le CCIAG vise à renforcer la cohérence des politiques portuaires, soutenir la résilience économique des territoires et inscrire durablement l’axe Sud-Caraïbe dans une dynamique de coopération régionale.

Une gouvernance collégiale au service des territoires

« Le CCIAG est plus qu’une instance technique : c’est un espace de dialogue stratégique avec les représentants de l’État, des collectivités et des ports », souligne Bruno Mencé, président du Directoire du Grand Port Maritime de la Martinique.

Le CCIAG permet un alignement régulier des politiques portuaires avec les orientations nationales et les besoins des territoires. Chaque année, les trois ports mettent en commun leurs retours d’expérience et définissent ensemble des priorités : sécurité, connectivité, transition écologique, et compétitivité logistique.

CCIAG
Bruno Mencé

Jean-Pierre Chalus, président du Directoire du port de Guadeloupe, insiste sur le fait que cette gouvernance partagée permet de suivre concrètement les avancées et les difficultés :

« Nous avons chaque année un point sur les orientations votées collectivement, ce qui permet de pointer nos avancées, nos difficultés, et de poursuivre notre route. »
Il insiste aussi sur la mobilisation croissante des équipes autour des enjeux environnementaux :
« Il y a beaucoup d’enthousiasme de l’ensemble des ports pour s’investir dans les transitions énergétiques, écologiques et autres, au service du développement durable de nos territoires. »

CCIAG
Jean-Pierre Chalus

Stéphane Tant, président du Directoire du Grand Port Maritime de la Guyane, insiste sur l’intérêt de cette rencontre annuelle :

« C’est un rendez-vous qui nous permet d’échanger non seulement entre les ports, mais aussi avec les élus, la DGOM (Direction générale des Outre-mer), la DGITM (Direction générale des Infrastructures, des Transports et de la Mer), sur nos enjeux communs, nos besoins de développement et notre feuille de route. 

Il souligne que le CCIAG dépasse les seuls enjeux portuaires pour s’inscrire dans une dynamique de développement économique et de connectivité régionale.

CCIAG
Stéphane Tant

Une feuille de route commune et des actions concrètes

La feuille de route 2025-2029, définie collectivement par l’ensemble des acteurs présents au sein du CCIAG, s’articule autour d’axes majeurs tels que la décarbonation, la sécurité portuaire, l’innovation et l’adaptation au changement climatique. Bruno Mencé précise :

« Nous devons garantir un niveau de sûreté et de sécurité identique dans nos trois ports, correspondant aux besoins de nos clients et des territoires. »

Il souligne également l’importance de la coopération régionale avec la PMAC (Port Management Association of the Caribbean) pour créer un observatoire économique caribéen :

« C’est un dossier vraiment caribéen que nous portons avec la PMAC, donc avec l’ensemble des ports de la Caraïbe », explique Bruno Mencé.

L’objectif : mieux comprendre le fonctionnement des lignes maritimes et identifier les leviers pour développer les échanges avec les îles avoisinantes. »

Jean-Pierre Chalus rappelle que cette feuille de route permet de traiter des sujets stratégiques comme la desserte interterritoriale :

« La régularité de la desserte de la Guyane, de la Guadeloupe et de la Martinique est un élément important pour nos territoires, tant pour les acteurs économiques que pour les acteurs politiques. »

Il souligne également le rôle des réunions techniques menées tout au long de l’année entre les directions portuaires pour faire avancer les dossiers en continu.

Il cite enfin, parmi les actions concrètes déjà engagées, la signature commune d’un engagement avec l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) sur la gestion des espèces exotiques envahissantes, traduisant l’implication des ports dans des enjeux environnementaux partagés.

Stéphane Tant, met en avant les perspectives de coopération renforcée avec le plateau des Guyanes, dans le cadre d’une conférence biannuelle entre la Guyane, le Guyana, le Suriname et deux États brésiliens (Amapá et Pará) :
« Nous sommes chefs de file d’une conférence de coopération des ports du plateau des Guyanes. »
Cette initiative vient compléter les axes de travail du CCIAG en élargissant les connexions régionales vers l’Amérique du Sud.

CCIAG

Une vision commune : dépasser l'insularité

Le CCIAG porte une ambition partagée qui dépasse la simple coordination entre ports. En réunissant les directeurs des ports, les représentants de l’État, les collectivités et les présidents des conseils de surveillance, cette instance favorise une approche globale du développement logistique et territorial.

Tous les participants s’accordent sur un même constat : la performance portuaire ne peut plus être pensée isolément. Elle dépend d’une gouvernance élargie, capable de connecter les politiques publiques, les enjeux économiques et les impératifs environnementaux. Ce cadre commun permet de poser les bases d’une logistique plus résiliente, mieux intégrée, et tournée vers l’ensemble de la Grande Caraïbe.

En 2026, c’est en Guyane que cette dynamique se poursuivra, à l’occasion de la prochaine plénière. Un rendez-vous attendu pour approfondir cette coopération multi-acteurs et consolider les fondations d’une souveraineté logistique régionale.

CCIAG

FAQ

Le Conseil de Coordination Interportuaire Antilles-Guyane (CCIAG) est une instance prévue par le Code des transports qui réunit l’État, les collectivités et les trois Grands Ports Maritimes de Guadeloupe, de Martinique et de Guyane. Il vise à coordonner les politiques portuaires, renforcer la cohérence logistique régionale et accompagner le développement économique des territoires.

La feuille de route 2025-2029 s’articule autour de plusieurs priorités : la décarbonation des activités portuaires, la sûreté et la sécurité, l’adaptation au changement climatique, l’innovation logistique et le renforcement de la connectivité régionale, notamment avec la Caraïbe et le plateau des Guyanes.

En favorisant une gouvernance partagée entre les ports, l’État et les collectivités, le CCIAG permet de dépasser une approche strictement insulaire. Il contribue à structurer une logistique plus résiliente, à améliorer la régularité des dessertes maritimes et à inscrire les territoires Antilles-Guyane dans une dynamique de coopération régionale élargie.

L’arrivée de Jean-Yves Aglaé et Moane Mangattale à Fort-de-France, ce dimanche 23 novembre à 9h41, a marqué l’un des moments attendus de la TRANSAT CAFÉ L’OR. À bord de leur Class40 Martinique Horizon, les deux navigateurs martiniquais terminent cette 17ᵉ édition à la 34ᵉ place, au terme d’une traversée longue et régulière. Leur objectif était clair : terminer la course dans les temps. Ils y sont parvenus après près d’un mois de navigation.

Une épreuve exigeante pour les Class40

La TRANSAT CAFÉ L’OR, disputée en deux étapes, reste une course complexe pour les Class40. Cette année, 44 bateaux ont pris le départ et 37 ont terminé la course, tandis que 7 ont dû abandonner.

Le parcours lors de la TRANSAT CAFÉ L’OR a été marqué par des conditions météorologiques instables, parfois favorables, parfois contraignantes, obligeant les skippers à revoir leurs stratégies en cours de route.

Jean-Yves Aglaé et Moane Mangattale ont complété l’ensemble du parcours en 26 jours, 10 heures et 52 secondes.

Leur première étape a duré 4 jours, 8 heures, 19 minutes et 42 secondes ; la seconde, plus longue, 22 jours, 1 heure, 41 minutes et 10 secondes.

Leur progression a été marquée par des périodes où les choix de route n’ont pas offert les résultats espérés, mais l’équipage a maintenu une navigation stable, sans incident majeur.

Les deux navigateurs l’ont résumé simplement : il fallait avancer, tenir le bateau et préserver leur cohérence malgré la fatigue. « Certaines décisions étaient difficiles, mais il fallait rester concentrés et continuer », ont-ils expliqué à leur arrivée.

TRANSAT CAFÉ L’OR
TRANSAT CAFÉ L’OR

Un public mobilisé dès l’aube

À Fort-de-France, le public a commencé à se rassembler dès 7h30 sur le ponton d’honneur. Habitants, familles, passionnés de voile et curieux ont attendu l’arrivée de Martinique Horizon, créant une atmosphère attentive et solidaire. La présence d’un équipage martiniquais dans cette course transatlantique a suscité un intérêt constant tout au long de l’épreuve, et l’arrivée était perçue comme un moment important pour beaucoup.

Lorsque le Class40 est apparu aux abords de la baie, les applaudissements ont commencé. Au passage de la ligne, ils sont devenus continus. Jean-Yves Aglaé et Moane Mangattale ont salué la foule, visiblement fatigués mais concentrés, avant de rejoindre le ponton. Les deux hommes ont confié que revenir en Martinique pour terminer une telle course avait une signification particulière. « Arriver ici, devant notre population, c’est un moment fort », ont-ils déclaré.

TRANSAT CAFÉ L’OR
TRANSAT CAFÉ L’OR
TRANSAT CAFÉ L’OR

Des conditions de course qui ont testé leur endurance

La TRANSAT CAFÉ L’OR a été marquée par des zones de vents faibles, des variations météorologiques rapides et des nuits courtes. Les phases sans progression claire comptent parmi les moments les plus difficiles évoqués par les deux navigateurs. Ils ont expliqué que l’essentiel était de maintenir une discipline constante : surveiller le matériel, ajuster rapidement les décisions et préserver leur énergie.

Le bateau est arrivé en bon état, signe d’une gestion prudente et d’un respect strict du matériel. La 34ᵉ place reflète une course menée avec constance et une volonté de sécuriser chaque étape plutôt que de prendre des risques inutiles.

TRANSAT CAFÉ L’OR

Une édition contrastée selon les trajectoires

Dans cette édition de la TRANSAT CAFÉ L’OR, les arrivées ont été très étalées. Les vainqueurs en Class40, Guillaume Pirouelle et Cédric Chateau sur Seafrigo – Sogestran, ont franchi la ligne le 17 novembre. Plusieurs bateaux sont arrivés dans la nuit du 22 au 23, dont celui de Thomas Lurton et Sasha Vandenbrouck, à 2h22. Un dernier Class40, Rêve à perte de vue – Qwanza, était encore attendu pour clôturer l’épreuve.

Dans ce contexte, l’arrivée de Martinique Horizon s’inscrit dans une dynamique où chaque équipage a dû composer avec ses propres contraintes : choix tactiques, expérience, état du matériel, fatigue accumulée. Les deux navigateurs martiniquais ont mené une course régulière, en cohérence avec leur projet et leurs moyens.

TRANSAT CAFÉ L’OR
TRANSAT CAFÉ L’OR

Une participation importante pour la voile martiniquaise

La présence de Jean-Yves Aglaé et Moane Mangattale dans la TRANSAT CAFÉ L’OR constitue un repère pour la voile en Martinique. Leur participation lors de la TRANSAT CAFÉ L’OR renforce la visibilité du territoire dans un événement majeur de la course au large. Elle montre que des marins issus du territoire peuvent s’engager dans une épreuve transatlantique longue et technique.

Ce type d’expérience pourrait servir de base à d’autres projets locaux, notamment autour de la préparation de jeunes navigateurs ou de futurs équipages martiniquais. Les deux skippers ont d’ailleurs insisté sur l’importance du soutien reçu, qui a joué un rôle tout au long de la course.

TRANSAT CAFÉ L’OR
TRANSAT CAFÉ L’OR

Une course terminée avec rigueur et cohérence

L’arrivée de Martinique Horizon conclut une traversée  menée avec sérieux, sans excès ni minimisation. Le bateau a franchi la ligne dans les temps, dans un bon état général, avec un équipage qui a su rester concentré malgré les difficultés et la fatigue.

Fort-de-France a réservé un accueil à la hauteur de l’engagement des deux navigateurs, confirmant l’intérêt du public martiniquais pour cette édition. Avec cette arrivée, Jean-Yves Aglaé et Moane Mangattale signent une participation solide, qui pourrait encourager d’autres initiatives nautiques sur le territoire.

Pour en savoir davantage sur la TRANSAT CAFÉ L’OR, retrouvez notre analyse complète dans le dernier numéro de notre magazine.

FAQ

La TRANSAT CAFÉ L’OR est une course transatlantique en double, disputée en deux étapes, qui réunit plusieurs catégories de voiliers dont les Class40. Elle relie l’Europe à la Martinique et figure parmi les grandes épreuves du calendrier de la course au large.

Le Class40 Martinique Horizon, skippé par Jean-Yves Aglaé et Moane Mangattale, a terminé la TRANSAT CAFÉ L’OR à la 34ᵉ place, avec un temps total de 26 jours, 10 heures et 52 secondes. Les deux navigateurs ont atteint leur objectif principal : finir la course dans les temps.

L’arrivée de Martinique Horizon a attiré de nombreux spectateurs dès l’aube. Pour beaucoup, voir deux navigateurs martiniquais terminer une course transatlantique de ce niveau représente un moment important pour la voile locale et un repère pour les projets nautiques du territoire.

Chaque année au mois d’août, au cœur du Festival d’été d’Anguilla, l’Anguilla Poker Run fait vibrer l’île au rythme des moteurs et de la musique. Plus qu’une simple compétition nautique, cet événement symbolise la passion des Anguillais pour la mer, l’unité et la convivialité. Il est devenu, au fil du temps, un moment fort de la saison estivale et une véritable vitrine du patrimoine maritime local.

Un concept original entre chance et partage

L’Anguilla Poker Run reprend l’idée du poker run popularisé par les motards et les plaisanciers : naviguer d’un point à un autre, tirer une carte à chaque escale, et former la meilleure main possible.
À Anguilla, l’esprit est différent : la vitesse importe peu. Les participants s’arrêtent à chaque plage pour faire une pause, partager un repas, écouter de la musique et échanger. Le hasard du jeu se mêle à la chaleur humaine, et chaque escale devient une fête à part entière.

Année après année, l’événement attire des équipages venus d’Anguilla et des îles voisines : Saint-Kitts, Nevis, Antigua, Saint-Martin, Saint-Barthélemy, Tortola ou Saint-Thomas. L’île tout entière se mobilise pour accueillir cette journée sur l’eau, synonyme d’amitié et de passion partagée.

Poker run

Wendell “Bonty” Herbert, le visage du Anguilla Poker Run

À l’origine de cette aventure se trouve Wendell “Bonty” Herbert, surnommé Mr. Poker Run. Depuis 2016, il dirige l’organisation de l’événement avec la même énergie et la même passion.
Dans un entretien exclusif accordé à Richès Karayib, il revient sur la naissance du projet :

« En 2016, un homme admirait mon bateau à Sandy Ground et m’a dit : pourquoi ne participes-tu pas au poker run dans les îles Vierges ? Je n’en avais jamais entendu parler. »
« Je suis rentré chez moi, j’ai regardé la Leverick Bay Poker Run sur YouTube, et j’ai été bluffé. Je me suis dit : je peux faire quelque chose comme ça ici. »

Poker run
Wendell Bonty Herbert

Mais le concept, à Anguilla, a pris une tournure toute particulière :

« Là-bas, ils récupèrent juste les cartes et repartent. Ici, j’ai changé le format : tu tires ta carte, mais tu restes pour faire la fête, avec des concours et des animations. »

La première édition a réuni une trentaine de bateaux. Aujourd’hui, l’événement rassemble régulièrement plus d’une centaine d’embarcations, preuve de son essor et de son ancrage dans la culture locale.

Poker run

Une histoire marquée par la résilience

Depuis ses débuts, Anguilla Poker Run a traversé plusieurs étapes. Même pendant la pandémie, Wendell Herbert a trouvé le moyen de maintenir la tradition :

« Pendant le COVID, quand tout était fermé, on a pu le garder, parce qu’on était en mer. On l’a fait sur la côte nord, sans escales à terre. »

Cette détermination illustre le lien profond entre les habitants d’Anguilla et leur environnement marin.
Au fil du temps, l’événement a également essaimé dans la région. Wendell Herbert a lancé un Poker Run à Saint-Kitts, en hommage à ses parents disparus en mer en 1994.

« J’ai commencé en 2022, le jour de la fête des Pères. »

Pour lui, cette initiative dépasse la simple compétition. C’est une façon d’honorer la mémoire, de créer du lien et de transmettre un héritage.

Poker run
Poker run

Un rendez-vous phare du Festival d’été d’Anguilla

Le Festival d’été d’Anguilla, connu aussi sous le nom de Anguilla Summer Festival, se tient chaque année entre la fin juillet et la mi-août. C’est la plus grande fête populaire de l’île, où se mêlent musique, danse, courses de bateaux et événements culturels. L’Anguilla Poker Run y occupe une place de choix, aux côtés des régates traditionnelles, du Calypso Monarch et du défilé de troupes costumées.

L’événement se déroule généralement le samedi du Festival consacré aux activités nautiques, souvent autour du 9 ou 10 août. Le départ a lieu à Sandy Ground, cœur de la vie maritime d’Anguilla, où les équipages se rassemblent dès le matin pour le briefing et la première distribution de cartes.

Le parcours : une boucle festive autour de l’île

Le circuit varie d’une édition à l’autre, mais suit le même esprit : naviguer autour de l’île en s’arrêtant sur plusieurs plages emblématiques. Les escales les plus fréquentes sont Crocus Bay (Da’Vida Beach Bar), Island Harbour, Rendezvous Bay et Meads Bay, parfois avec une cinquième halte sur Scrub Island lorsque la météo le permet.

Chaque arrêt est l’occasion de profiter d’un cadre paradisiaque et d’une ambiance unique. Des DJ locaux assurent l’animation, tandis que les participants prennent le temps de se restaurer et de se divertir.
Comme le résume Wendell Herbert : « Cinq arrêts, cinq fêtes sur la plage. »

Poker run
Poker run

Sécurité et respect de la mer

Même si la journée est placée sous le signe du divertissement, les organisateurs rappellent chaque année des règles strictes : limitation de vitesse, respect des distances, zéro déchet, et équipements de sécurité obligatoires (gilets, radio VHF, extincteurs). Ces mesures sont supervisées en collaboration avec la Royal Anguilla Police Force et les autorités maritimes locales.

L’événement a aussi une portée éducative : il sensibilise les jeunes et les visiteurs à l’importance de préserver le littoral et les récifs coralliens, véritables trésors naturels d’Anguilla.

Poker run
Poker run

Un moment de fierté pour toute l’île

L’Anguilla Poker Run est aujourd’hui bien plus qu’une simple course. C’est une tradition contemporaine qui unit les générations, attire les visiteurs et renforce le sentiment d’appartenance à une communauté insulaire soudée par la mer.
Chaque édition rappelle combien Anguilla reste fidèle à son identité : celle d’une île fière, ouverte sur les autres territoires de la Caraïbe, et profondément attachée à son patrimoine maritime.

L’arrivée, le 6 octobre 2025, de deux grues Super Post-Panamax confirme l’ambition de Kingston Freeport Terminal Limited : hisser la Jamaïque au rang des hubs logistiques les plus performants de la région. Annoncée de longue date, cette livraison concrétise le programme d’investissements d’environ 50 millions de dollars américains, initié en 2024 pour moderniser les infrastructures et renforcer la compétitivité du terminal face aux grands ports de l’hémisphère.

Un tournant industriel pour la Jamaïque

Depuis la signature de la concession en 2016 entre l’État jamaïcain et le groupe français CMA CGM, Kingston Freeport Terminal Limited a mené une transformation en profondeur du port. Plus de 450 millions de dollars ont été mobilisés pour le dragage du chenal à 14,5 mètres, la réhabilitation des quais et la modernisation des systèmes d’exploitation.
Ces investissements ont permis à Kingston de figurer au 81ᵉ rang mondial dans le classement Lloyd’s List 2023, avec un trafic annuel dépassant 2,3 millions d’EVP. Ce résultat, fruit d’un modèle public-privé efficace, confirme la place du port jamaïcain parmi les infrastructures maritimes les plus performantes de la Caraïbe.

Kingston Freeport Terminal Limited
© The Port Authority of Jamaica

Des équipements adaptés aux géants des mers

Les deux nouvelles grues Ship-to-Shore livrées à Kingston Freeport Terminal Limited culminent à 52 mètres et offrent une portée de 60 mètres, suffisante pour manutentionner jusqu’à 22 rangées de conteneurs. Ces engins, de conception chinoise, sont destinés à opérer les navires Neopanamax transitant par le canal de Panama élargi.
Elles rejoignent les quatre grues déjà en service depuis 2017, portant à six le nombre total de Super Post-Panamax au terminal. Leur arrivée accroît considérablement la capacité de traitement et réduit le temps de rotation des escales. Les systèmes de guidage GPS différentiel et de contrôle automatisé intégrés améliorent la précision et la sécurité, tout en réduisant les coûts de maintenance.

Kingston Freeport Terminal Limited
©Kingston Freeport Terminal Limited

Une position géographique déterminante

La Jamaïque possède un avantage géographique unique que Kingston Freeport Terminal Limited met pleinement à profit. Situé à l’intersection des routes maritimes nord-sud et est-ouest, le port se trouve à deux jours du canal de Panama et à deux jours supplémentaires de Miami. Cette configuration lui permet de jouer un rôle d’interface naturel entre les continents et de devenir un point de transbordement essentiel pour le commerce interaméricain.
Depuis 2016, le volume de fret traité à Kingston a augmenté de plus de 50 %, illustrant l’efficacité de la stratégie d’expansion et la confiance croissante des compagnies maritimes internationales.

Le projet Westlands : une extension stratégique

La montée en puissance du terminal s’accompagne du lancement du projet Westlands, piloté par Kingston Freeport Terminal Limited en partenariat avec l’Autorité portuaire de la Jamaïque. D’un montant de 80 millions de dollars, ce chantier vise à étendre la surface portuaire de 15 hectares et à ajouter 600 000 EVP de capacité annuelle.
Cette expansion, qui intègre un portail automatisé et un système de circulation repensé, portera la capacité totale du terminal à 3,6 millions d’EVP. Elle permettra d’accueillir davantage de lignes régulières et d’améliorer la fluidité des opérations terrestres, un atout clé pour le commerce de transit caribéen.

Kingston Freeport Terminal Limited
© The Port Authority of Jamaica

Une modernisation technologique continue

L’investissement  de Kingston Freeport Terminal Limited ne se limite pas à la mécanique lourde. Il englobe une modernisation numérique complète : déploiement d’un réseau pLTE Nokia pour les communications internes, mise à jour du système Navis N4, et intégration d’un géopositionnement différentiel de haute précision.
L’objectif est d’optimiser chaque étape du cycle logistique : planification, manutention, stockage et expédition. Ces évolutions s’inscrivent dans la stratégie du groupe CMA CGM visant la neutralité carbone à l’horizon 2050, avec une priorité donnée à la réduction des émissions et à l’efficacité énergétique des équipements.

Kingston Freeport Terminal Limited
© The Port Authority of Jamaica

Retombées économiques et montée en compétences

L’impact de Kingston Freeport Terminal Limited dépasse largement le périmètre du port. Depuis 2016, l’entreprise a créé plus de 500 emplois qualifiés, portant son effectif à environ 1 400 personnes. Les opérateurs jamaïcains bénéficient désormais de formations internationales et participent à des programmes d’échange, notamment au port de Lekki au Nigeria.
Cette montée en compétence, associée à un taux de maintenance préventive supérieur à 97 %, démontre la professionnalisation continue des équipes et la solidité du modèle technique mis en place.

Les sargasses, longtemps considérées comme un fléau pour la Caraïbe, deviennent aujourd’hui au cœur d’un projet innovant à Saint-Vincent-et-les-Grenadines. L’archipel s’engage dans une initiative pilote qui vise à transformer ces algues brunes en ressources agricoles et économiques. Cette démarche illustre la volonté des petites îles de passer d’une contrainte environnementale à une stratégie de développement durable, en misant sur l’économie bleue.

Un phénomène qui bouleverse la Caraïbe

Depuis 2011, la prolifération massive des sargasses s’impose comme un problème majeur dans la région. Ces algues brunes, principalement issues des espèces Sargassum natans et S. fluitans, forment chaque année d’immenses radeaux flottants qui dérivent de l’Afrique de l’Ouest jusqu’aux côtes caribéennes et au golfe du Mexique. En 2018, plus d’un million de tonnes ont recouvert les plages mexicaines, marquant un tournant pour la conscience régionale face à ce phénomène.

Les conséquences sont lourdes : perturbation du tourisme, dégradation des équipements de pêche, obstruction des ports et menace pour la santé publique. En se décomposant, elles dégagent de l’hydrogène sulfuré, gaz toxique pouvant provoquer des troubles respiratoires. Pour les États insulaires, la gestion de ce fléau représente des coûts considérables, rendant indispensable une approche de valorisation.

sargasses

Un projet pilote d’envergure internationale

C’est dans ce contexte que Saint Vincent et les Grenadines devient le théâtre d’une expérimentation ambitieuse. L’entreprise britannique Seafields Solutions Ltd s’associe à la société locale Private Refuse and Garbage Disposal (PRGD) pour mettre en œuvre un projet pilote de valorisation des sargasses, prévu entre septembre 2025 et avril 2026.

Dotée d’un financement de 15 millions de dollars, cette initiative s’inscrit dans le cadre du programme “Unleashing the Blue Economy in the Caribbean” (UBEC), porté par l’Organisation des États de la Caraïbe orientale (OECO) et la Banque mondiale. Elle combine des technologies maritimes avancées, fournies par Seafields, et le savoir-faire opérationnel de PRGD sur le terrain.

Le dispositif comprend des navires spécialisés, des barrières flottantes et des zones de stockage en mer pour gérer les flux d’algues. Une fois récoltées, elles sont transformées localement, créant une chaîne de valeur directement bénéfique pour l’économie insulaire.

Du biochar aux biostimulants : des débouchés agricoles prometteurs

L’objectif central de ce projet est de convertir les sargasses en produits à forte valeur ajoutée, utiles pour l’agriculture durable. Deux axes se distinguent :

  • 💡 Le biochar, obtenu à partir de la carbonisation des algues, améliore la structure des sols, accroît leur capacité de rétention en eau et favorise la croissance des plantes. Les rendements agricoles observés avec du biochar dépassent parfois ceux obtenus avec les engrais chimiques, atteignant plus de 4 tonnes par hectare.
  • 💡Les biostimulants, extraits des algues, renforcent la résistance des cultures face au stress climatique et améliorent l’absorption des nutriments. Ils permettent également de réduire l’usage d’engrais azotés de près de 30 %, contribuant ainsi à une agriculture plus respectueuse de l’environnement.
sargasses

Retombées économiques et sociales

La mise en œuvre de ce projet pilote s’accompagne d’effets directs sur les communautés locales. En créant des emplois liés à la récolte, au transport, à la transformation et à la commercialisation des produits dérivés, la valorisation des sargasses génère de nouvelles sources de revenus. Elle réduit aussi les coûts liés aux opérations de nettoyage, souvent très lourds pour les finances publiques.

Comme l’explique John Auckland, PDG de Seafields :

« Ce partenariat démontre comment les sargasses, autrefois perçues comme un fardeau coûteux, peuvent devenir une ressource précieuse et génératrice d’emplois. »

L’objectif est également de pérenniser cette filière à travers la création d’une coentreprise, Seafields SVG, qui pourrait devenir un modèle pour d’autres territoires caribéens confrontés au même défi.

Une dynamique régionale en pleine expansion

Saint Vincent et les Grenadines n’est pas un cas isolé. Dans l’ensemble de la Caraïbe, des entrepreneurs et des institutions explorent la valorisation des sargasses. En janvier 2025, la Banque interaméricaine de développement (BID) et son laboratoire d’innovation IDB Lab ont lancé le Sargassum Innovation Quest, destiné à soutenir les projets les plus prometteurs.

À la Barbade, l’entrepreneur Joshua Forte transforme depuis 2014 les sargasses en compost organique à travers son entreprise Red Diamond Compost. En Guadeloupe, SUEZ travaille sur la production de fertilisants biologiques et la dépollution des sols contaminés à la chlordécone. En République dominicaine, SOS Carbon collabore avec Origin by Ocean pour développer des engrais et de l’alimentation animale. Au Mexique, l’entreprise C-Combinator explore la production de cuir écologique et de biostimulants.

Cette effervescence régionale montre que la Caraïbe s’oriente progressivement vers une économie bleue intégrée, où les sargasses ne sont plus perçues uniquement comme une menace.

sargasses

Une opportunité pour la Caraïbe

Le projet pilote lancé à Saint Vincent et les Grenadines illustre un changement d’approche face aux crises environnementales. Plutôt que de subir les arrivées massives de sargasses, l’archipel choisit de les transformer en levier de croissance. Cette stratégie s’inscrit pleinement dans les objectifs de l’économie bleue, qui vise à valoriser durablement les ressources marines tout en protégeant les écosystèmes.

En s’appuyant sur la technologie, l’innovation et la coopération régionale, Saint-Vincent-et-les-Grenadines ouvre la voie à une nouvelle manière d’envisager l’avenir des sargasses dans la Caraïbe.

La Jamaïque occupe une position unique sur la scène maritime internationale en tant qu’État hôte de l’Autorité Internationale des Fonds Marins (AIFM). Créée dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM), cette organisation spécialisée veille à la régulation de l’exploration et de l’exploitation des ressources minérales situées en haute mer.

Ce rôle, bien que n’impliquant pas d’exploitation directe pour la Jamaïque, renforce son rayonnement diplomatique et sa place dans les grandes discussions sur la gouvernance durable des océans. Comme l’explique M. Olivier Guyonvarch, Ambassadeur de France en Jamaïque et Représentant permanent auprès de l’AIFM, cette institution représente une pièce maîtresse dans l’équilibre entre développement économique et protection des écosystèmes marins.

L’Autorité Internationale des Fonds Marins : Une mission globale

Créée en 1996 dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM), l’AIFM est une organisation internationale spécialisée qui régule les ressources minérales situées au-delà des juridictions nationales, dans ce qu’on appelle la “haute mer”. Aujourd’hui, l’Autorité Internationale des Fonds Marins supervise 31 contrats d’exploration attribués à 25 pays. La Jamaïque patronne un de ces contrats avec une entreprise britannique qui explore une zone spécifique de nodules polymétalliques dans le Pacifique.

L’une des principales missions de l’Autorité Internationale des Fonds Marins est de finaliser un code minier : un cadre réglementaire qui définira les règles et conditions pour l’exploitation future de ces ressources. Ce code devra garantir que toute exploitation soit réalisée dans le plus grand respect des écosystèmes marins, tout en permettant un partage équitable des bénéfices, notamment avec les pays en développement.

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La Jamaïque : Un rôle stratégique en tant qu’État hôte

En tant qu’État hôte, la Jamaïque joue un rôle essentiel en accueillant cette organisation internationale, qui opère néanmoins de manière indépendante de sa localisation. Le choix de Kingston comme siège de l’AIFM en 1996 représentait une victoire diplomatique pour la Jamaïque, renforçant son image comme acteur clé dans la gouvernance maritime internationale.

Cependant, la région des Caraïbes ne possède pas de nodules polymétalliques, qui sont principalement situés dans le Pacifique. Malgré cela, la présence de l’Autorité Internationale des Fonds Marins en Jamaïque apporte un prestige certain et souligne l’engagement du pays envers la préservation de l’environnement et le développement durable, des enjeux cruciaux pour l’ensemble de la région caribéenne.

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Défis environnementaux et ambitions technologiques

L’un des plus grands défis actuels de l’AIFM est l’adoption du code minier. Ce processus complexe implique des négociations entre les 36 membres du conseil de l’AIFM, représentant des intérêts nationaux divers.

L’objectif est de mettre en place un cadre qui assure une exploitation équitable et durable des ressources, tout en protégeant les écosystèmes marins.

Olivier Guyonvarch a également souligné l’importance cruciale des protections environnementales dans ce contexte. Alors que la demande mondiale en nodules polymétalliques et autres minéraux critiques augmente pour répondre aux besoins des technologies d’énergie renouvelable, l’Autorité Internationale des Fonds Marins devra s’assurer que les règles et mesures adoptées soient strictement respectées. Son rôle devient ainsi fondamental pour garantir un équilibre délicat entre le développement économique et la préservation des écosystèmes marins.

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L’AIFM représente un effort collectif pour relever les défis environnementaux globaux et réguler l’utilisation durable des ressources marines.

Bien que les opérations de l’Autorité Internationale des Fonds Marins dépassent les frontières caribéennes, sa présence en Jamaïque symbolise l’interconnexion des nations face aux enjeux maritimes. À mesure que l’Autorité Internationale des Fonds Marins se rapproche de l’adoption de son code minier, le monde observera attentivement ses efforts pour concilier exploitation des ressources et préservation des océans. Pour la Jamaïque et les Caraïbes, l’Autorité Internationale des Fonds Marins représente à la fois un symbole de coopération internationale et un appel à une gouvernance durable des océans.

Félix Mérine a grandi tout près de l’eau, dans une maison tournée vers la mer. Dès l’enfance, la yole fait partie de son quotidien, sans imaginer que cette embarcation traditionnelle allait tracer tout son parcours. Mais c’est bien plus tard, après les tempêtes de la vie, que Félix Mérine comprend la force de cette embarcation. La yole ne lui a pas seulement appris à naviguer, elle lui a offert une voie, un cap, une raison d’agir. Aujourd’hui, ce barreur devenu entrepreneur se consacre à transmettre ce que la mer lui a donné.

Un enfant de la mer, forgé par les vagues

Félix Mérine a grandi à deux pas de la mer, à Robert, dans une maison où l’eau faisait partie du quotidien. Très jeune, il découvre l’univers de la yole aux côtés de ses oncles. Il ne monte pas tout de suite à bord — d’abord, il observe, il apprend, il écoute. Il fabrique de petites yoles dans la rue, aide à laver les voiles, participe à la vie de la yole sans le savoir. C’est là que tout commence : dans les gestes répétés, les regards échangés, le respect silencieux des anciens.

Félix Mérine
©Mady Aïssata Mérine

À la dérive, mais pas perdu

À 16 ans, Félix Mérine quitte l’école. « Je n’écoutais pas ma mère », dit-il sans détour. Il entre dans une période trouble. Le service militaire à Lyon le marque profondément. Discipline, respect, responsabilité : il découvre des règles strictes qu’il applique sans discuter.
À 8 000 kilomètres, les conseils de sa mère prennent enfin tout leur sens.
À son retour, ce sont ses oncles qui le ramènent sur une yole. Cette fois, il s’y engage pour de bon.

Félix Mérine
Sé pou la viktwa nou ka alé 💪🏼

La yole comme discipline, le sport comme tremplin

En 1987, il fonde son association et impose des règles strictes : entraînements réguliers, zéro alcool, esprit d’équipe et le respect de chacun. Il a fallu du temps, mais les résultats suivent. La yole devient plus qu’un sport : une école.

« La yole m’a sauvé la vie. », souligne Félix Mérine

Ce qu’il apprend sur l’eau, il l’applique dans son entreprise. Aujourd’hui, il dirige une société de transport active dans la Caraïbe, avec plus de 60 employés. Ce qu’on lui a transmis, il le transmet à son tour. « Ce que mes aînés m’ont transmis, j’ai le devoir de le transmettre à mon tour. » dit-il.

Félix Mérine
©Jérôme DESERT PASSIFOTO
Félix Mérine
©Jérôme DESERT PASSIFOTO
La Yole
©Jérôme DESERT PASSIFOTO

Transmettre, pour construire demain

Aujourd’hui en retrait des compétitions, Félix Mérine se consacre à la transmission. Il encadre des jeunes en rupture, partage son expérience et porte un projet de réinsertion par la yole en milieu carcéral. Pour lui, chaque effort compte, et peut tout changer. « Rien n’est perdu », dit-il avec gravité, « même quand tout semble l’être. » Ce qu’il a reçu de ses aînés a été déterminant, il sait qu’un jeune bien entouré peut, lui aussi, trouver sa voie.

L’histoire de Félix Mérine, c’est celle d’un homme qui a trouvé dans la mer un cadre, un sens, une force. Aujourd’hui, il agit pour que d’autres puissent, à leur tour, avancer. Parce que parfois, il suffit d’un repère, d’une écoute, ou d’une embarcation — pour que tout redémarre.

Citation forte : 

95% de ce que j’ai aujourd’hui, c’est la yole qui me l’a donné.

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Le port de Jarry Guadeloupe vient de franchir un cap stratégique majeur avec l’arrivée de trois portiques XL de nouvelle génération. Livrés le 30 juin 2025 à bord du navire CY Interocean II, ces équipements symbolisent bien plus qu’un simple bond technologique : ils marquent l’entrée concrète du territoire dans une logique de performance, de souveraineté logistique et de transition énergétique, à l’heure où les flux maritimes mondiaux deviennent de plus en plus complexes, tendus, et géopolitiquement sensibles.

Une manœuvre spectaculaire et hautement stratégique

Le convoi maritime est parti de Cobh, en Irlande, le 15 juin dernier. Quinze jours de traversée plus tard, c’est une silhouette massive et impressionnante qui a surgi à l’horizon du Grand Port Maritime, attirant l’attention des professionnels comme des citoyens. Sur le pont du CY Interocean II, trois portiques bleus de type Liebherr, soudés à la coque, prêts à être débarqués selon une opération logistique de haute précision. 

Cette manœuvre, programmée sans interrompre le flux des marchandises, témoigne d’une maîtrise technique rare dans les Antilles françaises. Pour les acteurs portuaires, cette opération signe une étape décisive dans la transformation du port de Jarry Guadeloupe, considéré comme le poumon économique de l’archipel.

Port de Jarry Guadeloupe
©Grand Port Maritime de Guadeloupe

Une montée en gamme technique pour absorber les défis du trafic maritime

Fabriqués par le groupe allemand Liebherr, ces portiques affichent une portée de 30 mètres et peuvent soulever jusqu’à 75 tonnes en mode « twin-lift », c’est-à-dire deux conteneurs lourds simultanément. Ce niveau de performance répond à une nécessité : l’évolution constante du trafic maritime, avec des navires toujours plus longs, plus hauts, plus lourds, et souvent plus respectueux des normes environnementales. Pour le port de Jarry Guadeloupe, cette montée en gamme permet d’absorber l’augmentation attendue du tonnage, tout en réduisant le temps de traitement des navires. 

La cadence de manutention sera optimisée, les délais logistiques réduits, et les capacités opérationnelles renforcées. Il s’agit d’un tournant concret, attendu depuis plusieurs années par les opérateurs du fret, les transporteurs, mais aussi par les entreprises dépendantes de la fluidité des approvisionnements.

Port de Jarry Guadeloupe
©France-Antilles
Port de Jarry Guadeloupe
©France-Antilles

Un impact mesurable sur l’économie locale et l’organisation logistique

Cette acquisition représente un investissement de 40 millions d’euros, financé en partie par la Région Guadeloupe via les fonds FEDER à hauteur de 7,2 millions. C’est l’un des projets logistiques les plus structurants de la décennie. Le port de Jarry Guadeloupe, qui génère déjà 2 300 emplois directs et 7,7 % de la richesse locale, voit ici ses infrastructures renforcées pour accompagner les filières locales. Ce chantier ne concerne pas uniquement les quais ou les grues : il s’agit d’une reconfiguration globale des flux, du stockage, des temps de transit, de la chaîne du froid, de la sécurité douanière. 

Cela implique aussi une montée en compétence des équipes, avec des formations techniques pour les agents de manutention, des débouchés pour les jeunes en logistique, et des opportunités à saisir pour les sous-traitants locaux. Derrière les chiffres, ce sont des centaines de trajectoires professionnelles qui peuvent être déclenchées ou consolidées.

Port de Jarry Guadeloupe
Port de Jarry Guadeloupe

Souveraineté alimentaire et résilience économique : un enjeu vital

Le port de Jarry Guadeloupe assure l’entrée de près de 99 % des marchandises consommées sur le territoire. Cela inclut les denrées alimentaires, les matériaux de construction, les médicaments, les carburants, les biens d’équipement. Autrement dit, une interruption même temporaire de l’activité portuaire aurait des conséquences directes sur la vie quotidienne des Guadeloupéens.

 Renforcer les capacités d’accueil, fluidifier les escales, améliorer la fiabilité des infrastructures, c’est donc garantir une souveraineté logistique réelle face aux aléas climatiques, aux crises sanitaires ou aux tensions géopolitiques. La modernisation actuelle s’inscrit dans cette logique : protéger le territoire par la robustesse de ses infrastructures, et éviter toute dépendance excessive aux plateformes logistiques extérieures.

Port de Jarry Guadeloupe

Une transition écologique inscrite dans les actes, pas dans les discours

Les trois portiques livrés fin juin s’inscrivent également dans une dynamique de décarbonation progressive du transport maritime. Conçus pour accueillir les navires de nouvelle génération, moins émetteurs de CO₂, ils participent à l’alignement du port de Jarry Guadeloupe avec la Stratégie nationale portuaire 2021–2050 et la Programmation pluriannuelle de l’énergie. L’objectif est clair : sortir du charbon d’ici 2026, favoriser l’arrivée de carburants alternatifs (biomasse, biocarburants) pour EDF, et intégrer des solutions de branchement électrique à quai. 

Au-delà des portiques, ce sont les silos de vracs, les zones de stockage, les flux énergétiques qui sont en cours de réorganisation pour tendre vers un modèle portuaire durable. Dans un contexte mondial de transition, la Guadeloupe entend ne pas rester à quai.

Port de Jarry Guadeloupe
Guadeloupe Port Caraïbes

Cap sur la Caraïbe : ambition régionale et hub de transbordement

La modernisation du port de Jarry Guadeloupe ne répond pas uniquement à une urgence locale. Elle s’inscrit aussi dans une stratégie de repositionnement régional. Avec ces nouvelles capacités, le port de Jarry Guadeloupe ambitionne de redevenir un acteur du transbordement dans la Caraïbe, de capter une partie du trafic entre le Nord et le Sud, entre l’Amérique latine, les Petites Antilles et les États-Unis. Selon les projections internes, une croissance du trafic conteneurisé de +9 % est attendue d’ici 2028

Mais pour atteindre ces objectifs, il ne suffit pas d’avoir des équipements. Il faut aussi proposer des escales rapides, fiables, compétitives. Les trois portiques XL, en réduisant significativement le temps d’escale, pourraient être un levier décisif pour gagner la confiance des grands armateurs et des opérateurs logistiques de la zone.

Port de Jarry Guadeloupe
Port de Jarry Guadeloupe

Un virage logistique à la hauteur des enjeux de demain

Ce chantier de modernisation n’est ni un simple rafraîchissement d’infrastructures, ni un effet d’annonce. Il traduit une volonté politique, économique et environnementale de faire du port de Jarry Guadeloupe un outil adapté au XXIe siècle. C’est un choix stratégique à fort impact territorial : pour les familles, qui verront l’approvisionnement sécurisé ; pour les jeunes, qui accéderont à de nouveaux métiers techniques ; pour les entreprises, qui pourront compter sur une chaîne logistique performante. 

C’est aussi un message adressé à la Caraïbe : la Guadeloupe investit, innove et entend prendre toute sa place dans l’économie maritime régionale, non pas comme simple destinataire de conteneurs, mais comme acteur logistique à part entière.

Traditour 2025 en Guadeloupe s’annonce comme un moment charnière pour la voile traditionnelle et l’identité caribéenne. Pour la première fois, cette grande aventure maritime s’élancera de Portsmouth, en Dominique, avant de longer les côtes guadeloupéennes au fil de 14 segments répartis sur 11 jours de course, du 3 au 13 juillet 2025. 

Cette édition, coorganisée avec la Dominique, incarne bien plus qu’une régate : elle symbolise l’union, l’audace et la transmission d’un patrimoine vivant, au service du rayonnement de toute la région.

Un départ inédit depuis la Dominique : symbole d’un pont entre les îles

L’esprit d’ouverture et de coopération régionale

L’ouverture du Traditour 2025 depuis la Dominique marque un tournant historique. Ce choix, fruit d’une volonté conjointe des organisateurs, traduit un désir profond de rapprocher les peuples caribéens. Comme l’a exprimé l’ambassadeur Benoit Bardouille, il s’agit de « promouvoir le tourisme, renforcer les échanges culturels et stimuler la croissance économique » entre les îles.

Ce départ n’est pas qu’un geste symbolique : il incarne la capacité des territoires à dépasser les frontières pour faire de la mer, jadis barrière, un véritable trait d’union. La Dominique, longtemps perçue comme voisine lointaine, devient le point de départ d’un récit commun, tissé de solidarité, d’ambition et d’ancrage culturel partagé.

Traditour 2025
Traditour
Traditour 2025
Traditour

Un tremplin pour l’économie et l’image de la Dominique

L’accueil du prologue et du départ du Traditour 2025 offre à la Dominique une visibilité sans précédent. Hôtels, restaurants, artisans, prestataires touristiques et guides locaux bénéficient d’une affluence significative, générant des retombées économiques concrètes. Plus de 400 participants (équipages, organisateurs, accompagnateurs et techniciens) ont été mobilisés pour l’événement, selon Discover Dominica. 

C’est aussi l’image de l’île qui se voit revalorisée : la Dominique se positionne comme une destination maritime de référence, capable d’accueillir un événement international dans le respect de ses atouts naturels et culturels.

Traditour 2025
Traditour
Traditour 2025
Traditour

Un parcours d’exception : 14 segments, 11 jours, 39 canots engagés

Les grandes étapes, entre tradition et nouveauté

Le tracé du Traditour 2025 met en valeur la diversité des paysages et du patrimoine guadeloupéen. Après le départ de Portsmouth, les canots saintois mettront le cap sur Terre-de-Haut (Les Saintes), puis enchaîneront les escales à Gourbeyre, Capesterre-Belle-Eau, Petit-Bourg, Pointe-à-Pitre, Baie-Mahault, Sainte-Rose, Port-Louis, Le Moule, La Désirade, Saint-François et Sainte-Anne. 

L’intégration de La Désirade, souvent absente des grandes courses, constitue une première qui confère à cette édition une envergure inédite. Chaque étape met en lumière les spécificités locales et favorise les rencontres entre habitants, visiteurs et marins.

Traditour 2025
Traditour 2025

Les défis techniques et humains d’une course hors norme

Participer au Traditour 2025, c’est relever un défi physique, technique et humain. Les conditions de navigation varient selon les étapes : vents instables, courants imprévisibles, récifs autour de la Pointe des Châteaux ou de La Désirade, tout impose une connaissance fine des éléments et une maîtrise absolue du canot. 

39 équipages sont engagés : 22 masculins, 7 féminins, 7 mixtes et 3 juniors. Cette diversité est rare dans les compétitions nautiques et illustre l’ouverture croissante de la voile traditionnelle à toutes les générations et à tous les genres.

Traditour 2025
Traditour 2025
Traditour 2025

Les canots saintois : chefs-d’œuvre de savoir-faire et d’innovation

Secrets de fabrication, matériaux nobles et gestes d’antan

Le canot saintois, au cœur du Traditour 2025, est bien plus qu’un bateau : c’est un symbole d’identité. Fabriqué à la main selon des méthodes anciennes, il utilise des bois nobles tels que le poirier pays, le gommier, le mahogany ou l’acajou. Chaque élément : coque, voile, mât, lest, barre est pensé pour garantir performance et sécurité. Le mât et la bôme sont souvent en bambou, et les voiles en tissu résistant, adaptées aux spécificités de chaque canot. Le soin apporté à la décoration fait de chaque embarcation une œuvre unique, reflet de la tradition de son port d’attache.

Traditour 2025
Traditour 2025

La transmission des savoirs, un héritage vivant

La fabrication et la navigation sur canot saintois relèvent d’une véritable école de vie. Les anciens partagent leur savoir lors de chantiers collectifs, de veillées, ou à bord lors des sorties d’entraînement. Le programme “Traditour A Timoun” valorise cette transmission intergénérationnelle : il initie les jeunes de 8 à 15 ans à la voile traditionnelle dans un cadre pédagogique. Ce processus vivant, enrichi à chaque édition, perpétue les gestes du passé tout en s’ouvrant à l’innovation (sécurité, matériaux composites) dans le respect de la charte de la Classe Canot Saintois.

Traditour 2025, un levier de valorisation pour la Guadeloupe et la Caraïbe

Traditour 2025
Traditour 2025

Rayonnement culturel et retombées économiques concrètes

Chaque segment du Traditour 2025 représente une opportunité de valoriser les savoir-faire locaux : musiques, danses, artisanat maritime, gastronomie, métiers liés à la mer (charpentiers, voiliers, pêcheurs, guides). L’impact économique est réel : hébergements, transports, restauration et artisanat profitent de l’engouement autour de la course. Le rayonnement médiatique positionne la Guadeloupe comme acteur de premier plan du tourisme maritime et culturel dans la Caraïbe, attirant à la fois un public local, régional et international en quête d’authenticité.

Traditour 2025
Traditour 2025
Traditour 2025
Traditour 2025

Un moteur de fierté, d’identité et de cohésion régionale

Bien au-delà des chiffres, Traditour 2025 joue un rôle essentiel dans la construction d’une identité caribéenne partagée. Il réactive les mémoires, valorise les récits, les langues et les coutumes locales. L’événement rassemble les institutions (Région, ANASA, communes), les partenaires privés, les bénévoles et les artistes. Le slogan « Un seul océan. Une seule culture. Une seule fête. » devient un cri de ralliement pour ceux qui partagent l’idée d’une Caraïbe connectée par la mer et unie par ses traditions.

Traditour 2025
Traditour 2025

L’esprit caribéen souffle sur la voile traditionnelle

Paroles d’acteurs, ambitions et perspectives d’avenir

À l’approche du Traditour 2025, l’enthousiasme est palpable. Les marins aguerris, comme Hugo Thélier, croisent la relève issue des clubs de voile. Les charpentiers de marine retrouvent reconnaissance et commandes. Les organisateurs, quant à eux, voient dans cette course un laboratoire d’avenir pour le tourisme nautique durable : création d’emplois, parcours touristiques autour des chantiers navals, valorisation du patrimoine matériel et immatériel, développement de circuits courts autour des escales. Traditour 2025 s’inscrit dans une logique durable, alliant mémoire, innovation et coopération.

Traditour 2025
Traditour 2025

Traditour 2025 en Guadeloupe s’impose comme un événement structurant pour toute la région. En associant la Dominique à la Guadeloupe dans un projet de valorisation du patrimoine maritime, cette édition ouvre la voie à de nouvelles formes de coopération régionale. Plus qu’une course, Traditour 2025 est une aventure humaine et identitaire, un trait d’union entre les générations, les îles et les cultures. Il invite chacun à considérer la mer non plus comme une frontière, mais comme un espace commun, fertile, à la fois de mémoire et de modernité.

Traditour 2025
Traditour 2025
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La Guadeloupe affirme son ambition pour une croissance maîtrisée et durable

À l’occasion du Seatrade Cruise Global 2025 à Miami, la Guadeloupe a réaffirmé son positionnement stratégique dans l’industrie de la croisière caribéenne.
À travers les regards croisés du Grand Port Maritime et du Comité du Tourisme, l’archipel affiche une volonté claire : conjuguer excellence portuaire, montée en qualité de l’expérience touristique et développement durable au service de son rayonnement international.

Guadeloupe

Le Grand Port Maritime : accompagner la dynamique croisière

Pour Marc Gautier, directeur de la Prospective et du Développement du Grand Port Maritime de la Guadeloupe, la croisière constitue un axe majeur de croissance économique pour l’archipel.
« La croisière est un levier stratégique pour la Guadeloupe », affirme-t-il.

Avec ses infrastructures modernes et performantes, le port accueille plusieurs navires de croisière simultanément, offrant aux compagnies des conditions d’escale optimales.
La destination connaît une progression continue du nombre d’escales, signe d’une attractivité renforcée.

Guadeloupe

Un élément essentiel explique cette dynamique : la forte synergie locale.
« Le travail collectif entre le port, le Comité du Tourisme, les prestataires et les autorités garantit une expérience de qualité aussi bien pour les compagnies que pour les passagers », souligne Marc Gautier.

Si aucun frein majeur n’est identifié aujourd’hui, le port reste vigilant : anticiper les évolutions du marché est indispensable pour préserver la compétitivité et la qualité de l’accueil.

🎯 L’ambition portée par Marc Gautier : poursuivre la montée en puissance de la Guadeloupe dans le secteur de la croisière tout en maintenant l’excellence de ses infrastructures et de son accueil.

Guadeloupe
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Guadeloupe

Répartir, valoriser, fidéliser : la stratégie du Comité du Tourisme

Guadeloupe

Pour Laurence Corenthin, directrice adjointe du Comité du Tourisme des Îles de Guadeloupe, la reprise post-Covid de l’activité croisière est une véritable opportunité — à condition de l’accompagner intelligemment.

« Nous avons connu une reprise rapide. L’enjeu aujourd’hui est de mieux répartir les flux et d’enrichir l’expérience passager », explique-t-elle.

Guadeloupe
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Le Comité du Tourisme mise notamment sur :

  • La valorisation du centre-ville de Pointe-à-Pitre, pour inciter les croisiéristes à découvrir davantage la destination dès leur arrivée,

  • Le développement d’une offre hors haute saison, afin d’étaler la fréquentation sur l’année,

  • L’enrichissement des excursions et des expériences touristiques pour répondre aux attentes d’une clientèle internationale en quête d’authenticité.

Le poids de la croisière dans l’économie touristique locale est désormais considérable. Elle génère un impact direct et structurant sur l’économie de l’archipel, en dynamisant commerces, transports et activités culturelles.

🎯 La vision de Laurence Corenthin : positionner durablement la Guadeloupe comme une destination de croisière authentique, vivante et respectueuse de son territoire.

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Une destination en mouvement, tournée vers l’avenir

Au Seatrade 2025, la Guadeloupe a clairement démontré sa capacité à accompagner sa croissance touristique sans renier son identité.
À travers l’excellence de ses infrastructures portuaires, la richesse de son offre touristique et l’engagement collectif de ses acteurs, l’archipel confirme son ambition : faire de la croisière un levier durable au service du territoire et de ses habitants.

En Guadeloupe, la croisière n’est pas une simple escale : c’est une invitation à découvrir une île authentique, en mouvement, fière de ses racines et résolument tournée vers l’avenir.

Guadeloupe
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