Le 12 mai 2025, sur le quai de la Pointe des Grives, le Grand Port Maritime de la Martinique a présenté deux portiques nouvelle génération. Ces équipements marquent une avancée stratégique pour le territoire, au cœur du projet Hub Antilles, soutenu par l’État, les collectivités et des partenaires privés.
Une avancée structurante pour le terminal de la Pointe des Grives
« Ce n’est qu’une brique du projet plus global, le projet Hub Antilles », affirme Bruno Mencé, Président du Directoire du Grand Port Maritime. L’arrivée de ces deux portiques marque une étape essentielle d’un programme de modernisation de grande ampleur, visant à faire de la Martinique une plateforme logistique performante dans la Caraïbe.
Conçus par un groupement franco-chinois, fabriqués en Chine, ces équipements du projet Hub Antilles est de type low profile — rares dans le monde — ont nécessité 60 jours de mer pour atteindre Fort-de-France. Chacun pèse 1 600 tonnes et représente un investissement total de 35 millions d’euros. Leur mise en service est prévue entre fin juillet et septembre 2025.
« Nous allons passer de 180 000 EVP à 300 000, en ajoutant du transbordement à nos opérations. Ces portiques vont améliorer d’au moins 30 % notre performance », précise-t-il. Cette progression répond aux besoins d’accueillir des navires de plus grande taille, jusqu’à 7 900 EVP, en prévision d’une croissance du trafic régional.
Développement économique, coopération régionale et souveraineté logistique
Bruno Mencé a détaillé l’ambition du Hub Antilles : « Ce n’est pas que du transbordement. Il faut créer de la valeur, capter des flux depuis l’Amérique du Sud, transformer localement, et réexporter. » Une zone logistique en arrière-port est prévue pour développer ces activités de transformation.
L’objectif du Hub Antilles est clair : offrir aux entreprises locales de nouveaux débouchés économiques en facilitant l’approvisionnement, la transformation industrielle et la réexportation dans la zone Caraïbe. Ce levier logistique doit permettre de structurer une nouvelle chaîne de valeur, plus intégrée, plus compétitive, et moins dépendante des circuits traditionnels passant par l’Europe.
Il a également annoncé sa présence au congrès annuel des ports de la Caraïbe, à Curaçao, où le projet sera présenté pour renforcer la visibilité de la Martinique dans la région. Le port entend ainsi offrir une alternative aux hubs saturés comme Kingston ou Cartagena.
Coordonner, sécuriser, adapter : les clés de la mise en service
Pour Ivanh Alingéry, directeur des opérations du port, l’arrivée des portiques est l’aboutissement d’un chantier long de plus de deux ans : « C’est une grosse étape. Ces équipements, commandés il y a plus de deux ans, sont enfin là. Maintenant, il faut transformer l’essai. »
Le déchargement des portiques depuis le navire constitue une opération délicate. « Chaque portique fait 1 600 tonnes. Il faut les transférer sur le quai en toute sécurité, grâce à des capteurs installés pour surveiller la structure pendant la manœuvre. »
La suite ? Des mois de réglages fins et d’adaptation. « Il faut compter un à deux ans pour une utilisation optimale. C’est ce qu’on appelle une période de déverminage, où l’on affine les paramètres pour les adapter à nos navires et cadences. »
Malgré les défis techniques, Alingéry souligne l’engagement collectif : « Les équipes ont su relever chaque défi jusqu’à présent. C’est une réussite partagée. »
Interventions croisées : vision institutionnelle, mémoire du port et ambition écologique
Frantz Thodiard, vice-président du Conseil de surveillance et ancien directeur du port, a retracé l’histoire des générations de portiques : « On en est à la quatrième, ce sont les ports qui s’adaptent aux navires, pas l’inverse. Le projet est mûr, accompagné par l’État, la CTM, l’AFD, et les fonds européens. » Il insiste sur la création de valeur et d’emplois : « Alé, viré é rété. C’est créer de l’emploi local, des entreprises, autour du transport maritime, du numérique, de l’environnement. »
Jean-Claude Florentiny, au nom du Conseil de développement, a salué un renouvellement rare et structurant : « Ce n’est pas banal. L’attractivité passe aussi par la capacité à attirer d’autres compagnies maritimes. C’est un outil commun, et il faut en être fier. »
Philippe Rech, représentant CMA CGM, a quant à lui valorisé la qualité de la collaboration : « Une véritable écoute, une rigueur professionnelle. C’est un plaisir de travailler avec des professionnels. » Il a également annoncé l’arrivée de six cavaliers hybrides, et le déploiement d’un nouveau parc reefer alimenté en photovoltaïque pour un investissement d’environ 30 millions d’euros.
Maurice Claude, ancien salarié du port, a livré un témoignage chargé de mémoire et de transmission. « Ce que vous voyez, on l’a bâti de nos mains. Il n’y avait rien au départ. Ce terminal est le fruit de nos sacrifices », a-t-il rappelé avec émotion. Fort de ses 38 ans de carrière, il a insisté sur l’importance de ne jamais perdre de vue la dimension humaine de ces réalisations : « Un homme sans mémoire est un homme sans vie. Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir. »
Deux salariés actuels ont également pris la parole lors de l’événement. Le premier, impressionné, a déclaré : « Ce n’est pas tous les jours qu’on voit ça. On a l’habitude de voir des portiques sur rail, mais posés sur un bateau comme ça, c’est impressionnant. »
Le second a partagé un regard plus tourné vers la transmission : « J’ai assisté à l’arrivée du P4, du P5, du P6… Aujourd’hui, le P7 et le P8. J’espère que les jeunes qui viennent d’arriver, et ceux qui arriveront, pourront continuer le travail que nous avons commencé. »
Un outil d’avenir pour le territoire
Ce projet est labellisé “La Mer en Commun” dans le cadre de l’Année de la Mer 2025. Il s’agit autant d’un investissement technique que d’un engagement structurant : la Martinique affirme sa volonté de jouer un rôle moteur dans les échanges régionaux.
La transformation du port est en marche, et c’est tout un écosystème qui est appelé à s’en emparer : entreprises, industriels, importateurs, élus. « Il faut que les acteurs économiques s’en emparent », insiste Bruno Mencé. « Ces portiques sont une clé. À nous tous de construire la suite. »