Cienfuegos, la cité de Cuba née de colons de Bordeaux et de Louisiane

Vue aérienne du centre historique de Cienfuegos, à Cuba, avec ses palmiers et ses coupoles

Fondée le 22 avril 1819 sur la côte sud de Cuba, Cienfuegos est née d’un projet espagnol et de colons venus de France et de Louisiane. Son centre, tracé en 25 blocs réguliers, est inscrit à l’UNESCO depuis 2005. C’est l’histoire d’une ville dessinée à la règle, et d’un fondateur qui a mis plus d’un siècle à y rentrer.

Louis de Clouet est mort en Espagne en 1848. Ses restes sont arrivés à Cienfuegos le 3 août 1958. Ils n’ont reçu leur sépulture définitive que le 22 avril 2009, jour anniversaire de la fondation, au cimetière Tomás Acea, selon le blog patrimonial Cienfuegos Patrimonio, tenu dans la ville. Même sa naissance reste disputée. L’ICOMOS, l’organisme chargé d’évaluer le site pour l’UNESCO, le dit natif de la Louisiane. Le même blog le fait naître à Bordeaux. Cette hésitation entre deux rives de l’Atlantique résume la ville, une fondation espagnole peuplée en partie de Français.

Voitures anciennes dans une rue de Cienfuegos, devant un bâtiment bleu à coupole rouge

Fernandina de Jagua, un pari royal sur la baie

Tout commence par une politique. D’après les archives de Cienfuegos, une ordonnance royale du 21 octobre 1817 vise à augmenter la population blanche de l’île. Le journaliste Bernard Lamarque parle, dans la Bordeaux Gazette, d’une volonté royale de « blanchir » la population des territoires espagnols de la Caraïbe.

Clouet saisit l’occasion. En janvier 1819, il propose son projet au capitaine général de Cuba, José Cienfuegos, qui le soutient et le finance. Le plan est formalisé le 8 mars. Clouet arrive à la baie avec 46 colons venus de Bordeaux et de La Nouvelle-Orléans, qui s’abritent d’abord sous des tentes et des huttes indigènes, près de la rivière Saladito. L’ICOMOS ajoute des colons venus de Philadelphie et de Guarico.

Vue sur les toits de Cienfuegos et sur la baie depuis un escalier en hauteur

Le 22 avril 1819, Clouet choisit la presqu’île de Majagua pour y bâtir la ville. Promu brigadier, il confiera plus tard le gouvernement de la colonie à son fils. La colonie s’appelle Fernandina de Jagua, en hommage au roi Ferdinand VII. Jagua reprend le nom indigène de la région. En 1823, Clouet propose de donner à la ville le nom du général. Le roi la déclare « villa de Cienfuegos » le 20 mai 1829.

Un damier de 25 blocs au cœur de Cienfuegos

Le plan est la vraie signature de la ville. Selon ce blog, Clouet en confie le dessin à un officier de marine, Félix Bouyón. Vingt-cinq blocs forment le centre d’origine, en quadrillage d’une « régularité géométrique absolue », écrit l’UNESCO, qui y voit l’influence des Lumières espagnoles.

Vue en hauteur de l’arc de triomphe et des allées du parc José Martí à Cienfuegos

Quatre rues en tracent les limites, Santa Elena au nord, Santa Clara au sud, Velazco à l’ouest et Hourruitiner à l’est. En 1830, la place d’Armes gagne un bloc vers l’ouest et atteint deux hectares, réservée aux activités publiques et administratives. L’ICOMOS cite aussi le palais du gouverneur, l’école San Lorenzo, la résidence de l’évêque et le palais Ferrer. Pour l’UNESCO, ce damier est un exemple précoce de ces idées d’urbanisme appliquées en Amérique latine au XIXe siècle. Il exprime la modernité, l’hygiène et l’ordre.

Kiosque à coupole rouge du parc José Martí, à Cienfuegos, sous un ciel bleu

Sucre, tabac et café, la ville du négoce

Le damier attire le commerce, et le port fait le reste. L’ICOMOS décrit la ville comme un centre de négoce de la canne à sucre, du tabac et du café. Dans les années 1860, c’est la troisième ville du pays. L’argent change aussi la pierre. Le centre compte 6 bâtiments de la première moitié du XIXe siècle et 327 de la seconde. La ville s’est donc surtout construite une fois la fortune venue, sur un plan fixé dès l’origine.

Le palais de Valle, édifice clair aux balcons turquoise, à Cienfuegos, à Cuba

Pourquoi l'UNESCO a classé Cienfuegos en 2005

Le Centre historique urbain est inscrit en 2005, aux critères (ii) et (iv). Il couvre 70 hectares, avec une zone tampon de 105 hectares le long du port. L’UNESCO cite la cathédrale de la Purísima Concepción, le théâtre Tomás Terry, le Casino espagnol, la Casa de los Leones et la Douane. La ville entre ainsi dans la liste du patrimoine mondial à Cuba pour son urbanisme d’ensemble plus que pour un monument isolé.

Coupole rouge d’un édifice du centre historique de Cienfuegos vue depuis les toits

L’héritage français se lit encore dans les noms. Les Seniors Reporters de la ville de Bordeaux relèvent des patronymes comme Lafitte, Rey, Salaberry, Lagrave, Rives ou Pujol. À Bordeaux, une association Bordeaux-Cienfuegos existe depuis 2017, et une promenade au nom de la ville cubaine a été inaugurée en novembre 2024.

Statue de José Martí entourée d’une grille blanche dans un parc de Cienfuegos

Reste une question que les sources ne tranchent pas, et qui donne à cette histoire son goût d’inachevé. Combien de colons sont arrivés en 1819, et d’où venaient-ils exactement ? Les chiffres varient d’un texte à l’autre, et les archives ont encore des choses à dire.

Buste en marbre dans le parc José Martí, face à l’arc de triomphe de Cienfuegos

Questions fréquentes sur Cienfuegos

Cienfuegos a été fondée le 22 avril 1819 par Louis de Clouet, colonel au service de l’Espagne, avec des colons d’origine française. L’ICOMOS le dit natif de la Louisiane. La colonie s’appelait alors Fernandina de Jagua.

Parce que son centre historique, inscrit en 2005 aux critères (ii) et (iv), est un exemple précoce d’urbanisme des Lumières en Amérique latine. Son plan compte 25 blocs d’une régularité géométrique absolue, et exprime modernité, hygiène et ordre selon l’UNESCO.

Elle porte le nom du général José Cienfuegos, capitaine général de Cuba qui a soutenu la colonisation. Clouet l’a proposé en 1823, et le roi a déclaré la villa de Cienfuegos le 20 mai 1829.

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