« Coolie Dance » : le riddim jamaïcain de Skatta Burrell, 22 ans après

Skatta Burrell, producteur jamaïcain du riddim Coolie Dance, lors d'un événement

En 2003, dans un studio de Kingston, le producteur Cordel « Skatta » Burrell assemble un riddim pour quelques titres dancehall. Vingt-deux ans plus tard, ce même riddim entre pour la deuxième fois dans le Top 10 du Billboard Hot 100, porté cette fois par la star colombienne Karol G. « Coolie Dance » raconte comment un son fabriqué à Kingston continue de dicter le rythme de la pop mondiale, bien au-delà de l’île qui l’a vu naître.

Cette semaine, « Bby WOW », le titre de Karol G avec Judeline et Rusowsky, grimpe de la seizième à la dixième place du Billboard Hot 100. La chanson trône déjà en tête du Spotify Global 50 et du Billboard Hot Latin, avec plus de 78 millions d’écoutes depuis sa sortie à la fin de l’été. La semaine précédente, le titre avait déjà culminé en tête du Billboard Global 200, le classement mondial toutes plateformes confondues.

Vers la trentième seconde, un motif de percussion reconnaissable surgit sous la voix de Karol G. C’est le riddim « Coolie Dance », une création jamaïcaine vieille de plus de deux décennies, qui refait surface au sommet des classements américains et mondiaux.

Un riddim né à Kingston

Fin 2003, Cordel « Skatta » Burrell produit « Coolie Dance » dans son studio de Kingston. En dancehall, un riddim est l’instrumental commun sur lequel plusieurs artistes posent tour à tour leur voix, une pratique qui permet à un même son de circuler d’un titre à l’autre sans jamais s’épuiser. Cette logique du riddim partagé, où une même base peut porter des dizaines de versions différentes, remonte à l’ère des sound systems jamaïcains et distingue le dancehall de la plupart des genres populaires occidentaux.

Celui de Burrell sert ainsi de base à plusieurs morceaux la même année, portés notamment par Elephant Man, Vybz Kartel, Bounty Killer, Sean Paul et Ce’Cile. Rien, alors, ne laisse deviner qu’il traversera bientôt l’Atlantique.

Skatta Burrell dans son studio en Jamaïque, entouré de matériel de production musicale
Skatta Burrell en studio © Cordel Skatta Burrell
Skatta Burrell, producteur jamaïcain du riddim Coolie Dance, lors d'un événement
Skatta Burrell © Cordel Skatta Burrell

L’année suivante, le duo portoricain Nina Sky s’empare du riddim pour « Move Ya Body », avec Jabba. Le titre grimpe jusqu’à la quatrième place du Billboard Hot 100, atteint la sixième place au Royaume-Uni, la première en Croatie, et entre dans le top 10 en Belgique, au Canada, au Danemark, en Allemagne, en Suisse, aux Pays-Bas, en Nouvelle-Zélande et en Espagne. Pitchfork le classera 29e meilleure chanson de l’année. La même année encore, Pitbull et Lil Jon s’en emparent à leur tour pour « Culo », puis Lumidee et Fatman Scoop pour « Dance ! » en 2006. En l’espace de trois ans, le riddim jamaïcain traverse ainsi plusieurs scènes de la pop américaine, porté par des artistes qui n’ont jamais mis les pieds à Kingston.

« Coolie Dance » revient avec Karol G

Vingt-deux ans après ce premier passage dans le Top 10, « Coolie Dance » y revient donc avec « Bby WOW ». Sollicité par la presse spécialisée, Skatta Burrell a qualifié sa création d’« enfant des années 2000 » et salué le travail de Karol G. Le producteur dit encourager les artistes qui échantillonnent son riddim et revendique une inspiration puisée dans la musique du monde entier, au-delà du seul dancehall.

Ce n’est pas la première incursion de « Coolie Dance » hors de la Jamaïque. En 2023 déjà, Beyoncé l’avait intégré à sa tournée mondiale Renaissance, un choix largement relayé par la presse jamaïcaine, qui y voyait la reconnaissance tardive du poids de l’île dans la pop internationale. À chaque étape, ce sont pourtant des artistes venus d’ailleurs, Porto Rico hier, les États-Unis et la Colombie aujourd’hui, qui ont porté ce riddim jusqu’au sommet des classements. La Jamaïque, elle, reste la source silencieuse d’un rythme que le monde entier continue de reconnaître sans toujours en connaître l’origine exacte, ni le nom de celui qui l’a assemblé.

Deux décennies après sa naissance dans un studio de Kingston, « Coolie Dance » n’a donc rien perdu de sa capacité à circuler, à changer de langue et de continent sans perdre son identité rythmique. Reste une question plus large, familière à beaucoup de producteurs jamaïcains dont les créations voyagent loin au-delà de leur île, celle de la reconnaissance qui devrait accompagner chaque riddim quand il change de main, de langue et de génération.

C’est un riddim, c’est-à-dire un instrumental dancehall, créé fin 2003 par le producteur jamaïcain Cordel « Skatta » Burrell à Kingston. Il a d’abord servi de base à plusieurs titres la même année, portés notamment par Elephant Man, Vybz Kartel, Bounty Killer, Sean Paul et Ce’Cile.

Parce qu’il est échantillonné dans « Bby WOW », le titre de la star colombienne Karol G, entré cette semaine dans le Top 10 du Billboard Hot 100 après avoir déjà culminé en tête du Billboard Global 200. C’est la deuxième fois en 22 ans que ce riddim atteint le Top 10 du Hot 100, après « Move Ya Body » de Nina Sky en 2004.

Le riddim a notamment été repris par le duo portoricain Nina Sky pour « Move Ya Body » (2004), par Pitbull et Lil Jon pour « Culo » (2004), par Lumidee et Fatman Scoop pour « Dance ! » (2006), et par Beyoncé lors de sa tournée Renaissance en 2023.

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