Gessica Généus remporte le prix de la Villa Médicis avec « Marie Madeleine », film tourné à Jacmel

Portrait d’une femme au foulard noir, visage traversé d’ombres devant un mur vert

La cinéaste haïtienne Gessica Généus vient de recevoir à Rome le Prix du meilleur film du Festival de la Villa Médicis pour « Marie Madeleine». Ce long métrage en créole, situé à Jacmel, sort en France le 21 octobre. Le prix, doté de 5 000 euros et d’une résidence, s’ajoute à un parcours qui est passé par Cannes et Cabourg.

« Le film n’est même pas une distorsion de la réalité, c’est la réalité. » Gessica Généus prononce cette phrase à propos du bordel de Jacmel où se déroule son film, dans un entretien publié par le Festival de Cannes en mai. Elle dit aussi vouloir explorer « notre rapport en tant que peuple avec la moralité, en Haïti ». Quatre mois plus tard, un jury à Rome récompense ce regard.

La sixième édition du Festival de la Villa Médicis s’est tenue du 16 au 20 septembre 2026. Le jury réunissait l’actrice et réalisatrice Zar Amir Ebrahimi, l’artiste Rosa Barba et le réalisateur Radu Jude. Il a choisi « Marie Madeleine » pour le Prix du meilleur film, doté de 5 000 euros et d’une résidence à la Villa Médicis. Selon le festival, le jury salue une exploration de ce qui se passe lorsque la croyance devient à la fois un refuge et une prison, ainsi que le courage de sa vision et l’humanité extraordinaire de son cinéma.

Jacmel, une travailleuse du sexe et un évangéliste

Le film se déroule à Jacmel, sur la côte sud d’Haïti. Marie Madeleine y travaille comme prostituée. Elle croise Joseph, un jeune évangéliste, et une relation naît entre ces deux êtres que tout oppose. Gessica Généus joue elle-même le rôle principal, aux côtés de Béonard Monteau, qui incarne Joseph. Le long métrage dure 104 minutes et alterne créole haïtien et français.

C’est une coproduction entre la France, Haïti, la Belgique, le Luxembourg et le Canada. La société française Sanosi Productions en est la productrice principale. La société haïtienne Ayizan Productions figure parmi les coproducteurs.

Bâtiment colonial jaune à balcons et tourelle au toit rouge dans une rue de Jacmel, en Haïti
Un bâtiment colonial à tourelle dans une rue de Jacmel, en Haïti.
Rue animée de Jacmel, en Haïti, avec des marchands, des paniers et une église blanche au fond
Une rue commerçante de Jacmel, en Haïti.

Gessica Généus, une réalisatrice qui a commencé à dix-sept ans

Gessica Généus a grandi à Port-au-Prince. Elle débute comme actrice à dix-sept ans, dans « Barikad », de Richard Sénécal. Elle réalise ensuite des documentaires. « Douvan jou ka leve » lui vaut le Grand Prix du premier FIFAC, le festival documentaire Amazonie-Caraïbes, en Guyane. En 2021, son premier long métrage de fiction, « Freda », est sélectionné à Cannes, dans la section Un Certain Regard.

Selon le Washington Post, « Freda » était alors le premier film haïtien sélectionné à Cannes depuis 1993. Le quotidien américain ajoute que la réalisatrice a eu du mal à financer le projet, en partie parce qu’elle tenait à des dialogues en créole. Le film a aussi été proposé par Haïti à l’Oscar du meilleur film international. Les deux longs métrages se passent en Haïti et suivent des femmes.

Affiche du film « Marie Madeleine », un film de Gessica Généus, avec une femme aux cheveux rouges qui fume devant un camion, mention Cannes Première 2026
Affiche du film « Marie Madeleine », présenté à Cannes Première en 2026. © Gessica Généus - Facebook

Cannes, Cabourg, Rome, le parcours de « Marie Madeleine »

« Marie Madeleine » a été présenté à Cannes le 14 mai 2026, dans la section Cannes Première. Il a reçu ensuite le Grand Prix du Festival de Cabourg, en juin, pour sa quarantième édition, que Le Nouvelliste présente comme sa première grande récompense. Le film a aussi été projeté à Toronto, dans le programme Centrepiece, puis à Calgary le 28 septembre. Namur l’attend le 3 octobre.

Gessica Généus compte désormais deux films à Cannes, en 2021 et en 2026. Le média haïtien Chokarella la présente comme la première réalisatrice haïtienne à décrocher le prix de la Villa Médicis.

Femme posant devant l’affiche géante du 79e Festival de Cannes sur le Palais des festivals
Devant l’affiche géante du 79e Festival de Cannes. © Gessica Généus - Facebook

Ce que ce prix change pour Gessica Généus et le cinéma haïtien

L’effet concret sur le cinéma haïtien reste à mesurer. Certains faits sont pourtant déjà là. Un film situé à Jacmel, parlé en créole et réalisé par une Haïtienne, qui y tient aussi le rôle principal, circule dans des festivals d’Europe et d’Amérique du Nord. Il sera distribué en salles en France par Pyramide Distribution. La résidence à la Villa Médicis offre par ailleurs à la réalisatrice un temps de travail à Rome, dont le festival n’a pas encore précisé la date.

Le public français pourra voir « Marie Madeleine » en salles à partir du 21 octobre. Dès le 6 octobre, le FIFAC ouvre sa huitième édition à Saint-Laurent-du-Maroni, en Guyane, un festival que Gessica Généus connaît bien pour y avoir été primée, puis pour avoir présidé son jury en 2024. Reste une question que ce parcours pose sans y répondre. Après « Freda » et « Marie Madeleine », quels autres films haïtiens en créole trouveront à leur tour le chemin de Cannes et de Rome ?

Questions fréquentes

Elle a reçu le Prix du meilleur film du Festival de la Villa Médicis, à Rome. Ce prix est doté de 5 000 euros et d’une résidence à la Villa Médicis. La sixième édition du festival s’est tenue du 16 au 20 septembre 2026.

Le film se déroule à Jacmel, sur la côte sud d’Haïti. Marie Madeleine y travaille comme prostituée et croise Joseph, un jeune évangéliste. Une relation naît entre ces deux êtres que tout oppose. La réalisatrice joue le rôle principal, aux côtés de Béonard Monteau. Le film dure 104 minutes et alterne créole haïtien et français.

Le film sort en salles en France le 21 octobre, distribué par Pyramide Distribution. Il a été présenté à Cannes le 14 mai 2026, dans la section Cannes Première, puis projeté à Toronto et à Calgary le 28 septembre. Namur l’attend le 3 octobre.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Plus d'articles de RK

cinémas caribéens
Film et vidéo
Tolotra

S8/10 – Histoires des cinémas caribéens, jeunesse, femmes et nouvelles trajectoires. Textes : Guillaume Robillard. Ciclic, 2026.

L’histoire des cinémas caribéens entre désormais dans les années 2000 et 2010. Après sept épisodes et plusieurs décennies de création, ce huitième volet rassemble trois films de Guadeloupe et de République dominicaine autour de trajectoires individuelles qui deviennent les portes d’entrée vers des réalités sociales plus larges. Nèg Maron observe une jeunesse guadeloupéenne urbaine. La Hija Natural suit une jeune femme partie à la recherche de son père en République dominicaine. Le Bonheur d’Elza raconte lui aussi une quête familiale qui mène son personnage principal jusqu’en Guadeloupe. Vous êtes au huitième épisode sur dix. Les sept premiers sont déjà disponibles sur Richès Karayib. Après celui-ci, il restera deux volets pour rejoindre les cinémas caribéens les plus contemporains. 2005: GUADELOUPE – NÈG MARON, DE JEAN-CLAUDE BARNY Nèg Maron est le film d’une génération. Porté par deux stars du Dance Hall guadeloupéen, Daly et Admiral T, qui jouent les rôles principaux de

Lire la suite "
Portrait de Bob Andy, chanteur et parolier jamaïcain, devant un mur vert
MUSIQUE
Tolotra

Bob Andy, de Maxfield Park au top 5 britannique de 1970

Bob Andy, né Keith Anderson à Kingston en 1944, est l’un des plus grands paroliers de la Jamaïque. Il signe « I’ve Got to Go Back Home » en 1967, atteint la cinquième place du classement britannique en 1970 avec Marcia Griffiths et reçoit l’Order of Distinction en 2006. Son parcours commence pourtant dans la rue. Bob Andy, un enfant de Kingston sans domicile Enfant, Bob Andy n’a ni foyer stable ni véritable école. Il se décrira plus tard comme un fugueur presque sans domicile, qui dort à la dure à Rockfort, à Kingston. Placé au foyer pour enfants de Maxfield Park, il y apprend seul le piano et chante dans la chorale de la Kingston Parish Church. Cette éducation sans diplôme restera sa fierté. C’est à la chorale que le jeune Keith Anderson se lie d’amitié avec Tyrone Evans. Ensemble, ils fondent un groupe vocal, les Binders, qui devient

Lire la suite "
Page de titre du recueil « Code noir ou recueil d'édits, déclarations et arrêts concernant les esclaves nègres de l'Amérique », imprimé à Paris en 1743
HISTOIRE et PATRIMOINE
Tolotra

Code noir, 341 ans après 1685, le Parlement acte son abrogation

Le 20 octobre 2026, le Sénat a adopté sans modification la proposition de loi portant abrogation du Code noir, par 320 voix pour et aucune contre. Le Parlement achève ainsi l’examen d’un texte porté par le député de Guadeloupe Max Mathiasin, 341 ans après l’édit de mars 1685. Il ne reste plus que la promulgation. Code noir, un vote sans aucune voix contre au Sénat Mardi 20 octobre 2026, les sénateurs ont voté le texte dans les termes adoptés par l’Assemblée nationale le 28 mai. Le scrutin a compté 320 voix pour, aucune contre et 18 abstentions, toutes issues du groupe communiste républicain citoyen et écologiste Kanaky. Faute de modification, la proposition de loi est définitivement adoptée.  Cinq amendements soumis à scrutin public, déposés par les groupes socialiste et communiste, ont été rejetés. Le texte reste donc identique à celui des députés. La commission des lois du Sénat avait arrêté

Lire la suite "

conTACT RK

Nous serions ravis de connaître votre avis sur l'expérience que vous avez acquise jusqu'à présent.

conTACT RK

Nous serions ravis de connaître votre avis sur l'expérience que vous avez acquise jusqu'à présent.

Rejoignez la liste

Rejoignez notre communauté Richès Karayib ! Inscrivez-vous à notre lettre d’information.

Vous voulez maximiser votre présence sur Riches Karayib ?

Remplir le formulaire pour commencer la demande