Chaque 28 octobre, la journée internationale du créole revient dans les calendriers. Derrière la date, il y a une histoire plus belle qu’un simple rendez-vous. Elle commence à la radio, à Sainte-Lucie, en 1983, le jour où une île a décidé de parler kwéyòl à l’antenne.
Radio St. Lucia ouvre ses micros au kwéyòl, la langue créole que les Saint-Luciens parlent au quotidien. Les programmes s’enchaînent, des heures durant. Pendant deux heures, la station se relie en direct à DBS Radio, en Dominique, l’île voisine, créolophone elle aussi. Earl Huntley, créateur de l’émission « Radio-a se sanou », est interviewé. Les voix passent d’une île à l’autre par les ondes. C’est la première journée internationale du créole. Le geste n’a rien d’anodin. Dès 1980, lors d’une consultation nationale à Sainte-Lucie, Lawrence Carrington constatait que le refus du créole allait bien au-delà de la question des médias. Prendre l’antenne, c’était déjà répondre.
Du studio au village
L’année suivante, la fête quitte les studios. En 1984, elle s’installe à Mon Repos, un petit village de la côte est. Une messe en kwéyòl l’ouvre, célébrée par le père Patrick Anthony, fondateur du Folk Research Centre. La chanteuse traditionnelle Sesenne Descartes est mise à l’honneur. En 1985, la journée gagne Fond Assau, dans le nord-est de l’île, avec un thème qui résume tout, « Kwéyòl, an lang, an pèp, an mòd lavi ». Une langue, un peuple, une manière de vivre.
À partir de 1985, la coordination passe au Folk Research Centre. La journée internationale du créole n’a plus quitté le calendrier saint-lucien. Elle a même fait naître un mois entier, Mwa Éwitaj Kwéyòl, le mois du patrimoine créole, qui prolonge Jounen Kwéyòl. Ce qui était une liaison radio est devenu une tradition de village, puis une saison.
Qui a lancé la journée internationale du créole ?
Ni un décret, ni un grand organisme. Un réseau d’îles, Bannzil Kréyol. Des territoires créolophones qui décident de se parler et d’agir ensemble, dont Sainte-Lucie, l’une des fondatrices. Leur idée tient en peu de mots. Défendre la langue, montrer la culture créole, la faire vivre comme langue de communication. Le 28 octobre devient le rendez-vous commun. La journée internationale du créole voyage ensuite. Elle s’installe en Haïti, aux Seychelles, à Maurice, en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane, à La Réunion, puis dans les diasporas de Paris, de Londres, de Montréal et de New York.
Un créole, des créoles
Il n’existe pas un créole, mais des créoles. Le kwéyòl de Sainte-Lucie ne se parle pas comme le créole martiniquais, celui d’Haïti ou celui des Seychelles. Ils partagent une histoire, pas un dictionnaire. En Haïti, le créole est langue officielle depuis 1987. La journée internationale du créole célèbre cette famille entière, avec ses accents, ses mots et ses fiertés.
Le 28 octobre, île par île
La journée ne se vit pas de la même façon partout. À Sainte-Lucie, Jounen Kwéyòl se tient le dimanche le plus proche du 28 octobre. Cette année, c’était le 25. En Dominique, octobre est le mois du créole, jusqu’à la fête de l’Indépendance le 3 novembre. En Martinique, l’association Bannzil Kréyol et l’OMDAC d’Yves-Marie Séraline portent longtemps la journée internationale du créole, avant qu’elle devienne une semaine, puis un mois, le Mois du créole, installé depuis 2001.
Le XVIIe Colloque international des études créoles s’y tient aussi du 26 au 30 octobre. Dans l’Hexagone, le Mois Kréyol fête sa dixième édition, du 22 septembre au 6 décembre. Même date, mille manières de la vivre, et un point commun, la langue que l’on entend à la maison, au marché, à la radio.
Après le 28 octobre
Reste la question que pose l’écrivain Raphaël Confiant. Il craint que la journée ne sombre dans le « commémorationnisme » et que, le lendemain, « la défense et promotion de la langue créole passeront à la trappe ». Le 29 octobre, qui écrit, enseigne et diffuse encore en créole ? C’est peut-être la vraie question que pose la journée internationale du créole.
Questions fréquentes
Elle a lieu chaque année le 28 octobre. Elle existe depuis 1983, lancée à Sainte-Lucie sous la forme d’une liaison radio entre îles créolophones.
Elle a été lancée par Bannzil Kréyol, un réseau d’îles créolophones dont Sainte-Lucie est l’une des fondatrices. Son but est de défendre la langue, de montrer la culture créole et de la faire vivre comme langue de communication.
On la célèbre en Haïti, à Sainte-Lucie, en Dominique, en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane, aux Seychelles, à Maurice et à La Réunion, ainsi que dans les diasporas de Paris, Londres, Montréal et New York. À Sainte-Lucie, elle prend le nom de Jounen Kwéyòl et se tient le dimanche le plus proche du 28 octobre.