Labora Caribbean Art Expedition est une initiative artistique, maritime et patrimoniale qui prend racine en Guadeloupe pour rayonner à l’échelle caribéenne. Porté par des artistes, marins, chercheurs et institutions, ce projet d’expédition à bord d’un voilier traditionnel entend relier les îles, recueillir les savoirs, faire dialoguer les générations et valoriser les cultures populaires souvent marginalisées. Plus qu’un simple programme artistique, il s’agit d’un processus vivant de documentation, de transmission et d’échange entre communautés insulaires, avec la mer pour trait d’union.
Une plateforme artistique mobile née en Guadeloupe autour du voilier Labora
Le projet prend forme autour du S/V Labora, un hajkutter danois en bois construit en 1939, aujourd’hui restauré et transformé en musée vivant et plateforme de création mobile. L’idée a germé en Guadeloupe, notamment lors de son escale au Mémorial ACTe pendant la Rhum Race, où des musiciens de Grenade ont embarqué et des centaines d’élèves guadeloupéens ont découvert la vie à bord. De cette expérience est née une volonté collective : faire du Labora un vecteur de mémoire vivante à l’échelle caribéenne.
Trois axes fondamentaux : arts traditionnels, navigation et transmission
Labora Caribbean Art Expedition repose sur trois piliers indissociables :
- Les arts traditionnels caribéens (musique, danse, arts visuels, récits oraux, savoir-faire artisanaux).
- La navigation à voile, comme moyen de déplacement mais aussi de lien historique entre les îles.
- La transmission intergénérationnelle et éducative, à travers des ateliers, des résidences, des documentaires et des stages.
À chaque escale, le voilier devient à la fois scène itinérante, lieu de résidence artistique et espace d’archives vivantes.
Répondre à l’isolement insulaire par l’art et la mer
Le projet part d’un constat simple mais profond : dans la Caraïbe, de nombreuses communautés insulaires restent isolées par manque d’infrastructures de transport, ce qui freine les échanges culturels. Le voilier Labora pallie ces obstacles en créant un réseau itinérant de création, de documentation et de partage. Il devient un outil de dialogue, brise les préjugés, connecte les artistes, et ouvre des espaces de collaboration entre communautés souvent éloignées.
Objectifs pédagogiques, sociaux et scientifiques
L’ambition de Labora Caribbean Art Expedition est de préserver les savoirs en danger, mais aussi de leur redonner une place dans les sociétés d’aujourd’hui. Le projet vise à :
- Documenter les traditions en voie de disparition Ă travers films, enregistrements, photographies, carnets de bord.
- Créer des archives numériques restituées aux communautés et aux établissements scolaires.
- Organiser des ateliers de transmission dans les écoles, les ports, les quartiers et les villages.
- Mettre en place un programme de stages internationaux (en lien avec les universités en anthropologie, musicologie, ethnologie, audiovisuel).
- Encourager l’émergence d’initiatives éducatives intégrant les cultures caribéennes dans les curriculums.
Un projet collectif : artistes, institutions, chercheurs, marins
Trois entités principales coordonnent le projet :
- Road Book’ Arts (Guadeloupe), association spécialisée dans la production artistique et les résidences culturelles.
- Le Temps du Vent, collectif français basé à Marie-Galante, propriétaire du voilier Samsara, dédié à la valorisation de la navigation traditionnelle.
- The Liberty International Sailing Club (LISC), structure transnationale qui pilote le voilier Labora et réunit marins, anthropologues, vidéastes et musiciens.
Ils sont accompagnés d’un réseau élargi de partenaires caribéens et internationaux, dont :
- Galerie l’Art s’En Mêle, L’Artocarpe, United Caribbean Artists, Patoray, Waka Films, FaireSens BeeSiw, La Croisée des Chemins, Centre des Arts de Pointe-à -Pitre.
- Anna Chiara Sabatino, chercheuse et cinéaste italienne en storytelling numérique.
- Tara Douglas, documentariste de l’Adivasi Arts Trust.
- Mark Lindenberg, anthropologue et cinéaste.
- Makeda Martel, facilitatrice artistique et fondatrice de La Croisée des Chemins.
Le rĂ´le central de la Guadeloupe dans la gouvernance du projet
Un comité local accompagne le développement et l’ancrage territorial du projet :
- Martine Fazer, journaliste et directrice du Festival international de graffiti et d’art de rue.
- Arthur Trouabal, ancien expert en art et formateur.
- Raymonde Pater Torin, danseuse, chorégraphe et spécialiste du gwoka.
Leur implication garantit que le projet reste connecté aux réalités locales, sans exotisme ni folklorisation.
Calendrier et itinéraire de l’expédition
La phase pilote se déroulera de janvier à mai 2025, avec des escales prévues en Guadeloupe, Dominique, Martinique, et probablement Sainte-Lucie. Elle permettra de tester les formats, évaluer la logistique, affiner la méthode de documentation, et solidifier les partenariats. L’objectif est ensuite d’étendre le projet jusqu’en 2026, en reliant progressivement Trinidad à Cuba, avec deux à trois voiliers naviguant en coordination à terme.
Une invitation aux artistes caribéens
L’équipe de Labora lance un appel à participation aux artistes caribéens souhaitant s’impliquer dans ce processus de création collective. Qu’ils soient musiciens, danseurs, artisans, conteurs, vidéastes ou enseignants, tous sont invités à embarquer pour partager leur vision du patrimoine vivant et contribuer à une mémoire partagée des Caraïbes.
Labora Caribbean Art Expedition dépasse le cadre d’une simple expédition culturelle. C’est un projet politique, social et éducatif, qui utilise la navigation traditionnelle comme levier de cohésion, de résilience et d’inspiration. En reliant les îles, il relie aussi les mémoires, les héritages et les générations. Il propose une nouvelle manière de penser la Caraïbe depuis la mer, en mettant à flot les voix oubliées, les gestes menacés, et les musiques qui portent l’âme des peuples insulaires.