Guadeloupe – “Enfin libre, Désirada” : la mémoire en scène, un hommage vivant à Maryse Condé

Enfin libre

“Enfin libre, Désirada” est l’unique adaptation théâtrale autorisée par Maryse Condé d’un de ses romans, Désirada, publié chez Robert Laffont. Portée par l’association guadeloupéenne Wahé Création, cette œuvre bouleversante est une traversée des silences et des transmissions familiales, au croisement de la littérature, du théâtre et de la musique.

Une parole de femmes pour dire l’histoire

“Enfin libre, Désirada” est mis en scène par Nathaly Coualy et Fernando de Azevedo, met en scène Marie-Noëlle, exilée à Boston, qui cherche à comprendre son passé en interrogeant sa mère Reynalda et sa grand-mère Nina. Pourquoi ce silence autour de sa naissance ? Quelle vérité se cache derrière l’abandon, l’indifférence, la violence ? Enfin libre est le récit d’une quête identitaire à travers trois générations de femmes blessées, mais farouchement vivantes.

“Enfin libre, Désirada” sera joué notamment le 10 mai 2025 à Champigny-sur-Marne, à l’occasion de la Journée nationale des mémoires de l’esclavage, avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage et de l’Agence Française de Développement.

Une mise en scène à cœur ouvert

Avec une scénographie volontairement minimaliste — une chaise, un fauteuil, le Chapman Stick de David Blamèble, la pièce mise sur l’intensité du jeu, la proximité avec le public et la force du texte. Musique, slam, silences, confidences et rythmes se succèdent dans une atmosphère intimiste et sans artifices.

“Enfin libre, Désirada” mêle théâtre et musique pour incarner la voix des femmes dans leur complexité, entre blessures et espoirs. Enfin libre n’est pas seulement une adaptation, c’est une réinvention scénique nourrie de la relation forte entre Nathaly Coualy et l’univers de Maryse Condé.

Maryse Condé (1934–2024) : l’empreinte d’une Guadeloupéenne indépendante

Maryse Condé, née Maryse Liliane Appoline Boucolon à Pointe-à-Pitre en 1934, est l’une des plus grandes figures de la littérature caribéenne et mondiale. Journaliste, professeure et romancière, elle a notamment enseigné à l’Université Columbia et cofondé le Centre des études francophones. Ses œuvres (Ségou, Moi, Tituba sorcière…, La Vie scélérate, etc.) explorent l’histoire coloniale, la condition noire, les mémoires diasporiques.

Lauréate de nombreux prix, dont le Nobel alternatif de littérature en 2018, elle a marqué de son empreinte la mémoire de l’esclavage, notamment comme première présidente du Comité pour la Mémoire de l’Esclavage. Elle s’est éteinte le 2 avril 2024 à Gordes. Un hommage national lui a été rendu le 15 avril 2024 à la BnF.

« Je mourrai guadeloupéenne. Une Guadeloupéenne indépendantiste. » — Maryse Condé

Enfin libre
©Maryse Condé

Wahé Création : une voix artistique pour les Outre-mer

Basée à Saint-François en Guadeloupe, l’association Wahé Création, fondée et dirigée artistiquement par Nathaly Coualy, œuvre à la démocratisation de l’accès à la culture, la valorisation de la diversité artistique et la transmission des patrimoines culturels ultramarins. « Wahé » signifie extase en sanskrit, symbole de la vie élevée par la création.

L’association accompagne des projets mêlant théâtre, musique, mieux-être et expression personnelle. Elle organise ateliers, masterclasses et formations animées par des professionnels du spectacle vivant et des disciplines de transformation personnelle (yoga, méditation, musicothérapie…).

Avec Enfin libre, Désirada, Wahé Création concrétise sa mission : donner à entendre les voix des marges, de l’intime et du collectif, dans un langage artistique ancré dans la réalité antillaise et ouverte au monde.

Enfin libre
Nathaly Coualy et Maryse Coundé. ©Nathaly Coualy

Une équipe artistique pluridisciplinaire

Nathaly Coualy

Comédienne, autrice, metteuse en scène et fondatrice de Wahé Création, elle a initié l’adaptation théâtrale de Désirada après une première version jouée au Festival Off d’Avignon 2022. Elle interprète ici les trois générations de femmes avec force, humour et intensité. Formée au théâtre classique comme à l’Actors Studio, elle mêle art dramatique et conscience corporelle.

Enfin libre
©Nathaly Coualy

David Blamèble

Musicien martiniquais autodidacte, il joue du Chapman Stick, instrument rare qui fusionne basse, guitare et percussions. Blamèble a accompagné de grands noms comme Jacob Desvarieux ou Dédé Saint-Prix, et développe une approche caribéenne originale de son instrument. Son travail musical donne à la pièce une signature sonore unique.

Enfin libre
©David Blamèble

Tournée 2025–2026

  • 10 mai 2025 – Champigny-sur-Marne, salle Gérard-Philipe
  • 6 novembre 2025 – Maubeuge, Le Manège
  • 6 décembre 2025 – Chaville, L’Atrium

Information et réservation

  • Numéro de téléphone : 01 45 16 40 00.
  • Tarifs : de 6€ a 14 €
  • Lien de reservation : Billetterie en ligne
Enfin libre

Une œuvre forte à transmettre

Enfin libre, Désirada est plus qu’un hommage : c’est une œuvre nécessaire qui prolonge la voix de Maryse Condé sur scène. Elle questionne les silences familiaux, les blessures coloniales, la construction de soi. Elle parle aux femmes, aux hommes, aux jeunes, aux aînés, à tous ceux qui portent en eux une liberté à conquérir.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Plus d'articles de RK

ACTUS
Tolotra

Philippe Faure-Brac à l’Habitation Clément : le rhum martiniquais vu par un grand sommelier.

Philippe Faure-Brac n’avait encore jamais visité l’Habitation Clément. Meilleur Sommelier du Monde 1992, membre des Meilleurs Ouvriers de France à titre honoris causa depuis 2015, il est venu en Martinique pour regarder le rhum agricole depuis son lieu même d’élaboration : la canne, les chais, la mise en bouteille et la dégustation. Une première visite à l’Habitation Clément À l’Habitation Clément, au François, cette venue avait une portée particulière. Philippe Faure-Brac connaissait déjà les rhums Clément, leur positionnement qualitatif et leur univers. Il avait aussi participé à l’ouvrage Rhum Clément, une histoire de famille, en apportant son regard sur la précision aromatique, l’équilibre et la tradition d’excellence de la maison. Mais il lui manquait l’expérience du lieu. Celle de la lumière, de la température, de l’ambiance des chais et des échanges avec les équipes. « La première fois en Martinique ? J’allais dire enfin », a-t-il confié, en rappelant qu’il

Lire la suite "
Boiling Lake
TOURISME
Tolotra

Boiling Lake : 92 °C, 63 m de large, le 2e plus grand lac bouillonnant au monde

À 8 kilomètres à l’est de Roseau, capitale de la Dominique, il faut compter trois heures de marche depuis Laudat pour arriver devant le Boiling Lake. Trois heures de forêt humide, de vallée de désolation, de rochers chauffés par le sol, de vapeurs sulfureuses. Au bout du chemin, un bassin de 63 mètres de large. À l’intérieur, une eau qui bouillonne presque en permanence, avec des températures mesurées jusqu’à 91,6 °C sur les bords. C’est le deuxième plus grand lac bouillonnant au monde. Un phénomène rare dans un parc UNESCO Le premier au monde se trouve en Nouvelle-Zélande  le Frying Pan Lake, dans la vallée de Waimangu. Mais le Boiling Lake dominicain occupe une place à part. D’abord parce qu’il se gagne à pied, au terme d’une randonnée exigeante. Ensuite parce qu’il est inclus dans un parc national classé au patrimoine mondial UNESCO depuis 1997 : le Morne Trois Pitons

Lire la suite "
Tourisme 3.0
TOURISME
Tolotra

Tourisme 3.0 : la Jamaïque veut garder sa richesse touristique

Au Montego Bay Convention Centre, l’image est parlante. Des entrepreneurs locaux présentent leurs produits, des représentants d’hôtels circulent, des rendez-vous s’enchaînent. Derrière ces échanges rapides, une question pèse lourd : quand le tourisme rapporte, combien reste vraiment en Jamaïque ? C’est le cœur de Tourisme 3.0, la nouvelle orientation défendue par Edmund Bartlett, ministre jamaïcain du Tourisme. Lors du 11e Speed Networking Event du Tourism Enhancement Fund, il a présenté une ambition claire : faire du tourisme un moteur plus direct pour les producteurs, les artisans, les manufacturiers et les fournisseurs jamaïcains. Un tourisme qui ne veut plus seulement attirer La Jamaïque sait accueillir les visiteurs. Mais le défi n’est plus seulement de remplir les hôtels ou d’augmenter les arrivées. Le vrai enjeu est de retenir davantage de valeur sur le territoire. Edmund Bartlett a reconnu une faiblesse structurelle : une grande partie des biens et services consommés par l’industrie

Lire la suite "

conTACT RK

Nous serions ravis de connaître votre avis sur l'expérience que vous avez acquise jusqu'à présent.

conTACT RK

Nous serions ravis de connaître votre avis sur l'expérience que vous avez acquise jusqu'à présent.

Rejoignez la liste

Rejoignez notre communauté Richès Karayib ! Inscrivez-vous à notre lettre d’information.

Vous voulez maximiser votre présence sur Riches Karayib ?

Remplir le formulaire pour commencer la demande