Roseman Robinot et La mémoire de l’eau : une exposition qui fait remonter l’histoire à la surface

Roseman Robinot

L’Atelier Robinot accueille du 5 au 13 décembre une exposition qui touche autant par sa beauté que par ce qu’elle révèle. Avec La mémoire de l’eau, Roseman Robinot, plasticienne guyanaise née à la Martinique, rassemble vingt œuvres créées entre 1996 et 2019. À travers elles, elle explore la façon dont les paysages, la mer et les rivages gardent les traces d’une histoire qui a souvent été peu abordée ou laissée de côté.

Une inspiration née d’une scène de film

Roseman Robinot
©Roseman Robinot

 

Pour cette exposition, Roseman Robinot s’est inspirée d’une scène d’un film de Stéphane Floricien dans lequel elle a joué.

Le film consacre sa dernière scène à la plage du Zéphyr, à marée montante, moment où les roches disparaissent sous l’eau, entravant la visibilité des polissoirs amérindiens, comme pour effacer cette mémoire.

Cette image agit comme une métaphore. Elle renvoie à ce qui disparaît, à ce qui se transmet mal, à ce qui reste pourtant sous la surface.

Cette vision provoque chez elle une émotion profonde.

Elle explique: « Chaque fois que je me retrouve au bord de la mer, en Guyane ou aux Antilles, lorsque je regarde l’horizon ou l’échouage des vagues, je pense à l’arrivée des déportés africains sur ces terres inconnues, destinés à l’esclavage.

J’y devine leur effroi. »
À partir de ce ressenti, elle cherche à faire remonter une mémoire oubliée et à lui donner une forme.

Faire revivre ce qui a été effacé

Dans La mémoire de l’eau, Roseman Robinot présente plusieurs séries : Empreinte, Légendaire aquatique, Dans les terres noyées de Kaw, Les courbes, Marques et Marquages, ou encore Mémoire d’ébène.
Les œuvres sont réalisées à partir de différentes techniques : peinture sur toile, gravure numérique ou gravure monotype. Ensemble, elles forment un univers cohérent, centré sur la trace, la disparition et le lien au territoire.

L’artiste souhaite redonner vie à ce qui a été enfoui, parfois volontairement, parfois par oubli. À travers ses compositions, elle réaffirme l’importance de regarder en face l’histoire coloniale, les blessures qu’elle a laissées, et la nécessité de réparer ce qui peut l’être.
Son travail rappelle que la mémoire ne disparaît jamais totalement : elle se transforme, se dépose, resurgit.

Un parcours façonné par les rencontres artistiques

Roseman Robinot est née en Martinique. Elle part en métropole pour devenir professeure d’éducation physique et sportive.

À 21 ans, elle obtient son diplôme et retourne enseigner sur son île. Parallèlement, elle entre dans le Groupe folklorique martiniquais, également appelé Grand Ballet de la Martinique, dirigé par Louis Boislaville et le chorégraphe Ronnie Aul.

Lors d’un voyage de la troupe à New York, une visite au Guggenheim lui révèle sa vocation. Elle y découvre La Repasseuse (1904) de Pablo Picasso. Cette œuvre a pour elle un impact décisif.

Elle dira plus tard qu’elle « la fait naître peintre ».

En 1968, elle obtient un poste en Île-de-France. Pendant une dizaine d’années, elle s’initie aux arts et développe une peinture colorée. Dès 1971, elle expose à Paris, notamment au 8ᵉ Salon des peintres et sculpteurs des Antilles et de la Guyane.

Elle rejoint l’Union des femmes peintres et sculpteurs et participe au Salon annuel de 1978 au musée du Luxembourg, sur invitation de Jeanne-Michèle Hugues.

La même année, elle s’installe en Guyane, où elle vit et travaille encore aujourd’hui. Au début des années 1990, elle suit les cours d’été des Beaux-Arts de Paris en dessin et en gravure.

Roseman Robinot
©Roseman Robinot

Une exposition comme acte de transmission

Roseman Robinot
©Roseman Robinot

Avec La mémoire de l’eau, Roseman Robinot ne se contente pas de montrer des œuvres. Elle ouvre un espace où le public peut réfléchir à ce que l’on garde, à ce que l’on oublie, et à ce que l’on choisit de transmettre.
À travers les mouvements de l’eau, les lignes et les textures, elle rappelle que le passé n’est pas figé : il revient par vagues, et chacun doit décider de ce qu’il en fait.

Le vernissage du 5 décembre à 19h permettra de rencontrer l’artiste et de comprendre plus en profondeur son geste artistique, entre mémoire, territoire et quête de sens.

Roseman Robinot

FAQ

Une plasticienne guyanaise née en Martinique, dont le travail explore la mémoire, le territoire et l’héritage colonial.

Vingt œuvres réalisées entre 1996 et 2019, mêlant peinture, gravure numérique et monotype.

 À l’Atelier Robinot, à Remire-Montjoly, du 5 au 13 décembre. Vernissage le 5 décembre à 19h.

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