L’histoire des cinémas caribéens poursuit sa traversée des années 1980. Après trois épisodes consacrés aux premiers développements de plusieurs cinémas de la région, ce quatrième volet réunit deux films martiniquais et une œuvre née à Curaçao.
Du marronnage du Sang du flamboyant à la trajectoire internationale de Rue Cases-Nègres, puis à l’univers singulier d’Almacita di Desolato, trois œuvres donnent à voir des rapports différents à la mémoire, à l’oralité, à l’Afrique et aux imaginaires caribéens. Cet article constitue le quatrième épisode d’une série de dix. Les trois premiers sont déjà disponibles sur Richès Karayib et six autres poursuivront cette histoire jusqu’aux années 2020.
1981: MARTINIQUE - LE SANG DU FLAMBOYANT, DE FRANÇOIS MIGEAT
Ce film est un cas à part dans le cinéma antillais. En effet, son réalisateur est un « Métropolitain » (à savoir un homme blanc de France hexagonale qui n’avait aucune attache primordiale avec les Antilles françaises) qui épousa la comédienne martiniquaise Émilie Benoît et fut invité par le poète et homme politique Aimé Césaire à animer la première formation en audiovisuel des Antilles au SERMAC (Service Municipal d’Action Culturelle) de la ville de Fort-de-France.
À la différence de Dérives ou la femme-jardin (1977), Le Sang du flamboyant, fortement soutenu par Césaire, connut une sortie commerciale en salles et eut même l’honneur d’être projeté dans la célèbre université Columbia à New York. Il se base sur un fait historique, à savoir le « marronnage » (à l’origine, fuite d’un esclave hors de la plantation) de Monsieur Beauregard (devenu Alban dans le film) qui fit courir les gendarmes du sud de la colonie post-esclavagiste de Martinique de 1942 à 1949, ce qui en fait l’un des derniers Marrons historiques de la Caraïbe.
Ce long-métrage se caractérise par le caractère central du Nègre marron, l’un des personnages récurrents du cinéma antillais ainsi que du conteur créole traditionnel à la source de la majorité de l’intrigue dans un cinéma au cœur duquel l’oralité continue de palpiter. Par ailleurs, il est l’un des premiers films à développer une « dimension magique » dans l’intrigue qui met en difficulté le Béké (descendant de famille esclavagiste), généreusement interprété par le célèbre comédien et producteur Jacques Perrin.
La « fémifocalité » n’est pas en reste avec le personnage d’Élia (interprétée avec prestance par Émilie Benoît qui était la comédienne principale de Dérives ou la femme-jardin), « femme-debout » qui conte l’histoire du film au côté de son compagnon conteur Gélus, présence féminine qui contrevient à la tradition historique voulant que les conteurs créoles ne soient que des hommes.
1983: MARTINIQUE - RUE CASES-NÈGRES, D’EUZHAN PALCY
À ce jour, il s’agit bien certainement du film antillais le plus connu au Monde. Il est l’adaptation d’un des classiques de la littérature antillaise, le roman autobiographique La Rue Cases-Nègres de Joseph Zobel, un des compagnons de route du poète de la Négritude Aimé Césaire. Ce film reçut le Lion d’Argent et la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine pour Darling Légitimus (grand-mère du célèbre Pascal Légitimus du trio comique « Les Inconnus »), consacrant cinquante ans de carrière, au festival de Venise en 1983.
Par ailleurs, la réalisatrice reçut le César de la meilleure révélation en 1984. La suite du parcours de celle-ci est exceptionnelle : partie travailler à Hollywood, elle y deviendra la première femme noire à diriger des films de studio hollywoodien, avec des œuvres telles qu’Une saison blanche et sèche (1989) sur l’apartheid en Afrique du Sud et qui fit revenir Marlon Brando au cinéma, ou encore la production Walt Disney Le Combat de Ruby Bridges (1998) sur la véritable histoire de la première fille noire à avoir intégré une école d’enfants blancs dans le sud des États-Unis.
Son parcours a récemment été consacré par un Oscar d’Honneur en 2022. Quant à Rue Cases-Nègres, il fit connaître le jeune cinéma antillais à l’international, des États-Unis au Japon. En suivant le parcours du jeune José (Garry Cadenat) dans la colonie post-esclavagiste de Martinique des années 1930, c’est en fait de la condition rude des travailleurs de la canne et des relents de la période esclavagiste qu’il est question. Comme dans Coco la Fleur, candidat (1979) et Le Sang du flamboyant (1981), on retrouve la figure du conteur créole, ici en la personne du vieux Médouze, ainsi que l’influence de la Négritude.
Par ailleurs, le parcours scolaire de cet enfant indique autant son émancipation sociale que le processus d’« assimilation culturelle » par la nature des cours prodigués, la grand-mère Man Tine (Darling Légitimus), véritable incarnation de la « fémifocalité » traditionnelle du cinéma antillais, disant à son petit-fils : « Tu iras à leur école ! ». Un véritable classique des cinémas caribéens !
1986: CURAÇAO – ALMACITA DI DESOLATO, DE FELIX DE ROOY
Après un premier long-métrage tourné à Brooklyn, Désirée (1984), basé sur l’histoire vraie d’une femme qui tua son bébé parce qu’elle était persuadée qu’il était possédé par le Diable, le couple homosexuel Felix De Rooy-Norman de Palm tourne son second film sur l’île de Curaçao, dont il est originaire, en s’inspirant d’un conte caribéen. Les paysages de cette petite île néerlandaise de 444 km2 face au Venezuela, entre grotte et désert, sont le lieu d’une fusion entre rites magiques et réalité miséreuse d’un village isolé à une époque indéterminée.
Cette légende met en avant la part africaine des identités caribéennes (qu’on peut apprécier dans l’architecture du village, l’habillement des femmes, les connaissances traditionnelles transmises par l’oralité, etc.) à travers une intrigue qui raconte, par un formidable détour fictionnel, la traite négrière et l’esclavage, une histoire « inscrite dans la peau » comme le précise la voix-off du film.
Outre son caractère fictionnel plus prononcé que nombre de films caribéens qui restent attachés à une certaine réalité sociale ou historique, ce long-métrage dénote par la pluridisciplinarité de ses références nourries par le parcours de poète, d’homme de théâtre et d’artiste-plasticien (entre autres) de son réalisateur Felix De Rooy qui octroie à cette oeuvre un talentueux maniérisme qui la distingue dans les cinémas de la Caraïbe.
Peu après, le couple De Rooy-De Palm proposera un autre film surprenant : Ava & Gabriel (1990), l’une des premières grandes histoires de désir amoureux, au sein d’un trio interethnique en période coloniale (combinaison « taboue », s’il en est), de ces cinémas, teintée d’homosexualité (sujet très rare dans la région) via des personnages secondaires et doublée d’une généreuse réflexion sur les arts caribéens.
Comme dans Almacita di desolato, le tout est baigné par la musicalité du papiamento (papiamentu), langue créole née du choc entre le néerlandais, le portugais, l’espagnol, l’anglais et des mots d’origine africaine et amérindienne (Arawak), ainsi que par les croyances magico-religieuses dans un efficace réalisme magique. Peu après, ce duo au talent effusif explosera donnant à ce second film un air de précieux testament artistique.
À propos de l'auteur
Guillaume Robillard est docteur en cinéma, enseignant-chercheur, réalisateur de documentaires et spécialiste du cinéma et de la production artistique antillaise. Il est l’auteur de deux livres : Conquête de l’espace et du temps : le cinéma antillais (Éditions Jannink, “Hypothèses d’Art”, 2023) et Un cinéma décolonial : les personnages du cinéma antillais (Presses Universitaires des Antilles, “Arts et Esthétique”, 2024).
La sortie de Magma, film du réalisateur français Cyprien Vial s’inspirant fortement de l’éruption de la Soufrière de 1976 qui fit craindre l’anéantissement du chef-lieu Basse-Terre (Guadeloupe), puis de deux films réalisés par des Guadeloupéens, respectivement Fanon (Jean-Claude Barny) sur le célèbre intellectuel anticolonialiste dans sa période algérienne, et Zion, en moins d’un mois, a eu le mérite d’interpeller les médias français (Le Monde, Libération, etc.) sur le potentiel du cinéma antillais comme, plus largement, de films portant sur les outre-mer.
Série Histoires des cinémas caribéens. S3/10 est déjà disponible sur Richès Karayib. À suivre prochainement avec S5/10.
Avec ce troisième épisode, Histoires des cinémas caribéens entre dans les années 1980. Les deux premiers volets ont traversé Cuba, la Jamaïque, Trinidad-et-Tobago et la Guadeloupe, des années 1960 jusqu’à l’émergence du cinéma antillais. Cette fois, deux films réalisés la même année prennent des directions radicalement différentes. En Jamaïque, Les Enfants de Babylone explore les relations amoureuses, sexuelles et raciales avec une liberté inhabituelle. En Guadeloupe, Vivre libre ou mourir convoque plusieurs siècles d’histoire autour de la mémoire du commandant Ignace.
Cet article constitue le troisième épisode d’une série de dix. Deux épisodes le précèdent et sept autres poursuivront cette chronologie des cinémas caribéens.
1980: JAMAÏQUE – LES ENFANTS DE BABYLONE (CHILDREN OF BABYLON), DE LENNIE LITTLE-WHITE
Ce film est un cas à part dans le cinéma jamaïcain et, plus largement, à l’échelle des cinémas caribéens. Loin de la misère sociale des ghettos de Kingston, dans une villa à la campagne (piscine, champagne et buffet gastronomique), on suit les aventures de Rick et Penny, un homme noir et une femme blanche, entre discussions sur l’art (il est peintre) et la sexualité (elle mène une enquête sur ce sujet auprès des habitantes de la campagne – qu’on ne voit jamais à l’écran).
Le film est construit comme un huis clos : lieu unique et temps décompté sur un calendrier. Les deux protagonistes vivront une passion amoureuse marquée par plusieurs rapports sexuels, en parallèle de ceux d’une domestique étrangement muette et de Luke, un homme de main rasta, qui entretiennent la villa. Ce film s’inscrit dans la liberté de ton de l’essor du cinéma érotique tout comme de l’ouverture des salles de cinéma pornographique des années 1970.
Pour autant, il dénote dans les cinémas caribéens où la mise en scène de l’acte sexuel reste rare, les préliminaires (baisers, en particulier) ou l’instant d’après étant souvent privilégiés, de même que la nudité est quasi-systématiquement partielle, du moins dans les premières décennies de ces cinémas. Ici, cette dernière est complète, notamment sous l’angle du gag, dans une séquence à la plage où, se baignant nu, le couple se retrouve un temps sans vêtements, volés par des enfants taquins.
Deux trios « amoureux » complexifieront l’intrigue, le tout sous l’observation intriguée des domestiques : Rick avec Penny et une autre femme blanche, situation qui fera exploser le couple, puis Penny avec Luke, le rasta employé par Rick.
On l’aura compris, à la question sexuelle, s’ajoute une surprenante liberté de ton sur les couples métisses (« couples dominos », comme on dit en Guadeloupe et en Martinique), dans une sexualité libérée de la dramaturgie du passé colonial. Dépassement que d’autres cinémas caribéens n’ont toujours pas réalisé, les cinémas guadeloupéen et martiniquais en particulier, et où une certaine pudeur est toujours de mise.
1980: GUADELOUPE – VIVRE LIBRE OU MOURIR, DE CHRISTIAN LARA
Vivre libre ou mourir est un des quatre films que Christian Lara tourne en deux ans à peine. Ce film de procès intemporel voit passer à la barre des personnages de différentes périodes historiques tels que Christophe Colomb, Victor Schoelcher, Pèdre (l’un des premiers esclaves révoltés de Guadeloupe) ou le général napoléonien Richepanse, afin de savoir s’il faut, oui ou non, rétablir la mémoire du commandant Ignace.
Ce débat fait référence à la « guerre de Guadeloupe » de 1802, à savoir trois semaines de bataille entre les troupes napoléoniennes venues rétablir l’esclavage, suite à la première abolition de 1794 amenée par la Première République, et les résistants contre la réinstauration de l’esclavage, à savoir, outre Ignace, les célèbres colonel Delgrès, la Mulâtresse Solitude (qui fut pressentie un temps pour rentrer au Panthéon) et Marthe-Rose.
La truculente intervention à la barre de cette dernière met nettement en exergue le rôle important des femmes dans cette résistance. Le dispositif narratif adopté révèle une caractéristique importante du cinéma antillais : le passé est irrémédiablement dans le présent, le présent se conjugue (presque) toujours au passé, dans un temps circulaire ou « spiralique » qui diffère du temps linéaire occidental (la fameuse frise chronologique).
Le réalisateur, petit-fils du premier historien noir de la Guadeloupe Oruno Lara (avec La Guadeloupe dans l’Histoire en 1921), reviendra sur cet événement historique dans Sucre amer (1998), remake officieux de Vivre libre ou mourir (toujours avec l’excellent comédien Robert Liensol qui jouait déjà dans Coco la Fleur, candidat), et la reconstitution historique 1802, l’Épopée guadeloupéenne (2002), qui mettra à l’honneur le personnage de la Mulâtresse Solitude dans une surprenante séquence de bataille à la rivière n’opposant que des femmes guadeloupéennes aux soldats napoléoniens. Christian Lara a fait de cette période de l’histoire le marqueur temporel majeur (à ce jour) du cinéma guadeloupéen.
À propos de l'auteur
Guillaume Robillard est docteur en cinéma, enseignant-chercheur, réalisateur de documentaires et spécialiste du cinéma et de la production artistique antillaise. Il est l’auteur de deux livres : Conquête de l’espace et du temps : le cinéma antillais (Éditions Jannink, “Hypothèses d’Art”, 2023) et Un cinéma décolonial : les personnages du cinéma antillais (Presses Universitaires des Antilles, “Arts et Esthétique”, 2024).
Série Histoires des cinémas caribéens. S2/10 est déjà disponible sur Richès Karayib. À suivre prochainement avec S4/10.
La série Histoires des cinémas caribéens poursuit sa traversée de plusieurs décennies de création dans la région. Après un premier épisode remontant aux années 1960, de Cuba jusqu’à l’émergence du cinéma jamaïcain avec The Harder They Come, ce deuxième volet nous conduit à Trinidad-et-Tobago, à Cuba puis en Guadeloupe.
Entre conflits sociaux, mémoire de l’esclavage et revendications politiques, trois films montrent comment le cinéma caribéen s’empare très tôt de l’histoire et des rapports de pouvoir. Cet article constitue le deuxième épisode d’une série de dix. Le premier volet est déjà disponible sur Richès Karayib et huit autres épisodes poursuivront cette chronologie jusqu’en 2025.
1974: TRINIDAD-ET-TOBAGO – BIM, DE HUGH A. ROBERTSON
Hugh A. Robertson a un parcours atypique parmi les réalisateurs de films de la Caraïbe. New-Yorkais de parents jamaïcains, il commence très jeune dans l’industrie cinématographique et occupe différents postes parmi lesquels celui de monteur pour des films tels que le célèbre Macadam Cowboy (John Schlesinger, 1969), avec Dustin Hoffman et John Voight, et l’un des classiques de la Blackploitation, Shaft, les nuits rouges de Harlem (Gordon Parks, 1971) avec Richard Roundtree.
Pour le premier, il est nommé à l’Oscar du meilleur montage (une première pour une personne noire) et remporte le BAFTA la même année. Après quelques réalisations pour la télévision et le long-métrage Melinda (1972), un « Black Film » selon les termes de l’affiche, il s’installe dans l’archipel de Trinidad-et-Tobago avec sa femme et ses enfants, où il réalise Bim puis Obeah (1987), second film qui sort au moment du décès du réalisateur. Bim, calqué sur l’intrigue classique d’un film de gangsters, suit le parcours d’un Trinidadien d’origine indienne qui, suite à de nombreuses brimades dès l’enfance, devient un caïd qui se lancera en politique.
Ce qui interpelle dans ce film est la frontalité des conflits interethniques, en particulier entre personnes d’origine africaine et de l’Inde (chacune de ces composantes représentant environ 40% de la population de l’île), de l’école au milieu politique (où la minorité blanche semble « tirer les ficelles ») en passant par la vie conjugale. Certaines séquences ont une forte dimension ethnographique : ainsi, en particulier, le film commence par un mariage hindouiste traditionnel.
Si ce dernier est majoritairement urbain, à l’instar de The Harder They Come (Perry Henzell, 1972), Trinidad et la Jamaïque disposant de grandes villes historiques, respectivement Port-of-Spain et Kingston, le travail dans les champs de cannes, base historique de la plupart des sociétés caribéennes, est mis en avant dans une intrigue qui se déroule en période coloniale en pleine ébullition indépendantiste des années 1950-1960.
La forte conscience politique de ce métrage fait écho à certains films trinidadiens l’ayant précédé tels que The Right and the Wrong (1970) d’Harbance Kumar, réalisateur indien, qui traite d’une révolte dans une plantation à une époque indéterminée. Par ailleurs, Bim se démarque par son énergie et le jeu impressionnant de Ralph Maharaj dans le rôle principal. Au regard de l’implantation de Robertson dans le milieu du cinéma aux États-Unis, il n’est pas interdit de penser que Brian De Palma ait vu son film tant le jeu brillamment outrancier d’Al Pacino dans Scarface (1983) fait fortement penser à Bim à plusieurs moments.
1976: CUBA - LA DERNIÈRE CÈNE (LA ÚLTIMA CENA), DE TOMÁS GUTIÉRREZ ALEA
Ce classique est un film incontournable sur la représentation de l’esclavage en terres caribéennes tout comme l’est, pour le sud des États-Unis, Twelve Years a Slave (Steve Mc Queen, 2013). Inspirée du roman El Ingenio (La Plantation) de Manuel Moreno Fraginals (se basant lui-même sur des faits réels), l’intrigue du La Última Cena se déroule sur une plantation esclavagiste de Cuba, au XVIIIe siècle, pendant la Semaine Sainte.
Un grand propriétaire terrien, noble catholique pratiquant, décide de revivre autour d’une table bien garnie les gestes du Christ, en présence de douze de ses esclaves. La compagnie mange et boit à satiété. Le lendemain, le contremaître réveille les esclaves pour les envoyer travailler dans les cannes à sucre. Une révolte éclate…
Dans un cinéma qui, dans un premier temps, aborde peu la « question noire » (pour reprendre le titre d’un livre de l’intellectuel trinidadien C.L.R. James), ce film affronte le passé esclavagiste, propre à la grande majorité des pays caribéens, à travers une mise en scène (visuelle et sonore) d’une rare minutie sur la hiérarchie « racialisée » propre aux plantations : les corps blancs et noirs n’y ont pas la même place (au sens spatial comme au sens figuré) ni le même droit à la parole.
La séquence de banquet (la fameuse reproduction de la Cène), de près de 45 minutes, est à la fois d’une grande maîtrise théâtrale (dialogues et jeu des comédiens) et cinématographique (découpage technique dont les changements d’axes de prise de vues sont associés à des rapports de force entre personnages). Quant au dernier tiers du film, il est l’une des plus belles mises en scène, par les mouvements-caméra comme par le cadrage des corps et des paysages, d’une révolte d’esclaves suivie d’un marronnage (fuite des esclaves hors de la plantation) existante à ce jour. Un véritable chef-d’œuvre !
1979: GUADELOUPE - COCO LA FLEUR, CANDIDAT, DE CHRISTIAN LARA
Ce film du plus prolifique des réalisateurs des Antilles françaises, qui aura réussi le tour de force de réaliser près de 25 films (même si ce fut parfois dans des conditions techniques fragiles), annonce l’arrivée du cinéma antillais. Deux ans plus tôt, du côté de la Martinique, le long-métrage Dérives ou la femme-jardin (1977) de Jean-Paul Césaire, un des fils du poète, homme politique et chantre de la Négritude Aimé Césaire, n’avait pas eu la chance d’une sortie commerciale en salles.
Librement inspiré d’Une île au soleil de Robert Rossen (1957) avec le célèbre Harry Belafonte, Coco la Fleur, candidat est une comédie politique qui suit le parcours de Coco, candidat dit « apolitique » téléguidé par des technocrates de la préfecture, qui décidera en cours de campagne de se préoccuper de l’avenir de son « pays ». La revendication (au minimum) autonomiste de la Guadeloupe et de la Martinique est frontalement posée par le premier protagoniste de ce jeune cinéma qui prend à plusieurs reprises la fonction du conteur créole traditionnel, personnage-pilier de cet ensemble de films.
Par ailleurs, ce film assume l’usage massif de la langue créole. Il eut un succès retentissant mobilisant plus de 100.000 spectateurs entre la Guadeloupe et la Martinique, selon diverses sources, et resta à l’affiche du cinéma Louxor à Paris pendant plusieurs années. Un mélange efficace de légèreté et de revendications politiques que le réalisateur reprendra avec brio dans son 3e film, Mamito (1980), un autre classique de ce cinéma, dont le personnage principal est une mère créole (mère élevant seule ses enfants).
Jouée par l’incontournable Lucrèce Saintol (qui joue également la mère de Coco), qui dessine nettement la « fémifocalité » du cinéma antillais, à savoir la présence quasi-systématique de femmes fortes (fanm doubout) dans ce cinéma. Présence majeure des femmes qu’annonçait Dérives ou la femme-jardin, film librement inspiré de la nouvelle Alléluia pour une femme-jardin de l’auteur haïtien René Depestre, avec son énigmatique protagoniste Isa.
À propos de l'auteur
Guillaume Robillard est docteur en cinéma, enseignant-chercheur, réalisateur de documentaires et spécialiste du cinéma et de la production artistique antillaise. Il est l’auteur de deux livres : Conquête de l’espace et du temps : le cinéma antillais (Éditions Jannink, “Hypothèses d’Art”, 2023) et Un cinéma décolonial : les personnages du cinéma antillais (Presses Universitaires des Antilles, “Arts et Esthétique”, 2024).
Série Histoires des cinémas caribéens. S1/10 est déjà disponible sur Richès Karayib. À suivre prochainement avec S3/10.
À Pointe-à-Pitre, une statue de bronze représente un homme assis, tambour ka entre les jambes. Elle rend hommage à Vélo, l’un des plus grands maîtres du gwoka, cette musique guadeloupéenne née dans la résistance à l’esclavage. Depuis 2014, l’UNESCO en fait un patrimoine de l’humanité.
Un tambouyé devenu statue
Marcel Lollia, dit Vélo, est né le 7 décembre 1931 et mort le 5 juin 1984. Il a formé plusieurs générations de joueurs de ka, ce tambour taillé dans un tronc et recouvert d’une peau tendue. Il a aussi inspiré Akiyo, mouvement culturel de revendication identitaire fondé en 1979, qui a porté le gwoka hors des cercles restreints où il survivait encore.
Le 5 juin 2004, vingt ans après sa mort, une statue signée du sculpteur Jacky Poullier a été inaugurée à Pointe-à-Pitre, à l’image d’un précédent portrait guadeloupéen consacré à une autre grande figure de l’île. Deux plaques l’accompagnent, l’une d’elles rédigée en créole guadeloupéen, comme pour rappeler à qui appartient d’abord cette mémoire. Vandalisée en 2012, la statue a été restaurée et réinstallée en 2014, l’année même où le gwoka rejoint la liste du patrimoine immatériel de l’UNESCO. Deux dates qui se répondent, et racontent à elles seules la trajectoire d’un art longtemps marginal devenu fierté nationale.
Le gwoka, une pratique née de la contrainte
Les racines du gwoka remontent aux Africains déportés et mis en esclavage en Guadeloupe dès le XVIIe siècle, qui dansaient et chantaient malgré les restrictions imposées par les colons. Mais c’est vraiment après l’abolition de l’esclavage, en 1848, que le gwoka s’affirme comme une expression culturelle à part entière, plutôt qu’une pratique clandestine tolérée. Il s’appuie sur un ensemble simple, deux ou trois tambours ka et une calebasse. Deux tambours, appelés boula, tiennent un rythme répété qui change selon le morceau joué. Un troisième, le makè, au son plus aigu, répond en direct aux pas et aux gestes du danseur. C’est souvent le danseur, seul au centre du cercle, qui impose son tempo au musicien, et non l’inverse.
Sept rythmes, une identité
La tradition reconnaît sept rythmes fondamentaux, toumblak, graj, woulé, léwoz, kaladja, padjanbel et menndé. Le mot léwoz désigne à la fois l’un de ces rythmes et la soirée traditionnelle où l’on danse et joue collectivement, souvent en plein air, ouverte à qui veut chanter, répondre ou danser au centre du cercle. Les aînés y côtoient les plus jeunes, dans une transmission qui ne doit rien à un manuel.
C’est dans ces léwoz que le gwoka s’est transmis oralement, de génération en génération, loin des salles de concert, un peu comme la Fête de la Musique continue chaque année de faire vivre les musiques guadeloupéennes sur la place publique. À partir des années 1960, il devient aussi un symbole politique, porté par les mouvements identitaires guadeloupéens qui y voient l’expression d’une résistance culturelle héritée de l’esclavage colonial.
De la marge au patrimoine mondial
La reconnaissance institutionnelle suit rapidement ce mouvement de fond. Le gwoka entre à l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel français en 2013, puis sur la liste représentative de l’UNESCO dès 2014, par la décision 9.COM 10.17, sous l’intitulé exact de « musique, chants, danses et pratique culturelle représentatifs de l’identité guadeloupéenne ». Un an à peine sépare les deux reconnaissances. En 2010 déjà, l’État avait distingué un artisan restaurateur de tambours ka du titre de Maître d’Art, preuve qu’un savoir-faire aussi essentiel que la musique elle-même méritait d’être protégé.
Une telle inscription à l’UNESCO engage aussi la France, qui doit rendre compte des mesures prises pour que le gwoka reste une pratique vivante, et non un simple totem muséal. Aujourd’hui, des écoles et des associations perpétuent la pratique en Guadeloupe comme dans l’Hexagone, aux côtés de la transmission familiale qui reste, pour beaucoup de Guadeloupéens, la première porte d’entrée dans le gwoka. Une dynamique que l’on retrouve dans d’autres reconnaissances UNESCO de la région caribéenne.
Une transmission encore à écrire
Le gwoka n’est donc pas un vestige figé sous verre patrimonial. Les léwoz continuent de rassembler, les écoles forment de nouveaux tambouyé, et la statue de Vélo veille sur une place de Pointe-à-Pitre où l’histoire de la résistance guadeloupéenne continue de se rejouer à chaque roulement de tambour.
Reste une question, celle que se posent les héritiers de Vélo, en Guadeloupe comme dans la diaspora, de savoir comment transmettre ce battement à une génération qui grandit loin du cercle du léwoz, et ce que ce patrimoine mondial devra encore prouver pour rester une pratique vivante plutôt qu’un simple titre. Une question qui dépasse la seule Guadeloupe, et concerne toutes les pratiques nées dans la douleur qui doivent aujourd’hui apprendre à vivre dans la lumière d’un label international.
Le gwoka est une musique, un chant et une danse guadeloupéens joués sur le tambour ka. Né de la résistance des Africains mis en esclavage en Guadeloupe, il est reconnu depuis 2014 comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO.
Le gwoka est inscrit depuis 2014 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO parce qu’il constitue une pratique culturelle vivante, représentative de l’identité guadeloupéenne et transmise oralement de génération en génération.
Marcel Lollia, dit Vélo (1931-1984), était un maître tambouyé guadeloupéen qui a formé plusieurs générations de joueurs de ka. Une statue lui rend hommage à Pointe-à-Pitre depuis 2004.
Dans la Caraïbe, une facture d’énergie trop lourde peut ralentir une entreprise. Une tempête peut couper une route, bloquer un port, fragiliser une récolte. Une crise sécuritaire peut aussi dépasser les frontières d’un seul pays. C’est dans cette réalité quotidienne que le dialogue Canada-CARICOM prend aujourd’hui une nouvelle dimension.
Réunis à Panama City, en marge de l’Assemblée générale 2026 de l’Organisation des États américains, les ministres des Affaires étrangères du Canada et de la CARICOM ont voulu donner une nouvelle force à leur partenariat stratégique. Au centre des échanges : un plan d’action tourné vers trois priorités majeures pour la région : la sécurité, le climat et l’économie.
Une coopération qui cherche des résultats concrets
Le partenariat Canada-CARICOM s’inscrit dans la continuité de l’accord stratégique lancé en 2023. Mais la réunion de 2026 marque une étape importante : les deux parties veulent désormais avancer avec un plan plus précis, plus lisible et plus mesurable.
L’objectif n’est pas seulement d’afficher une proximité diplomatique. Il s’agit de fixer des priorités, des calendriers et des mécanismes de financement capables de produire des résultats. Pour les pays caribéens, cette précision compte. La région fait face à des défis qui se croisent : coût de l’énergie, catastrophes climatiques, sécurité maritime, vulnérabilité financière, crise haïtienne. La Caraïbe ne demande pas seulement de l’aide. Elle cherche des partenaires capables de comprendre ses réalités et d’agir avec elle sur le long terme.
La sécurité, une urgence régionale
La sécurité occupe une place centrale dans ce nouveau plan Canada-CARICOM. Les ministres ont évoqué la criminalité transnationale, les gangs, les migrations irrégulières, la sécurité maritime et les flux illicites. Pour la région, ces sujets ne sont pas isolés. La mer est un lien, mais aussi une zone de vulnérabilité. Les trafics, les réseaux criminels, les cybermenaces et les crises politiques circulent parfois plus vite que les réponses institutionnelles.
Le Canada soutient déjà certaines initiatives régionales à travers le renforcement des capacités, des interventions ciblées et des partenariats opérationnels. Le nouvel enjeu est d’aller vers une réponse plus coordonnée : mieux protéger les espaces maritimes, renforcer les institutions, partager les informations utiles et limiter l’influence des réseaux criminels.
Haïti, une crise qui concerne toute la Caraïbe
Haïti occupe une place majeure dans les discussions. La crise politique, sécuritaire et humanitaire que traverse le pays a des conséquences directes sur la région. Les ministres ont notamment souligné les risques liés aux trafics de drogue et d’armes. Le soutien à la Gang Suppression Force fait partie des points abordés. Cette force doit contribuer à rétablir la sécurité sur le terrain, avec un mandat appelé à être renouvelé au Conseil de sécurité des Nations unies.
Mais la réponse ne peut pas être seulement sécuritaire. Les ministres ont aussi rappelé le droit des Haïtiens à choisir leur gouvernement. Ils soutiennent l’organisation d’élections crédibles dès que les conditions le permettront, ainsi que les efforts contre la corruption et l’impunité. Haïti apparaît comme un rappel fort : aucune stabilité caribéenne durable ne peut se construire en laissant un territoire seul face à une crise aussi profonde.
Climat et économie : deux faces d’un même défi
Le nouveau plan Canada-CARICOM relie aussi clairement climat et économie. Dans la Caraïbe, une catastrophe naturelle n’est jamais seulement un événement météorologique. Elle touche les familles, les entreprises, les routes, les écoles, les ports et les finances publiques. L’accès à une énergie fiable et abordable revient comme une priorité. Une énergie trop chère freine l’innovation et pèse sur les ménages. Une énergie plus stable peut soutenir l’industrie, les services, l’investissement et la transition vers des modèles plus durables.
Le commerce fait aussi partie de l’équation. Le programme CARIBCAN, qui donne à la majorité des produits originaires de 18 pays et territoires caribéens du Commonwealth un accès sans droits de douane au marché canadien, reste un levier important. Il rappelle que le partenariat Canada-CARICOM ne concerne pas seulement la diplomatie. Il touche aussi les débouchés économiques, les chaînes d’approvisionnement et la capacité des entreprises caribéennes à se projeter au-delà de leur marché local.
La vulnérabilité caribéenne mieux prise en compte
Un autre point essentiel du partenariat Canada-CARICOM concerne le financement. Plusieurs États caribéens sont considérés comme des pays à revenu intermédiaire. Pourtant, leur exposition aux catastrophes climatiques, aux chocs économiques et aux ruptures d’approvisionnement reste très forte. C’est l’un des grands paradoxes de la région. Sur le papier, certains pays semblent trop “avancés” pour accéder facilement à des financements concessionnels. Dans la réalité, une seule crise peut fragiliser des années d’efforts.
Les ministres ont donc insisté sur la nécessité de réformer l’architecture financière internationale. L’idée est simple : la vulnérabilité réelle des petits États doit être mieux prise en compte. Pas seulement leur revenu moyen.
Un plan à suivre de près
Les prochains mois seront importants. Les responsables doivent encore finaliser les détails du plan d’action, identifier les initiatives prioritaires, construire un calendrier de mise en œuvre et renforcer le suivi. Un dialogue de hauts fonctionnaires est prévu à l’automne pour faire avancer ce travail.
Le partenariat Canada-CARICOM ne réglera pas à lui seul les défis de la Caraïbe. Mais il dit quelque chose du moment actuel : la région veut être écoutée comme un espace stratégique, pas seulement comme une zone vulnérable. Reste maintenant la vraie question : ce nouveau plan produira-t-il des changements visibles pour les populations, les entreprises et les territoires caribéens ?
Le nouveau plan Canada-CARICOM est une feuille de route destinée à renforcer la coopération entre le Canada et la Communauté caribéenne. Il repose sur trois priorités : des économies plus résilientes, l’action climatique, et la sécurité régionale. L’objectif est de passer d’un partenariat diplomatique à des actions plus concrètes, avec des calendriers, des résultats mesurables et des mécanismes de financement durables.
Haïti occupe une place centrale parce que sa crise politique, sécuritaire et humanitaire a des conséquences sur toute la région. Les ministres ont évoqué les trafics de drogue et d’armes, le soutien à la Gang Suppression Force, mais aussi le droit des Haïtiens à choisir leur gouvernement. Pour la CARICOM, la stabilité d’Haïti reste donc un enjeu régional, pas seulement national.
Le partenariat Canada-CARICOM relie directement climat et économie. Il met en avant l’accès à une énergie fiable et abordable, le développement du commerce, le renforcement des chaînes d’approvisionnement et l’accès à des financements adaptés aux vulnérabilités des petits États caribéens. L’enjeu est de permettre à la région de mieux résister aux catastrophes naturelles, aux chocs économiques et aux crises internationales.
Du 5 décembre 2026 au 4 avril 2027, le MSC World Europa vivra au rythme des musiques antillaises avec le festival Zouk@Sea by MSC. Pour sa troisième édition, dix-huit semaines d’animations musicales se succéderont au départ de Fort-de-France et de Pointe-à-Pitre, portées par des artistes, des groupes live et des DJs de Martinique et de Guadeloupe. L’affiche fait entrer plusieurs expressions musicales antillaises dans un navire international : zouk, compas, traditions créoles, musiques urbaines, cadence, dancehall, shatta, soca et DJ sets.
Une programmation différente chaque semaine
Le fonctionnement de Zouk@Sea by MSC repose sur un principe simple : chaque semaine, un artiste, un groupe ou un DJ accompagne la croisière. Les départs sont programmés le samedi depuis Fort-de-France et le dimanche depuis Pointe-à-Pitre. La saison commencera les 5 et 6 décembre 2026 avec SOS Kantik et une programmation consacrée aux Chanté Nwèl. Silonvan prendra la relève les 12 et 13 décembre, avant DJ Raptor les 19 et 20 décembre, puis DJ Moulinex les 26 et 27 décembre.
En janvier 2027, La Finekip sera programmée les 2 et 3 janvier, suivie d’Emosyon les 9 et 10 janvier. Misié Sadik, Jessye Belleval et Zouk’n Groove monteront à bord les 16 et 17 janvier. Le week-end suivant, les 23 et 24 janvier, Kwaxikolor partagera la scène avec Jocelyne Béroard. Thierry Lof et C’Zigla clôtureront le mois les 30 et 31 janvier.
Jocelyne Béroard et plusieurs générations du zouk
La présence de Jocelyne Béroard donne à cette troisième édition une dimension particulièrement intergénérationnelle. Avec Kwaxikolor, l’artiste associée à l’histoire du groupe Kassav’ portera un répertoire lié à la mémoire du zouk. Misié Sadik, Jessye Belleval et Zouk’n Groove mêleront ainsi sonorités urbaines, créoles et zouk actuel. Le nom du festival met le zouk en avant, mais la programmation s’étend bien au-delà de cette esthétique.
Février entre live, anniversaire et DJ sets
DJ Fab ouvrira le mois de février lors des départs des 6 et 7 février. Kaf Kon’s suivra les 13 et 14 février avec un format acoustique fondé sur les reprises créoles, l’interaction avec le public et une atmosphère festive. Les 20 et 21 février, Tanmpo Klassik Live célébrera ses dix ans. DJ Stonekilla & Friends prendra ensuite le relais les 27 et 28 février.
De Jean-Michel Galva à MKG pour terminer la saison
Le mois de mars réunira encore plusieurs univers. Jean-Michel Galva & Koezyon seront programmés les 6 et 7 mars avec un répertoire mêlant zouk, cadence et influences traditionnelles antillaises. Maty occupera la semaine des 13 et 14 mars, avant DJ Raptor & Friends les 20 et 21 mars. Jean-Marc Ferdinand, présenté comme un véritable ambianceur des Antilles, accompagnera les départs des 27 et 28 mars. MKG terminera la programmation lors des croisières des 3 et 4 avril 2027. Le programme reste toutefois susceptible d’être modifié. L’affiche officielle précise que certains artistes peuvent être remplacés ou absents sans préavis.
Le MSC World Europa déployé aux Antilles
Cette troisième édition accompagne le déploiement du MSC World Europa aux Antilles françaises pendant l’hiver 2026-2027. Le navire effectuera ses départs depuis Fort-de-France et Pointe-à-Pitre, deux ports qui occupent ainsi une place centrale dans cette saison. MSC Croisières présente cette opération comme un renforcement de son ancrage régional. Selon les chiffres communiqués par la compagnie, les Caraïbes accueillent 43 % des croisiéristes mondiaux et concentrent 36 % de la capacité mondiale de croisière.
Ces données replacent Zouk@Sea by MSC dans un secteur où la région occupe déjà une position majeure. Mais l’intérêt culturel du projet se situe ailleurs : dans la possibilité offerte à des artistes martiniquais et guadeloupéens d’occuper chaque semaine un espace fréquenté par des voyageurs de plusieurs horizons. Patrick Pourbaix, directeur général de MSC Croisières France, explique que l’ambition est de transformer chaque croisière en « une véritable célébration de l’art de vivre caribéen ». La programmation musicale devient ainsi un élément central de l’expérience proposée à bord. Au-delà de sa dimension artistique, cette programmation répond également à une logique de différenciation commerciale. Latitude 15 analyse comment MSC utilise la culture caribéenne comme avantage concurrentiel à bord du MSC World Europa.
Une vitrine embarquée pour les scènes antillaises
Pour les passagers, Zouk@Sea by MSC permettra d’associer les escales caribéennes à des concerts, des performances live et des soirées musicales. Pour les artistes programmés, le navire constitue une scène différente des festivals, salles et événements habituellement organisés à terre. Le projet pose néanmoins une question plus large. Une programmation embarquée peut-elle devenir un véritable outil de circulation pour les musiques antillaises, et pas seulement un divertissement lié au voyage ?
Pendant dix-huit semaines, le MSC World Europa accueillera des traditions de Noël, des figures du zouk, des groupes live et des DJs. De SOS Kantik à MKG, cette saison racontera surtout une scène musicale antillaise plurielle, capable de préserver ses héritages tout en faisant entendre ses formes les plus actuelles.
Zouk@Sea by MSC est un festival musical embarqué organisé par MSC Croisières à bord du MSC World Europa. Pour sa troisième édition, l’événement réunira chaque semaine un artiste, un groupe live ou un DJ de Martinique ou de Guadeloupe. La programmation fera entendre plusieurs expressions musicales antillaises, dont le zouk, le compas, les Chanté Nwèl, la cadence, le dancehall, le shatta, la soca et les musiques urbaines créoles.
La saison Zouk@Sea by MSC se déroulera du 5 décembre 2026 au 4 avril 2027. Les croisières partiront chaque samedi de Fort-de-France, en Martinique, et chaque dimanche de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Une programmation musicale différente accompagnera chaque semaine de navigation à bord du MSC World Europa. Les artistes annoncés restent toutefois susceptibles d’être remplacés ou absents sans préavis.
La programmation réunira notamment SOS Kantik pour les Chanté Nwèl, Silonvan, La Finekip, Emosyon, Misié Sadik, Jessye Belleval & Zouk’n Groove, Kwaxikolor feat. Jocelyne Béroard, Thierry Lof & C’Zigla, Kaf Kon’s, Jean-Michel Galva & Koezyon, Maty, Jean-Marc Ferdinand et MKG. Tanmpo Klassik Live célébrera également ses dix ans à bord. Plusieurs DJs participeront à la saison, parmi lesquels DJ Raptor, DJ Moolinexx, DJ Fab et DJ Stonekilla & Friends.
Le 21 juin 2026, les rues, les places et des lieux culturels de Martinique, de Guadeloupe et de Guyane ont accueilli des concerts, des scènes ouvertes et des rencontres musicales. Dans ces trois territoires, la Fête de la Musique a pris des formes différentes, au contact des répertoires locaux, des artistes amateurs et des professionnels.
La 45e Fête de la Musique ouverte à tous
Créée en 1982 sous l’impulsion de Jack Lang, de Maurice Fleuret et de Christian Dupavillon, la Fête de la Musique célébrait cette année sa 45e édition. Son principe reste le même : donner une place à la musique vivante, réunir amateurs et professionnels et proposer des concerts gratuits le 21 juin. Le rendez-vous est aujourd’hui célébré dans plus d’une centaine de pays.
Dans les territoires français de la Caraïbe et de l’Amazonie, ce cadre commun est réinterprété à partir des réalités locales. Le zouk, le gwoka, la biguine, le reggae, le jazz créole, les percussions, les musiques urbaines et les influences sud-américaines peuvent s’y croiser dans une même programmation. Cette diversité ne transforme pas les trois territoires en un ensemble uniforme. Elle montre plutôt comment chacun s’approprie un événement national selon ses propres scènes, ses langues et ses circulations musicales.
En Martinique, un parcours entre centre-ville et quartiers
À Fort-de-France, la Ville avait annoncé un parcours musical destiné à faire circuler les artistes et le public entre le centre-ville et différents quartiers. L’appel municipal associait également des bénévoles à l’organisation, dans l’esprit participatif de la manifestation.
À l’échelle de l’île, la programmation s’est étendue sur plusieurs communes et parfois sur tout le week-end. À Schœlcher, le Village musical annonçait la présence de plus de 200 artistes répartis sur sept espaces. Gospel, reggae, salsa, percussions, musiques traditionnelles, DJ sets et expressions urbaines figuraient parmi les propositions. Cette juxtaposition des générations et des répertoires illustre l’une des forces de la Fête de la Musique : créer une scène commune sans imposer un genre dominant.
En Guadeloupe, le patrimoine musical au premier plan
À Pointe-à-Pitre, le programme annonçait une édition spéciale du Marché de Kalina, de 8 h 30 à 17 heures sur la place de la Victoire, autour des cultures et traditions guadeloupéennes, avec des prestations artistiques. Le rendez-vous relevait donc davantage d’une journée culturelle et musicale que d’un grand concert nocturne.
Ailleurs dans l’archipel, les programmes ont donné une place visible au patrimoine musical guadeloupéen. Au Moule, le programme de deux journées associait une rencontre avec Pierre-Édouard Décimus et Maalkhéma, une animation autour du ka, une scène ouverte, ainsi que du zouk, de la biguine, du jazz et du gospel. Cette programmation rappelle que la Fête de la Musique peut aussi transmettre une histoire musicale, faire entendre les instruments du territoire et créer un passage entre héritage et création contemporaine.
En Guyane, des scènes ouvertes entre ville et Amazonie
En Guyane, la Fête de la Musique a pris plusieurs formes. À Cayenne, plusieurs rendez-vous ont occupé l’espace public. Une scène ouverte était annoncée dès 16 heures sur la place des Chaînes brisées, avant une autre installation place des Palmistes à partir de 18 heures avec plusieurs DJ. Le festival Kayenn’Art, organisé à La Poudrière pendant le week-end, associait également arts visuels, créations locales et rendez-vous musicaux.
Ces propositions reflètent une géographie sonore particulière. Les musiques guyanaises se construisent au contact de répertoires créoles, bushinengués, surinamais, brésiliens et caribéens. Il faut toutefois éviter de réduire ces circulations à une seule frontière ou à un seul genre : elles suivent les migrations, les langues, les médias, les collaborations artistiques et l’histoire du plateau des Guyanes.
Pourquoi la Fête de la Musique reste-t-elle accessible ?
La gratuité demeure l’un des marqueurs les plus forts de la Fête de la Musique. Elle ne signifie pas que chaque animation peut être organisée sans règle ni coordination. Les communes lancent des appels à participation, définissent des espaces et encadrent les installations. Mais l’accès du public aux concerts inscrits dans le dispositif reste gratuit.
Face aux événements culturels soumis à billetterie, ce principe crée un autre rapport à la scène. Le public peut passer d’un lieu à l’autre, écouter un groupe inconnu ou s’arrêter devant une scène ouverte sans prévoir l’achat d’un billet. Cette disponibilité favorise la rencontre, même si elle ne suffit pas, à elle seule, à mesurer la réussite culturelle d’une édition.
La Fête de la Musique 2026 s’est tenue officiellement le 21 juin, avec certaines animations réparties sur plusieurs jours du week-end. Cette 45e édition a donné lieu à des concerts, des scènes ouvertes et des rendez-vous culturels dans plusieurs communes de Martinique, de Guadeloupe et de Guyane.
En Martinique, Fort-de-France proposait un parcours musical entre le centre-ville et les quartiers, tandis que Schœlcher annonçait plus de 200 artistes sur sept espaces. En Guadeloupe, le Marché de Kalina à Pointe-à-Pitre et les activités organisées au Moule mettaient en avant les cultures locales. En Guyane, Cayenne accueillait notamment des scènes ouvertes sur les places des Chaînes brisées et des Palmistes, ainsi que le festival Kayenn’Art à La Poudrière.
La Fête de la Musique permet aux artistes amateurs et professionnels de se produire gratuitement dans l’espace public. En Martinique, en Guadeloupe et en Guyane, elle donne aussi une place importante aux répertoires locaux et régionaux, comme le zouk, le gwoka, la biguine, le reggae, les percussions, les musiques urbaines et les influences amazoniennes.
Organisée par la Caribbean Chamber of Commerce in Europe (CCCE), la deuxième édition des Caribbean Days a réuni au siège de l’UNESCO, à Paris, plusieurs expressions de la culture caribéenne. Pendant quatre jours, l’événement a créé un espace de dialogue autour de la coopération régionale, du tourisme durable et des relations économiques entre la Caraïbe et l’Europe.
Une table caribéenne face à Paris
Sur le toit de l’UNESCO, des chefs antillais de l’association Les Toques françaises préparent un menu caribéen en trois services. Depuis le restaurant, les invités aperçoivent la tour Eiffel, les Invalides et la rive gauche. Cette scène résume l’esprit des Caribbean Days : présenter la Caraïbe par ses créations et ses savoir-faire, puis utiliser cette présence culturelle pour engager des échanges plus larges.
La Caribbean Chamber of Commerce in Europe (CCCE) a organisé cette deuxième édition dans le cadre de la Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes. Placée sous le thème « Paix, diversité et durabilité », la manifestation a réuni des acteurs culturels, institutionnels, diplomatiques et économiques.
Durant quatre jours, la programmation a accordé une place aux arts visuels, à la gastronomie, à la mode, au cinéma, à la littérature, à la poésie, à la musique et à la danse. Ces disciplines ont montré plusieurs facettes de la création caribéenne dans un lieu consacré à l’éducation, à la science, à la culture et au patrimoine.
Les industries créatives au premier plan
Les Caribbean Days ont présenté les industries créatives comme l’une des forces de la région. La cuisine, les vêtements, les films, les récits, la musique et la danse ont servi de points de rencontre entre différents territoires et différents secteurs.
Cette diversité a permis de réunir des ambassadeurs caribéens, d’autres diplomates, des représentants du secteur public et des acteurs privés. La culture a ainsi créé un cadre commun pour des discussions portant sur le développement, l’investissement et les partenariats.
Fondée en novembre 2019, la CCCE a pour mission de faciliter les échanges entre la grande Caraïbe et l’Europe. Elle cherche également à encourager les investissements européens en faveur du développement économique durable de la région. À Paris, cette mission s’est traduite par des rencontres entre institutions, entreprises et représentants caribéens.
La coopération régionale autour d’un même déjeuner
Un déjeuner-débat a porté sur la coopération entre les territoires français d’outre-mer de la Caraïbe et les États membres du CARIFORUM. Des représentants de la Banque de France, d’Expertise France et de l’OCDE ont participé aux présentations.
L’intervention de la sénatrice française Micheline Jacques, qui soutient un partenariat économique entre les territoires d’outre-mer et Haïti, a recentré les débats sur une question concrète : comment renforcer les liens entre les différentes composantes de l’espace caribéen ?
À travers cette rencontre, les Caribbean Days ont rapproché la culture, la diplomatie et l’économie. La gastronomie n’était pas un simple décor. Elle a accompagné un dialogue sur les coopérations possibles et sur la place de la Caraïbe dans ses relations avec l’Europe.
Le tourisme durable face au changement climatique
Une table ronde a été consacrée au tourisme durable. Geoffrey Lipman, ancien président du World Travel and Tourism Council et ancien secrétaire général adjoint de l’Organisation mondiale du tourisme, y a participé aux côtés de Florian Valmy-Desvillers, directeur du développement commercial de la Caribbean Tourism Organization pour le Royaume-Uni et l’Europe.
Jo Spalburg, secrétaire général de la CCCE, a résumé le message principal de ces échanges. Selon lui, l’accélération du changement climatique rend nécessaire un tourisme plus durable et plus bénéfique pour les communautés locales. Celles-ci jouent un rôle direct dans la protection de la nature et de la culture de la région pour les générations futures.
Cette réflexion donne aux Caribbean Days une portée particulière. Elle relie la promotion des destinations caribéennes à la responsabilité de préserver ce qui attire les visiteurs : les paysages, les patrimoines, les pratiques culturelles et les connaissances locales.
De la visibilité culturelle aux alliances
Au terme de cette deuxième édition, la CCCE met en avant une ambition collective : transformer la visibilité culturelle en collaborations, en innovation et en croissance durable pour la région.
Les Caribbean Days ont montré que la culture peut ouvrir des discussions entre diplomates, institutions, entreprises et acteurs créatifs. La suite dépendra désormais de la capacité des partenaires réunis à Paris à convertir ces échanges en alliances concrètes au bénéfice des territoires et des communautés caribéennes.
Les Caribbean Days, également appelés Journées des Caraïbes, sont un événement organisé par la Caribbean Chamber of Commerce in Europe au siège de l’UNESCO, à Paris. Pendant quatre jours, leur deuxième édition a mis en avant les arts visuels, la gastronomie, la mode, le cinéma, la littérature, la poésie, la musique et la danse. L’événement s’est déroulé sous le thème « Paix, diversité et durabilité », dans le cadre de la Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes.
Les Caribbean Days sont organisés par la Caribbean Chamber of Commerce in Europe, ou CCCE. Fondée en novembre 2019, cette organisation cherche à faciliter les échanges entre la grande Caraïbe et l’Europe, tout en encourageant les investissements européens en faveur du développement économique durable de la région. À Paris, la CCCE a réuni des représentants culturels, diplomatiques, institutionnels et économiques autour des créations et des enjeux caribéens.
Les Caribbean Days ont associé la promotion des industries créatives à des discussions sur la coopération régionale et le tourisme durable. Un déjeuner-débat a porté sur les relations entre les territoires français d’outre-mer de la Caraïbe et les États membres du CARIFORUM. Une table ronde a également abordé les effets du changement climatique et la nécessité de développer un tourisme plus durable, capable de mieux bénéficier aux communautés locales qui protègent les patrimoines naturels et culturels de la région.
Avec WHO, Wil Aime signe son premier long-métrage et revient aux Antilles avec une équipe, une méthode et une histoire de création. En Guadeloupe et en Martinique, sa tournée a révélé l’envers du décor : celui d’un film porté pendant des années, entre création indépendante, soutien territorial et désir de faire son propre cinéma.
Une tournée pensée comme un retour
Le public a vu les salles, les rencontres, les photos, les échanges après projection. Derrière cette tournée de WHO en Guadeloupe et en Martinique, il y avait une mécanique précise. Des dates à organiser. Des partenaires à mobiliser. Une équipe à faire venir. Une envie surtout : présenter le film là où une partie de son imaginaire a pris racine.
Du 30 mai au 1er juin 2026, Wil Aime et son équipe ont enchaîné plusieurs temps forts : séance spéciale au Cinestar, Creative Talk au Café Papier à Jarry, séance au Madiana, puis rencontre avec des professionnels, étudiants, médias et acteurs culturels. Dans l’entretien réalisé autour de cette venue, Wil Aime explique que présenter le film aux Antilles comptait pour lui. La Guadeloupe et la Martinique apparaissent comme des territoires d’attachement, d’inspiration et de retour.
Un film nourri par les Antilles
Certaines séquences de WHO ont été tournées en Guadeloupe. Le film circule entre plusieurs espaces : France, DROM-COM, Belgique, Suisse, Canada et Afrique francophone. L’œuvre naît d’un créateur guadeloupéen, se développe dans un cadre indépendant, puis cherche son public au-delà des frontières habituelles du cinéma français.
Dans la Creative Talk, Wil Aime parle des Antilles comme d’un lieu qui a nourri le film. Il évoque ces îles, leur place dans le monde francophone, leur position dans un imaginaire plus vaste. Le film laisse passer quelque chose du rapport au territoire : les paysages, les tensions, les identités, la manière de se situer quand on vient d’un espace souvent présenté comme petit, alors qu’il produit des talents capables d’aller très loin.
Faire son cinéma
Le cœur de cette histoire se trouve peut-être dans une nuance. Pendant l’échange avec le public, Wil Aime parle du rêve de “faire mon cinéma”. Avant le long-métrage, il y a eu les vidéos. Des formats courts. Des récits à tiroirs. Des scénarios où le détail compte. Avec WHO, cette grammaire construite sur les réseaux sociaux change d’échelle.
Le passage au long-métrage impose une autre discipline. Wil Aime le reconnaît lui-même : passer des réseaux sociaux au cinéma l’a obligé à apprendre à transmettre sa vision. Sur un film, une idée doit être comprise, portée et exécutée par beaucoup plus de monde.
Chaque Détail Productions, une équipe construite dans la durée
Dans les coulisses de WHO, il y a un collectif : Ashley, Samira, Gary, Yasser, Emmanuel et les autres membres de Chaque Détail Productions. Beaucoup ont appris sur le terrain. Le mot qui revient est la polyvalence.
Ashley, cofondatrice et sœur de Wil Aime, raconte une aventure née avant même que la structure existe vraiment. Samira évoque un démarrage autour d’un smartphone. Gary parle de son apprentissage technique. Yasser insiste sur le rôle de terrain. Emmanuel apporte une expérience de production, de distribution et de diffusion. Ce collectif donne à WHO une dimension concrète. Le film avance grâce à une équipe qui apprend, s’adapte, cherche des solutions et accepte de travailler hors des chemins les plus confortables.
Transmettre une vision à 400 personnes
L’un des passages les plus forts de l’interview concerne le défi du management artistique. Wil Aime explique que son équipe proche fonctionne presque comme une seule personne. Avec elle, les idées circulent vite. Le vrai défi arrive quand il faut élargir cette vision à une équipe beaucoup plus grande.
Il parle de 400 personnes ayant travaillé sur le film. À cette échelle, la vision doit être transmise, comprise, reformulée, portée par chaque département. Pour lui, c’est l’une des plus grandes difficultés du projet. Il a fallu apprendre à communiquer autrement.
La Guadeloupe comme territoire de création
La Région Guadeloupe a accompagné le film, notamment dans le cadre de sa post-production. Avec le CTIG, elle a aussi soutenu la venue de Wil Aime et de son équipe en Guadeloupe et en Martinique. Derrière ce soutien, il y a un enjeu plus large : montrer que la Guadeloupe peut être un territoire d’accueil pour les tournages, un espace de création audiovisuelle et un lieu d’émergence pour de nouveaux talents.
Un film comme WHO interroge la place des créateurs ultramarins dans les industries culturelles. Il montre l’importance des passerelles entre Guadeloupe, Martinique, France hexagonale, Canada francophone et Afrique francophone.
Ce que WHO ouvre
Dans la Creative Talk, une idée traverse plusieurs prises de parole : comment faire grand quand on vient d’un territoire souvent perçu comme petit ? Wil Aime répond par l’utilité, la sincérité et le commencement modeste. Il parle de famille, de proches, de premiers cercles. Il rappelle qu’un projet grandit souvent à partir d’un espace réduit, d’une petite chambre, d’un carnet.
C’est peut-être là que WHO devient un cas d’école pour une génération de créateurs caribéens qui cherchent à raconter autrement, à produire autrement, à circuler autrement. Son parcours montre les difficultés, les détours, les refus, les négociations, les apprentissages.
La suite dira ce que Chaque Détail Productions construira après cette étape. Pour l’instant, WHO laisse une question ouverte aux territoires caribéens : comment transformer ces réussites en filière durable, pour que d’autres rêves de cinéma trouvent eux aussi leur chemin vers l’écran ?
WHO marque une étape importante parce qu’il porte le premier long-métrage de Wil Aime, créateur guadeloupéen connu pour ses récits courts et ses thrillers psychologiques. Le film met aussi en lumière la Guadeloupe comme territoire de création, d’inspiration et d’accueil pour des projets audiovisuels capables de circuler en France, aux Antilles, au Canada et en Afrique francophone.
La Guadeloupe et la Martinique ont été au cœur d’une tournée spéciale autour de WHO, avec des projections, des rencontres avec le public et des Creative Talks destinés aux professionnels, étudiants, médias et acteurs culturels. Pour Wil Aime, cette venue aux Antilles avait une valeur particulière, car ces territoires ont nourri l’imaginaire du film et représentent un espace de retour pour son équipe.
Les coulisses de WHO montrent une aventure collective construite dans la durée. Autour de Wil Aime, l’équipe de Chaque Détail Productions a avancé avec une méthode indépendante, beaucoup de polyvalence et une volonté forte de garder une vision artistique claire. Le projet raconte aussi le passage d’un créateur venu des réseaux sociaux vers le cinéma, avec les défis humains, techniques et créatifs que cela implique.
Une contrainte qui peut devenir une valeur
La Caraïbe vit le changement climatique de façon directe, brutale, et continue. Saisons cycloniques plus intenses, érosion accélérée des littoraux, fragilisation des écosystèmes coralliens, vulnérabilité énergétique : aucune île de la région n’est totalement épargnée. Cette réalité a longtemps été présentée comme une contrainte pour les budgets publics, pour les opérateurs touristiques, pour les modèles économiques fondés sur la balnéarité classique.
Le rapport Travel Dreams 2026 d’Amadeus suggère pourtant un retournement possible. Ce qui était perçu comme une fragilité peut devenir, à condition d’être assumé et raconté avec justesse, une proposition de valeur. C’est là que la notion de durabilité visible devient centrale.
Ce que disent les voyageurs
L’étude documente d’abord l’ampleur de la demande. Sur les 6 000 voyageurs interrogés à travers six grands marchés mondiaux, 75 % déclarent que les engagements de durabilité d’un hôtel sont importants dans leur décision de réservation. Plus d’un sur trois, précisément 35 % les juge « très importants ».
Et cette préoccupation se traduit en consentement à payer. Les voyageurs qui accordent de l’importance à ce critère se disent prêts à dépenser en moyenne 11,7 % de plus par nuit pour séjourner dans un établissement aux pratiques durables sérieuses. Cela représente environ 29 dollars supplémentaires sur une chambre à 250 dollars. Chez les voyageurs de la génération Z, ce consentement atteint 14,7 %, soit près de 37 dollars de plus par nuit. La durabilité visible commence ici : dans la capacité d’un hôtel à faire comprendre pourquoi ces pratiques valent plus.
Une donnée mérite une attention particulière pour la Caraïbe : la sensibilité à la durabilité varie fortement selon les marchés sources. Elle atteint 93 % des voyageurs interrogés en Inde et 85 % en Chine, contre 65 % au Royaume-Uni et en Allemagne. Pour une région qui cherche à réduire sa dépendance aux marchés traditionnels, ces écarts ouvrent une piste stratégique à manier avec prudence. Ces voyageurs ne se contenteront pas d’un discours générique sur la nature. Ils attendront des preuves, des dispositifs visibles, des récits documentés. Pour la Caraïbe, la durabilité visible peut devenir une manière de parler à ces publics sans renier son ancrage local.
Ce que font les hôtels
Du côté de l’offre, les données Amadeus montrent un engagement généralisé des hôteliers interrogés. Sur les 500 directeurs généraux ou profils équivalents consultés à travers neuf pays, tous déclarent prévoir des dépenses en initiatives de durabilité dans l’année à venir. La moyenne anticipée représente 6,7 % des dépenses globales de l’entreprise. Et 35 % des hôteliers identifient la durabilité comme un facteur clé de différenciation par rapport à leurs concurrents.
Mais l’étude met aussi en lumière un écart révélateur. Les hôtels investissent prioritairement dans des actions qui ont une logique d’efficacité opérationnelle interne : conservation de l’eau (33 %), approvisionnement durable en restauration (33 %), chaînes logistiques responsables (33 %), réduction des déchets (32 %), formation du personnel (32 %).
En revanche, les pratiques plus visibles pour le client énergies renouvelables (28 %), initiatives de biodiversité et de communauté (27 %), articulation entre durabilité et programmes de fidélité (21 %) restent moins développées. C’est cette tension qui rend la durabilité visible stratégique : elle oblige à passer de l’effort interne à l’expérience comprise par le voyageur.
L’écart à combler
Joerg Schuler, responsable Commercial mondial Hospitality chez Amadeus, résume cet écart en parlant d’une durabilité attendue comme plus « visible, expérientielle et intégrée au séjour ». La formule est importante, parce qu’elle change le sujet. Il ne s’agit plus seulement de dire qu’un hôtel consomme moins d’eau ou réduit ses déchets. Il s’agit de rendre ces choix compréhensibles, concrets, vécus par le voyageur. La durabilité visible suppose donc une preuve, mais aussi une narration juste.
Cet écart est précisément ce que la Caraïbe peut combler. La durabilité visible caribéenne n’est pas un programme technique abstrait. Elle peut être incarnée par des pratiques visibles, racontables, situées. Restauration de la mangrove. Protection des récifs coralliens. Énergie solaire locale. Approvisionnement en circuits courts auprès de petits producteurs insulaires. Économies d’eau dans des contextes où la ressource est précieuse. Transmission des savoir-faire traditionnels d’usage parcimonieux de l’environnement.
Chacune de ces pratiques peut être à la fois un engagement environnemental sérieux et un récit que le voyageur peut vivre pendant son séjour. C’est cette articulation qui transforme la durabilité visible en valeur perçue, et donc en levier de tarification.
Une valeur à documenter
Un hôtel caribéen qui peut documenter avec des chiffres, des partenaires identifiés, des résultats mesurables, son rôle dans la restauration d’un écosystème local ne vend plus seulement une chambre. Il vend une participation à un projet régional plus large. Les voyageurs interrogés par Amadeus ont déjà fait savoir qu’ils étaient prêts à payer pour cela. La durabilité visible exige donc de montrer ce qui est fait, par qui, avec quels effets.
Cette logique dépasse l’hôtellerie individuelle. Elle concerne aussi les organismes de gestion des destinations, les autorités touristiques et les acteurs économiques régionaux. La capacité d’un territoire à raconter de façon crédible son engagement écologique devient une variable concurrentielle face à d’autres destinations tropicales. À l’échelle des destinations, la durabilité visible peut devenir un langage commun entre hôtels, producteurs, associations, collectivités et voyageurs.
Le défi caribéen
Pour la Caraïbe, le défi n’est donc pas de devenir durable au sens où d’autres régions l’entendent. Il est de rendre lisible une durabilité qui, dans bien des cas, est déjà pratiquée à l’échelle des communautés, des petites entreprises, des coopératives locales et des savoir-faire hérités. Le marché mondial est prêt à payer pour cela. La question est de savoir si la région saura présenter cette réalité avec la rigueur, la cohérence et la fierté qui conviennent.
Cette série d’articles, à travers ses trois volets, aura tenté de défendre une même thèse. Les attentes des voyageurs de 2026 déconnexion, connexion au lieu, durabilité visible ne sont pas des contraintes à subir pour les acteurs caribéens. Ce sont des attentes que la région porte structurellement, par sa géographie, ses cultures et son histoire. Reste, comme toujours, à faire le travail patient de la mise en récit. C’est la mission éditoriale que Richès Karayib continuera de porter, aux côtés des acteurs économiques, institutionnels et créatifs de la région.
La durabilité visible désigne l’ensemble des engagements durables qu’un voyageur peut réellement voir, comprendre ou vivre pendant son séjour. Il ne s’agit pas seulement de mesures internes, comme réduire les coûts d’eau ou limiter les déchets en coulisses. Dans la Caraïbe, cela peut prendre la forme d’une énergie solaire clairement intégrée à l’hôtel, d’un programme de restauration de mangrove, d’une protection des récifs coralliens, d’un approvisionnement auprès de producteurs locaux ou d’actions communautaires présentées avec des résultats concrets. Cette approche rend l’engagement écologique plus lisible et plus crédible pour le voyageur.
La durabilité visible peut devenir un avantage concurrentiel parce que les voyageurs accordent de plus en plus d’importance aux engagements environnementaux des hôtels. Selon les données utilisées dans l’article, une majorité de voyageurs considère ces engagements comme importants dans le choix d’un établissement, et une partie d’entre eux accepte même de payer davantage pour des pratiques sérieuses. Pour les hôtels caribéens, l’enjeu est donc de ne pas seulement agir, mais aussi de documenter et de raconter ces actions avec précision. Un établissement capable de montrer son impact local ne vend plus uniquement une chambre : il propose une participation à un projet de territoire.
Les destinations caribéennes peuvent mieux valoriser leur durabilité visible en reliant les actions des hôtels, des producteurs, des associations, des collectivités et des communautés locales dans un récit cohérent. Cela demande des preuves : chiffres, partenaires identifiés, résultats mesurables, actions suivies dans le temps. Une destination qui explique comment elle protège ses récifs, économise l’eau, soutient les circuits courts ou restaure ses écosystèmes construit une promesse plus forte qu’un simple discours sur la nature. Pour la Caraïbe, cette mise en récit est stratégique, car elle transforme une vulnérabilité climatique réelle en proposition de valeur culturelle, écologique et économique.