CARIFESTA XV : Big Ideas, Bold Voices, une grande conversation sur le business de la musique

CARIFESTA XV

Dans le cadre de CARIFESTA XV, l’événement « Big Ideas, Bold Voices » a rassemblé à la Barbade cinq panels majeurs autour du business de la musique. Durant une même journée, des intervenants venus de Jamaïque, des États-Unis, du Canada ou encore de Saint-Kitts ont partagé leur expertise pour offrir aux artistes et professionnels caribéens des clés concrètes de développement.

Panel 1 – Soca as a Genre in the Grammys and Membership Aspects

Intervenante : Janette Becerra – Représentante de la Recording Academy (Grammy Awards)

La première discussion a mis en lumière un enjeu central : la reconnaissance du soca au sein des Grammy Awards. Janette Becerra a rappelé que, malgré son rayonnement international, le soca n’a pas encore de catégorie officielle dans cette prestigieuse cérémonie. Elle a insisté lors du CARIFESTA XV sur l’importance pour les artistes, producteurs et managers caribéens de rejoindre la Recording Academy afin de peser collectivement dans les décisions.

Selon elle, l’avenir du soca aux Grammys dépend moins d’un débat esthétique que d’une mobilisation institutionnelle. Plus les professionnels caribéens seront membres et actifs au sein de l’Académie, plus leurs genres musicaux – soca, calypso ou chutney – auront des chances d’obtenir une visibilité et une reconnaissance officielle. Cette intervention lors du CARIFESTA XV a lancé la journée sur une note claire : l’union et l’organisation sont essentielles pour faire progresser la musique caribéenne dans les grandes instances mondiales.

CARIFESTA XV

Panel 2 – Global Export Production

Intervenants : Stephen “Di Genius” McGregor (Jamaïque, producteur pour Drake, Shakira, Sean Paul, Damian Marley…) et Rico Love (États-Unis, auteur-compositeur pour Beyoncé, Usher, Kelly Rowland, Nelly, etc.)

Ce panel a ouvert un dialogue franc entre deux producteurs de renom sur la manière d’exporter les sons caribéens. Stephen McGregor, figure incontournable du dancehall et du reggae fusion, a partagé son expérience de Jamaïcain travaillant sur les scènes américaines et internationales. Son message était simple : l’authenticité est un atout, et l’exportation ne signifie pas renoncer à ses racines.

CARIFESTA XV

Rico Love a insisté sur un autre point : un hit repose toujours sur des émotions universelles. Qu’il s’agisse d’amour, de solitude ou de joie, les chansons qui marquent sont celles qui expriment des sentiments intimes de manière originale. Il a rappelé lors du CARIFESTA XV que le rôle du producteur n’est pas de créer une identité à l’artiste, mais de révéler la grandeur déjà présente en lui.

Les deux intervenants ont également abordé lors du CARIFESTA XV l’essor de l’intelligence artificielle dans la production musicale. Leur position est claire : l’IA est un outil, jamais une menace. Elle peut aider à gagner en efficacité, mais elle ne remplacera pas la sensibilité humaine qui fait la force d’une œuvre.

CARIFESTA XV
CARIFESTA XV

Panel 3 – Publishing and Global Access (K-pop, Eurovision, EDM)

Intervenants : Kristen, Maria Brokberg (alias Mathia), Bruno Duque, Spencer Mussellam

Ce panel s’est concentré sur l’édition musicale et l’accès aux marchés internationaux. Les intervenants ont montré comment les catalogues caribéens pouvaient trouver leur place dans des univers aussi variés que la K-pop, l’Eurovision ou l’EDM.

Ils ont souligné l’importance de structurer les droits d’auteur et de bâtir un catalogue solide, car c’est ce qui ouvre les portes des collaborations mondiales. L’exemple de la K-pop a illustré comment une industrie peut valoriser ses compositeurs en exportant massivement des titres à travers l’Asie et au-delà. L’Eurovision, quant à elle, a été présentée comme une vitrine exceptionnelle pour faire découvrir des styles régionaux à un public planétaire. Enfin, l’EDM a été mis en avant pour sa fluidité de collaboration : un producteur caribéen peut aujourd’hui co-signer un titre avec un DJ européen ou asiatique en quelques clics.

Le message central : la Caraïbe doit investir dans l’édition et l’organisation juridique de ses œuvres pour devenir un acteur incontournable sur ces scènes mondiales.

CARIFESTA XV

Panel 4 – Label Management, A&R Management, Global Booking & Tour Management

Intervenants : Ivan Berry (Canada/Saint-Kitts, manager, éditeur et conseiller), Jonathan Ramos (Live Nation, VP Global Touring), Max Gousse (A&R et manager, collaborateur de Beyoncé, Usher, Saweetie)

Ce quatrième panel a exploré le cœur du métier d’artiste : comment gérer sa carrière, son label, son développement artistique et ses tournées.

  • ✅ A&R et management de label : Max Gousse a insisté sur le rôle central de l’A&R, capable de guider un artiste dans la création d’un catalogue cohérent et d’assurer la vision à long terme. Le management de label, lui, structure l’ensemble du processus, de la production à la promotion.
  • ✅Booking et tournées : Jonathan Ramos a expliqué la différence entre soft tickets (festivals, premières parties, où le public n’est pas venu uniquement pour vous) et hard tickets (concerts où les spectateurs paient pour VOUS voir). Pour lui, la vraie valeur d’un artiste se mesure à sa capacité à vendre des “hard tickets”.
  • ✅ Stratégie locale avant globale : Ivan Berry a encouragé les artistes à bâtir d’abord leur crédibilité chez eux, via des circuits locaux (cafés, bars, églises, clubs), avant d’ambitionner l’international.
  • ✅Fans et digital : Tous ont insisté sur l’importance de l’engagement réel des fans et du contenu en ligne. Un fan actif, prêt à acheter un billet VIP ou un t-shirt, vaut plus que des milliers de followers passifs.

Au-delà de la technique, ce panel a rappelé une évidence : aucun artiste ne peut réussir seul. C’est la complémentarité entre labels, A&R, managers, agents et producteurs qui fait naître des carrières durables.

CARIFESTA XV

Panel 5 – Global Platforms for Distribution

Intervenants : Kevin Barton (cofondateur du Departure Festival, ex-Universal, réalisateur) et Patrick Murphy (Directeur de programmation, Departure Festival, ex-Live Nation)

Le dernier panel a élargi le débat au-delà de la musique pour envisager la place des artistes caribéens dans un écosystème culturel global. Kevin Barton a rappelé lors du CARIFESTA XV que la musique touche tous les domaines – cinéma, jeux vidéo, gastronomie, art visuel – et qu’il faut éviter de se laisser enfermer dans une seule étiquette artistique.

Patrick Murphy a complété en soulignant l’importance d’un profil complet : talent, discipline, présence numérique et collaborations stratégiques. Pour lui, un compte Instagram ou TikTok est désormais un CV en ligne. Les programmateurs et labels ne cherchent pas à deviner le potentiel d’un artiste : ils veulent voir des preuves concrètes de son engagement et de sa capacité à fédérer une communauté.

Les deux intervenants ont aussi rappelé lors du CARIFESTA XV que le réseau humain reste essentiel. Les grandes carrières se bâtissent moins sur des cartes de visite distribuées que sur de véritables relations nouées avec des pairs au même niveau, qui évoluent ensuite ensemble vers le succès.

CARIFESTA XV

En réunissant des experts de haut niveau autour de thématiques aussi variées que l’édition, l’exportation, la production, le management ou la distribution, CARIFESTA XV a montré que la Caraïbe possède toutes les ressources pour s’imposer sur la scène mondiale. Mais les messages ont convergé : cela exige discipline, structuration, collaboration et engagement.

Qu’il s’agisse de faire reconnaître le soca aux Grammy Awards, d’exporter un son authentique, de bâtir un catalogue solide, de remplir des salles ou de tirer parti des plateformes numériques, l’avenir des artistes caribéens dépendra de leur capacité à conjuguer créativité et stratégie.

CARIFESTA XV
CARIFESTA XV

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Plus d'articles de RK

Maison de maître aux arcades jaunes du domaine Manaca Iznaga, dans la vallée des Ingenios, près de Trinidad, à Cuba
TOURISME
Tolotra

Vallée des Ingenios : plus de 50 sucreries sur 225 km², à Cuba

La vallée des Ingenios, au nord-est de Trinidad, couvre 225 km². En 1827, plus de 50 sucreries y fonctionnaient et plus de 11 000 personnes y travaillaient en esclavage. Une tour de brique domine encore ces champs et raconte cette époque. Sept niveaux de brique et de mortier de chaux, du plan carré à l’octogone, plus de 43 mètres de hauteur. La tour Manaca Iznaga se voit de loin. Alejo María del Carmen Iznaga y Borrell l’a fait bâtir dans les premières décennies du XIXe siècle, sur un domaine acheté en 1795 par son père, Pedro José Iznaga, et dont il hérite en 1831. Elle servait de clocher et de poste de guet, au-dessus des champs. La cloche réglait les journées, le regard embrassait les cultures. Une légende locale parle de deux frères qui se seraient défiés à qui bâtirait l’ouvrage le plus grandiose. Les faits, eux, sont plus sombres.

Lire la suite "
cinémas caribéens
Film et vidéo
Tolotra

S8/10 – Histoires des cinémas caribéens, jeunesse, femmes et nouvelles trajectoires. Textes : Guillaume Robillard. Ciclic, 2026.

L’histoire des cinémas caribéens entre désormais dans les années 2000 et 2010. Après sept épisodes et plusieurs décennies de création, ce huitième volet rassemble trois films de Guadeloupe et de République dominicaine autour de trajectoires individuelles qui deviennent les portes d’entrée vers des réalités sociales plus larges. Nèg Maron observe une jeunesse guadeloupéenne urbaine. La Hija Natural suit une jeune femme partie à la recherche de son père en République dominicaine. Le Bonheur d’Elza raconte lui aussi une quête familiale qui mène son personnage principal jusqu’en Guadeloupe. Vous êtes au huitième épisode sur dix. Les sept premiers sont déjà disponibles sur Richès Karayib. Après celui-ci, il restera deux volets pour rejoindre les cinémas caribéens les plus contemporains. 2005: GUADELOUPE – NÈG MARON, DE JEAN-CLAUDE BARNY Nèg Maron est le film d’une génération. Porté par deux stars du Dance Hall guadeloupéen, Daly et Admiral T, qui jouent les rôles principaux de

Lire la suite "
Portrait de Bob Andy, chanteur et parolier jamaïcain, devant un mur vert
MUSIQUE
Tolotra

Bob Andy, de Maxfield Park au top 5 britannique de 1970

Bob Andy, né Keith Anderson à Kingston en 1944, est l’un des plus grands paroliers de la Jamaïque. Il signe « I’ve Got to Go Back Home » en 1967, atteint la cinquième place du classement britannique en 1970 avec Marcia Griffiths et reçoit l’Order of Distinction en 2006. Son parcours commence pourtant dans la rue. Bob Andy, un enfant de Kingston sans domicile Enfant, Bob Andy n’a ni foyer stable ni véritable école. Il se décrira plus tard comme un fugueur presque sans domicile, qui dort à la dure à Rockfort, à Kingston. Placé au foyer pour enfants de Maxfield Park, il y apprend seul le piano et chante dans la chorale de la Kingston Parish Church. Cette éducation sans diplôme restera sa fierté. C’est à la chorale que le jeune Keith Anderson se lie d’amitié avec Tyrone Evans. Ensemble, ils fondent un groupe vocal, les Binders, qui devient

Lire la suite "

conTACT RK

Nous serions ravis de connaître votre avis sur l'expérience que vous avez acquise jusqu'à présent.

conTACT RK

Nous serions ravis de connaître votre avis sur l'expérience que vous avez acquise jusqu'à présent.

Rejoignez la liste

Rejoignez notre communauté Richès Karayib ! Inscrivez-vous à notre lettre d’information.

Vous voulez maximiser votre présence sur Riches Karayib ?

Remplir le formulaire pour commencer la demande