Vallée des Ingenios : plus de 50 sucreries sur 225 km², à Cuba

Maison de maître aux arcades jaunes du domaine Manaca Iznaga, dans la vallée des Ingenios, près de Trinidad, à Cuba

La vallée des Ingenios, au nord-est de Trinidad, couvre 225 km². En 1827, plus de 50 sucreries y fonctionnaient et plus de 11 000 personnes y travaillaient en esclavage. Une tour de brique domine encore ces champs et raconte cette époque. Sept niveaux de brique et de mortier de chaux, du plan carré à l’octogone, plus de 43 mètres de hauteur. La tour Manaca Iznaga se voit de loin. Alejo María del Carmen Iznaga y Borrell l’a fait bâtir dans les premières décennies du XIXe siècle, sur un domaine acheté en 1795 par son père, Pedro José Iznaga, et dont il hérite en 1831.

Elle servait de clocher et de poste de guet, au-dessus des champs. La cloche réglait les journées, le regard embrassait les cultures. Une légende locale parle de deux frères qui se seraient défiés à qui bâtirait l’ouvrage le plus grandiose. Les faits, eux, sont plus sombres. Cette tour surplombait un système fondé sur le travail forcé, au centre de la vallée des Ingenios.

Tour Manaca Iznaga dans la vallée des Ingenios, près de Trinidad, à Cuba
La tour Manaca Iznaga, plus de 43 mètres de hauteur, domine encore la vallée.

Vallée des Ingenios, trois vallées au nord-est de Trinidad

Le mot ingenio désigne la sucrerie et le domaine qui l’entoure. Ici, il s’applique à trois vallées voisines, San Luis, Santa Rosa et Meyer, à une douzaine de kilomètres de Trinidad. Leur ensemble couvre 225 km², plus de deux fois la superficie de Paris intra-muros.

Trinidad existe depuis 1514. Diego Velázquez en a fait la troisième ville fondée par les Espagnols à Cuba. Le sucre n’y prend son essor qu’à partir de la fin du XVIIIe siècle, et domine ensuite le paysage pendant cent ans. Le centre historique, 37 hectares autour de la Plaza Mayor, est protégé depuis 1978. La vallée l’est depuis 1989. En 1988, les deux sont inscrits ensemble au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le Palacio Cantero y abrite aujourd’hui le musée d’histoire de la ville.

Montagnes vertes dominant la vallée des Ingenios, près de Trinidad, à Cuba
Les montagnes qui encadrent la vallée, au nord-est de Trinidad.
Palmiers et collines au loin dans la vallée des Ingenios, près de Trinidad, à Cuba
La vallée vue de haut, entre palmiers, cultures et collines.

Vallée des Ingenios en 1827, ce que disent les chiffres

Plus de 50 sucreries, plus de 11 000 esclaves. Cela fait plus de 200 personnes par domaine, en moyenne, et près de 49 personnes réduites en esclavage pour chaque kilomètre carré de la vallée. Chaque ingenio réclame des bras pour couper la canne, nourrir les chaudières et transporter le sucre. Les domaines produisent alors environ 640 000 arrobas, une unité d’environ 11,5 kilos, soit à peu près 7 400 tonnes de sucre en une année.

La fortune de quelques familles de planteurs repose sur ces hommes, ces femmes et ces enfants. À l’échelle de Cuba, la révolution haïtienne ouvre un espace au sucre cubain, et l’importation d’esclaves s’accélère. Ce contexte aide à mesurer l’ampleur de la vallée des Ingenios, sans suffire à l’expliquer.

Ancienne maison de domaine aux arcades blanches et chariot en bois, dans la vallée des Ingenios, à Cuba
Une ancienne maison de domaine aux arcades blanches, bordée de grands arbres.
Racines d'un grand arbre devant une ancienne maison de domaine, dans la vallée des Ingenios, à Cuba
Les racines d'un grand arbre devant une ancienne maison de domaine.

Ce que la vallée des Ingenios garde et ce qu'elle a perdu

Plus de 70 anciens domaines sucriers sont encore repérés sur le terrain, dont treize maisons de maître. Beaucoup ne sont plus que des ruines. Le déclin de l’industrie s’est étalé sur de longues années, puis s’est accéléré dans les années 1990. Le dernier central sucrier de la vallée a fermé officiellement en 2005. Depuis, la vallée ne produit plus le sucre qui l’avait façonnée pendant plus d’un siècle. Il reste un paysage de ruines.

Un album de lithographies publié à La Havane en 1857, Los ingenios, avait pourtant fixé l’image des grandes sucreries cubaines à leur apogée. Son texte est signé de Justo Germán Cantero, qui y vante la beauté de la vallée de Trinidad. Il loue notamment le domaine de Buenavista, qu’il juge le plus agréable de la vallée de San Luis.

La tour, repère de la vallée des Ingenios, a traversé les décennies. Elle figure à l’inventaire des biens dressé après la mort d’Alejo Iznaga, en 1845. Deux lectures de sa raison d’être coexistent. Un guet contre les incendies et les fuites, ou une démonstration de richesse. À l’automne 2025, elle a fermé au public pour de nouveaux travaux, confiés à une petite entreprise cubaine pour environ un million de pesos. Les poutres, les colonnes et les marches du sixième niveau devaient être remplacées, puis le clocher repeint.

Ruines d'une ancienne sucrerie avec ses cheminées dans la vallée des Ingenios, à Cuba
Les ruines d'une ancienne sucrerie, témoin du passé sucrier de la vallée.
Train touristique Valle de los Ingenios traversant la vallée des Ingenios, à Cuba
Le train touristique qui parcourt la vallée.

Qui veille aujourd'hui sur la vallée des Ingenios ?

Depuis 1978, la tour est classée monument national. Un bureau du conservateur, créé en 1997, suit le patrimoine de Trinidad et de sa vallée. Protéger la brique est un premier geste. Transmettre ce que cette tour a vu en est un autre, bien plus difficile. Dans une vallée sans sucre, qui dira les noms de ceux qui ont coupé la canne ?

Longue-vue d'un belvédère face à la vallée des Ingenios, à Cuba
Depuis un belvédère, une longue-vue donne sur toute la vallée.
Champs de canne à sucre au pied des montagnes, dans la vallée des Ingenios, à Cuba
Les champs de canne à sucre au pied des montagnes : le paysage qui a façonné la vallée.

Questions fréquentes sur la vallée des Ingenios

La vallée des Ingenios se trouve à Cuba, au nord-est de Trinidad, à une douzaine de kilomètres de la ville. Elle réunit trois vallées voisines, San Luis, Santa Rosa et Meyer, sur 225 km².

En 1827, la vallée des Ingenios comptait plus de 50 sucreries et plus de 11 000 personnes réduites en esclavage. Cela représente plus de 200 personnes par domaine en moyenne.

Un ingenio désigne la sucrerie et le domaine qui l’entoure. La vallée des Ingenios tient son nom de ces domaines sucriers.

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