Mwa éwitaj Kwéyòl 2025 : un hommage à l’héritage créole à Sainte-Lucie

Mwa éwitaj Kwéyòl

À Sainte-Lucie, le mois d’octobre est depuis plus de quarante ans un temps de fierté et de transmission. Le Mwa éwitaj Kwéyòl 2025, coordonné par le Folk Research Centre (FRC), célèbre la langue, la mémoire et les pratiques culturelles créoles qui façonnent l’identité lucienne. Cette édition 2025 confirme la vitalité d’un mouvement devenu une institution nationale.

Mwa éwitaj Kwéyòl
©Folk Research Centre

Un lancement officiel et un programme national

Le Mwa éwitaj Kwéyòl 2025 a été lancé le 30 septembre au National Cultural Centre de Castries, sous la direction du Folk Research Centre, fondé en 1973 par Monsignor Patrick Anthony. Le FRC, reconnu pour son travail sur le patrimoine immatériel, assure la coordination des activités du mois à travers tout le territoire.

Le programme officiel publié par le FRC prévoit plusieurs rendez-vous majeurs :

  • – le Festival Woulélaba, compétition sportive inspirée du cricket traditionnel ;
  • – l’élection de La Wenn Kwéyòl, la Reine créole ;
  • – des concerts et expositions culturelles dans différentes communes ;
  • – et la grande clôture du mois, le Jounen Kwéyòl, le dimanche 26 octobre 2025.

Cette journée nationale se déroulera dans deux localités : Babonneau, au nord, et Belle Vue (Vieux-Fort), au sud, désignées comme communes hôtes par le FRC.

Mwa éwitaj Kwéyòl
Monsignor Patrick Anthony ©Folk Research Centre
Monsignor Patrick Anthony ©Folk Research Centre

Jounen Kwéyòl : le point d’orgue du mois créole

Créé au début des années 1980, le Jounen Kwéyòl est devenu l’un des événements culturels les plus importants de Sainte-Lucie. Il a été conçu pour encourager l’usage public du kwéyòl et valoriser les expressions populaires : musique, cuisine, artisanat et contes.

En 2025, cette journée de clôture réunira, comme chaque année, écoles, associations et groupes culturels. Les rues se parent de madras, les plats traditionnels sont préparés en famille et les musiques locales résonnent dans les quartiers.
Le FRC rappelle que :

« Le Jounen Kwéyòl n’est pas une simple fête : c’est un acte de reconnaissance envers nos racines et ceux qui les ont fait vivre. »

Cette approche, centrée sur la communauté plutôt que sur le tourisme, confère au Mwa éwitaj Kwéyòl 2025 une authenticité rare dans le paysage culturel caribéen.

Mwa éwitaj Kwéyòl
©Folk Research Centre
Mwa éwitaj Kwéyòl
©Folk Research Centre
Mwa éwitaj Kwéyòl
©Folk Research Centre
Mwa éwitaj Kwéyòl
©Folk Research Centre

Le rôle moteur du Folk Research Centre

Depuis sa création, le Folk Research Centre œuvre à la recherche, à la documentation et à la transmission du patrimoine créole. Son fondateur, Monsignor Patrick Anthony, a été l’un des premiers à défendre l’usage du kwéyòl dans les médias et l’éducation.

Le centre gère aujourd’hui la préparation du Mwa éwitaj Kwéyòl 2025, la coordination des événements locaux et la formation des animateurs culturels. Il publie chaque année un calendrier officiel, accessible au public, qui fixe les dates et les thèmes des manifestations.

Le thème choisi pour 2025, “Kwéyòl Sé Fòs Nou” (“le créole est notre force”), souligne l’idée que la langue demeure un levier d’unité et de résilience.

La Wenn Kwéyòl et les festivités traditionnelles

Parmi les événements phares, La Wenn Kwéyòl occupe une place particulière. Ce concours, organisé chaque année par le FRC, met en valeur des femmes issues de différentes communautés. Elles sont jugées sur leur maîtrise de la langue kwéyòl, leur connaissance des coutumes et leur prestation artistique. Au-delà du titre, cette élection symbolise la transmission des valeurs familiales et sociales au sein de la société lucienne.

Le mois inclut également des rendez-vous culturels et religieux comme la Fèt Magwit, une célébration florale consacrée à sainte Marguerite et profondément ancrée dans la tradition populaire. Son organisation au milieu du Mwa éwitaj Kwéyòl renforce le lien entre spiritualité et identité culturelle.

Mwa éwitaj Kwéyòl
©Folk Research Centre

Un mois d’ouverture et de solidarité régionale

L’édition 2025 du Mwa éwitaj Kwéyòl s’inscrit dans une perspective régionale. Les autorités culturelles ont annoncé la venue d’un groupe culturel provenant de Guyane française, invité par le FRC. Cette coopération illustre la solidarité entre peuples créolophones et ravive les liens entre Sainte-Lucie et les territoires francophones de la Caraïbe.

Le FRC encourage par ailleurs les autres communes du pays à organiser leurs propres activités autour du thème du mois, afin que l’ensemble de l’île soit impliqué dans la transmission du patrimoine kwéyòl.

Mwa éwitaj Kwéyòl
©Folk Research Centre
Mwa éwitaj Kwéyòl
©Folk Research Centre
©Folk Research Centre
©Folk Research Centre
Mwa éwitaj Kwéyòl
©Folk Research Centre

Une valeur partagée dans toute la Caraïbe

Le Mwa éwitaj Kwéyòl 2025 incarne une référence pour la région. Il démontre qu’une nation peut préserver sa langue et son patrimoine sans les muséifier. À travers les chants, les histoires et les gestes transmis, Sainte-Lucie rappelle que la créolité n’est pas un vestige, mais une force vivante.

En plaçant le kwéyòl au centre de sa vie publique, le pays affirme une conviction simple : la culture se défend d’abord en la pratiquant. Le Mwa éwitaj Kwéyòl 2025 prolonge ainsi l’œuvre d’un peuple qui a fait de sa langue un outil de fierté, de solidarité et d’avenir.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Plus d'articles de RK

Bassins roses et montagnes de sel blanc des marais salants du sud de Bonaire
HISTOIRE et PATRIMOINE
Tolotra

Bonaire : 3 700 hectares de marais salants cachent une histoire d’esclavage

À la pointe sud de Bonaire, île néerlandophone de la Caraïbe, les marais salants se déploient en bassins roses et blancs sur près de 3 700 hectares, treize pour cent de l’île entière. Cette carte postale, photographiée chaque année par des milliers de visiteurs depuis la route côtière, cache une histoire vieille de plus de cinq siècles, celle d’un sel qui a façonné l’économie de Bonaire et, pendant deux cents ans, la vie de centaines de personnes mises en esclavage. Le long de l’EEG Boulevard, qui longe le sud de Bonaire, des montagnes de sel blanc apparaissent des kilomètres avant qu’on les atteigne. Chacune contient environ 10 000 tonnes de sel pur à 99,6 %, empilées sur près de 15 mètres de haut, jusqu’à 200 000 tonnes stockées en même temps. Leur blancheur, si intense qu’elle impose de garder des lunettes de soleil à portée de main, tranche avec le

Lire la suite "
Journées européennes du patrimoine 2026
HISTOIRE et PATRIMOINE
Tolotra

Journées européennes du patrimoine 2026, la Martinique ouvre ses mémoires.

Le 15 septembre, à 17 heures, la salle de la Direction des affaires culturelles de la Martinique est déjà pleine. Journalistes, responsables culturels, associations, artistes et acteurs du patrimoine se retrouvent pour découvrir ce que réserve la 43e édition. À quatre jours des Journées européennes du patrimoine 2026, prévues les 19 et 20 septembre, cette conférence de presse ressemble déjà à une traversée de la Martinique, de ses cases créoles à ses phares, de Saint-Pierre aux monuments que l’on croise parfois sans vraiment les regarder. Journées européennes du patrimoine 2026, une conférence vivante Johan-Hilel Hamel, directeur des affaires culturelles de la Martinique, ouvre la rencontre sans installer de distance. Il prévient même que la soirée ne sera pas un long monologue. La parole commence rapidement à circuler. Une représentante des Trois-Îlets intervient, puis Xavier Nicolas pour la Direction de la mer, Philippe Villard pour la Fondation du patrimoine, Florence Le

Lire la suite "
cinémas caribéens
Film et vidéo
Tolotra

S3/10 – Histoires des cinémas caribéens, deux regards sur l’année 1980. Textes : Guillaume Robillard. Ciclic, 2026.

Avec ce troisième épisode, Histoires des cinémas caribéens entre dans les années 1980. Les deux premiers volets ont traversé Cuba, la Jamaïque, Trinidad-et-Tobago et la Guadeloupe, des années 1960 jusqu’à l’émergence du cinéma antillais. Cette fois, deux films réalisés la même année prennent des directions radicalement différentes. En Jamaïque, Les Enfants de Babylone explore les relations amoureuses, sexuelles et raciales avec une liberté inhabituelle. En Guadeloupe, Vivre libre ou mourir convoque plusieurs siècles d’histoire autour de la mémoire du commandant Ignace. Cet article constitue le troisième épisode d’une série de dix. Deux épisodes le précèdent et sept autres poursuivront cette chronologie des cinémas caribéens. 1980: JAMAÏQUE – LES ENFANTS DE BABYLONE (CHILDREN OF BABYLON), DE LENNIE LITTLE-WHITE Ce film est un cas à part dans le cinéma jamaïcain et, plus largement, à l’échelle des cinémas caribéens. Loin de la misère sociale des ghettos de Kingston, dans une villa à la

Lire la suite "

conTACT RK

Nous serions ravis de connaître votre avis sur l'expérience que vous avez acquise jusqu'à présent.

conTACT RK

Nous serions ravis de connaître votre avis sur l'expérience que vous avez acquise jusqu'à présent.

Rejoignez la liste

Rejoignez notre communauté Richès Karayib ! Inscrivez-vous à notre lettre d’information.

Vous voulez maximiser votre présence sur Riches Karayib ?

Remplir le formulaire pour commencer la demande