Exposer au Jardin du Luxembourg constitue souvent une étape majeure dans la carrière d’un artiste. Pour l’artiste Cécile Vernant, il s’agit avant tout d’une rencontre avec le public. Du 17 au 28 juillet 2026, elle présentera Man Mélé ! à l’Orangerie du Sénat, dans le cadre de l’Été du Jardin du Luxembourg. Durant douze jours, elle accueillera elle-même les visiteurs au cœur de ce lieu emblématique de la vie culturelle parisienne.
Sélectionnée à l’issue de l’appel à projets 2026, l’artiste disposera de 152 m² pour déployer son univers où peinture, photographie, dessin et céramique dialoguent librement. Après sa sélection par le Sénat, Cécile Vernant a spontanément sollicité Didier, sans contact préalable avec l’entreprise. Ce choix s’est imposé naturellement : depuis le site de production de la marque, le regard porte sur les pitons du Carbet, un paysage martiniquais qui traverse son travail au même titre que la montagne Pelée. Elle a également reçu une aide à la création de l’Académie des beaux-arts – Institut de France, attribuée par des artistes académiciens. Une reconnaissance qui l’a profondément touchée : « J’ai littéralement pleuré de joie », confie-t-elle.
Man Mélé !, plusieurs états en un seul titre
Impossible de réduire Man Mélé ! à une traduction unique. En créole martiniquais, l’expression épouse les nuances de l’émotion : elle peut signifier « je suis embêtée », lorsqu’il faut choisir parmi des dizaines d’œuvres, mais aussi « je suis chamboulée », « je suis amoureuse », « je suis mélangée » ou encore « je suis envoûtée ». Pour présenter officiellement l’exposition, l’artiste a finalement retenu cette dernière proposition : « Je suis envoûtée ! ».
Cet état d’envoûtement puise sa source dans la Martinique, territoire de l’enfance et matrice sensible de toute son œuvre. L’île affleure partout : dans la douceur de la lumière matinale, le souvenir de la pluie sur les tôles, l’entrelacs des lianes, les architectures abandonnées ou encore les paysages intérieurs nourris par la mémoire.
Peintures, dessins, photographies et céramiques s’y répondent « sans hiérarchie aucune ». Les œuvres dialoguent entre elles comme autant de cadavres exquis visuels, selon une logique intuitive où chaque création engendre la suivante. Cécile Vernant revendique une pratique instinctive, nourrie par l’écriture automatique, le dessin spontané et le modelage libre, dans le prolongement des expérimentations découvertes durant ses années de lycée à Fort-de-France.
De « Luco » à la Martinique de l’enfance
Avec Untitled Luco V, issu de la collection Enfance Caraïbes, Cécile Vernant tisse un dialogue entre Paris et la Martinique. Les « ti points, ti croix » qui traversent l’œuvre rendent hommage à Mme Mible, son enseignante en arts plastiques au lycée de Bellevue à Fort-de-France. Une professeure qui encourageait ses élèves à privilégier l’audace, l’émotion et l’instant présent, toujours prête à encourager ses élèves et à révéler le potentiel de chacun.
Le titre fait également écho au « Luco », surnom affectueux donné par les Parisiens au Jardin du Luxembourg. Une manière pour l’artiste de faire se rencontrer le lieu qui accueille Man Mélé ! et les souvenirs fondateurs de son parcours créatif. Présentée avec un passe-partout rouge vif, l’œuvre établit un pont sensible entre plusieurs géographies intimes.
Untitled Luco V n’est d’ailleurs pas un cas isolé. Les titres des œuvres circulent librement entre le français, le créole, l’espagnol et le portugais. La Perla témoigne de cette porosité linguistique, nourrie autant par les voyages, les langues étudiées que par les musiques qui accompagnent l’artiste dans son processus de création.
Une peinture qui ne se livre pas d'un seul regard
Untitled N° 49 résume plusieurs caractéristiques du travail de Cécile Vernant. L’artiste y distingue une frontière abolie entre ciel et terre, une souche d’arbre coupée, le lapin d’Alice au pays des merveilles assis les pattes dans le vide, un feu de western, une colline ou encore des chutes d’eau. Autant de formes qui émergent progressivement et rappellent que chaque regard peut faire surgir un récit différent.
Au commencement, l’artiste ne sait jamais exactement quelle direction prendra la toile. Le rythme du geste et les degrés de dilution orientent la composition. L’œuvre est ensuite laissée au repos : Cécile Vernant l’observe, tourne autour d’elle et peut même la retourner avant de poursuivre son travail. Incises nettes, fondus, matière parfois travaillée avec les doigts et vernis localisés multiplient ainsi les niveaux de perception. Selon les zones, ces vernis évoquent la pluie, une roche rendue glissante par l’eau ou encore le mouvement d’un courant à la surface.
Cette démarche éclaire ce que l’artiste appelle « déconstruire la figuration ». En l’absence d’un paysage immédiatement identifiable, aucune lecture ne s’impose définitivement. Le format vertical d’Untitled N° 99 s’inscrit dans cette même recherche, nourrie par les lianes, la nature du Nord de la Martinique et certaines formes architecturales, sans jamais enfermer l’œuvre dans une interprétation unique.
Rejouer l'image, laisser la matière transformer l'œuvre
Les deux versions de Caraïbes illustrent la manière dont Cécile Vernant réinvente sans cesse ses propres créations. La première a été photographiée sous une lumière couverte ; la seconde, sous un soleil éclatant, avant d’être retravaillée à l’acrylique directement sur papier japonais. Lumière, matière et intervention manuelle font ainsi émerger deux paysages mutants à partir d’une même image.
Le papier japonais participe pleinement à cette métamorphose. Ses fibres donnent à voir le travail des artisans et révèlent ce que l’artiste appelle « l’âme du papier ». Dans Les Portes du Paradis, cette matière rejoint également une histoire plus intime. Après la disparition brutale d’un proche, Cécile Vernant reprend les arts plastiques en utilisant le matériel laissé par cette personne, qu’elle continue d’employer aujourd’hui. En céramique, elle réalise aussi des empreintes d’objets ayant appartenu à des personnes qu’elle aimait. Pour l’artiste, ces traces donnent à l’œuvre « une espèce d’âme » et font perdurer un lien qui se transforme et voyage au gré des nouvelles demeures.
Cette relation au Japon ne date pourtant pas de ce voyage effectué en 2007. Enfant, l’artiste recevait des cartes postales représentant le mont Fuji enneigé et imaginait que la neige pouvait aussi recouvrir la montagne Pelée. Son séjour dans l’archipel a renforcé ces correspondances intimes entre îles, volcans, cyclones et liens invisibles qui unissent les absents aux vivants.
Des espèces mutantes aux microformats « Méga Kiki »
Les céramiques prolongent ce goût pour la transformation et l’invention. Cécile Vernant y fait émerger des formes hybrides inspirées du monde marin. La présence récurrente des coraux trouve son origine dans un souvenir d’enfance : après les cyclones, elle recueillait dans sa chambre les fragments découverts sur le littoral, pour qu’ils ne restent pas seuls. Dans ses créations, ces éléments deviennent des espèces imaginaires, entre faune sous-marine et créatures fantastiques.
La scénographie de Man Mélé ! jouera également sur les changements d’échelle. Les microformats de la série Méga Kiki, mesurant parfois seulement 12 × 12 cm, côtoieront de grands formats. Une manière d’inviter les visiteurs à modifier constamment leur point de vue, en s’approchant ou en prenant du recul. Filets de pêche et rappels colorés ponctueront également le parcours d’exposition.
Une exposition ouverte à tous les regards
Si Cécile Vernant revendique pleinement son appartenance au champ de l’art contemporain, elle se méfie des discours qui enferment les œuvres dans une interprétation unique. Pour elle, le ressenti doit toujours conserver sa place.
Cette conviction s’est imposée au fil des rencontres. Lors d’une précédente exposition, un visiteur refusait d’entrer, affirmant ne rien connaître à l’art. « Ça tombe bien, moi non plus », lui avait-elle répondu avant de l’inviter à découvrir les œuvres. Un autre, atteint d’achromatopsie, ne décrivait pas les tableaux en couleurs mais en sensations de chaleur. Des expériences qui rappellent à l’artiste qu’il n’existe ni bon ni mauvais goût, mais une multiplicité de sensibilités.
La reconnaissance du travail de Cécile Vernant dépasse également les frontières françaises : sa photographie Paradis pour pêcheurs a été sélectionnée pour une exposition collective internationale en Crète, prévue en juillet 2026. L’artiste sera présente chaque jour à l’Orangerie du Sénat pour partager son univers et échanger avec les visiteurs.
Que verra chacun dans Man Mélé !? Cécile Vernant préfère laisser la réponse ouverte. Car, pour l’artiste, une œuvre ne se livre jamais entièrement : elle se découvre, se ressent et se réinvente au gré des regards.
Informations pratiques
Man Mélé ! se tiendra du 17 au 28 juillet 2026 à l’Orangerie du Sénat, dans le Jardin du Luxembourg, à Paris. Man Mélé ! sera ouverte tous les jours de 11 h à 20 h. L’entrée est libre par la porte Férou, au 19 bis rue de Vaugirard, dans le 6e arrondissement.
L’exposition Man Mélé ! de Cécile Vernant se tiendra du 17 au 28 juillet 2026 à l’Orangerie du Sénat, dans le Jardin du Luxembourg à Paris. Elle sera ouverte tous les jours de 11 h à 20 h. L’entrée est libre par la porte Férou, au 19 bis rue de Vaugirard, dans le 6e arrondissement.
Man Mélé ! réunira des peintures, des dessins, des photographies et des céramiques de Cécile Vernant. L’artiste y fera dialoguer plusieurs médiums, formats et langues autour de la Martinique, de la mémoire, de l’enfance et de la transformation des paysages. Le parcours comprendra notamment des tirages mutants, des œuvres verticales, des céramiques imaginaires et les microformats de la série Méga Kiki.
Pour Cécile Vernant, Man Mélé ! possède plusieurs significations. L’expression peut évoquer le fait d’être embêtée, chamboulée, amoureuse, envoûtée ou mélangée. L’artiste retient particulièrement l’idée d’envoûtement pour exprimer son attachement à la Martinique et les émotions qui traversent sa création.