Saint-Barthélemy : 21 km², près d’un siècle sous souveraineté suédoise

Saint-Barthélemy

Quand vous arrivez à Saint-Barthélemy, la première chose que vous lisez en débarquant est le nom de la capitale : Gustavia. Pas Sainte-Anne, pas Saint-Jean, pas un nom français. Gustavia. Ce nom ouvre l’un des chapitres coloniaux les plus singuliers de la Caraïbe : celui d’une île française devenue suédoise pendant près d’un siècle.

Une petite île longtemps jugée peu rentable

Avec ses 21 kilomètres carrés et 10 660 habitants selon la population de référence de l’Insee au 1er janvier 2023, Saint-Barthélemy porte une histoire en plusieurs strates. Christophe Colomb est le premier navigateur européen connu à signaler l’île, en 1493, lors de son deuxième voyage. Il la baptise d’après son frère Bartolomeo.

Les Français y établissent une implantation permanente en 1648. Philippe de Longvilliers de Poincy, lieutenant général des Îles d’Amérique, y envoie Jacques Gante avec 52 hommes. Les conditions sont difficiles. L’eau douce manque et les terres limitent l’installation d’une grande économie sucrière comparable à celle des îles voisines. Les habitants cultivent notamment le manioc, l’igname, l’indigo et le tabac, tout en pratiquant la pêche et l’élevage.

Cette économie n’échappe pourtant pas au système esclavagiste caribéen. Le recensement de 1671 atteste déjà la présence d’hommes, de femmes et d’enfants noirs réduits en esclavage, employés aux côtés des habitants libres.

Saint-Barthélemy
Saint-Barthélemy

Saint-Barthélemy passe sous souveraineté suédoise

Le tournant arrive le 1er juillet 1784. La France de Louis XVI et la Suède de Gustave III concluent une convention transférant l’île au royaume suédois. En contrepartie, la France obtient des privilèges commerciaux dans le port de Göteborg. Le transfert devient effectif en mars 1785, avec l’arrivée du gouverneur suédois Salomon von Rajalin.

La ville du Carénage prend alors le nom de Gustavia, en l’honneur du roi Gustave III. Le 7 septembre 1785, elle reçoit le statut de port franc. La logique économique change rapidement : grâce à sa neutralité et à sa position régionale, le port accueille des navires de plusieurs puissances engagées dans les conflits atlantiques. L’île est brièvement occupée par les Britanniques de 1801 à 1802, avant d’être rendue à la Suède.

Saint-Barthélemy
Saint-Barthélemy

Vers 1800, Saint-Barthélemy compte environ 6 000 habitants, dont près de 5 000 à Gustavia. Des constructions en pierre et en bois bordent les rues, tandis que les forts Gustaf, Karl et Oscar protègent le port. Le français et l’anglais dominent les échanges quotidiens. Le suédois demeure surtout lié à l’administration et à une communauté venue du royaume, qui ne dépasse jamais 127 personnes présentes simultanément selon le musée local.

Mais cette prospérité repose aussi sur l’esclavage. Les autorités suédoises adoptent dès 1787 une législation encadrant les personnes asservies, et des travailleurs réduits en esclavage participent à l’aménagement de Gustavia. L’abolition n’intervient que le 9 octobre 1847.

Saint-Barthélemy

Du déclin commercial au retour à la France

À partir des années 1820, le commerce de Gustavia décline. La fin des grands conflits européens réduit l’utilité du port neutre. Les sécheresses, les cyclones et les épidémies aggravent la situation. Le 2 mars 1852, un incendie détruit 135 maisons et une grande partie du sud de Gustavia.

À la fin du XIXe siècle, l’administration de l’île devient une charge croissante pour Stockholm. Une consultation locale est organisée en 1877 : sur 351 suffrages exprimés, 350 approuvent le retour à la France. Le 16 mars 1878, le drapeau suédois est abaissé et Saint-Barthélemy redevient officiellement française.

Une mémoire suédoise toujours visible

Cette période n’a pas disparu du paysage. Le nom de Gustavia, les forts, certains bâtiments et plusieurs traces urbaines rappellent encore l’administration suédoise. Le principal fonds d’archives de cette époque est aujourd’hui conservé aux Archives nationales d’outre-mer, à Aix-en-Provence, tandis que le projet universitaire SweCarCol en a numérisé une importante partie.

L’île a ensuite connu d’autres transformations institutionnelles. Après la consultation de 2003, elle quitte en 2007 le cadre départemental et régional de la Guadeloupe pour devenir une collectivité d’outre-mer. Depuis 2012, elle est un pays et territoire d’outre-mer associé à l’Union européenne, tout en conservant l’euro.

Aujourd’hui tournée vers le tourisme haut de gamme, Saint-Barthélemy reste aussi le témoin d’une histoire où commerce, souveraineté, esclavage et mémoire urbaine se croisent. Derrière le nom de Gustavia, combien de visiteurs perçoivent encore tout ce que cette capitale raconte ?

Saint-Barthélemy
Saint-Barthélemy

Saint-Barthélemy est passé sous souveraineté suédoise à la suite d’une convention conclue en 1784 entre la France de Louis XVI et la Suède de Gustave III. En échange de l’île, la France obtient des avantages commerciaux dans le port de Göteborg. Le transfert devient effectif en mars 1785. Pour la Suède, cette possession représente alors un point d’ancrage commercial dans la Caraïbe.

Saint-Barthélemy est resté sous souveraineté suédoise de 1784 à 1878, soit près d’un siècle. L’administration suédoise devient effective en 1785, tandis que le retour officiel à la France intervient le 16 mars 1878. Une consultation organisée en 1877 avait largement approuvé cette rétrocession.

La capitale de Saint-Barthélemy porte le nom de Gustavia en hommage au roi Gustave III de Suède. Sous l’administration suédoise, l’ancien Carénage est transformé en port franc et devient un important centre commercial régional. Le nom de Gustavia, les forts Gustaf, Karl et Oscar ainsi que plusieurs traces urbaines rappellent encore cette période.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Plus d'articles de RK

María Elena Llorente recevant un hommage floral, Ballet Nacional de Cuba
DANSE
Tolotra

María Elena Llorente, 50 ans de ballet au service de Cuba

En mai 1977, une danseuse cubaine entre en scène à New York avec l’Alvin Ailey Dance Theatre. Dans la salle ce soir-là, l’acteur Harry Belafonte assiste à la représentation et qualifiera la soirée de fait historique important. Cette danseuse s’appelle María Elena Llorente, primera bailarina et maîtresse de ballet du Ballet Nacional de Cuba. Son parcours raconte cinquante ans de danse construits presque entièrement au sein d’une seule compagnie, celle fondée par Alicia Alonso à La Havane, dans une île où le ballet classique est devenu, au fil des décennies, un motif de fierté nationale autant qu’un art. María Elena Llorente, de la Sociedad Pro-Arte à l’Académie nationale Tout commence à la Sociedad Pro-Arte Musical, école havanaise où de jeunes Cubaines apprennent les bases classiques avant même la fondation officielle du ballet national. María Elena Llorente poursuit ensuite sa formation à l’Académie nationale de ballet, sous la direction d’Alicia Alonso

Lire la suite "
Deux hommes se saluent dans une rue de La Havane, à Cuba, avec le Capitole en arrière-plan
HISTOIRE et PATRIMOINE
Tolotra

« Asere, ¿qué bolá? », le salut de rue qu’Obama a osé lancer à Cuba

« Asere, ¿qué bolá? », ce salut de rue cubain, circule dans les quartiers populaires de La Havane bien avant qu’un président américain ne s’en empare à son tour. Le samedi 19 mars 2016, à la veille d’un voyage présidentiel inédit depuis près de neuf décennies, Barack Obama apparaît dans un sketch télévisé cubain aux côtés de Pánfilo, personnage comique bien connu des téléspectateurs de l’île, et lance un « qué bolá » que personne n’attendait dans la bouche d’un chef d’État américain. Le lendemain, en posant le pied à La Havane, il récidive sur Twitter, « ¿Que bolá Cuba? Just touched down here. » Deux mots d’argot habanero venaient de franchir, en quelques heures, la distance qui sépare la rue de la diplomatie. Que signifie « Asere, ¿qué bolá? » ? Pris mot à mot, « asere » ne se traduit pas vraiment et « qué bolá », qui

Lire la suite "
Vue de la Fortaleza Ozama et de sa tour Torre del Homenaje, à Saint-Domingue
HISTOIRE et PATRIMOINE
Tolotra

Fortaleza Ozama, la forteresse de 1502 qui a vu naître une nation

À Saint-Domingue, sur les rives du fleuve Ozama, la Fortaleza Ozama a traversé plus de cinq siècles d’histoire dominicaine sans jamais tomber aux mains d’un assaillant. Elle a enfermé le père de l’indépendance dominicaine, servi de cachot politique sous la dictature de Trujillo, puis résisté aux tirs de char pendant la guerre civile de 1965. Aujourd’hui classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, la plus vieille forteresse d’origine européenne encore debout en Amérique continue de porter, presque intacte, la mémoire d’un pays. Une arrivée en chaînes, un 27 août 1844 Le 22 août 1844, Juan Pablo Duarte est arrêté à Puerto Plata. Cinq jours plus tard, le 27 août, il franchit l’entrée de la Fortaleza Ozama, à Saint-Domingue. Le gouvernement dirigé par Pedro Santana vient de le déclarer traître à la patrie. Duarte, qui a préparé et porté l’indépendance de la jeune République dominicaine, est enfermé dans les cachots de la

Lire la suite "

conTACT RK

Nous serions ravis de connaître votre avis sur l'expérience que vous avez acquise jusqu'à présent.

conTACT RK

Nous serions ravis de connaître votre avis sur l'expérience que vous avez acquise jusqu'à présent.

Rejoignez la liste

Rejoignez notre communauté Richès Karayib ! Inscrivez-vous à notre lettre d’information.

Vous voulez maximiser votre présence sur Riches Karayib ?

Remplir le formulaire pour commencer la demande