Le Pitch Lake de La Brea est un lac d’asphalte naturel, situé à La Brea, au sud-ouest de Trinidad (Trinidad & Tobago). Il couvre environ 41 hectares et atteindrait 76 mètres de profondeur au centre, selon le dossier remis par le pays à l’UNESCO. Walter Raleigh l’a visité en 1595, et le site figure depuis 2011 sur la liste indicative du patrimoine mondial, sans être inscrit.
En janvier 2020, le guide agréé Garvin Charles, né et élevé à La Brea, décrivait au quotidien Newsday sa visite du Pitch Lake de La Brea. Il comptait alors dix-huit ans d’expérience, pour un parcours d’environ quarante-cinq minutes. Dans ce récit, la surface se lit avec deux expressions de guide. La « peau d’éléphant » désigne la croûte solide et ridée. La « mère du lac » désigne l’endroit où l’asphalte fondu suinte encore. À certains endroits, le bitume est assez mou pour que les visiteurs y marchent pieds nus.
Le fait qui structure ce lieu tient en quelques chiffres. Selon le dossier déposé par Trinidad & Tobago auprès de l’UNESCO, le Pitch Lake de La Brea couvre environ 41 hectares. Sa profondeur est estimée à 76 mètres (250 pieds) au centre, et il contiendrait environ 10 millions de tonnes de bitume. Les mesures varient selon les sources, de 40 à 47 hectares pour la surface.
Le Pitch Lake de La Brea, un lac d'asphalte né de failles qui se croisent
Le Pitch Lake de La Brea se situe à La Brea, dans le sud-ouest de Trinidad. Le nom est espagnol et signifie « la poix ». Selon le dossier UNESCO, l’asphalte a remonté le long de grandes failles qui se croisent, lors de mouvements géologiques du Pliocène. Le dossier décrit le lac comme une émulsion d’eau, de gaz, de bitume et de matière minérale, où se mêlent méthane, dioxyde de carbone et sulfure d’hydrogène.Â
Le lac bouge lentement, avec des lignes d’écoulement visibles. Le dossier note que des arbres préhistoriques et d’autres objets y sont déjà apparus, disparus, puis réapparus. Trinidad & Tobago présente le Pitch Lake de La Brea comme le plus grand et le plus important lac d’asphalte du monde, une affirmation de l’État.
De la poix de Raleigh à une entreprise d'État
Les Amérindiens ont été les premiers à utiliser cet asphalte, rappelle l’histoire officielle de l’entreprise qui l’exploite aujourd’hui. En 1595, Walter Raleigh visite le Pitch Lake de La Brea. Dans son récit publié en 1596, il écrit avoir essayé cette poix pour entretenir ses navires. Il la juge « most excellent good », et assure qu’elle « melteth not with the sun as the pitch of Norway », c’est-à -dire qu’elle ne fond pas au soleil comme la poix de Norvège.
L’exploitation commerciale commence en 1888, avec une concession accordée à A.L. Barber. Lake Asphalt of Trinidad and Tobago (1978) Limited, société d’État installée à Brighton, à La Brea, naît en 1978. Elle compte un peu plus de 200 employés, dont 90 % vivent à proximité. Environ 90 % de ses ventes d’asphalte du lac sont réalisées à l’export, selon ses propres chiffres.
Sculptures sur bois et colibris sacrés, ce que le Pitch Lake de La Brea garde
Des chercheurs dont Ostapkowicz, Brock et Wiedenhoeft ont publié en 2017 l’étude de dix sculptures sur bois et d’un crâne retrouvés dans l’asphalte du Pitch Lake de La Brea. Les datations au radiocarbone s’étalent d’environ 3200 avant notre ère à environ 700 de notre ère. Les auteurs les présentent comme les plus anciennes sculptures sur bois connues de la Caraïbe.
Ces objets ont été remontés pendant l’exploitation commerciale, sans contexte de fouille, ce qui limite ce que l’on peut en conclure. Un outil de tissage porte pourtant une signature de strontium peu probable à Trinidad, ce qui suggère des liens avec le continent sud-américain. Les pièces sont conservées notamment au National Museum and Art Gallery de Trinidad & Tobago. Le dossier UNESCO raconte aussi une légende amérindienne. Un village aurait cuisiné des colibris sacrés, que l’on croyait porteurs des âmes des ancêtres. La terre s’est ouverte, et un lac de poix a englouti le village.
Le lac d'asphalte de La Brea et l'attente de l'UNESCO depuis 2011
Le 17 août 2011, Trinidad & Tobago a soumis le Pitch Lake de La Brea à la liste indicative du patrimoine mondial, avec Banwari Trace et la réserve forestière de Tobago Main Ridge. Cette liste est une étape préliminaire, pas une inscription. Au 2 octobre 2026, le pays n’a aucun bien inscrit. Le dossier revendique deux critères naturels, (vii) et (viii). Sur le terrain, Newsday comptait en 2020 sept guides agréés et cinq visites par jour en haute saison, contre vingt à l’époque où Garvin Charles a débuté. Si l’inscription arrive un jour, que voudra-t-on protéger d’un lac qui rend ce qu’il avale ?
Sur le terrain, Newsday comptait en 2020 sept guides agréés et cinq visites par jour en haute saison, contre vingt à l’époque où Garvin Charles a débuté. Si l’inscription arrive un jour, que voudra-t-on protéger d’un lac qui rend ce qu’il avale ?
Questions fréquentes
Le Pitch Lake de La Brea se trouve à La Brea, dans le sud-ouest de l’île de Trinidad, à Trinidad & Tobago. Selon le dossier remis à l’UNESCO, il est situé à environ 1,1 kilomètre de la mer.
Selon le dossier de Trinidad & Tobago à l’UNESCO, le Pitch Lake de La Brea couvre environ 41 hectares, avec une profondeur estimée à 76 mètres au centre et environ 10 millions de tonnes de bitume. D’autres sources donnent de 40 à 47 hectares pour la surface.
Non. Le Pitch Lake de La Brea figure sur la liste indicative de Trinidad & Tobago depuis le 17 août 2011, une étape préliminaire. Au 2 octobre 2026, le pays n’a aucun bien inscrit sur la Liste du patrimoine mondial.