« Dera Gai », à Aruba, le coq enterré est devenu une calebasse

Danseuses en robes jaunes et tambourinaires sur une place d’Aruba lors de la fête de la Saint-Jean

« Dera Gai » se traduit par « enterrer le coq ». Pourtant, à Aruba, le 24 juin, le coq vivant a disparu du rituel. Une calebasse a pris sa place, et c’est elle que des participants aux yeux bandés tentent de frapper, au rythme d’un orchestre. Cette fête de la Saint-Jean raconte comment une île conserve un nom ancien tout en changeant le geste qui l’accompagne.

Que veut dire « Dera Gai » en papiamento ?

Le papiamento est l’une des langues officielles d’Aruba, parlée aussi à Curaçao et à Bonaire. L’expression « Dera Gai » signifie littéralement « enterrer le coq ». Elle est parfois écrite « Dera Gay », une graphie que l’on retrouve aussi dans les documents culturels officiels de l’île. Le nom décrit le geste le plus spectaculaire de la fête, celui qui l’a rendue célèbre. Il ne dit rien de la musique, des danses ni des feux, qui composent pourtant l’essentiel de la journée. Traduire le titre ne suffit donc pas à comprendre le « Dera Gai ».

Calebasse ornée de coquillages et coq décoratif aux rubans colorés

Le 24 juin à Aruba, jour de la Saint-Jean

Le « Dera Gai » a lieu le 24 juin, jour de la Saint-Jean-Baptiste, que l’on appelle Dia di San Juan en papiamento. C’est une fête de la récolte, rattachée au calendrier chrétien. Des feux sont allumés dans toute l’île, et la veille était traditionnellement marquée par des feux de joie. Les groupes folkloriques dansent en costumes colorés. Les femmes portent souvent du jaune, la couleur du kibrahacha, un arbre local qui fleurit à cette période de l’année. Le violon, la guitare, le wiri et le tambú accompagnent les danses.

Feu de joie sur une plage la nuit, avec des danseurs en costumes colorés

Cette double appartenance explique l’ambiguïté du rite. Selon certaines lectures, le coq sacrifié rappelait la décapitation de saint Jean-Baptiste. Selon d’autres, le rite relevait d’une offrande pour la terre, avant la saison suivante. Le « Dera Gai » tient les deux lectures ensemble sans jamais trancher.

Danseuses en robes jaunes à volants et fleurs jaunes dans les cheveux pendant le Dera Gai

Du coq enterré à la calebasse, un rituel qui a changé

Selon les descriptions de l’ancien rituel, un coq vivant était enterré jusqu’au cou. Un participant aux yeux bandés disposait de trois essais pour le frapper avec un bâton. Le geste était violent, et chacun l’interprétait à sa manière. Aujourd’hui, le coq vivant n’apparaît plus. Une calebasse remplace l’animal, et certains groupes folkloriques utilisent un coq en plastique pour mimer la scène. Le participant garde les yeux bandés, avance au son de la musique et frappe. Le jeu demeure, mais la violence a disparu.

Femme aux yeux bandés frappant une calebasse suspendue avec un bâton sous les applaudissements

La musique joue un rôle central dans ce déroulement. Un ensemble de musiciens interprète un air qui porte le nom du rituel, le « Dera Gai », pendant que le participant cherche sa cible à l’aveugle. Le rite prend ainsi la forme d’un moment collectif, où la musique compte autant que le geste.

Musiciens en chemises fleuries jouant du violon, de la guitare et du tambour

Des origines encore débattues

Personne ne s’accorde sur l’origine du « Dera Gai ». Une hypothèse évoque l’Amérique centrale, où des religieux auraient remplacé une fête païenne de la récolte par celle de saint Jean. D’autres hésitent entre une origine européenne et une origine amérindienne. Une autre lecture rattache le coq à saint Pierre, qui renia le Christ avant que le coq ne chante. Elle situe alors le rituel au 29 juin plutôt qu’au 24. Toutes ces pistes restent des hypothèses, et aucune ne permet de dire avec certitude d’où vient le rite.

Un « Dera Gai » propre à Aruba

La Saint-Jean est fêtée sur plusieurs îles des Antilles néerlandaises. Le « Dera Gai », avec son coq, son nom et sa musique, est pourtant associé à Aruba, sans équivalent exact documenté ailleurs. Il fonctionne comme un repère identitaire pour l’île. On parle volontiers d’une tradition réinventée, c’est-à-dire reprise, transformée et transmise par des groupes culturels à chaque génération. Cela n’enlève rien à sa valeur. Cela montre au contraire qu’un rite survit quand il accepte de changer.

Participant aux yeux bandés frappant une calebasse suspendue devant des musiciens et des danseuses en jaune

Le nom, lui, n’a pas bougé. Il dit « enterrer » pour un rite où plus rien n’est enterré. Cette distance entre le mot et la chose rend l’expression si parlante, car elle garde la mémoire d’un geste que la fête a laissé derrière elle. Au prochain 24 juin, la calebasse sera de nouveau frappée sous les yeux d’un public venu danser. Mais que transmet-on vraiment quand le geste central disparaît, le geste lui-même ou ce qu’il voulait dire ?

Questions fréquentes

« Dera Gai » signifie « enterrer le coq » en papiamento. C’est le nom d’une fête de la Saint-Jean célébrée à Aruba le 24 juin, dont le rituel ancien consistait à frapper un coq enterré jusqu’au cou.

Non, le coq vivant n’apparaît plus dans le rituel actuel. Une calebasse remplace l’animal, et certains groupes folkloriques utilisent un coq en plastique pour mimer la scène.

L’origine du Dera Gai reste débattue. Plusieurs hypothèses existent, dont une origine centraméricaine, une origine européenne ou amérindienne, ou un lien avec saint Pierre, mais aucune n’est établie avec certitude.

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