Betico Croes, l’instituteur qui a fait d’Aruba un pays à part

Betico Croes, en costume clair, debout devant un micro lors d'une prise de parole

Betico Croes, instituteur devenu chef politique, a conduit Aruba vers le Status Aparte, entré en vigueur le 1er janvier 1986. Ce statut sépare l’île des Antilles néerlandaises et en fait un pays à part au sein du Royaume des Pays-Bas. Betico Croes en fut l’artisan, mais un accident la veille l’a plongé dans un coma dont il n’est jamais sorti.

Chaque 25 janvier, Aruba s’arrête pour Betico Croes. Une cérémonie officielle se tient sur la place qui porte son nom, la Plaza Libertador G.F. Betico Croes. On y chante l’hymne national, on dépose des gerbes, on dit des poèmes. Le gouverneur y assiste, avec la famille et le Premier ministre. Ce jour férié, le Dia di Betico, honore celui que les Arubais appellent leur libérateur. En 2026, il a une saveur particulière, car Aruba célèbre les quarante ans du Status Aparte et les cinquante ans de ses symboles nationaux.

Betico Croes, un maître d'école de Santa Cruz devenu chef de parti

Gilberto François Croes naît le 25 janvier 1938 à Santa Cruz, à Aruba. Il devient instituteur après des études d’enseignant aux Pays-Bas. En 1967, il entre en politique au sein du parti AVP. Il le quitte, puis fonde en 1971 le Movimiento Electoral di Pueblo, le MEP. À l’époque, Aruba fait partie des Antilles néerlandaises, un ensemble de six îles dont le gouvernement siège à Curaçao. Le combat de Betico Croes tient en une idée, donner à Aruba un statut propre.

Portrait en noir et blanc de Betico Croes, barbu, en costume sombre et cravate rayée
Portrait de Betico Croes, instituteur devenu chef politique d'Aruba.
Betico Croes, barbu, en veston clair et cravate rayée, assis les mains jointes à une table
Betico Croes, que les Arubais appellent le père de la nation.

1976, un drapeau et un hymne pour une île qui se pense nation

En mars 1976, Aruba se dote d’un drapeau et d’un hymne, « Aruba Dushi Tera », littéralement « Aruba, douce terre ». Le gouvernement néerlandais vient de refuser de négocier un statut séparé pour l’île. Betico Croes porte alors ce projet de symboles. Ce sont des couleurs et des notes, mais ils tracent déjà une frontière invisible. L’île affirme qu’elle n’est plus une simple composante d’un ensemble dirigé depuis Curaçao. Cinquante ans plus tard, ces deux emblèmes sont toujours ceux d’Aruba.

Drapeau bleu d'Aruba avec une étoile rouge à quatre branches et deux bandes jaunes, flottant dans le ciel
Le drapeau d'Aruba, adopté en mars 1976.

1977, un référendum puis une grève qui oblige La Haye à écouter

Le 25 mars 1977, les Arubais votent lors d’un référendum sur l’indépendance. Une large majorité des suffrages exprimés choisit cette voie. Le conflit se durcit ensuite. Le MEP est écarté de la formation du gouvernement des Antilles néerlandaises, puis deux syndicalistes sont arrêtés le 10 août 1977.

Du 11 au 18 août 1977, Aruba à l'arrêt

Le 11 août 1977, une grève générale paralyse Aruba. L’électricité manque partout, l’eau est coupée à plusieurs endroits et l’aéroport ferme. La police antiémeute venue de Curaçao affronte les manifestants, avec des gaz lacrymogènes. La grève s’achève le 18 août, après la libération des syndicalistes. En septembre 1977, une délégation arubaise rencontre le Premier ministre néerlandais Den Uyl. Le dossier d’Aruba arrive alors sur la table de La Haye.

Betico Croes, assis à une table devant un drapeau, prend la parole en noir et blanc
Betico Croes prend la parole, assis devant un drapeau.

Le Status Aparte, conquis en dix ans

Les négociations s’enchaînent après la grève. En 1981, Betico Croes vise une indépendance pour 1991. La conférence de la table ronde de 1983 débouche sur un autre accord. Aruba obtiendra son Status Aparte le 1er janvier 1986, avec une indépendance prévue pour 1996. Cette échéance sera finalement abandonnée au début des années 1990, à la demande d’Aruba, et le statut devient durable. Le paradoxe est là. Le combat pour l’indépendance a produit un pays autonome, resté dans le Royaume des Pays-Bas.

Betico Croes, de profil, ouvre un dossier de cuir autour d'une longue table de réunion
Betico Croes autour d'une table de réunion.

31 décembre 1985, la veille du grand jour

Le 31 décembre 1985, Betico Croes est victime d’un grave accident de la route. Il tombe dans le coma. Le lendemain, 1er janvier 1986, Aruba devient un pays à part au sein du Royaume des Pays-Bas, le troisième pays autonome du Royaume. Betico Croes meurt le 26 novembre 1986, dans un hôpital néerlandais, sans avoir repris conscience.

Ce que Betico Croes laisse à Aruba aujourd'hui

Les Arubais l’appellent aussi le père de la nation. La phrase qu’ils prêtent à Betico Croes est restée célèbre. « Si mi cai na caminda, gara e bandera y sigui cu e lucha. » En français, « si je tombe en chemin, prenez le drapeau et continuez le combat ». On la cite volontiers chaque 25 janvier. Aruba n’est plus seule à bénéficier d’un tel statut. Depuis octobre 2010, Curaçao et Sint Maarten sont eux aussi des pays autonomes au sein du Royaume des Pays-Bas. Pourtant, le Status Aparte reste l’histoire propre d’Aruba, née d’un combat local et non d’une réforme venue d’ailleurs.

Une question demeure. Que signifie être un pays à part, quarante ans après le Status Aparte ?

Questions fréquentes sur Betico Croes

Betico Croes, de son nom complet Gilberto François Croes (1938-1986), était un instituteur et homme politique d’Aruba. Il a fondé le MEP en 1971 et a été le principal artisan du Status Aparte.

Le Status Aparte est le statut d’Aruba, en vigueur depuis le 1er janvier 1986. Il a séparé l’île des Antilles néerlandaises et en a fait un pays autonome au sein du Royaume des Pays-Bas.

Le Dia di Betico est célébré chaque 25 janvier, jour de naissance de Betico Croes. C’est un jour férié à Aruba.

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