Kéni Piperol, une deuxième Route du Rhum pour porter la Guadeloupe

Kéni Piperol souriant sur le pont de son voilier, en tenue de navigation

À quelques jours de la Route du Rhum 2026, Kéni Piperol prépare sa deuxième traversée de l’Atlantique en solitaire. Quatre ans après une première participation marquée par une avarie, le navigateur guadeloupéen vise désormais le Top 15 en Class40. Avec DrépaVoile, son ambition dépasse aussi le classement, puisqu’il associe à cette nouvelle aventure la lutte contre la drépanocytose, la transmission aux jeunes et la création artistique.

Le vendredi 16 octobre, à 22 h 30 selon son équipe, Kéni Piperol quitte La Trinité-sur-Mer à bord de son Class40 DrépaVoile. Le début du convoyage vers Saint-Malo est mouvementé. Dans une mer agitée, avec des rafales atteignant 23 nœuds, le voilier trouve rapidement son rythme et maintient une vitesse moyenne annoncée de 12 nœuds pendant la nuit. Au lever du jour, les conditions s’adoucissent le long des côtes bretonnes.

Cette navigation doit conduire le bateau jusqu’au port de départ de la Route du Rhum, dont la 13e édition s’élancera le 1er novembre vers Pointe-à-Pitre. Une dernière étape avant de retrouver l’Atlantique, mais surtout une nouvelle occasion pour le navigateur de mesurer le chemin parcouru depuis sa première participation.

Kéni Piperol, de la 37e place à l'ambition du Top 15

Le 5 décembre 2022, Kéni Piperol franchissait la ligne d’arrivée de sa première Route du Rhum à Pointe-à-Pitre. Il terminait 37e en Class40, après une traversée de plus de 26 jours. Le résultat ne racontait pourtant qu’une partie de sa course. Alors qu’il figurait en tête de sa catégorie, une voie d’eau l’avait contraint à rejoindre La Corogne, en Espagne, pour effectuer des réparations avant de repartir.

Cette expérience s’inscrit dans un parcours commencé bien avant les grandes traversées. Né à Paris en 1996 et ayant grandi à Morne-à-l’Eau, en Guadeloupe, Kéni Piperol découvre la voile à dix ans, lors d’un stage organisé pendant les vacances scolaires. Il poursuit ensuite son apprentissage et s’oriente vers la compétition, notamment en Mini 6.50, avant de rejoindre la catégorie Class40.

Aujourd’hui, le skipper affiche un objectif plus exigeant. Il souhaite terminer parmi les quinze premiers de sa catégorie à bord de DrépaVoile, un Mach 40.5 de 12,19 mètres mis à l’eau en 2023. Son expérience des courses précédentes nourrit cette ambition, mais son projet 2026 ne se limite pas à la performance.

Kéni Piperol en selfie sur un ponton, devant son Class40 DrépaVoile amarré dans un port
© Kéni Piperol-Dampied

DrépaVoile, un bateau engagé contre la drépanocytose

Le nom DrépaVoile reflète l’une des principales causes défendues par Kéni Piperol. À travers sa participation à la Route du Rhum, le navigateur souhaite sensibiliser le public à la drépanocytose, une maladie génétique du sang qui touche notamment les populations de la Caraïbe.

Son engagement s’appuie sur plusieurs acteurs, dont l’Association pour l’Information et la Prévention de la Drépanocytose (APIPD), présidée par Jenny Hippocrate, et Drépaction. Ensemble, ils entendent profiter de la visibilité de la transatlantique pour informer sur la maladie et donner davantage de place aux personnes concernées.

Jenny Hippocrate explique que le choix de Kéni Piperol repose sur sa persévérance et sa capacité à poursuivre son chemin malgré les difficultés. Elle établit un parallèle entre les exigences de la course au large et les épreuves rencontrées quotidiennement par les personnes vivant avec la drépanocytose. L’enjeu est de faire entendre ce message au-delà du cercle habituel des associations. Entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre, chaque étape de l’aventure peut devenir une occasion de parler de prévention et de sensibilisation.

La jeunesse guadeloupéenne embarque dans l'aventure

Avant de prendre la direction de Saint-Malo, Kéni Piperol est allé à la rencontre de plusieurs classes guadeloupéennes. Début septembre, des interventions ont été organisées notamment à Petit-Canal, aux Abymes, à Anse-Bertrand et à Pointe-à-Pitre. À l’école Massabielle 2 des Abymes, le 3 septembre, les élèves ont pu découvrir son quotidien de navigateur et lui poser des questions sur la vie en mer.

Ces échanges doivent se poursuivre pendant la course à travers les programmes Virtual Regatta et Vis ma vie de skipper. Le premier permet d’aborder la navigation sous forme de simulation, tandis que le second prévoit un suivi de la traversée et des rencontres autour des métiers maritimes.

Le projet va ainsi au-delà d’une simple présentation sportive. Il relie la géographie, les sciences, les langues et la découverte professionnelle à une aventure que les élèves pourront suivre depuis leur classe. Pour ces enfants, l’océan qui sépare Saint-Malo de la Guadeloupe devient aussi un espace d’apprentissage.

Le skipper de DrépaVoile devant son écran de navigation, dans la cabine éclairée en rouge, au départ vers Saint-Malo
Départ imminent vers Saint-Malo, à bord de DrépaVoile. © Mahite PERRAULT

À lire aussi : « Van Lévé », la mini-yole qui invite à prendre la barre, une initiative martiniquaise distincte de celle de DrépaVoile.

Quand l'art guadeloupéen prend le large avec DrépaVoile

La dimension culturelle du projet apparaît également dans l’identité artistique du bateau. Le street artiste guadeloupéen Pock a imaginé une création autour du coquelicot, choisi comme symbole de sensibilisation à la drépanocytose. Associée à la coque, cette œuvre donne une place visible à l’engagement solidaire du navigateur.

La Fondation FORE accompagne également une démarche artistique autour des voiles, avec l’idée de faire du bateau un support de création. Le projet associe notamment plusieurs artistes et une œuvre destinée à traverser l’Atlantique. Cette initiative doit se prolonger après la compétition. Une voile devrait être transformée en objets par Wax Islands, afin de soutenir l’APIPD grâce à leur vente. À travers ces collaborations, DrépaVoile met en relation des univers rarement réunis sur un bateau de course, la navigation, les arts visuels et l’engagement associatif.

DrépaVoile, le Class40 numéro 195 de Kéni Piperol, fendant les vagues sous un ciel bleu
DrépaVoile, le Class40 n° 195, en navigation. © Kéni Piperol-Dampied

Une deuxième Route du Rhum, plusieurs ambitions pour la Guadeloupe

Le 1er novembre 2026, Kéni Piperol doit retrouver la ligne de départ de la Route du Rhum, quatre ans après sa première participation. Son objectif sportif est clair, améliorer sa 37e place et se rapprocher des meilleurs Class40.

Mais la réussite de cette deuxième aventure ne se mesurera pas uniquement à son classement. Elle dépendra aussi de ce que DrépaVoile aura permis de transmettre, des jeunes initiés aux réalités du monde maritime aux personnes sensibilisées à la drépanocytose, sans oublier les artistes guadeloupéens associés au projet. À l’arrivée à Pointe-à-Pitre, la course prendra fin. Reste à savoir comment les initiatives lancées autour du bateau pourront continuer à vivre en Guadeloupe.

Coucher de soleil sur l’océan depuis le pont du voilier de Kéni Piperol, voiles gonflées et vagues
Coucher de soleil en pleine mer, pendant la navigation. © Mahite PERRAULT

Questions fréquentes sur Kéni Piperol

Kéni Piperol-Dampied est un navigateur guadeloupéen, né en 1996, qui participe à la course au large. Après avoir terminé 37e de sa catégorie lors de la Route du Rhum 2022, il prépare une deuxième participation en 2026 avec DrépaVoile.

Kéni Piperol vise une place parmi les quinze premiers en Class40 lors de la Route du Rhum 2026. Il prévoit de naviguer sur DrépaVoile, le Class40 n° 195, un Mach 40.5 mis à l’eau en 2023.

Le nom DrépaVoile met en avant son engagement pour la sensibilisation à la drépanocytose. Le projet associe notamment des actions menées avec l’APIPD, ainsi que des initiatives pédagogiques et artistiques en Guadeloupe.

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