Guyane – Abolition de l’esclavage en Guyane : une mémoire vivante, un combat actuel (10 juin 1848)

esclavage en Guyane

Abolition de l’esclavage en Guyane : ces mots résonnent chaque 10 juin dans le cœur de la société guyanaise. Pour certains, il s’agit d’un jour férié parmi d’autres. Pour d’autres, c’est une date fondatrice, le rappel d’une histoire douloureuse mais essentielle, inscrite dans les chairs du territoire.

Ce 10 juin 1848, la Guyane voit s’effondrer un système vieux de deux siècles, libérant environ 12 500 femmes, hommes et enfants. Pourtant, cette libération fut lente, incomplète et suivie de nombreuses désillusions. Aujourd’hui, l’abolition de l’esclavage en Guyane continue de nourrir la mémoire, l’engagement politique et culturel, les luttes pour la justice sociale.

Un passé colonial structuré par la violence

Dès le XVIIᵉ siècle, la Guyane devient une colonie d’exploitation au service de la France. Sucre, coton, café, bois précieux : ces richesses sont extraites grâce à la déportation de milliers d’Africains réduits en esclavage. Le système esclavagiste y est d’une brutalité extrême : travail forcé, violences physiques, désintégration des familles. Les archives décrivent une vie de souffrance, mais aussi de résistances continues. Car la soumission ne fut jamais totale.

Marronnage : résistance et héritage

Fuir la plantation pour la forêt, résister à l’esclavage par la fuite : tel était le choix risqué, mais vital du marronnage.

Ces esclaves fugitifs forment des communautés en forêt, souvent autonomes, qui mènent des guérillas contre les colons.

Cette stratégie de survie, ce refus d’être brisé, a façonné l’identité guyanaise.

Aujourd’hui, cet héritage est valorisé dans les récits historiques, les arts, les rituels, comme symbole de résilience et de liberté.

esclavage en Guyane

Une abolition en deux temps

En 1794, la Révolution française proclame une première abolition de l’esclavage en Guyane, mais celle-ci est révoquée en 1802 par Napoléon Bonaparte. Le retour à l’ordre esclavagiste plonge la population dans une nouvelle ère de servitude, marquée par la méfiance envers les promesses venues de France.

esclavage en Guyane
© Archives départementales de Guyane

En 1848, dans le contexte d’une nouvelle révolution à Paris, Victor Schœlcher convainc le gouvernement provisoire d’abolir l’esclavage dans toutes les colonies françaises. En Guyane, le commissaire de la République, André-Aimé Pariset, proclame l’abolition de l’esclavage en Guyane le 10 juin. Pourtant, la liberté n’est effective que le 10 août 1848. Pourquoi ce délai ? Il fallait établir les registres des nouveaux libres, attribuer un état civil, organiser la fin progressive des plantations et informer les campagnes éloignées. Cette organisation administrative fut décisive pour la mise en œuvre de la mesure.

esclavage en Guyane
© Archives départementales de Guyane.
esclavage en Guyane

Le 10 juin, une journée de mémoire et de revendications

Chaque année, l’abolition de l’esclavage en Guyane est commémorée à travers cérémonies, marches et rituels. La journée commence souvent par le TAMBIKO, hommage spirituel aux ancêtres, au pied de la statue des Marrons de la liberté à Cayenne. Cette statue n’est pas seule à porter la mémoire. À Rémire-Montjoly, une autre statue, inaugurée en 2008, célèbre également les résistants marrons, ancrant leur présence dans l’espace public.

La marche « Maché pou sonjé » relie les lieux symboliques de Cayenne : le Vieux-Port, l’Ébène de la Liberté, le site des Chaînes Brisées. Ces parcours incarnent la continuité entre passé et présent, entre mémoire individuelle et mémoire collective. Car l’abolition de l’esclavage en Guyane est aussi une affaire de transmission : les gestes, les chants, les récits oraux en sont les vecteurs essentiels.

Associations et société civile : une mémoire en mouvement

Des collectifs comme le Mouvement international pour les réparations (MIR), la Fédération des Arts Traditionnels Créoles ou Trop Violans donnent à la date du 10 juin une portée politique. Pour eux, l’abolition de l’esclavage en Guyane n’est pas un acquis à célébrer passivement, mais le point de départ d’un combat toujours actuel pour la justice, la reconnaissance et les réparations. Ils organisent conférences, projections, débats et expositions, dénonçant les inégalités qui subsistent.

Commémoration 2025 : un hommage pluriel

En 2025, la journée débute par le TAMBIKO, suivi d’un convoi mémoriel vers les ruines d’un ancien camp de travail, haut lieu de mémoire. Sur le site de l’Ébène de la Liberté, historiens et militants prennent la parole pour rappeler que l’abolition de l’esclavage en Guyane est indissociable de la mémoire des résistances. La marche « Maché pou sonjé » rassemble des centaines de personnes, dans une ambiance de recueillement et de transmission. La soirée se conclut par un Konvwé, performance artistique entre poésie et musique, célébrant l’héritage marron.

À Saint-Laurent du Maroni, la Place Baudin accueille une exposition en plein air et un mapping vidéo intitulé « Liberté ». Le Musée Alexandre Franconie, à Cayenne, propose une exposition sur le marronnage, où les œuvres d’art contemporain dialoguent avec les témoignages d’élèves bilingues créole/français. À travers l’art, l’abolition de l’esclavage en Guyane devient un sujet vivant, ancré dans les nouvelles générations.

Marronnage : résistance et héritage

Héritages culturels et défis contemporains

Depuis 1848, l’abolition de l’esclavage en Guyane a transformé la société. La langue créole, les rythmes traditionnels, les danses et les expressions artistiques issues de cette histoire sont devenues des piliers de l’identité guyanaise. Cet héritage pluriel, africain, amérindien, européen et asiatique, forge une culture unique, résolument créole.

Mais cette mémoire ne suffit pas à combler les écarts. Les descendants d’esclaves n’ont jamais reçu de réparations. Les inégalités structurelles, la pauvreté, les discriminations raciales persistent. Pour de nombreuses associations, l’abolition de l’esclavage en Guyane impose une exigence de justice : reconnaître les souffrances, réparer les injustices, et construire une égalité réelle.

Une mémoire pour agir

L’abolition de l’esclavage en Guyane, célébrée chaque 10 juin, ne doit pas rester une date figée. Elle est une boussole pour penser l’avenir, pour se souvenir que la liberté s’arrache, se transmet et s’entretient. Elle est un appel à défendre une société plus juste, plus solidaire, plus consciente de son histoire. Car la mémoire, loin d’être un poids, est une force politique et citoyenne.

Une réponse

  1. Le 8 juin 1948, ok. Ce fut un jour béni. Mais ne nous parlez plus de devoir de réparation, les gars. J’y vis à St Laurent du Maroni. Depuis 1848, nous n’en finissons plus de payer la dette des colons.
    Et le résultat est mauvais. Il y a un troupeau d’assistés ici. Ils ne bougeront plus jamais d’eux-mêmes. Y a tellement bon la CAF. Il est grand temps de revenir à une gestion raisonnable des affaires outre-mer. De toute façon le contribuable de métropole n’a plus de sang. Il est vide. Alors à moins de souhaiter un régime complètement soviétique…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Plus d'articles de RK

Journée mondiale du steelpan
HISTOIRE et PATRIMOINE
Tolotra

Journée mondiale du steelpan : à Trinité, les jeunes marchent avec les pionniers

Ce mardi 11 août, Trinité-et-Tobago célèbre la Journée mondiale du steelpan avec un programme construit autour d’une idée forte : relier celles et ceux qui ont façonné le mouvement à la génération qui doit maintenant le faire vivre. À Port of Spain, performances de jeunes orchestres, Ancestral Walk et concert final composent une journée où la mémoire ne reste pas immobile. Elle circule, se joue et se transmet. À Port of Spain, une journée pensée comme un passage de relais Pan Trinbago a placé l’édition 2026 sous le thème « Rhythm and Rise: Youth. Discipline. Culture. Community. ». Le choix n’est pas anodin. Pour cette Journée mondiale du steelpan, l’organisation met clairement la jeunesse au centre de la programmation, tout en rendant hommage aux pionniers du mouvement. La célébration commence au panyard du Massy Trinidad All Stars Steel Orchestra, avec des formations de jeunes venues de plusieurs régions du pays.

Lire la suite "
Well mudda sick
HISTOIRE et PATRIMOINE
Tolotra

« Well mudda sick! »: mais que veulent vraiment dire ces trois mots ?

Aux Bahamas, trois mots peuvent suffire pour faire entendre la surprise avant même que l’on comprenne ce qui vient de se passer. Une bonne nouvelle tombe, un projet s’annule, quelque chose dépasse les attentes : « Well mudda sick! » peut surgir dans la conversation. Pris mot à mot, le sens déroute. Dans l’usage bahaméen, pourtant, l’expression est beaucoup plus simple qu’elle n’en a l’air. Trois mots qui ne se traduisent pas vraiment mot à mot « Well mudda sick! » correspond littéralement à « Well, my mother is sick ». Mais ce n’est pas ce qu’un Bahaméen veut dire lorsqu’il l’emploie. L’expression fonctionne plutôt comme une exclamation : « Waouh ! », « Oh là là ! », « Incroyable ! » ou encore « Mon Dieu ! », selon la situation et le ton. C’est précisément ce décalage qui la rend intéressante. Quelqu’un qui connaît chacun des mots

Lire la suite "
Chattel house
HISTOIRE et PATRIMOINE
Tolotra

Chattel house : l’histoire sociale cachée derrière les maisons de la Barbade

À première vue, elles attirent l’œil par leurs façades en bois, leurs couleurs et leurs proportions simples. Pourtant, les chattel houses de la Barbade ne sont pas seulement une signature architecturale. Leur forme raconte une réalité sociale précise : pendant longtemps, certains habitants pouvaient posséder leur maison sans posséder le terrain sur lequel elle reposait. La Chattel house devait donc pouvoir être déplacée. Chattel house : une maison pensée pour pouvoir partir Pour comprendre cette particularité, il faut revenir à l’après-émancipation. À la Barbade, l’émancipation des personnes réduites en esclavage s’achève en 1838. Mais la structure foncière de l’île reste profondément marquée par l’économie sucrière. Dès le XVIIe siècle, le développement de la canne avait favorisé la concentration des terres entre les mains de grandes plantations. Après l’émancipation, de nombreux travailleurs vivent encore sur des terrains appartenant aux plantations. Ils peuvent construire une habitation et en être propriétaires, sans détenir

Lire la suite "

conTACT RK

Nous serions ravis de connaître votre avis sur l'expérience que vous avez acquise jusqu'à présent.

conTACT RK

Nous serions ravis de connaître votre avis sur l'expérience que vous avez acquise jusqu'à présent.

Rejoignez la liste

Rejoignez notre communauté Richès Karayib ! Inscrivez-vous à notre lettre d’information.

Vous voulez maximiser votre présence sur Riches Karayib ?

Remplir le formulaire pour commencer la demande