Jamaïque – Capleton honoré au Grand Gala 2025 : une vie dédiée au reggae et à la culture jamaïcaine

Capleton

Le 6 août 2025, à l’occasion du 63e anniversaire de l’indépendance de la Jamaïque, Capleton a reçu le Reggae Icon Award lors du Grand Gala organisé au National Stadium de Kingston. Une reconnaissance officielle qui couronne plus de trois décennies de carrière au service du reggae, du dancehall et des valeurs rastafari.

Une carrière construite entre feu spirituel et engagement musical

Né Clifton George Bailey III le 13 avril 1967 à Islington (St. Mary), Capleton s’impose dès la fin des années 1980 comme l’une des voix les plus puissantes du dancehall. Son nom de scène, inspiré d’un avocat local, est associé dès ses débuts à une présence scénique intense et à des textes percutants. Après un premier grand concert au Canada en 1989, il enregistre plusieurs titres marquants comme Bumbo Red, Number One on the Look Good Chart et Lotion Man, qui lui assurent une popularité rapide dans les sound systems jamaïcains.

Mais c’est au début des années 1990 que l’artiste opère une transformation majeure. Converti au mouvement Rastafari, plus précisément à l’ordre des Bobo Ashanti, Capleton abandonne les textes provocants pour un message spirituel, militant et profondément conscient. En 1992, le titre Alms House marque ce tournant décisif. Suivront des classiques comme Tour ou Wings of the Morning, qui lui valent un contrat avec le label américain Def Jam Recordings. Ses albums Prophecy (1995) et I-Testament (1997) confirment son nouveau positionnement, à la croisée du roots reggae et du dancehall conscient.

Capleton
©Capleton

Un hommage national lors du 63e anniversaire de l’indépendance

Le Grand Gala 2025, organisé sous le thème « Be Proud and Be Bold in Green, Black and Gold », a été l’un des temps forts des célébrations de l’indépendance. Devant un public massif, et en présence du Premier ministre Andrew Holness, Capleton a reçu des mains des autorités jamaïcaines le Reggae Icon Award aux côtés de deux autres légendes, Beres Hammond et Leroy Sibbles.

Dans son discours, l’artiste a exprimé sa gratitude :
« Greetings in the name of his imperial majesty emperor Haile Selassie the first. It’s a great joy to be honored tonight as Jamaica celebrates 63 years of independence. »

Pour Olivia “Babsy” Grange, ministre de la Culture, cette reconnaissance s’inscrit dans une volonté claire de célébrer les artistes de leur vivant : « Ils ont joué un rôle essentiel dans la promotion de notre culture. Leur influence dépasse nos frontières. »

Ce geste du gouvernement jamaïcain fait suite aux distinctions remises en 2024 à Beenie Man et Bounty Killer, consolidant ainsi une tradition d’hommage aux piliers de la musique nationale.

Capleton
©pbcjamaica
Capleton
©pbcjamaica
Capleton
©pbcjamaica

Une figure emblématique du rayonnement culturel caribéen

Si Capleton reste profondément ancré dans les collines de St. Mary, son rayonnement est international. Durant sa carrière, il a parcouru le monde, avec des tournées en Europe, en Amérique du Nord, et surtout en Afrique, où il s’est produit en Gambie, au Sénégal, au Zimbabwe ou encore en Afrique du Sud. En portant haut les couleurs de la Jamaïque, il incarne le lien profond entre les peuples de la diaspora.

En Europe, sa présence dans des festivals comme le Reggae Lake Festival attire toujours des foules nombreuses, et son influence ne faiblit pas auprès des jeunes générations. Capleton, surnommé The Fireman, explique souvent que ce feu n’est pas une violence physique, mais une purification spirituelle :
« Is not really a physical fire. Is really a spiritual fire, and a wordical fire, and a musical fire. »

Son engagement dépasse d’ailleurs le cadre de la musique. Chaque année, il organise le concert caritatif A St Mary Mi Come From, qui permet de collecter des fonds pour des projets éducatifs et hospitaliers dans sa paroisse natale. Une démarche solidaire fidèle aux valeurs rastafari.

Capleton
©Capleton
Capleton
©Capleton

Capleton et la mémoire vivante du reggae

Depuis l’inscription du reggae jamaïcain au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO en 2018, cette musique est reconnue comme un vecteur essentiel de messages universels : amour, résistance, justice, spiritualité. Capleton, par son œuvre, incarne cette fonction sociale du reggae. Ses textes sont empreints de conscience politique, de références bibliques et de critiques contre les injustices systémiques.

Son rôle d’ambassadeur s’étend bien au-delà de la Jamaïque. Dans les territoires français de la Caraïbe, comme la Guadeloupe ou la Guyane, ses concerts attirent régulièrement des milliers de spectateurs. Son passage remarqué aux Rencontres Musicales du Maroni en Guyane a confirmé sa proximité avec les publics caribéens. Les sound systems antillais, héritiers des traditions jamaïcaines, diffusent abondamment ses titres, prolongeant ainsi son héritage musical.

Capleton
©Capleton

Transmettre l’héritage et inspirer les nouvelles générations

À 58 ans, Capleton ne ralentit pas. Entouré de son collectif David House Crew, il continue de former et de promouvoir de nouveaux artistes comme Jah Mason, Kultcha Knox ou Military Man. Son engagement dans la transmission est reconnu dans tout l’espace caribéen.

Son message spirituel, souvent centré sur la justice, la dignité et l’élévation de l’âme, séduit une jeunesse en quête d’authenticité. Il se pose en passeur de valeurs, dans un monde musical parfois dominé par l’éphémère et le commercial.

L’hommage rendu à Capleton lors du Grand Gala 2025 va bien au-delà d’un prix. Il s’agit d’un acte de reconnaissance culturelle, d’un hommage à un parcours exemplaire, et d’un geste fort en faveur de la préservation de la mémoire musicale jamaïcaine. Depuis plus de trente ans, Capleton incarne un reggae spirituel, militant et universel. Sa voix, ses paroles et son engagement en font l’un des gardiens du feu sacré du reggae, dans une Caraïbe toujours en quête de repères et d’affirmation culturelle.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Plus d'articles de RK

Keisha Bissram
HISTOIRE et PATRIMOINE
Tolotra

Keisha Bissram : “Black Cake” transforme une recette en mémoire

À Noël, le black cake arrive sur la table comme une évidence. On admire sa couleur sombre, sa texture dense et le parfum des fruits. Pourtant, derrière chaque part, quelqu’un a anticipé, mesuré, attendu et répété les mêmes gestes. Avec son court métrage Black Cake, Keisha Bissram pose une question : que devient une tradition lorsque la femme qui la faisait vivre disparaît ? Keisha Bissram raconte un deuil qui dépasse l’absence Le film suit Sherry Sankar, une femme indo-caribéenne confrontée à la perte de sa mère et à de profonds bouleversements familiaux pendant Noël. Keisha Bissram ne traite pas le deuil comme un événement isolé. La disparition révèle un système discret : les recettes conservées, les réunions organisées, les tensions absorbées et les habitudes maintenues sans qu’on en mesure toujours l’effort. Une mère ne laisse pas uniquement des objets. Elle peut laisser des gestes que personne n’a appris, des

Lire la suite "
Vejigantes
HISTOIRE et PATRIMOINE
Tolotra

Vejigantes de Loíza : les masques d’une mémoire afro-boricua

À l’approche du dernier week-end de juillet, Loíza se prépare à remettre ses personnages masqués dans la rue. Parmi eux, les vejigantes avancent sous des cornes de bois et des visages sculptés dans la noix de coco. Derrière leur apparence spectaculaire se lit une histoire complexe : celle d’une figure espagnole devenue, à Porto Rico, un puissant signe de création afro-boricua. Un masque façonné par le territoire Une coque arrondie, deux ouvertures pour les yeux, une bouche dentée, puis de longues cornes disposées comme une couronne. Les vejigantes de Loíza se reconnaissent immédiatement. Leur matériau les distingue de ceux de Ponce, où les caretas sont généralement fabriquées en papier mâché.. Cette différence n’est pas un simple détail esthétique. La noix de coco rattache le masque au paysage côtier, aux ressources disponibles et au geste artisanal. Le Smithsonian conserve plusieurs pièces réalisées à Loíza, dont une careta en noix de coco

Lire la suite "
Buju Banton
MUSIQUE
Tolotra

Buju Banton : un Top 3 iTunes, quel signal pour le dancehall ?

Avec son treizième album, “Too Too Bad”, Buju Banton a atteint la troisième place du classement américain iTunes Reggae Albums. Ce démarrage révèle une forte mobilisation autour de l’artiste jamaïcain, tandis que la durée du succès reste encore à mesurer. Le 17 juillet 2026, Buju Banton a publié “Too Too Bad”, un projet de 13 titres et 35 minutes. Sorti par Gargamel Music sous licence exclusive de VP Music Group, l’album s’est installé dès ses premiers jours à la troisième place du classement américain iTunes Reggae Albums. Ce classement offre une photographie utile. Il montre qu’un public était prêt à acheter l’album immédiatement. Il ne permet cependant pas encore de mesurer son audience totale ni sa capacité à rester visible plusieurs semaines. Un démarrage qui dépasse les États-Unis Le lancement de “Too Too Bad” a également produit des résultats dans plusieurs classements reggae iTunes, notamment en Belgique, au Canada, au

Lire la suite "

conTACT RK

Nous serions ravis de connaître votre avis sur l'expérience que vous avez acquise jusqu'à présent.

conTACT RK

Nous serions ravis de connaître votre avis sur l'expérience que vous avez acquise jusqu'à présent.

Rejoignez la liste

Rejoignez notre communauté Richès Karayib ! Inscrivez-vous à notre lettre d’information.

Vous voulez maximiser votre présence sur Riches Karayib ?

Remplir le formulaire pour commencer la demande