Martinique – Cécile Vernant : dans les coulisses de “Man Mélé !” à l’Orangerie du Sénat.

Man Mélé

À l’Orangerie du Sénat, Man Mélé ! a pris une dimension que Cécile Vernant ne pouvait pas entièrement prévoir avant l’ouverture des portes. Au fil des journées, l’exposition est devenue un espace de rencontres, de conversations et d’échanges entre artistes et visiteurs. Autour des œuvres ont circulé la Martinique, la nature, mais aussi des souvenirs, des cultures et des sensibilités venues de bien au-delà de l’île.

Le calme avant l’arrivée du public

Chaque matin, Cécile Vernant arrivait avant l’ouverture, prévue à 11 heures. Le jardin était calme. Elle croisait les joggeurs, observait les groupes de taï-chi entre les marronniers et profitait de l’odeur des fleurs. Elle aimait ce « calme avant la tempête ». Quelques heures plus tard, l’ambiance changeait. Cécile Vernant estime que l’Orangerie, d’environ 600 m², pouvait accueillir des pics de 400 visiteurs en trois à quatre heures. La journée la plus fréquentée aurait réuni 1 000 visiteurs.

Les trois salles étaient séparées par des cloisons, mais leur disposition incitait naturellement le public à passer d’un univers à l’autre. Elle estime également qu’environ 80 % des visiteurs étaient étrangers durant cette période.

Man Mélé

Trois artistes, trois univers, une même nature

Cécile Vernant partageait l’Orangerie avec Anne Morgann et Shingiiiiii. Chacun présentait une exposition individuelle au sein d’une expérience collective. La nature constituait leur point commun. Avec Shingiiiiii, un lien s’est dessiné autour des volcans : la Montagne Pelée pour elle, le Mont Fuji et les volcans d’Hawaï pour lui. Ce rapprochement résonnait aussi avec l’usage qu’elle fait du papier d’art japonais dans ses photographies et ses tirages mutants.

Avec Anne Morgann, le dialogue se nouait davantage autour de la lumière et de la frontière entre la figuration et l’abstraction. Chaque matin, Cécile Vernant allait voir ses œuvres ; L’Heure d’or était devenue un rituel. Les deux artistes se sont encouragées, conseillées et ont parfois dirigé les visiteurs vers la salle de l’autre.

Une exposition qui change avec la lumière

Sous la verrière, la lumière évoluait au fil des heures. Des rayons traversaient parfois les fenêtres et venaient animer les œuvres. Avant l’exposition, Cécile Vernant avait observé la salle à différents moments de la journée. Elle a ensuite ajusté l’emplacement de certains tableaux en fonction de la lumière. Dans les derniers jours, elle a imaginé un espace « Atelier », avec plusieurs œuvres posées au sol. Les céramiques étaient installées dans des filets de pêche, en référence à la senne et aux prises ramenées à terre. Cette mise en scène lui permettait aussi d’évoquer la dimension collective et patrimoniale de cette pratique.

Man Mélé

Les visiteurs au cœur de « Man Mélé ! »

Certaines rencontres ont particulièrement marqué Cécile Vernant. Un visiteur nonagénaire, ancien peintre à Montmartre, s’est approché d’un tableau et l’a senti. Il a alors affirmé qu’il avait été verni un an auparavant. Son intuition était juste. L’expérience a été renouvelée avec d’autres œuvres, avec la même précision. Une petite fille de cinq ou six ans s’est, elle, installée devant un tableau de 10 × 10 cm et semblait ne plus vouloir le quitter. Touchée par son attention, Cécile Vernant a choisi de le lui offrir.

Autre moment fort : une jeune cantatrice brésilienne a interprété un air d’opéra a cappella devant les toiles d’Anne Morgann. La scène a profondément ému les artistes, jusqu’aux larmes.

Quand la Martinique entre dans les conversations

Parmi les nombreux échanges suscités par Man Mélé !, certaines rencontres ont particulièrement marqué Cécile Vernant. La diaspora caribéenne a notamment occupé une place singulière dans ces conversations. Des visiteurs installés à Paris, en région parisienne ou plus loin encore sont venus avec leurs propres souvenirs et leur propre lien à la Caraïbe.

Une Martiniquaise vivant à New York est ainsi venue avec sa fille, tandis qu’un visiteur haïtien, attiré par le titre aperçu sur l’affiche, a rapidement fait glisser la conversation des tableaux vers d’autres références caribéennes : le djon djon, Tabou Combo ou Haitian Troubadour. Cécile Vernant raconte aussi que certains visiteurs ayant déjà séjourné en Martinique partageaient avec elle leurs souvenirs de l’île, tandis que d’autres la découvraient à travers ses œuvres.

Quand Man Mélé ! prend tout son sens

Peu avant l’exposition, Cécile Vernant a dû composer avec plusieurs imprévus. Une grande céramique murale, prévue pour Man Mélé !, s’est brisée pendant le tremblement de terre de mai alors qu’elle séchait au sol.

À Paris, elle a alors créé une œuvre sur papier à partir d’un tirage mutant unique. Faute de cadre adapté à ses dimensions, elle l’a simplement épinglée au mur, sans encadrement. Ces contretemps ont donné au titre Man Mélé ! une résonance très concrète : « je suis dans le pétrin », l’une des significations que Cécile Vernant donne à l’expression. Comme si, presque malgré elle, la réalité de l’exposition avait fini par donner corps au titre.

Ce que Cécile Vernant retient de Man Mélé !

Le bouche-à-oreille s’est fait naturellement. D’anciens clients sont revenus accompagnés d’amis, d’autres visiteurs ont parlé de Man Mélé ! autour d’eux, et certains liens se sont prolongés après le décrochage. De cette expérience, Cécile Vernant retient surtout les rencontres, le soutien reçu et la confiance apportée par cette sélection. Autodidacte, elle tient à préserver ce qui guide son travail : la liberté de créer sans chercher à se conformer aux attentes des autres ni renoncer à ses propres envies.

Man Mélé ! est l’exposition présentée par Cécile Vernant à l’Orangerie du Sénat à Paris. L’artiste y a développé un univers nourri par la Martinique, la nature, la lumière et les rencontres avec le public.

Selon Cécile Vernant, certains pics de fréquentation ont atteint environ 400 visiteurs en trois à quatre heures. La journée la plus fréquentée a compté jusqu’à 1 000 visiteurs.

La Martinique apparaît à travers plusieurs éléments du travail de Cécile Vernant, notamment la Montagne Pelée, la senne, la nature et les échanges avec des visiteurs liés à l’île et à la diaspora caribéenne.

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