Ne-Yo, Machel Montano et Capleton monteront sur la scène de Roseau, mais Midnight Groovers, Asa Bantan et Shelly & The Signal Band y resteront aussi. Le World Creole Music Festival 2026 pose une question simple à la Dominique. Que garde-t-on de créole quand la fête devient mondiale ?
Du 23 au 25 octobre 2026, le stade de Windsor Park, à Roseau, accueillera trois soirées de musique. L’affiche officielle aligne quarante noms. Le thème de l’édition s’appelle « Pulsating Rhythms », des rythmes qui palpitent. Mais l’événement ne se lit pas comme une simple liste. Il met face à face ce qui vient d’ailleurs et ce qui appartient à l’île, sur trois nuits. Voici le programme soirée par soirée, puis ce que cette affiche raconte.
Le programme complet du World Creole Music Festival 2026
Vendredi 23 octobre
Le Jamaïcain Capleton ouvrira la marche. Il retrouvera son compatriote Skillibeng, le groupe haïtien Klass, Maurane Voyer, TK International, Midnight Groovers, Pudaz, Ridge, le duo DJ MJ & MV on the Keys, ColtonT et Ezra D’ Fun Machine. Onze noms ouvrent le festival.
Samedi 24 octobre
C’est la soirée la plus fournie, avec dix-sept noms. L’Américain Ne-Yo, voix du R&B, sera en tête d’affiche. Il sera entouré d’Alkaline, de Tabou Combo, d’Asa Bantan, de V’GHN, de Trilla G, de Full Blown, d’Extasy Band, de Reo, d’Edday, de DYP, d’Imran Nerdy, de Sedale, de Shemmy J, de Tally Boy, de Hollywood HP et d’Andrew. Dancehall, kompa, bouyon et R&B partageront la même nuit.
Dimanche 25 octobre
Machel Montano, figure de la soca de Trinité-et-Tobago, refermera le festival. Il partagera l’affiche avec la DJ sud-africaine Uncle Waffles, Fridayy, Maxi Priest, le guitariste congolais Diblo Dibala, Les Aiglons, Jean Marc Ferdinand, Shelly & The Signal Band, Gwada G, Unstoppable Shax, Nice et DJ Taffy. Douze noms concluront la dernière soirée.
Une nouveauté se glisse dans cette programmation. L’amapiano, genre né en Afrique du Sud, rejoint le bouyon, la soca, le dancehall, le reggae, la cadence-lypso, le kompa et le soukous. Le festival élargit encore sa carte musicale. Les musiciens de la Dominique occuperont chacune des trois soirées. C’est un détail simple, mais il dit beaucoup de la place que l’île se réserve chez elle.
1997, un festival né pour l'Indépendance
Le World Creole Music Festival 2026 prolonge une aventure née en octobre 1997. Le festival a d’abord un rôle précis. Il vient compléter les célébrations de l’Indépendance de la Dominique. Il approche aujourd’hui de ses trente ans, et s’inscrit chaque année dans le Mois du patrimoine créole.
Marva Williams, directrice générale de la Discover Dominica Authority, en résume l’ambition. Depuis bientôt trois décennies, dit-elle, le festival offre « une plateforme distinctement dominiquaise où notre musique rencontre les sons de la Caraïbe et du monde ». La phrase dit l’équilibre recherché. Le festival ouvre ses portes à l’extérieur sans quitter l’île.
Cette ouverture n’est pas nouvelle. Notre récit de l’édition 2022 montrait déjà Shenseea, Sizzla, Burna Boy et Jocelyne Béroard, chanteuse de Kassav’. Notre reportage sur l’édition 2024 évoquait Damian et Stephen Marley, WizKid et Kassav’. Ces choix ont déjà nourri un débat sur la place des musiques non créoles. Ne-Yo prolonge donc une tradition plus qu’il ne la rompt, mais la question reste posée.
Cadence-lypso et bouyon, ce que la Dominique a inventé
Le bouyon est un genre né à Roseau à la fin des années 1980. Il mêle le jing ping, la cadence-lypso et des danses traditionnelles comme le bèlè et la quadrille. Il va vite et s’appuie sur les tambours, la basse et un chant scandé. Des groupes comme Windward Caribbean Kulture, Roots, Stems and Branches et First Serenade ont posé ses bases. Asa Bantan, à l’affiche le samedi, compte parmi les noms qui l’ont fait connaître hors de l’île.
La cadence-lypso a une histoire plus surprenante. Elle naît au début des années 1970 en Guadeloupe. Le chanteur dominiquais Gordon Henderson, installé là depuis 1969, y réunit des musiciens de son île au sein d’Exile One. Ils marient la cadence haïtienne et le calypso. Le genre voyage ensuite vers la Dominique, la Martinique et Haïti.
Cette histoire croisée se retrouve sur l’affiche du World Creole Music Festival 2026. Les Aiglons, groupe guadeloupéen formé en 1970 et lié à l’ère de la cadence, joueront le dimanche. Le créole n’a jamais eu de frontières nettes. Il circule entre les îles, et la Dominique en a gardé une partie.
Plusieurs artistes locaux reviennent d’une édition à l’autre. Asa Bantan, Signal Band, Midnight Groovers et First Serenade étaient déjà sur scène en 2022. Asa Bantan, TK International et Extasy Band l’étaient encore en 2024. En 2026, Midnight Groovers et TK International joueront le vendredi, Extasy Band et Asa Bantan le samedi, Shelly & The Signal Band le dimanche. Cette fidélité donne au festival une mémoire, au milieu des têtes d’affiche venues de Kingston, de Port-of-Spain ou de Kinshasa.
Tabou Combo et Diblo Dibala, deux invités qui racontent le créole
Tabou Combo est né en 1968 à Pétion-Ville, près de Port-au-Prince. Il fait partie des orchestres qui ont porté le kompa haïtien hors d’Haïti. Diblo Dibala, de son côté, a fondé Loketo dans les années 1980 puis Matchatcha en 1990. Il fait entendre un soukous congolais, une musique de guitares que le public créole connaît bien.
Le World Creole Music Festival 2026 les réunit sans les confondre. Chaque territoire garde son rythme, et la Dominique garde le sien. La Jamaïque pèsera lourd, avec Capleton, Skillibeng et Alkaline, trois noms du reggae et du dancehall. Haïti comptera deux formations, Klass et Tabou Combo. La soca sera représentée par Machel Montano, et la Guadeloupe par Les Aiglons.
Le créole, une semaine plus tard
Le calendrier officiel des 48 ans d’Indépendance place Jounen Kwéyòl le vendredi 30 octobre, avec le défilé de la tenue nationale. La Journée internationale du créole tombe, elle, le 28. Le festival de musique arrive donc une semaine avant la grande journée de la langue, du costume et de la cuisine.
Le Mois du patrimoine créole ne se résume pas au stade. Les Creole Fridays rythment octobre, les 2, 9, 16 et 23. La Heritage Day se tient le 18 à Paix Bouche. Les 20 et 21, deux concours, Madam Wob Dwiyet et Miss Wob Dwiyet, mettent à l’honneur la wob dwiyet, la robe traditionnelle de l’île. Le World Creole Music Festival 2026 n’est qu’un temps fort parmi d’autres.
À Sainte-Lucie, voisine par le créole, Jounen Kwéyòl se vit le 25 octobre dans trois villages hôtes. Notre article sur le Mwa éwitaj Kwéyòl 2025 raconte cette tradition. À la Dominique, la scène de Windsor Park sera vide dès le 26. Le 30, ce sont les rues et les villages de l’île qui prendront la parole, en kwéyòl. Qui la portera ce jour-là , et dans quelle langue les enfants répondront-ils ?
Crédit photos : © Dominica Festivals (affiche officielle, photo de couverture) ·
FAQ
Le World Creole Music Festival 2026 a lieu du vendredi 23 au dimanche 25 octobre 2026, au stade de Windsor Park, à Roseau, capitale de la Dominique. Il se tient pendant le Mois du patrimoine créole et les célébrations de l’Indépendance. Les billets se réservent sur le site officiel, dominicafestivals.com.
Capleton le vendredi, Ne-Yo le samedi et Machel Montano le dimanche figurent parmi les noms les plus en vue de l’affiche. Des artistes dominiquais comme Midnight Groovers, TK International, Asa Bantan, Extasy Band et Shelly & The Signal Band complètent la programmation.
Le World Creole Music Festival est un festival de musique de trois soirées, né en 1997. Jounen Kwéyòl est la journée de la langue, du costume et de la cuisine créoles, prévue à la Dominique le 30 octobre 2026.