Vers une souveraineté énergétique partagée : la coopération géothermique dans la Caraïbe à l’échelle de l’OECO

coopération géothermique dans la Caraïbe

Une dynamique régionale face à la dépendance énergétique

La coopération géothermique dans la Caraïbe s’impose aujourd’hui comme une réponse stratégique aux défis énergétiques communs des États membres de l’Organisation des États de la Caraïbe orientale (OECO). Face à la volatilité des prix des énergies fossiles et à la nécessité d’une transition bas-carbone, plusieurs territoires insulaires s’engagent dans une démarche collective innovante : la mutualisation d’une foreuse géothermique. Cette approche vise à renforcer leur souveraineté énergétique tout en réduisant les coûts d’exploitation.

Ressources géothermiques disponibles et sous-utilisées

Les îles volcaniques de la Dominique, Montserrat, Sainte-Lucie, Saint-Kitts-et-Nevis, la Grenade et Saint-Vincent-et-les-Grenadines disposent de réservoirs géothermiques prometteurs. Leurs caractéristiques géologiques communes offrent une opportunité unique : produire localement une électricité renouvelable, stable et indépendante des aléas climatiques. Pourtant, en dépit de ce potentiel, la coopération géothermique dans la Caraïbe reste à ses débuts. À ce jour, seule la Dominique a engagé la construction d’une centrale géothermique, visant à couvrir 50 % de sa demande électrique d’ici fin 2025.

Le principal frein reste le coût élevé des forages exploratoires, estimé à plusieurs millions de dollars par puits, en raison notamment de la nécessité de faire venir une foreuse depuis l’étranger. L’absence d’équipement mutualisé au niveau régional ralentit considérablement les initiatives.

coopération géothermique dans la Caraïbe
Centrale géothermique de la dominique © Karib'info

GEOBUILD : former, structurer, accélérer

Pour surmonter ces obstacles, l’OECO s’est dotée du programme GEOBUILD (Geothermal Energy: Capacity Building for Utilization, Investment and Local Development). Cofinancé par la Banque de développement des Caraïbes (CDB) et mis en œuvre en partenariat avec le Caribbean Centre for Renewable Energy and Energy Efficiency (CCREEE), ce programme vise à structurer la coopération géothermique dans la Caraïbe autour de trois axes : renforcement des compétences, ingénierie financière et gouvernance partagée.

Les bénéficiaires principaux : la Dominique, Sainte-Lucie, la Grenade, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et Saint-Kitts-et-Nevis — participent à des ateliers de formation, des échanges techniques, ainsi qu’à des missions de terrain comme la visite de la centrale de Bouillante, en Guadeloupe. L’objectif : créer une culture régionale de la géothermie, adaptée aux réalités locales.

coopération géothermique dans la Caraïbe
©OECO

Une foreuse mutualisée : vers une mise en œuvre concrète

Au cœur de cette stratégie, la mutualisation d’une foreuse est actuellement à l’étude. La société italienne ELC-Electroconsult S.p.A., experte en infrastructures énergétiques, a été mandatée pour en évaluer la faisabilité technique, économique et réglementaire. Cette étude explore les scénarios de déploiement de l’équipement dans les différents États membres, les modèles de gouvernance envisageables et les besoins en formation du personnel.

Cette initiative de coopération géothermique dans la Caraïbe permettrait de créer un calendrier de rotation entre les territoires, limitant ainsi les frais de mobilisation et de démobilisation, tout en garantissant une disponibilité accrue de l’outil.

coopération géothermique dans la Caraïbe
Foreuse géothermique ©OECO

Retombées économiques, énergétiques et sociales

La mutualisation d’un tel équipement pourrait générer des économies substantielles, avec une réduction des coûts de forage de l’ordre de 20 à 30 %. Elle rendrait la géothermie plus compétitive que les groupes électrogènes fonctionnant au fioul, actuellement très répandus. Par ailleurs, cette approche favoriserait la création d’emplois techniques, la structuration d’une filière régionale et la relance d’activités connexes comme l’ingénierie ou la maintenance industrielle.

La coopération géothermique dans la Caraïbe ouvrirait également la voie à de nouveaux usages : chauffage de serres agricoles, aquaculture thermique, production agroalimentaire, ou encore développement d’un tourisme de bien-être autour des sources chaudes naturelles.

Valorisation des compétences locales

Un volet essentiel du projet réside dans la montée en compétence des acteurs locaux. L’objectif est de réduire la dépendance aux experts étrangers en formant des géologues, foreurs, techniciens et ingénieurs spécialisés. Des partenariats sont envisagés avec des universités régionales comme l’UWI (University of the West Indies) et l’Université des Antilles pour créer des cursus adaptés.

Ainsi, la coopération géothermique dans la Caraïbe n’est pas seulement un projet technique : elle s’inscrit dans une dynamique de transformation des systèmes éducatifs, industriels et institutionnels, au bénéfice d’une autonomie accrue.

Partenariats financiers et soutien multilatéral

Cette initiative bénéficie du soutien de plusieurs bailleurs de fonds internationaux. Outre la CDB, le projet est appuyé par l’Union européenne via le programme GCCA+, le Fonds vert pour le climat, et la Banque interaméricaine de développement. Ces acteurs apportent une expertise précieuse pour structurer le projet selon des standards internationaux, tout en veillant à son adéquation avec les spécificités insulaires.

La réussite de la coopération géothermique dans la Caraïbe dépendra néanmoins de la volonté politique des gouvernements concernés, de leur capacité à partager les responsabilités, et de la solidité des mécanismes juridiques encadrant l’usage de la foreuse.

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©OECO

Une ambition collective pour la Caraïbe de demain

Plus qu’un projet technique, la coopération géothermique dans la Caraïbe incarne une vision régionale audacieuse. En unissant leurs forces, les pays de l’OECO posent les bases d’une stratégie énergétique intégrée, résiliente et tournée vers l’avenir. Si elle aboutit, la coopération géothermique dans la Caraïbe pourrait devenir un modèle pour d’autres initiatives de mutualisation dans les domaines de l’eau, des transports ou de la santé.

Elle témoigne d’une conviction partagée : face aux défis globaux, la Caraïbe peut construire des solutions locales, durables et solidaires.

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