[JEP 2025] – Martinique : « Patrimoine en mouvement à l’air du numérique » à la Bibliothèque Schoelcher

JEP 2025

Une rencontre emblématique des Journées Européennes du Patrimoine

Le vendredi 19 septembre 2025, la Bibliothèque Schoelcher de Fort-de-France a accueilli la conférence « Patrimoine en mouvement à l’air du numérique ». Inscrite dans le cadre des JEP 2025 consacrées au patrimoine architectural, la rencontre s’est tenue en prolongement de l’exposition Bibliotech, présentée du 6 au 27 septembre par Georges-Emmanuel Arnaud, créateur d’images fixes et animées.

Monument classé en 1973, la Bibliothèque Schoelcher n’a pas seulement offert un décor symbolique. Elle est devenue un espace de dialogue entre passé et futur, entre patrimoine historique et innovations numériques. L’événement, gratuit et ouvert à tous, a attiré un public varié : étudiants, chercheurs, passionnés de culture et représentants institutionnels. Les JEP 2025 ont ainsi permis de croiser un lieu emblématique avec une réflexion tournée vers l’avenir.

Un parcours singulier au service de l’image et du patrimoine

Originaire du Vauclin, Georges-Emmanuel Arnaud revendique une identité multiple. Photographe de formation, il a évolué dans l’univers de la mode pendant plus de quinze ans, travaillant pour Dior, Chanel ou Armani. Il signe alors ses images sous le pseudonyme “Damage”, anagramme de son nom, avant de revenir en Martinique pour se consacrer à une démarche plus personnelle.

Il se définit comme un “technicien-artiste”, précisant : « J’essaie d’avoir un propos et de mettre toutes ces techniques que je maîtrise au service de cette démarche. »

Explorant tour à tour la photographie, la vidéo, la retouche et la sculpture en bronze, il s’est attaché au thème du corps monstrueux, interrogeant les différences, le handicap et la fragilité humaine. En hommage à sa fille Kénia, il fonde le Studio Caria, laboratoire d’expérimentation artistique et numérique. Ces expériences, désormais partagées à travers les JEP 2025, donnent à son travail une résonance particulière.

JEP 2025

Le numérique comme levier de transmission

Depuis vingt ans, Georges-Emmanuel Arnaud s’investit dans la valorisation du patrimoine par le numérique. À travers son association Anisotropie, il a initié des projets novateurs :

  • – Séquence Éphémère : enregistrer par motion capture les gestes traditionnels (bèlè, ladja, pratiques agricoles, gestes culinaires) afin de créer des archives vivantes et comparatives avec d’autres cultures caribéennes et africaines.
  • – Archéologie Caraïbes : une plateforme numérique où les objets archéologiques sont accessibles en 3D, accompagnés de notices multilingues et de podcasts.
  • – Nécropole : un projet de numérisation des cimetières du Vauclin, qui relie tombes, archives familiales et photographies anciennes pour bâtir une mémoire généalogique partagée.

Ces initiatives sont rendues possibles grâce au soutien de la Direction des Affaires Culturelles, qui a financé du matériel de motion capture.

Pour Georges-Emmanuel Arnaud, l’enjeu est clair :
« Le numérique est là pour nous permettre de nous projeter dans le monde de demain. »

Là encore, les JEP 2025 offrent une scène idéale pour démontrer comment innovation et mémoire peuvent s’articuler.

Une conférence au croisement du patrimoine et de l’innovation

Durant près de deux heures, l’orateur a mêlé récit personnel, démonstrations techniques et réflexions philosophiques. Des images et séquences ont illustré ses propos, permettant de comprendre comment un geste, une voix, une sculpture ou un site pouvaient devenir archive grâce aux technologies numériques.

Le slogan « Patrimoine en mouvement à l’air du numérique » a pris tout son sens lorsque furent évoquées la numérisation des roches gravées de Montravail, l’analyse des gestes en cuisine, la prévention des risques professionnels par la motion capture ou encore la reconstitution en 3D de la Bibliothèque Schoelcher elle-même. L’artiste a rappelé que des technologies similaires avaient permis la restauration de Notre-Dame de Paris après l’incendie.

Il a également mentionné sa collaboration avec John Dauer, réalisateur associé au jeu GTA, venu en résidence en Martinique pour expérimenter l’usage du numérique dans un cadre patrimonial. Une preuve que les compétences locales peuvent entrer en résonance avec des expertises internationales. Ces exemples concrets, partagés dans le cadre des JEP 2025, montrent la puissance des croisements entre cultures et disciplines.

JEP 2025

Un espace de dialogue avec le public

La conférence n’a pas été un simple monologue. Le public a largement participé, posant des questions sur la conservation des sites, l’usage des archives personnelles ou l’avenir des rituels funéraires. Ces échanges ont mis en lumière le projet Nécropole, qui relie mémoire individuelle et mémoire collective à travers la numérisation des cimetières.

La discussion a aussi porté sur la définition du patrimoine : doit-il être limité aux monuments et aux objets, ou inclure les gestes, les sons, les voix ? La réponse de Georges-Emmanuel Arnaud fut sans équivoque : le patrimoine est vivant, en perpétuel mouvement, et doit être compris avant d’être reproduit. Cette réflexion a donné à la conférence une intensité qui restera comme l’un des apports essentiels des JEP 2025 en Martinique.

JEP 2025

Les JEP 2025 comme catalyseur institutionnel et citoyen

La tenue de cette conférence dans le cadre des JEP 2025 a mis en évidence la coopération entre institutions, associations et citoyens. La Direction des Affaires Culturelles, la Collectivité Territoriale de Martinique, les équipes de la Bibliothèque Schoelcher, mais aussi d’autres partenaires comme Anisotropie, Armada, 150mètres d’altitude, Zeesmind, Seize mètres carrés ont permis la réalisation de l’événement.

Georges-Emmanuel Arnaud a souligné la valeur de cette dynamique collective : « Ce sont du privé, du public, de l’humain, de l’humain et encore de l’humain. »

Il a aussi rappelé, avec une pointe critique, le manque d’accompagnement durable de certaines instances, tout en insistant sur la responsabilité citoyenne  : « L’avenir de notre territoire et l’avenir de nos patrimoines ne reposent que sur nous. »

Les JEP 2025 apparaissent ainsi comme un moment privilégié pour mettre en avant ce dialogue institutionnel et citoyen, indispensable à la valorisation des patrimoines.

Un message fort à la jeunesse

Au-delà des technologies, Georges-Emmanuel Arnaud a adressé un message direct aux jeunes générations :
« Il faut avoir une connexion Internet. Il faut se connecter sur YouTube et apprendre. (…) Apprendre, c’est notre seul devoir en tant qu’être humain. »

Convaincu que l’accès à la connaissance est universel, il invite chacun à s’emparer des ressources libres, à développer ses compétences et à contribuer à la transmission. Lui-même se rend disponible pour accompagner ceux qui souhaitent progresser.

Et de conclure sur une formule marquante : « Il faut miser sur les humains et ne pas miser sur les moyens. »

Ces propos, partagés lors des JEP 2025, résonnent comme un appel à l’engagement et à l’autonomie.

JEP 2025

Un patrimoine en mouvement, de la Martinique au monde

La conférence « Patrimoine en mouvement à l’air du numérique » ne s’est pas limitée à la Martinique. Elle a ouvert des perspectives caribéennes et internationales.

À travers ses projets, Georges-Emmanuel Arnaud relie la Martinique aux autres îles de la Caraïbe et à l’Afrique. La capture de danses ou de pratiques agricoles permet d’établir des comparaisons interculturelles, de tisser des liens entre continents et d’inscrire le patrimoine local dans un horizon global.

Plus largement, cette réflexion rejoint des enjeux mondiaux : comment préserver des héritages menacés par le changement climatique, l’érosion ou l’oubli ? Comment transmettre des savoirs immatériels dans un monde de plus en plus numérique ?

La Martinique, à travers cette conférence inscrite dans les JEP 2025, a montré qu’elle pouvait être un laboratoire de réponses.

Un temps fort des JEP 2025 en Martinique

En articulant mémoire, innovation et engagement citoyen, la conférence « Patrimoine en mouvement à l’air du numérique » a marqué un moment fort des JEP 2025.

Elle a rappelé que le patrimoine ne doit pas être figé, mais reconnu comme une ressource vivante, en constante évolution. Grâce au numérique, il devient possible non seulement de le préserver, mais aussi de l’ouvrir à de nouveaux horizons, de la Caraïbe au reste du monde.²

Plus largement, cette réflexion rejoint des enjeux mondiaux : comment préserver des héritages menacés par le changement climatique, l’érosion ou l’oubli ? Comment transmettre des savoirs immatériels dans un monde de plus en plus numérique ?

La Martinique, à travers cette conférence inscrite dans les JEP 2025, a montré qu’elle pouvait être un laboratoire de réponses.

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