À l’entrée de la commune du Carbet, sur le domaine Thieubert, la Distillerie Neisson a ouvert grand ses portes à l’occasion des Journées européennes du patrimoine. Entre expositions, visites et rencontres, le public a découvert un site industriel rare, toujours en activité depuis les années 1930, et un patrimoine vivant porté par une lignée familiale. Fondée en 1932 par les frères Jean et Adrien Neisson, la distillerie demeure aujourd’hui l’une des dernières maisons indépendantes de l’île, ancrée au Carbet, au pied de la montagne Pelée.

Un lieu chargé d’histoire et d’attachement

Quand on arrive à la Distillerie Neisson, le temps semble suspendu. Dans la cour, les visiteurs circulent entre les stands d’artisans, les œuvres d’art et les espaces de dégustation. Pour Claudine Neisson-Vernant, gérante de la distillerie, ces Journées européennes du patrimoine sont un moment essentiel :

« Notre souhait, c’est la valorisation du patrimoine martiniquais », confie-t-elle, souriante, au milieu de la foule.

Autour d’elle, l’effervescence reflète une fidélité presque affective : « Je suis très heureuse de voir l’affection des Martiniquais pour la Distillerie Neisson. »
Cette reconnaissance, Claudine Neisson-Vernant la relie à un travail de longue haleine : la distillerie est aujourd’hui la seule entreprise martiniquaise labellisée “Entreprise du Patrimoine Vivant”, un titre qui récompense autant la qualité du savoir-faire que la transmission familiale. La Distillerie Neisson reste ainsi un repère fort dans la mémoire collective martiniquaise.

Distillerie Neisson

Une architecture à part entière du patrimoine

En évoquant les bâtiments, Claudine Neisson-Vernant fait briller la mémoire des lieux. Construite entre 1931 et 1932, la Distillerie Neisson conserve encore sa cheminée carrée en pierre, la dernière du genre à fonctionner sur l’île. Elle est inscrite à l’inventaire du patrimoine architectural, tout comme la salle des machines, reconnaissable à ses créneaux caractéristiques.
Dans le chai à rhum blanc, la structure métallique boulonnée à la main témoigne de l’ingéniosité des bâtisseurs. Claudine Neisson-Vernant espère d’ailleurs que d’autres éléments du site, comme le bassin d’eau datant de la même époque, seront bientôt reconnus pour leur valeur historique.

Distillerie Neisson
Claudine Neisson-Vernant

Une entreprise familiale en mouvement

Derrière cette transmission, Grégory Vernant, directeur de la Distillerie Neisson et fils de Claudine Neisson-Vernant, incarne la nouvelle génération. Pour lui, ces journées sont un pont entre tradition et modernité :

« Il y a le savoir-faire, mais aussi le faire-savoir », résume-t-il.

Les visiteurs assistent à des démonstrations, posent des questions, échangent avec les équipes. Grégory Vernant insiste sur la convivialité et la proximité :

« La Journée du patrimoine permet aux gens de découvrir des producteurs qu’ils ne connaissent pas forcément. »

Il se réjouit surtout de la curiosité du public, venu du nord comme du sud de l’île, attiré par l’authenticité d’un lieu profondément ancré dans la culture martiniquaise, mais aussi par la volonté de découvrir la distillerie, le village d’artisanat et d’art, ainsi que les nombreux artisans locaux présents pour faire connaître leurs savoir-faire et valoriser les produits du terroir.

Distillerie Neisson
Distillerie Neisson

Le maître de chai, gardien du temps et des arômes

Plus loin, dans le silence du chai, Alex Bobi, maître de chai à la Distillerie Neisson, partage avec passion les secrets du vieillissement. Ses explications captivent l’auditoire. Il parle du bois comme d’un être vivant : chaque essence a sa personnalité, chaque fût son rôle.
Le rhum vieillit lentement, s’imprègne des notes du bois – vanille, caramel, café, cacao. « Plus on va dans l’âge, plus le rhum devient complexe », raconte-t-il en observant la lumière dorée filtrer à travers les barriques.

Dans ses mots, il y a l’expérience et la poésie du métier : le temps, la chaleur et le bois façonnent ensemble l’âme du rhum. Rien n’est figé, tout se transforme. Même l’air, même l’humidité participent au résultat final. À la Distillerie Neisson, le vieillissement n’est pas une étape, c’est une philosophie.

Distillerie Neisson
Distillerie Neisson
Distillerie Neisson

Une démarche respectueuse de la terre

L’héritage familial ne s’exprime pas seulement dans la technique, mais aussi dans le respect du vivant. Claudine Neisson-Vernant évoque souvent son père, ingénieur chimiste avant l’heure écologiste, qui refusait de brûler les cannes avant la coupe et limitait au maximum les produits chimiques.

« Il disait toujours : il faut rendre à la terre ce qu’elle vous a fourni », se souvient-elle.

Aujourd’hui encore, la Distillerie Neisson perpétue ces gestes : la bagasse et la vinasse, sous-produits naturels de la fabrication, sont réutilisées pour enrichir les sols. Les bouteilles sont consignées, lavées et remises en circulation, un système simple mais exigeant, que la distillerie tient à maintenir malgré les contraintes logistiques.

Cette philosophie se traduit aussi dans la production d’un petit jardin bio au-dessus du site, où fruits et légumes poussent en harmonie avec le paysage. Ici, rien ne se perd : tout ce qui vient de la terre retourne à la terre. Au fil des générations, la Distillerie Neisson a su faire de ce respect de la nature une véritable signature.

Distillerie Neisson

Une histoire collective avant tout

À la fin de la journée, la lumière tombe sur les vieilles pierres, et la distillerie s’emplit d’une douceur rare. Pour clore ces Journées du patrimoine en beauté, un concert de Victor O a été donné. Grégory Vernant, heureux, résume l’esprit de ces deux jours :

« On a hâte de refaire la Journée du patrimoine l’année prochaine.

Le patrimoine n’est pas une vitrine, c’est une respiration. Les visiteurs repartent avec le sentiment d’avoir touché à quelque chose de vrai : une entreprise où la mémoire, la famille et la terre ne font qu’un.
Dans ce lieu où chaque génération ajoute sa pierre, les Journées européennes du patrimoine prennent tout leur sens : celui d’une transmission vivante, ancrée dans le réel, portée par la passion et la fidélité à un terroir.

Distillerie Neisson
Distillerie Neisson
Distillerie Neisson

Dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine 2025, la ville de Saint-Pierre a une nouvelle fois choisi l’originalité pour faire redécouvrir son histoire : un escape game immersif, installé au cœur des ruines de l’ancienne prison. Conçu et animé par le service Patrimoine-Culture-Tourisme, ce jeu grandeur nature baptisé « Sauve qui peut ! » propose aux participants une expérience à la fois ludique et profondément ancrée dans la mémoire du lieu.

Un site chargé d’histoire, revisité par le jeu

La prison de Saint-Pierre est un lieu emblématique, marqué à jamais par l’éruption de la montagne Pelée en 1902. De ce drame qui détruisit la cité entière et fit près de 28 000 victimes, est restée la figure de Louis-Auguste Cyparis, l’un des survivants les plus connus, enfermé dans une cellule d’isolement dont les murs épais l’auraient protégé des flammes et des cendres. Aujourd’hui encore, les visiteurs viennent voir “le cachot de Cyparis”, sans toujours prendre le temps de s’attarder sur le reste du site.

C’est précisément ce constat qui a motivé la création de l’escape game, explique Manon Kouby, médiatrice culturelle au service patrimoine de la ville :

« Le site de la prison est connu sans être véritablement connu. Beaucoup passent devant sans se demander ce que représentent ces espaces. Le jeu permet de redécouvrir son architecture et son organisation de manière vivante.»

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©tourcrib
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©tourcrib
escape game
escape game

Une médiation culturelle qui allie apprentissage et participation

Imaginé il y a plus de six mois, « Sauve qui peut ! » s’inscrit dans une approche participative du patrimoine. Les participants avancent par un jeu d’énigmes et d’observation, en examinant les détails des murs et des pierres pour comprendre le fonctionnement du bâtiment.

Cette année, le thème national des Journées du Patrimoine – « Patrimoine et architecture » – a inspiré une nouvelle dimension au jeu.

« On a intégré davantage de questions sur les éléments architecturaux du site », précise Manon Kouby. « Les participants ont repéré les trous de boulins, signes d’un ancien étage, ou encore l’appareillage des pierres et les bassins. Ils ont porté un nouveau regard sur la prison, à travers sa construction. »

L’escape game devient ici un outil d’observation et d’interprétation, où chaque indice conduit non seulement à la solution à l’escape game, mais aussi à une meilleure compréhension de l’histoire urbaine et du patrimoine matériel de Saint-Pierre.

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Manon Kouby
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L’expérience sensible d’un lieu de mémoire

Dans les ruines de la prison, l‘escape game  prend une résonance particulière. Les murs fissurés, les traces de la catastrophe, et les vestiges des cellules rappellent la fragilité de la ville d’alors et la force de sa mémoire. Participer à l’Escape Game, c’est se confronter à cette tension entre passé et présent : apprendre en s’amusant, tout en mesurant la portée émotionnelle d’un espace tragiquement célèbre.

Cette démarche, portée par le Service Patrimoine-Culture-Tourisme, illustre une volonté claire : transformer la visite passive en expérience immersive.

« L’objectif, c’est que tout le monde puisse accéder à ce patrimoine, que ce soit par le jeu, les visites guidées ou les ouvertures de sites fermés le reste de l’année », souligne la médiatrice. « Pendant ce mois de septembre, on est un peu au four et au moulin, mais c’est une belle effervescence. »

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©tourcrib
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Une action ouverte à tous les publics

Proposé gratuitement, sur réservation, et à partir de 8 ans (avec créneaux dédiés aux scolaires le vendredi), l’escape game s’adresse aux familles, aux scolaires et à tous les curieux. L’initiative s’inscrit dans une programmation plus large de la ville de Saint-Pierre pour les Journées Européennes du Patrimoine 2025 : visites guidées de la prison et du théâtre (label Ville d’art et d’Histoire mentionné sur l’affiche), chasses au trésor et jeu de piste Géogaming, ainsi que la pièce « Juste seul, Cyparis » de Jean-Camille Sormain.

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©Ville de Saint-Pierre Martinique

Redonner du sens au patrimoine pierre par pierre

Au-delà de l’événement, l’escape game “Sauve qui peut” illustre un tournant dans la manière d’aborder la médiation patrimoniale : non plus comme une simple transmission verticale, mais comme une aventure collective et participative.

En invitant les visiteurs à observer, questionner, chercher et comprendre, le service patrimoine de Saint-Pierre réussit à faire dialoguer la mémoire de la catastrophe de 1902 avec les enjeux contemporains de transmission. Le jeu, ici, n’est pas un divertissement détaché du réel : il devient le vecteur d’un lien entre générations, entre architecture et émotion, entre passé et regard présent.

En conclusion, Manon Kouby résume l’esprit de cette démarche avec simplicité :

« Venez nombreux. Les Journées européennes, c’est un temps fort, mais nous accueillons le public toute l’année. Il suffit d’un appel ou d’un mail, et on répond toujours présent. »

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©Riba

Un patrimoine au service de la mémoire collective

À l’occasion des Journées européennes du patrimoine 2025, le Musée Frank Perret a ouvert ses portes en visite libre. Situé au cœur de Saint-Pierre, ce lieu unique témoigne de l’éruption de la montagne Pelée le 8 mai 1902, événement qui a provoqué la destruction quasi totale de la ville et la mort d’environ 28 000 personnes.

Fondé en 1933 par le volcanologue américain Frank Alvord Perret, le musée est le plus ancien de la Martinique. Sa mission est claire : transmettre l’histoire d’une cité disparue, autrefois surnommée le Petit Paris des Antilles. Le Musée Frank Perret ne se limite pas à présenter des vestiges : il incarne la mémoire d’une population frappée par une tragédie soudaine et universellement connue.

Musée Frank Perret

Une rénovation qui relie architecture et histoire

Après plusieurs décennies d’existence, le Musée Frank Perret a été rénové en profondeur. En 2018, une délégation de service public a été confiée à la Fondation Clément, seule candidate retenue pour ce projet. Le bâtiment a rouvert ses portes le 8 mai 2019, date symbolique, après des travaux menés par l’architecte Olivier Compère.

L’édifice se distingue par une esthétique sobre et évocatrice : la façade en bois brûlé, conçue selon la technique japonaise du shou-sugi-ban, fait écho à la ville de Saint-Pierre, incendiée et recouverte de cendres après l’éruption. L’intérieur, désormais climatisé et structuré, offre une muséographie claire et moderne. L’ancien espace unique a été transformé en trois salles thématiques, permettant une lecture plus fluide de l’histoire : la ville avant la catastrophe, le moment de l’éruption et la reconstruction après 1902.

Cette architecture volontairement sombre, qui rappelle les stigmates laissés par le volcan, confère au lieu une atmosphère de recueillement et de transmission. Le Musée Frank Perret est à la fois un lieu scientifique, pédagogique et mémoriel.

Musée Frank Perret
Musée Frank Perret

Le mémorial, cœur symbolique du parcours

Au centre du parcours, le mémorial des victimes occupe une place essentielle. Cette salle rassemble plus de 7 000 noms identifiés, gravés pour perpétuer le souvenir de celles et ceux disparus le 8 mai 1902. Si le nombre exact de victimes est estimé à 28 000, cette inscription nominative permet de redonner une dimension humaine à la catastrophe.

Le Musée Frank Perret abrite également une collection d’environ 432 objets : vestiges calcinés, céramiques, verres fondus, documents historiques et photographies anciennes. Ces pièces, souvent retrouvées dans les ruines, illustrent la brutalité de l’éruption et la vie quotidienne de Saint-Pierre avant sa disparition.

Musée Frank Perret
Musée Frank Perret
Musée Frank Perret
Musée Frank Perret
Musée Frank Perret
Musée Frank Perret
Musée Frank Perret

Les Journées du patrimoine, moment de transmission

Les Journées européennes du patrimoine constituent un rendez-vous incontournable pour l’équipe du musée. Selon les responsables, cette édition a permis à des publics variés de franchir les portes : des visiteurs qui n’avaient jamais vu le lieu, et d’autres qui sont revenus accompagnés de proches. L’affluence a été renforcée par une météo favorable le deuxième jour, contrastant avec les averses du premier.

Le message est clair : le Musée Frank Perret appartient autant aux Martiniquais qu’aux visiteurs de passage. Il s’agit d’un patrimoine commun, qui appelle chacun à se souvenir et à comprendre.

Musée Frank Perret
Musée Frank Perret

Labels et reconnaissance officielle

Le musée bénéficie depuis 2004 de l’appellation “Musée de France”, qui garantit la qualité scientifique de ses collections et leur bonne conservation. Il est aujourd’hui l’un des musées martiniquais à disposer de ce statut, aux côtés du Musée du Père Pinchon ou encore de la Maison de la Canne.

La ville de Saint-Pierre, quant à elle, est labellisée “Ville d’art et d’histoire” depuis 1990, renforçant le rôle du musée comme institution de référence pour la mémoire patrimoniale. Ces labels témoignent de l’importance du lieu au niveau national et de son rôle dans la transmission du patrimoine martiniquais.

Musée Frank Perret
Musée Frank Perret

Un lieu qui conjugue passé et avenir

En inscrivant sa visite dans le cadre des Journées européennes du patrimoine, le Musée Frank Perret rappelle l’importance de relier l’histoire et la modernité. Son architecture contemporaine, son contenu scientifique rigoureux et son dispositif muséographique en font un musée exemplaire.

À travers ses collections et son mémorial, il ne s’agit pas seulement de se souvenir : il s’agit aussi de réfléchir à la fragilité des sociétés face aux catastrophes naturelles et à la nécessité de transmettre cette mémoire.

Le Musée Frank Perret reste ainsi un lieu essentiel de la Martinique : un espace d’histoire, de recueillement et de pédagogie qui, plus d’un siècle après la catastrophe, continue de parler aux générations présentes et futures.

Musée Frank Perret
Musée Frank Perret

Une visite commentée pour redécouvrir Fort-de-France

Le samedi 20 septembre 2025, dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine, l’association Abitē a guidé le public au cœur de Fort-de-France pour une visite commentée consacrée au modernisme. Pendant plus de deux heures, les participants ont parcouru les rues de la capitale martiniquaise, découvrant des bâtiments emblématiques du mouvement moderne, entre innovations architecturales, récits historiques et interrogations sur l’avenir de ce patrimoine.

Journées Européennes du Patrimoine
Journées Européennes du Patrimoine

L’immeuble Antilles de Louis Caillat

Le parcours lors des Journées Européennes du Patrimoine débute devant l’Immeuble Antilles, au 42-44 rue Garnier-Pagès. Construit en 1955 par l’architecte Louis Caillat pour le groupe Monplaisir, cet ensemble de sept étages est l’un des premiers bâtiments résidentiels modernes de la Martinique.

Pensé dans la lignée des expérimentations de Le Corbusier, il associe commerces, bureaux et logements. Ses deux ascenseurs, rarissimes à l’époque, ses passerelles aérées, ses « vérandas » d’entrée et ses brise-soleil témoignent de l’adaptation des principes modernistes au climat tropical. Orienté de façon à capter les alizés, l’immeuble propose une ventilation naturelle des appartements et des vues cadrées sur la rade et la cathédrale. Une étape marquante de ces Journées Européennes du Patrimoine en plein cœur de Fort-de-France.

Journées Européennes du Patrimoine
Journées Européennes du Patrimoine
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De la BDAF à l’immeuble Merlande : les premières audaces modernes

En avançant dans la ville, la visite s’arrête devant l’ancien siège de la Banque de Développement des Antilles Françaises (BDAF). Construit en 1931 (Banque de la Martinique, future BDAF), il est souvent cité comme un exemple précoce de modernisme à Fort-de-France, même si ses façades ont subi plusieurs remaniements.

Journées Européennes du Patrimoine
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Plus loin, l’Immeuble Merlande marque un tournant commercial. Construit pour accueillir le grand magasin Au Printemps, puis devenu Galeries Lafayette, il incarne l’émergence d’une modernité urbaine tournée vers la consommation. Sa toiture-terrasse, conçue comme un espace utilisable, illustre l’innovation du modernisme : transformer le toit en « cinquième façade ». C’est dans cette continuité que les Journées Européennes du Patrimoine ont rappelé l’importance de conserver la mémoire commerciale de la ville.

Journées Européennes du Patrimoine
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Plein Ciel et les façades ventilées

L’Immeuble Plein Ciel, rue Victor-Schœlcher, présente une autre typologie : commerces au rez-de-chaussée, parking intégré, bureaux et logements aux étages. Ses brise-soleil protègent la façade ouest, tandis que le côté donnant sur la Savane est plus fermé. Endommagé lors du séisme de 2007, l’immeuble a été renforcé par une structure métallique, modifiant son apparence initiale.

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À proximité, un autre bâtiment attire l’attention. Connue comme l’immeuble Mansour Chaussures, sa façade est rythmée de reliefs en béton qui servent aussi de ventilation naturelle. En hauteur, les initiales « LC » correspondent au promoteur qui l’a financé, et non à un architecte. Claustras et menuiseries en bois d’origine rappellent le souci d’adapter le modernisme aux ressources locales, un message que les Journées Européennes du Patrimoine ont choisi de mettre en avant.

Journées Européennes du Patrimoine
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un rare exemple de l'architecture brutaliste

Rue Victor-Schœlcher, la visite marque une pause devant la Maison des Combattants. Érigé dans les années 1970-1980, ce bâtiment illustre la tendance brutaliste, avec son béton brut et ses formes massives. Peu représenté en Martinique, ce style reste un témoignage précieux d’une époque architecturale internationale. Sa mise en lumière durant les Journées Européennes du Patrimoine souligne combien ce patrimoine discret mérite d’être reconnu.

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L’église du Christ-Roi de Bethléem : foi et modernité

L’Église du Christ-Roi de Bethléem, construite dans les années 1960 par l’architecte Maurice de Lavigne Sainte-Suzanne, est un jalon majeur. Inspirée par les travaux d’Oscar Niemeyer et marquée par les réformes du concile Vatican II, elle traduit l’esprit d’ouverture liturgique dans une architecture tropicale : brise-soleil et jeux de lumière colorée.

Journées Européennes du Patrimoine

Si des interventions récentes (menusieries et fermetures ajoutées dans les années 1990) ont altéré sa pureté initiale, l’église demeure un joyau du modernisme religieux martiniquais. Sa présentation lors de ces Journées Européennes du Patrimoine a suscité une forte émotion chez les visiteurs.

Juste à côté, la Mutualité attire aussi l’attention. Cet édifice, marqué par les influences de l’art déco et du modernisme, constitue un exemple de bâtiment social emblématique des années 1950, pensé pour incarner solidarité et progrès.

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La Rotonde et l’Hôtel Impératrice : deux symboles face à face

Le long de la rue de la Liberté, la visite s’arrête devant La Rotonde. Conçu par Louis Caillat en 1942, ce bâtiment de bureaux a été entièrement réhabilité pour devenir le siège du Crédit Agricole. Sous la direction de l’architecte Bernard Leclercq, la structure a été reconstruite à l’identique et surélevée. Ce projet est présenté comme un modèle : préserver les fondations et adapter plutôt que démolir.

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Un peu plus loin, l’Hôtel Impératrice, construit dans les années 1940-1950 par la famille Glaudon, illustre le modernisme balnéaire. Ses grandes terrasses ouvertes sur la mer, ses balcons et sa ventilation naturelle rappellent l’âge d’or de la touristification caribéenne. Dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine, ce monument a été perçu comme un symbole d’ouverture de Fort-de-France sur le monde.

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La direction de la mer et l'hôtel de la Collectivité Territorial de Martinique à Fort-de-France

Le guide a insisté sur la place du béton dans l’urbanisme caribéen : matériau qui a permis une véritable révolution constructive, mais aussi source majeure d’émissions de CO₂. Cette halte a permis de rappeler la nécessité, aujourd’hui, de diversifier les matériaux, d’intégrer davantage le bois et le métal, et de concevoir une ville plus durable et plus respectueuse de son environnement.

Journées Européennes du Patrimoine
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L’ancienne Poste : un géant en attente

Journées Européennes du Patrimoine

Non loin, l’Ancienne Poste, fermée depuis le séisme de 2007, s’impose par sa masse. Avec près de 3 000 m² de surface utile, le bâtiment suscite de vifs débats. Pour l’association Abitē, la solution est claire : plutôt que de détruire et générer des tonnes de déchets, il faudrait engager une réhabilitation parasismique, moins coûteuse et plus respectueuse de l’environnement. Un message en parfaite résonance avec l’esprit des Journées Européennes du Patrimoine, qui invitent à repenser l’avenir de notre patrimoine.

La Maison des Syndicats

La visite a également intégré la Maison des Syndicats, œuvre de l’architecte Marcel Salasc construite en 1948. Toujours utilisée pour sa fonction d’origine, elle incarne la continuité d’un bâtiment moderniste demeuré vivant au cœur de la ville.

Journées Européennes du Patrimoine
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L’Imprimerie Officielle : un adieu amer

La visite s’achève devant l’Imprimerie Officielle, construite en 1936 par l’ingénieur Donat Honoré. Destinée à imprimer les documents administratifs de l’État, elle abritait ateliers, bureaux, galeries de stockage et la maison du directeur.

Labellisé Architecture contemporaine remarquable, le bâtiment est pourtant promis à la démolition dans les jours qui suivent la visite. Un projet de rond-point doit prendre sa place. Pour l’association Abitē, la perte est immense : ce site aurait pu devenir une maison des écrivains, un musée de la ville ou un espace citoyen. La photo de groupe finale, prise devant sa façade, scelle un adieu collectif à un témoin majeur du patrimoine moderne, rappelant que chaque édition des Journées Européennes du Patrimoine est aussi un moment de vigilance.

Journées Européennes du Patrimoine
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Héritage moderniste et avenir de la ville

De l’immeuble Antilles à l’Imprimerie Officielle, cette visite commentée a révélé la richesse et la fragilité du patrimoine moderniste de Fort-de-France. Chaque arrêt racontait à la fois une époque et une question pour aujourd’hui : faut-il préserver, réhabiliter ou démolir ?

À travers les récits de Louis Caillat, Maurice de Lavigne Sainte-Suzanne ou Donat Honoré, la capitale martiniquaise dévoile un visage méconnu, celui d’une modernité tropicale inventive. Plus qu’un parcours architectural, la visite posait une question : quel avenir donner à ces architectures qui ont façonné la ville et qui pourraient encore la nourrir demain ?

Et c’est bien tout l’esprit des Journées Européennes du Patrimoine : marcher, observer, débattre et, surtout, transmettre.

À l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine 2025, la Martinique a mis en lumière un lieu singulier : Habitation Beauséjour, située à Grand-Rivière. Entre distillerie artisanale et jardin botanique exceptionnel, ce domaine familial a illustré la richesse patrimoniale de l’île, à la croisée de l’histoire, de l’agriculture et de la transmission culturelle.

Un domaine marqué par l’histoire

L’Habitation Beauséjour plonge ses racines au XIXᵉ siècle. Comme l’a rappelé le propriétaire actuel, Jean-Louis de Lucy :

« C’est une propriété d’abord très ancienne, puisqu’elle remonte à début du XIXe siècle dans son état actuel. »

Jean-Louis de Lucy
Jean-Louis de Lucy

Après une longue interruption, la distillerie a retrouvé vie en 2020. « Nous avons redémarré la distillerie en 2020 avec un système de distillation par alambic » a-t-il expliqué.  Ce redémarrage a symbolisé la volonté de préserver une tradition artisanale fidèle à l’esprit des vieilles maisons créoles.

Habitation Beauséjour
Habitation Beauséjour
Habitation Beauséjour
Habitation Beauséjour

La renaissance d’une distillerie artisanale

L’Habitation Beauséjour fait le pari d’une production intimement liée au terroir. « Nous avons… de la canne à sucre qui se trouve sur l’exploitation, à moins de 500 mètres. Ce sont des parcelles entièrement récoltées à la main », a précisé le maître de chai, Marin Bressac, fraîchement arrivé dans l’équipe.

Trois variétés de canne sont cultivées : la canne vanille, plus fine et sucrée, ainsi que les traditionnelles cannes rouge et bleue. « Dans les différentes parcelles, nous avons trois variétés… la canne vanille… la canne rouge et la canne bleue », a détaillé Marin Bressac. Chaque jour, une tonne de canne est broyée, donnant environ 800 litres de jus.

Marin Bressac
Marin Bressac

Le choix de la distillation en alambic constitue un marqueur fort. « Notre particularité… c’est la distillation en alambic », a souligné Marin Bressac, là où la majorité des rhums de la Caraïbe sont distillés en colonne. Cette méthode donne naissance à un rhum, produit à seulement 20 000 bouteilles par an.

Habitation Beauséjour
Habitation Beauséjour
Habitation Beauséjour
Habitation Beauséjour

Des cuvées variées et soignées

À l’Habitation Beauséjour, la gamme reflète une recherche d’authenticité. Les rhums blancs sont vieillis en cuve inox, tandis que les rhums vieux bénéficient de barriques variées. « En barrique, nous avons des barriques neuves et des barriques plus vieilles… utilisées pour du vin rouge, du vin blanc, du cognac, de l’armagnac », a expliqué Marin Bressac.

Les âges parlaient d’eux-mêmes : « Notre VO a minimum 3 à 4 ans… le VSOP environ 4 à 6 ans », a-t-il ajouté. L’usage combiné de fûts jeunes, apportant rondeur et boisé, et de fûts de second remplissage issus d’autres vins et spiritueux, offre une large palette d’arômes allant du fruit mûr aux épices douces.

Habitation Beauséjour
Habitation Beauséjour

Un jardin botanique exceptionnel

L’autre richesse de l’Habitation Beauséjour réside dans son vaste jardin. « …un vaste jardin d’environ deux hectares et demi, habité par plus de 400 variétés de plantes et de fleurs, ce qui en fait le jardin le plus varié de l’Amérique », a souligné Jean-Louis de Lucy.

Cette biodiversité, rare dans la Caraïbe, forme un écrin patrimonial où la nature dialogue avec l’histoire créole. Les visiteurs ont pu profiter de cette ouverture exceptionnelle lors des Journées Européennes du Patrimoine.

Habitation Beauséjour
Habitation Beauséjour
Habitation Beauséjour
Habitation Beauséjour

Un lieu de visite et de partage

L’Habitation Beauséjour a accueilli un large public lors de cette édition 2025. Comme l’a précisé Jean-Louis de Lucy, « nous ouvrons les jardins au public à deux reprises par an : début juin pour les Journées au Jardin et courant septembre pour les Journées du Patrimoine ». Tout au long de l’année, la distillerie reste accessible, mais les grands jardins ne s’ouvrent qu’à ces deux moments privilégiés. À Grand-Rivière, ce rendez-vous a attiré aussi bien des visiteurs locaux que des étrangers. « Nous vendons quasiment la totalité sur le marché local… nous n’avons pas besoin d’exporter », a-t-il ajouté, soulignant l’ancrage artisanal et martiniquais du domaine.

Habitation Beauséjour
Habitation Beauséjour
Habitation Beauséjour
Habitation Beauséjour

Les Journées Européennes du Patrimoine ont mis en lumière un lieu unique où l’histoire, la nature et l’artisanat se sont rencontrés. L’Habitation Beauséjour s’impose comme une transmission vivante du patrimoine rhumier et botanique de la Martinique. Entre le rhum d’exception et la richesse végétale, ce domaine offre aux visiteurs une expérience rare, confirmant la place essentielle des habitations créoles dans le paysage culturel caribéen.

Habitation Beauséjour
Habitation Beauséjour
Habitation Beauséjour
Habitation Beauséjour
Habitation Beauséjour

Le Pont de Grand Rivière a été mis à l’honneur lors des Journées Européennes du Patrimoine 2025, consacrées cette année au patrimoine architectural. Situé à l’extrême nord de la Martinique, dans la commune de Grand-Rivière connue aussi sous le nom de Gorivia, « le bout du bout » il a accueilli une visite  qui a bouleversé autant les habitants que les visiteurs. Cet ouvrage, construit dans les années 1960, n’est pas qu’un simple pont : il incarne la mémoire d’un village longtemps isolé, et le courage d’hommes et de femmes qui ont bâti leur avenir de leurs propres mains.

Un village entre rivières et falaises

Depuis le XVIIᵉ siècle, Grand-Rivière a été perçu comme un lieu difficile d’accès. Le père Labat, venu y célébrer la messe en 1694, parlait déjà d’un endroit « coup de gorge », enfermé entre rivières et falaises. Pourtant, cette situation a façonné une identité singulière. On raconte qu’aller à Fort-de-France, c’était « voyager », tant le trajet prenait du temps et demandait d’efforts. L’expression est restée, comme une fierté discrète d’appartenir à un territoire à part.
Dès 1640, les registres signalent la première habitation, appelée plus tard Boséjou. Cette date marque le début d’un territoire organisé, malgré l’isolement et la rudesse des lieux.

Pont de Grand Rivière
Pont de Grand Rivière

Avant le pont : pavés et patience

Bien avant les grands travaux, la sortie de Grand-Rivière passait par la route de Mòngraji : 2,5 kilomètres escarpés, souvent boueux, qu’il fallait parfois plus d’une heure pour franchir. Les hommes et les femmes avaient pavé ce chemin de pierres portées dans des paniers, pierre après pierre. Cette patience et cette endurance sont déjà le reflet d’un peuple qui n’a jamais reculé devant la difficulté.

Pont de Grand Rivière
Pont de Grand Rivière

Le chantier de tous les habitants

En 1962, le projet de construire le Pont de Grand Rivière commence. Le chantier est confié à l’entreprise Achille (pour les piliers en béton) et aux frères Pendavoine de Lille (pour la charpente métallique). Mais ce qui marque les mémoires, c’est que tout le village a participé.

Les jeunes hommes deviennent ouvriers. Les femmes pavent les routes, portent les pierres sur leur tête dans des paniers carahibes. Les enfants montent chaque midi le repas à leurs pères sur le chantier. Les piliers sont coulés sans interruption pendant 24 heures, et les matériaux remontés par la route escarpée. Chaque geste, chaque souffle a compté.

Un cahier des charges prévoyait une révision tous les dix ans de la structure, preuve du sérieux du projet. Mais l’histoire a aussi ses imprévus : la société Pendavoine, qui fournissait la charpente métallique, subira des difficultés après la guerre du Biafra, épisode que les anciens racontent encore.

En 1964, le Pont de Grand Rivière est terminé. Long de 70 mètres, haut de 6 mètres, large de 3,40 mètres, il peut supporter jusqu’à 30 tonnes. Sa structure métallique, surnommée par les habitants la « Tour Eiffel couchée », est conçue pour résister aux secousses et même aux tremblements de terre. Une prouesse technique pour l’époque, mais surtout un symbole humain.

Pont de Grand Rivière
Pont de Grand Rivière

Un pont sans inauguration, mais pas sans mémoire

Fait marquant : le Pont de Grand Rivière n’a jamais été inauguré officiellement. Pas de ruban, pas de discours. Pourtant, chaque famille garde une histoire liée à sa construction. Certains ouvriers partaient chaque matin sans savoir s’ils rentreraient le soir. D’autres se souviennent d’un chauffeur de taxi, découvrant l’ouvrage pour la première fois, qui demanda en créole : « Ki diab ki fè pont ta la ? » (Quel diable a réalisé ce pont ?). Et l’un des bâtisseurs, présent sur une photo d’époque, répondit en montrant ses mains : « Mi diable la ki fè sa » (Voilà le diable qui a fait ça).

Aujourd’hui encore, une cinquantaine de noms sont recensés comme ceux des bâtisseurs. Ce ne sont pas seulement des ouvriers : ce sont des visages, des familles, des récits qui font battre le cœur du Pont de Grand Rivière.

Pont de Grand Rivière

Le peuple de l’eau

Grand-Rivière est appelée le « peuple de l’eau ». Ici, les maisons sont construites directement dans le lit de la rivière, autour des pierres au lieu de les déplacer. C’est un savoir hérité des Kalinagos : vivre avec l’eau plutôt que contre elle. Le Pont de Grand Rivière s’inscrit dans cette logique : il n’est pas qu’une construction d’acier, il est le prolongement de cette relation intime entre la rivière, la mer et les habitants.

Sauvé par les regards, protégé par la mémoire

Il y eut un temps où l’on parla de détruire le pont pour en construire un autre. Ce qui l’a sauvé ? Les photos. Le Pont de Grand Rivière est devenu l’un des sites les plus photographiés de Martinique. Les images, diffusées partout, ont protégé ce patrimoine. Aujourd’hui, il est toujours debout, parfois illuminé la nuit de manière douce, sans déranger la faune alentour.

Pont de Grand Rivière
Pont de Grand Rivière

Pourquoi il faut venir à Grand-Rivière ?

Venir à Grand-Rivière, c’est comprendre ce que signifie « bâtir ensemble ». C’est marcher sur le Pont de Grand Rivière, qui ne relie pas seulement deux rives, mais aussi des générations. C’est sentir sous ses pas l’histoire d’un village qui a transformé son isolement en force.

Le Pont de Grand Rivière n’est pas qu’un passage : c’est une mémoire vivante, un héritage transmis avec fierté, et un appel à respecter la beauté des choses construites avec courage et solidarité.

Pont de Grand Rivière
Pont de Grand Rivière

Une rencontre emblématique des Journées Européennes du Patrimoine

Le vendredi 19 septembre 2025, la Bibliothèque Schoelcher de Fort-de-France a accueilli la conférence « Patrimoine en mouvement à l’air du numérique ». Inscrite dans le cadre des JEP 2025 consacrées au patrimoine architectural, la rencontre s’est tenue en prolongement de l’exposition Bibliotech, présentée du 6 au 27 septembre par Georges-Emmanuel Arnaud, créateur d’images fixes et animées.

Monument classé en 1973, la Bibliothèque Schoelcher n’a pas seulement offert un décor symbolique. Elle est devenue un espace de dialogue entre passé et futur, entre patrimoine historique et innovations numériques. L’événement, gratuit et ouvert à tous, a attiré un public varié : étudiants, chercheurs, passionnés de culture et représentants institutionnels. Les JEP 2025 ont ainsi permis de croiser un lieu emblématique avec une réflexion tournée vers l’avenir.

Un parcours singulier au service de l’image et du patrimoine

Originaire du Vauclin, Georges-Emmanuel Arnaud revendique une identité multiple. Photographe de formation, il a évolué dans l’univers de la mode pendant plus de quinze ans, travaillant pour Dior, Chanel ou Armani. Il signe alors ses images sous le pseudonyme “Damage”, anagramme de son nom, avant de revenir en Martinique pour se consacrer à une démarche plus personnelle.

Il se définit comme un “technicien-artiste”, précisant : « J’essaie d’avoir un propos et de mettre toutes ces techniques que je maîtrise au service de cette démarche. »

Explorant tour à tour la photographie, la vidéo, la retouche et la sculpture en bronze, il s’est attaché au thème du corps monstrueux, interrogeant les différences, le handicap et la fragilité humaine. En hommage à sa fille Kénia, il fonde le Studio Caria, laboratoire d’expérimentation artistique et numérique. Ces expériences, désormais partagées à travers les JEP 2025, donnent à son travail une résonance particulière.

JEP 2025

Le numérique comme levier de transmission

Depuis vingt ans, Georges-Emmanuel Arnaud s’investit dans la valorisation du patrimoine par le numérique. À travers son association Anisotropie, il a initié des projets novateurs :

  • – Séquence Éphémère : enregistrer par motion capture les gestes traditionnels (bèlè, ladja, pratiques agricoles, gestes culinaires) afin de créer des archives vivantes et comparatives avec d’autres cultures caribéennes et africaines.
  • – Archéologie Caraïbes : une plateforme numérique où les objets archéologiques sont accessibles en 3D, accompagnés de notices multilingues et de podcasts.
  • – Nécropole : un projet de numérisation des cimetières du Vauclin, qui relie tombes, archives familiales et photographies anciennes pour bâtir une mémoire généalogique partagée.

Ces initiatives sont rendues possibles grâce au soutien de la Direction des Affaires Culturelles, qui a financé du matériel de motion capture.

Pour Georges-Emmanuel Arnaud, l’enjeu est clair :
« Le numérique est là pour nous permettre de nous projeter dans le monde de demain. »

Là encore, les JEP 2025 offrent une scène idéale pour démontrer comment innovation et mémoire peuvent s’articuler.

Une conférence au croisement du patrimoine et de l’innovation

Durant près de deux heures, l’orateur a mêlé récit personnel, démonstrations techniques et réflexions philosophiques. Des images et séquences ont illustré ses propos, permettant de comprendre comment un geste, une voix, une sculpture ou un site pouvaient devenir archive grâce aux technologies numériques.

Le slogan « Patrimoine en mouvement à l’air du numérique » a pris tout son sens lorsque furent évoquées la numérisation des roches gravées de Montravail, l’analyse des gestes en cuisine, la prévention des risques professionnels par la motion capture ou encore la reconstitution en 3D de la Bibliothèque Schoelcher elle-même. L’artiste a rappelé que des technologies similaires avaient permis la restauration de Notre-Dame de Paris après l’incendie.

Il a également mentionné sa collaboration avec John Dauer, réalisateur associé au jeu GTA, venu en résidence en Martinique pour expérimenter l’usage du numérique dans un cadre patrimonial. Une preuve que les compétences locales peuvent entrer en résonance avec des expertises internationales. Ces exemples concrets, partagés dans le cadre des JEP 2025, montrent la puissance des croisements entre cultures et disciplines.

JEP 2025

Un espace de dialogue avec le public

La conférence n’a pas été un simple monologue. Le public a largement participé, posant des questions sur la conservation des sites, l’usage des archives personnelles ou l’avenir des rituels funéraires. Ces échanges ont mis en lumière le projet Nécropole, qui relie mémoire individuelle et mémoire collective à travers la numérisation des cimetières.

La discussion a aussi porté sur la définition du patrimoine : doit-il être limité aux monuments et aux objets, ou inclure les gestes, les sons, les voix ? La réponse de Georges-Emmanuel Arnaud fut sans équivoque : le patrimoine est vivant, en perpétuel mouvement, et doit être compris avant d’être reproduit. Cette réflexion a donné à la conférence une intensité qui restera comme l’un des apports essentiels des JEP 2025 en Martinique.

JEP 2025

Les JEP 2025 comme catalyseur institutionnel et citoyen

La tenue de cette conférence dans le cadre des JEP 2025 a mis en évidence la coopération entre institutions, associations et citoyens. La Direction des Affaires Culturelles, la Collectivité Territoriale de Martinique, les équipes de la Bibliothèque Schoelcher, mais aussi d’autres partenaires comme Anisotropie, Armada, 150mètres d’altitude, Zeesmind, Seize mètres carrés ont permis la réalisation de l’événement.

Georges-Emmanuel Arnaud a souligné la valeur de cette dynamique collective : « Ce sont du privé, du public, de l’humain, de l’humain et encore de l’humain. »

Il a aussi rappelé, avec une pointe critique, le manque d’accompagnement durable de certaines instances, tout en insistant sur la responsabilité citoyenne  : « L’avenir de notre territoire et l’avenir de nos patrimoines ne reposent que sur nous. »

Les JEP 2025 apparaissent ainsi comme un moment privilégié pour mettre en avant ce dialogue institutionnel et citoyen, indispensable à la valorisation des patrimoines.

Un message fort à la jeunesse

Au-delà des technologies, Georges-Emmanuel Arnaud a adressé un message direct aux jeunes générations :
« Il faut avoir une connexion Internet. Il faut se connecter sur YouTube et apprendre. (…) Apprendre, c’est notre seul devoir en tant qu’être humain. »

Convaincu que l’accès à la connaissance est universel, il invite chacun à s’emparer des ressources libres, à développer ses compétences et à contribuer à la transmission. Lui-même se rend disponible pour accompagner ceux qui souhaitent progresser.

Et de conclure sur une formule marquante : « Il faut miser sur les humains et ne pas miser sur les moyens. »

Ces propos, partagés lors des JEP 2025, résonnent comme un appel à l’engagement et à l’autonomie.

JEP 2025

Un patrimoine en mouvement, de la Martinique au monde

La conférence « Patrimoine en mouvement à l’air du numérique » ne s’est pas limitée à la Martinique. Elle a ouvert des perspectives caribéennes et internationales.

À travers ses projets, Georges-Emmanuel Arnaud relie la Martinique aux autres îles de la Caraïbe et à l’Afrique. La capture de danses ou de pratiques agricoles permet d’établir des comparaisons interculturelles, de tisser des liens entre continents et d’inscrire le patrimoine local dans un horizon global.

Plus largement, cette réflexion rejoint des enjeux mondiaux : comment préserver des héritages menacés par le changement climatique, l’érosion ou l’oubli ? Comment transmettre des savoirs immatériels dans un monde de plus en plus numérique ?

La Martinique, à travers cette conférence inscrite dans les JEP 2025, a montré qu’elle pouvait être un laboratoire de réponses.

Un temps fort des JEP 2025 en Martinique

En articulant mémoire, innovation et engagement citoyen, la conférence « Patrimoine en mouvement à l’air du numérique » a marqué un moment fort des JEP 2025.

Elle a rappelé que le patrimoine ne doit pas être figé, mais reconnu comme une ressource vivante, en constante évolution. Grâce au numérique, il devient possible non seulement de le préserver, mais aussi de l’ouvrir à de nouveaux horizons, de la Caraïbe au reste du monde.²

Plus largement, cette réflexion rejoint des enjeux mondiaux : comment préserver des héritages menacés par le changement climatique, l’érosion ou l’oubli ? Comment transmettre des savoirs immatériels dans un monde de plus en plus numérique ?

La Martinique, à travers cette conférence inscrite dans les JEP 2025, a montré qu’elle pouvait être un laboratoire de réponses.

Une visite pas comme les autres pour les jeunes de Sciences Po

Le 20 septembre 2025, à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine (JEP 2025), placées cette année sous le thème de “Patrimoine des itinéraires, Patrimoine architectural”, les portes de la Préfecture de la Martinique se sont ouvertes à un groupe d’étudiants en Sciences Politiques.

Guidés par Florence Declaveillere, Architecte des Bâtiments de France et cheffe de l’Unité de l’Architecture et du Patrimoine / Conservation des Monuments Historiques à la DAC Martinique, ces jeunes ont exploré bien plus qu’un simple lieu administratif. Ils ont plongé dans l’histoire d’un bâtiment exceptionnel, au croisement de l’identité locale, du pouvoir régalien et de l’art de construire en milieu tropical lors du JEP 2025.

JEP 2025

L’État en partage : un échange privilégié avec le Préfet

Au cœur de cette visite, un moment marquant : la découverte de la préfecture ainsi que le bureau du Préfet, suivie d’un temps d’échange dans l’une des salles de réunion de la préfecture. Un lieu habituellement réservé aux décisions officielles, ouvert ici à la curiosité et aux questions d’une jeunesse engagée.

JEP 2025

Les étudiants ont pu poser leurs questions sur le rôle du représentant de l’État, les enjeux de la gouvernance locale ou encore les métiers de l’administration publique. Un temps d’échange chaleureux et inspirant, ponctué par une photo collective, qui donne un visage humain à l’institution.

Avant ce temps d’échange institutionnel, les étudiants avaient exploré la préfecture et découvert les clés de son architecture grâce aux explications de Florence Declaveillere, dans le cadre des JEP 2025.

JEP 2025

Un monument de l'histoire martiniquaise

Construit entre 1923 et 1928 par l’architecte Jules Germain Olivier, le bâtiment principal de la préfecture succède à un premier ensemble colonial en bois du XVIIIe siècle.

Depuis 1946, après la départementalisation, il devient le siège de la préfecture. Ce “palais” s’organise autour d’une allée d’honneur et de bâtiments administratifs annexes, pensés pour affirmer la présence de l’État en Martinique.

JEP 2025
JEP 2025

Une architecture tropicale et majestueuse

Inspiré du Petit Trianon et de l’architecture haussmannienne, l’édifice adopte un style néoclassique tropicalisé. Façade symétrique, ordres architecturaux superposés (dorique et ionique), large escalier d’honneur, toitures à quatre pentes : tout est pensé pour conjuguer esthétique, fonctionnalité et adaptation au climat.

Les grandes persiennes en bois, les galeries couvertes et la ventilation naturelle assurent un confort sans artifices modernes. Les portes en ferronnerie Art Déco et les décors en stuc renforcent la valeur patrimoniale de l’ensemble. C’est précisément ce type d’ingénierie patrimoniale que les JEP 2025 mettent en lumière, en rappelant la richesse des architectures adaptées aux climats tropicaux.

JEP 2025

Un symbole de l’État, mais aussi du peuple

Lieu de pouvoir, la préfecture est aussi un témoin d’événements majeurs de l’histoire locale : l’éruption de la Montagne Pelée, les expositions agricoles des années 1920, ou encore les célébrations du tricentenaire du rattachement à la France en 1935.

En 1990, le bâtiment est officiellement inscrit Monument Historique. Il devient alors un objet de mémoire, à la fois institutionnel et culturel. Les JEP 2025 rappellent aussi ce rôle de transmission : comprendre l’histoire d’un lieu pour mieux en saisir la valeur collective.

JEP 2025

Problèmes tropicaux, solutions patrimoniales

Comme tout bâti ancien en milieu tropical, la préfecture doit faire face aux termites, cyclones, séismes ou encore à l’érosion du temps. Plusieurs rénovations ont été menées, notamment en 1996, 2013, et après l’incendie de la salle Félix Éboué.

Mais conserver ne suffit pas. Il faut aussi adapter : rendre accessible, sécuriser, moderniser tout en respectant l’âme du lieu. C’est ce que Florence Declaveillere transmet aux étudiants : la conservation patrimoniale, ce n’est pas figer, c’est faire vivre, un principe au cœur des JEP 2025.

JEP 2025
JEP 2025

Un patrimoine pour aujourd’hui et demain

Cette immersion dans les coulisses d’un lieu de pouvoir aura permis aux étudiants de découvrir un patrimoine fonctionnel et symbolique, où chaque détail architectural raconte un morceau d’histoire.

La préfecture de Martinique n’est pas figée dans le passé : elle continue de se transmettre, s’adapter, et inspirer. Une leçon de patrimoine vivante, à la hauteur des ambitions portées par les Journées du Patrimoine 2025 (JEP 2025).

JEP 2025

La conférence de presse organisée dans les jardins de la Direction des affaires culturelles (DAC) a marqué la présentation du programme de la 42ᵉ édition des « Journées européennes du patrimoine en Martinique », placée cette année sous le thème « Patrimoine architectural ».

La rencontre, tenue le jeudi 18 septembre 2025 à 17h, a réuni les artistes, les partenaires et les institutions, en présence notamment de Nathalie Mons, rectrice de l’Académie de Martinique, et du cabinet d’architecture ABITE, concepteur du parcours d’exposition.À cette occasion, trois expositions ont été dévoilées : les travaux photographiques de Jean-Louis Saiz et Nicolas Derné, et l’installation de Hélène Raffestin.

Dès l’ouverture de la conférence, l’équipe organisatrice a annoncé 139 événements inscrits au programme du week-end — un chiffre mis à jour « après modération ». La journée du vendredi (veille du week-end patrimonial) est dédiée aux scolaires, sous réserve d’éventuelles perturbations liées à la grève, avec un dispositif d’accueil et de médiation spécialement pensé pour les classes et les enseignants. L’Open Agenda sert de point de ralliement pour l’ensemble des propositions sur le territoire, facilitant la mise en relation des écoles et des sites culturels dans le cadre des Journées européennes du patrimoine en Martinique.

Trois regards pour un même héritage

Jean-Louis Saiz : l’« esthétique de la rencontre »

Photographe et auteur, Jean-Louis Saiz revendique un travail « sur le réel » et sur « l’authenticité de l’image ». Sa démarche tient en une formule : « l’esthétique de la rencontre ». Il ne fait ni portrait de studio ni commande journalistique : « J’ai photographié de très grands comédiens, des réalisateurs, des danseurs, mais toujours à partir d’une rencontre singulière », confie-t-il. Son terrain d’élection ? Les quartiers populaires de Martinique, arpentés « comme une quête du bout du monde », où la photographie devient « miroir de la vie ».

Né « dans un bidonville en France », Saiz dit son attachement au peuple, son refus des présupposés racistes, et sa volonté de faire de l’image un lien humain qui révèle, à l’instant de la prise, ce qui se joue « entre deux êtres ». Sa participation aux Journées européennes du patrimoine en Martinique illustre cette volonté de mettre en avant les visages et les lieux trop souvent ignorés.

Journées européennes du patrimoine

Hélène Raffestin : révéler les singularités du bâti

Créatrice et plasticienne designer, Hélène Raffestin présente une installation nourrie de plusieurs collections qui revisitent le patrimoine architectural : carreaux de ciment de la bibliothèque Schœlcher, balcons en fer forgé du Saint-Esprit, motifs et structures d’habitations historiques (jusqu’aux grilles d’aération). « J’avais l’impression que cette beauté était noyée dans un tout. Mon travail consiste à extraire ces singularités et à les montrer sous un registre contemporain », explique-t-elle.

Entre confrontation des matériaux, couleurs et détails, sa proposition n’est pas seulement esthétique : elle invite à regarder autrement ce qui nous entoure. Sa démarche s’inscrit naturellement dans l’esprit des Journées européennes du patrimoine en Martinique, où la valorisation du bâti devient un vecteur de transmission et de fierté collective.

Journées européennes du patrimoine

Nicolas Derné : raconter les quartiers de l’intérieur

Photographe depuis plus de quinze ans en Martinique, Nicolas Derné revendique « l’énergie du moment » et l’envie de raconter des histoires. Ses images — notamment issues du livre Balade dans les quartiers en politique de la ville — proposent un regard intérieur sur des lieux trop souvent observés « d’en haut ». Pour les Journées du patrimoine, il souligne que le bâti ne se réduit pas aux façades : « Il y a de la vie dedans », dit-il, plaidant pour une réappropriation collective.

Son message résonne comme un rappel : si l’on a parfois le réflexe de tourner le regard vers l’extérieur, « le monde, lui, regarde souvent vers nous », tant la richesse du territoire est sous-estimée. Dans le cadre des Journées européennes du patrimoine en Martinique, son travail propose un récit incarné, centré sur les habitants..

Journées européennes du patrimoine

« Un héritage, un présent, un avenir » : le cadre institutionnel

Nommé le 3 février 2025, Johan-Hilel Hamel, directeur des affaires culturelles de la Martinique, pose le cadre : le patrimoine est un héritage commun, qui embrasse le passé, le présent et l’avenir. Au-delà du patrimoine bâti ou mobilier, il rappelle la fragilité du patrimoine immatériel — traditions culinaires, musicales, corporelles — et l’importance d’une politique publique de protection et de transmission.

Il met en avant la dynamique très forte des Journées en Martinique, leur fréquentation record, et le choix d’un angle large du patrimoine qui inclut, aux côtés des « grands sites », le patrimoine des quartiers populaires, le patrimoine militaire et les savoirs-faire. Dans sa perspective, les Journées européennes du patrimoine en Martinique contribuent à réconcilier les mémoires et à rassembler les citoyens autour d’une histoire plurielle.

Journées européennes du patrimoine

Points forts du programme : sites, médiations, jeunes publics

La conférence a détaillé un parcours foisonnant sur l’ensemble de l’île, dont voici quelques jalons saillants :

  • ✅ Patrimoine militaire : ouverture exceptionnelle du Fort Saint-Louis (parcours guidé, conférences de l’INRAP et de l’Association des archéologues des Petites Antilles, ateliers et rencontres avec les marins), présence de la SNSM et des autres forces. La frégate de surveillance Germinal est annoncée à la visite le samedi uniquement (accès par la capitainerie, côté terminal croisière).
  • ✅ Habitations et savoir-faire : animations, démonstrations (sculpture métallique, tambour, cérémonies, rencontres avec artisans et artistes), avec une mise en lumière du label “Entreprise du Patrimoine Vivant” pour rappeler la transmission des métiers.
  • ✅ Saint-Pierre : rallyes, escape game immersif dans l’ancienne prison (autour de Cyparis), visites commentées articulant lecture du bâti et approche historienne, chasses au trésor numériques via l’application Geogaming.
  • ✅ Fort-de-France : ateliers sur la lecture de façade et l’architecture (accueil de classes, parcours du modernisme foyalais), balades urbaines et focus sur des immeubles emblématiques (avec, parfois, un hommage à des bâtiments promis à la démolition).
  • ✅ Archéologie : rencontres et ateliers de gestes archéologiques, conférences dédiées (Anse Bélair/Bélet, Saint-Jacques, etc.), pour faire toucher du doigt la méthode et l’enquête patrimoniale.

Cette édition met l’accent sur la médiation et la pédagogie, en particulier auprès des jeunes publics : le vendredi, dédié aux scolaires, permet aux élèves de découvrir les lieux de l’intérieur, de manipuler des notions d’architecture (vocabulaire, grammaire de la façade), et de recontextualiser les architectures primitives (Ajoupa, Carbet, etc.) dans une histoire longue du territoire. Un axe essentiel des Journées européennes du patrimoine en Martinique.

Au-delà du week-end : mémoire et transmission en scène

Dans la continuité de cette valorisation du patrimoine, la conférence a donné la parole aux partenaires culturels autour d’un spectacle pluridisciplinaire porté par France-Antilles pour ses 60 ans. Pensé comme un voyage dans le temps — des premières liaisons aériennes à l’essor du zouk, en passant par des figures et des dates fortes —, le spectacle s’adresse à tous, et notamment aux jeunes, pour raviver la mémoire collective par la musique, la danse et le théâtre. La mise en scène promet un ascenseur émotionnel, alternant hommages et célébrations, pour dire ce que la Martinique est devenue. Ce prolongement illustre la volonté des Journées européennes du patrimoine en Martinique de lier patrimoine et création contemporaine.

Journées européennes du patrimoine
Journées européennes du patrimoine
Journées européennes du patrimoine
Journées européennes du patrimoine
Journées européennes du patrimoine

Un moment de partage

La présentation s’est conclue par un pot de contact à l’extérieur : un temps de rencontres informelles où artistes, médiateurs, partenaires et visiteurs ont prolongé les échanges. Dans le hall et les jardins de la DAC, les trois expositions — Saiz, Derné, Raffestin — resteront accrochées pour permettre au public de revenir, de prendre le temps et, surtout, de regarder différemment. Un geste qui s’inscrit pleinement dans l’esprit des Journées européennes du patrimoine en Martinique.

Journées européennes du patrimoine
Journées européennes du patrimoine
Journées européennes du patrimoine

Regarder autrement : une invitation

En rassemblant trois regards d’artistes et une vision institutionnelle claire, la 42ᵉ édition des Journées européennes du patrimoine en Martinique assume un pari : faire du patrimoine architectural un levier de fierté et de transmission. Les images de Jean-Louis Saiz, les écritures visuelles d’Hélène Raffestin et les récits photographiques de Nicolas Derné composent un triptyque sensible : l’humain, le détail, l’intérieur. Portée par la DAC, la programmation — 139 événements annoncés lors de la conférence — déploie, sur tout le territoire, une manière concrète de réconcilier les mémoires : par la rencontre, la médiation, l’expérience, et le soin apporté aux matières et aux gestes qui font l’âme du pays.