Guyana – Nice Time Riddim : Gucci Boss secoue la scène musicale guyanaise avec un nouveau genre

Nice Time Riddim

Nice Time Riddim est le mot d’ordre d’un bouleversement musical en cours au Guyana. Depuis le 3 avril 2025, cet album collaboratif réunit 14 artistes autour d’un projet inédit, à la croisée de la tradition et de la modernité. Porté par l’artiste et producteur Gucci Boss, avec le soutien de Donlink Juzwun Entertainment, ce disque ne propose pas seulement une série de morceaux entraînants. Il introduit un nouveau genre enraciné dans la culture guyanaise : la sporting music.

Gucci Boss, figure centrale de la création musicale au Guyana

De son vrai nom Ryan Royston Linton, Gucci Boss est un artiste reconnu pour son rôle dans le développement de la scène musicale au Guyana. Il cumule plusieurs décennies d’expérience en tant qu’auteur, interprète et producteur. Avec Nice Time Riddim, il signe un projet qui dépasse le cadre de l’industrie musicale locale. En réunissant 14 voix aux styles complémentaires, il construit un pont entre générations, entre rythmes traditionnels et sonorités contemporaines.

Nice Time Riddim
Gucci Boss. Source : guccibossmusic
Nice Time Riddim
Gucci Boss. Source : guccibossmusic

Une nouvelle identité musicale : la sporting music

Nice Time Riddim marque la naissance d’un genre que Gucci Boss nomme sporting music. Cette appellation fait directement référence à une manière bien spécifique de faire la fête au Guyana. Contrairement à d’autres pays, ici, on ne sort pas pour faire la fête, on sort pour “sporter” — un terme local synonyme de relâchement, de partage et de joie assumée.

La sporting music repose sur une base rythmique héritée du Kwe Kwe — une forme musicale ancestrale — à laquelle viennent s’ajouter des influences chutney, soca et dancehall. Ce mélange donne naissance à un univers sonore cohérent, ancré culturellement, mais tourné vers l’innovation. Avec Nice Time Riddim, le Guyana affirme une identité musicale distincte qui pourrait séduire un public régional et diasporique.

Une collaboration riche et structurée

Nice Time Riddim met en scène quatorze artistes guyanais, chacun apportant sa voix, son style et son énergie. L’album se distingue par sa cohérence tout en permettant une belle diversité :

  • Juno Primo – Shanto propose une immersion dans l’univers du Kwe Kwe.
  • Gucci Boss – Thick & Buff incarne la sporting music dans sa forme la plus directe.
  • Gaddie G. – Gimmi Waistline sĂ©duit par un tempo dansant.
  • Ballys – Competition illustre la convivialitĂ© et la rivalitĂ© festive.
  • DJ Energy – Slim Gyal Anthem rend hommage Ă  une jeunesse fĂ©minine libre.
  • Granny Ivy – Big Onan assume un ton Ă  la fois humoristique et ancrĂ© dans le folklore.

Warchild – Ruff Ruff, iqchosen1 – Nice Time, Dappa Roots – Wife Material, Artist Dukes – Wap Wap, Mattick Queen – Play Wid It, Kunchi – Dina, Lil Million – Bend Fad De Camera : autant de titres qui montrent l’étendue du registre de la sporting music.

Tous les morceaux ont été construits sur la même rythmique de base, donnant à l’ensemble une unité formelle qui renforce l’identité du projet.

Un projet enraciné au Guyana, mais pensé pour l’international

Gucci Boss et son équipe ont su structurer Nice Time Riddim pour garantir une qualité de production à la hauteur de leurs ambitions. L’enregistrement a été réparti entre plusieurs studios professionnels : Platinum 101 Studios à New York, Ruff Kutt Studios au Guyana, et i2Recordings. Le tout a été mixé et finalisé par Code Red Records, structure reconnue dans l’espace caribéen pour sa maîtrise technique.

Ce souci du détail donne à Nice Time Riddim une portée qui dépasse les frontières du Guyana. Le projet pourrait bien devenir une référence dans la région, voire un modèle de structuration musicale pour d’autres artistes.

Une résonance culturelle et sociale forte

Avec Nice Time Riddim, Gucci Boss souhaite démontrer que la musique du Guyana peut être exportable sans se dénaturer. Il ne s’agit pas de suivre une tendance, mais de créer une voie propre. Le genre sporting music a le potentiel de structurer un véritable mouvement culturel local.

Ian I. Johnson, producteur musical et fondateur de Dynamix Studio, voit en ce projet une base solide :

« Il ne s’agit pas seulement de divertissement. Ce que propose Nice Time Riddim, c’est une manière de dire qui nous sommes, en tant que Guyanais. »

La sporting music apparaît ainsi comme un vecteur de fierté et d’unité. Elle pourrait aussi jouer un rôle dans le tourisme culturel, en attirant l’attention sur une scène encore peu médiatisée à l’échelle régionale.

Nice Time Riddim, un jalon pour la musique guyanaise

Depuis sa sortie, Nice Time Riddim est accessible sur toutes les plateformes de streaming. Les premiers retours témoignent d’un fort engouement, aussi bien chez les amateurs locaux que dans la diaspora. En sept titres phares, et à travers quatorze artistes, l’album pose les bases d’une nouvelle lecture de la musique caribéenne venue du Guyana.

La sporting music, incarnée par Gucci Boss, est appelée à évoluer. Elle pourrait inspirer d’autres pays à valoriser leurs héritages musicaux sous des formes contemporaines. En ce sens, Nice Time Riddim est un laboratoire réussi, mais surtout une affirmation identitaire forte.

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