Sir Arthur Lewis, né à Castries, à Sainte-Lucie, le 23 janvier 1915, est l’économiste qui a reçu le prix Nobel d’économie en 1979 pour ses recherches sur le développement. Commis à 14 ans, il devient professeur à Manchester à 33 ans, puis premier président de la Caribbean Development Bank à partir de 1970. Il meurt à Bridgetown, à la Barbade, le 15 juin 1991.
En août 1952, dans une rue de Bangkok, en Thaïlande, Sir Arthur Lewis comprend qu’il peut abandonner l’idée d’une main-d’œuvre limitée. Cette intuition répond à deux énigmes, le prix relatif de l’acier et du café, et des salaires britanniques restés presque stables pendant les débuts de la révolution industrielle. L’histoire commence bien plus tôt, à Castries.
Sir Arthur Lewis, un enfant de Castries devenu commis à 14 ans
Sir Arthur Lewis naît le 23 janvier 1915 à Castries, à Sainte-Lucie. Ses parents sont instituteurs et sont arrivés d’Antigua une douzaine d’années plus tôt. À sept ans, une maladie le retient à la maison. Son père lui fait la classe et lui enseigne en trois mois ce que l’école enseigne en deux ans. L’enfant saute de la quatrième à la sixième année.
Son père meurt cette même année, laissant une veuve et cinq fils. Il gardera de sa mère le souvenir de la personne la plus disciplinée et la plus travailleuse qu’il ait connue. À 14 ans, il quitte l’école et devient commis dans l’administration. Le travail lui apprend à écrire, à taper à la machine et à classer. En 1932, il remporte la bourse du gouvernement de Sainte-Lucie pour étudier dans une université britannique.
Du London School of Economics à la chaire de Manchester
Sir Arthur Lewis rêvait de devenir ingénieur. Dans les colonies britanniques de l’époque, ni l’administration ni les entreprises blanches n’embauchaient un ingénieur noir. Il choisit donc le commerce et s’inscrit en 1933 au London School of Economics, à Londres. Il avoue ne pas savoir alors ce qu’est l’économie. Il sort diplômé en 1937, avec la mention first class.
En 1938, il devient le premier universitaire noir du London School of Economics. Friedrich Hayek, qui dirige alors par intérim le département d’économie, lui demande d’enseigner l’entre-deux-guerres. Sir Arthur Lewis répond qu’il ne sait pas ce qui s’est passé. Friedrich Hayek réplique que la meilleure façon d’apprendre un sujet est de l’enseigner. Ce cours donnera un livre, publié en 1949. En janvier 1948, Sir Arthur Lewis est nommé professeur d’économie politique à l’Université de Manchester, au Royaume-Uni. Il a 33 ans.
L'économie duale, l'idée de Bangkok expliquée simplement
Son modèle repose sur deux secteurs. Le premier est une agriculture traditionnelle de subsistance, qui occupe l’essentiel de la population. Le second est un secteur moderne, tourné vers le marché, qui tire la croissance. Ce secteur moderne recrute dans les campagnes une main-d’œuvre presque illimitée. Les salaires restent proches du niveau rural. Les profits deviennent de l’épargne, qui finance les usines et les machines.
Il publie cette idée en 1954 dans la revue The Manchester School, sous le titre « Economic Development with Unlimited Supplies of Labour ». L’article provoque applaudissements et indignation. Pendant vingt-cinq ans, d’autres chercheurs lui consacrent cinq livres et de nombreux articles.
De l'Université des Indes occidentales à la Caribbean Development Bank
En 1957, Sir Arthur Lewis devient conseiller économique du Premier ministre du Ghana. À partir de 1959, il dirige l’University College of the West Indies, premier Caribéen à ce poste, puis devient vice-chancelier de l’Université des Indes occidentales. En 1963, il rejoint l’Université de Princeton, aux États-Unis, où il enseigne jusqu’en 1983.
Il quitte provisoirement Princeton pour la Caribbean Development Bank, créée le 26 janvier 1970 et installée à la Barbade. Il en devient le premier président. Sous sa direction, la banque met l’accent sur l’éducation et la formation. Sir Arthur Lewis encourage aussi les pays de la Caraïbe à coopérer et à utiliser ensemble les ressources de l’institution.
Le Nobel d'économie 1979 de Sir Arthur Lewis
En 1979, Sir Arthur Lewis reçoit le prix Nobel d’économie, qu’il partage avec Theodore W. Schultz, de l’Université de Chicago. Le prix récompense ses recherches pionnières sur le développement économique. Le 8 décembre 1979, lors de la conférence Nobel, Sir Arthur Lewis présente « The Slowing Down of the Engine of Growth ». Il étudie un scénario où les économies riches ralentissent. Selon son analyse, les pays en développement pourraient garder une croissance d’environ six pour cent en commerçant davantage entre eux. Il présente ce calcul comme une possibilité, pas comme une prévision.
Ce que Sir Arthur Lewis laisse à Sainte-Lucie
Il est enterré à Sainte-Lucie, sur le campus du Sir Arthur Lewis Community College, à Morne Fortune, aux côtés de Derek Walcott, prix Nobel de littérature. Le collège a ouvert ses portes le 1er juin 1986 et a fêté ses 40 ans en 2026, avec son visage au centre de son logo anniversaire. En mars 2023, le London School of Economics a rebaptisé son bâtiment d’économie Sir Arthur Lewis Building. Chaque 23 janvier, jour de sa naissance, Sainte-Lucie fête le Nobel Laureate Day.
Le Nobel d’économie 2026 sera annoncé le lundi 12 octobre, à Stockholm. Une question demeure, celle que Sir Arthur Lewis posait déjà dans sa conférence de 1979. Les pays en développement peuvent-ils continuer à croître quand les économies riches ralentissent ? Pour l’actualité de l’île, lisez aussi notre article sur la Jounen Kwéyòl 2026.
Questions fréquentes sur Sir Arthur Lewis
Sir Arthur Lewis est un économiste né à Castries, à Sainte-Lucie, le 23 janvier 1915, et mort à Bridgetown, à la Barbade, le 15 juin 1991. Il a reçu le prix Nobel d’économie en 1979 et a été le premier président de la Caribbean Development Bank à partir de 1970.
Sir Arthur Lewis a reçu le Nobel d’économie en 1979 pour ses recherches pionnières sur le développement économique. Il a partagé le prix avec Theodore W. Schultz, de l’Université de Chicago.
C’est un modèle publié en 1954 qui oppose une agriculture de subsistance à un secteur moderne. Ce secteur moderne recrute une main-d’œuvre presque illimitée à des salaires proches du niveau rural, et transforme ses profits en épargne pour investir.