Le vol direct Guyana-Guyane entre Georgetown et Cayenne n’existe pas encore. Mais depuis l’accord aérien du 30 septembre 2026, qui remplace celui de 1976, la compagnie Trans Guyana Airways prépare au moins deux vols par semaine, sans date annoncée.

À Georgetown, au Guyana, le voyage vers Cayenne commence par trois à quatre heures de route jusqu’à Moleson Creek. Viennent ensuite un bac qui ne part qu’une fois par jour, le Suriname à traverser, puis une seconde frontière. Voilà ce qu’il faut encore en 2026 pour rejoindre la Guyane française depuis le Guyana anglophone. Le vol direct Guyana-Guyane que prépare Trans Guyana Airways ramènerait ce trajet de près de 24 heures à environ 1 h 15, selon la compagnie.

Vol direct Guyana-Guyane, ce que l'accord du 30 septembre 2026 débloque

Le 30 septembre 2026, à Georgetown, le ministre guyanien des Services publics et de l’Aviation, Deodat Indar, et l’ambassadeur de France, Olivier Plançon, ont signé un nouvel accord de services aériens. Le texte remplace celui de 1976. Pendant cinquante ans, les liaisons entre le Guyana et la France ont donc reposé sur le même cadre.

Le nouvel accord couvre les droits de trafic, la sécurité, les tarifs et le partage de codes entre compagnies. Le Guyana a désigné Trans Guyana Airways, qui prépare ses deux vols hebdomadaires entre Georgetown et Cayenne, sous réserve d’autorisations. Au 13 octobre 2026, ni l’avion, ni les tarifs, ni le jour du premier décollage ne sont connus.

L’enjeu dépasse un seul avion. En novembre 2025, aucune liaison aérienne directe ne reliait la France au Guyana, et le projet d’une ligne Cayenne-Paramaribo-Georgetown avait été abandonné. Le vol direct Guyana-Guyane serait donc une réponse concrète à ce vide, si le projet voit le jour.

Deux avions de Trans Guyana Airways, la compagnie du futur vol direct Guyana-Guyane, devant leur hangar
Deux avions de Trans Guyana Airways devant le hangar de la compagnie. © @Trans Guyana Airways / Facebook

Georgetown-Cayenne, pourquoi le voyage dure presque une journée

Sur la Corentyne, la rivière qui sépare le Guyana du Suriname, aucun pont n’existe. Le bac MV Canawaima relie Moleson Creek à South Drain en environ une heure trente. Il faut rouler jusqu’à Paramaribo, puis Albina, franchir le Maroni vers Saint-Laurent-du-Maroni et poursuivre environ trois heures jusqu’à Cayenne. Chaque étape dépend de la précédente, et un bac manqué à Moleson Creek fait perdre une journée.

Avion de Trans Guyana Airways et son reflet sur la piste mouillée
Un avion de Trans Guyana Airways stationné sur une piste mouillée, avec son reflet dans une flaque. © @Trans Guyana Airways / Facebook

Cette chaîne est fragile. En août 2026, le MV Canawaima est resté immobilisé près d’une semaine sur décision de l’autorité maritime du Suriname, et des voyageurs sont restés bloqués des deux côtés de la rivière. Le bac a repris le 29 août 2026, mais sa fin de vie est attendue en 2027. Le 1er juillet 2026, le Suriname a de son côté annoncé qu’il financerait seul les 3,1 kilomètres du futur pont, une décision que le président guyanien Irfaan Ali a dit découvrir.

Ce que le vol direct Guyana-Guyane changerait pour la Guyane

Au premier semestre 2026, la Guyane a accueilli 45 465 visiteurs extérieurs, soit 53 % de plus qu’un an plus tôt, pour des dépenses estimées à 81,4 millions d’euros. Près de 70 % venaient de métropole. Un lien avec Georgetown ajouterait à cette carte un voisin anglophone, et Trans Guyana Airways évoque déjà des correspondances à Cayenne avec Air France.

Un obstacle subsiste pourtant. En novembre 2025, les Guyaniens qui voulaient se rendre en France devaient demander leur visa à l’ambassade de France au Suriname, pour 90 euros. Un vol de 1 h 15 raccourcirait la distance, pas cette démarche. La Guyane compte aussi des habitants nés au Guyana, 2 403 selon le recensement de 1999, dont 1 046 à Cayenne. Le chiffre est ancien, mais ces familles seraient les premières à voir la distance changer.

Avion 8R-GAQ de Trans Guyana Airways devant le hangar de la compagnie
Un avion de Trans Guyana Airways immatriculé 8R-GAQ, stationné devant le hangar de la compagnie. © @Trans Guyana Airways / Facebook

Ce que le Guyana pourrait y gagner

Le Guyana a reçu 453 489 visiteurs en 2025 et 360 623 sur les neuf premiers mois de 2026. Son président annonce une croissance de 33,3 % au premier semestre 2026. Un vol direct Guyana-Guyane relierait Georgetown à un territoire français de l’Union européenne et offrirait un nouveau couloir à ses voyageurs et à ses entreprises. Pour Cayenne comme pour Georgetown, l’enjeu dépasse le tourisme. Deux capitales voisines, l’une anglophone et l’autre française, se retrouveraient à une heure de vol au lieu d’une journée de route. Aucune estimation de retombées n’a toutefois été annoncée, ni à Georgetown ni à Cayenne.

Une annonce, pas encore un horaire

Le 3 octobre 2026, Trans Guyana Airways a confirmé le début de ses démarches administratives. Georgetown et Cayenne, deux capitales du plateau des Guyanes, attendent maintenant une date. Rien ne dit encore si les premiers passagers seront des familles, des commerçants ou des touristes. La prochaine annonce dira si le vol direct Guyana-Guyane décolle avant la fin de vie du bac de la Corentyne, ou si les voyageurs devront encore compter, un temps, sur ce départ unique de la journée.

Questions fréquentes

Non. Trans Guyana Airways prépare ces vols, mais aucune date de lancement ni aucun horaire n’est annoncé au 13 octobre 2026.

Par la route, jusqu’à 24 heures, avec un bac, des taxis et la traversée du Maroni. Par avion, Trans Guyana Airways l’estime à environ 1 h 15.

Il remplace l’accord de 1976 entre le Guyana et la France. Il encadre les droits de trafic, la sécurité, les tarifs et le partage de codes, et le Guyana y a désigné Trans Guyana Airways.

La cathédrale Saint-Georges de Georgetown, au Guyana, mesure environ 43,5 mètres et elle est construite en bois. Consacrée le 8 novembre 1894, elle succède à une cathédrale de brique, achevée en 1842, dont la tour était jugée trop lourde pour ses fondations. Son histoire est celle d’un édifice de greenheart, un bois dur du Guyana, que le diocèse doit encore protéger.

En janvier 2015, le doyen Paul Andrew Carto, recteur de la cathédrale Saint-Georges de Georgetown, au Guyana, avertissait que les ennuis de l’édifice ne se régleraient pas avec des barbecues et des ventes de gâteaux. La phrase dit tout l’enjeu de ce monument. À Georgetown, l’église anglicane Saint-Georges est un grand monument de bois de 43,5 mètres, et le bois demande un entretien sans relâche.

La cathédrale Saint-Georges, 43,5 mètres de bois à Georgetown

La cathédrale Saint-Georges de Georgetown, capitale du Guyana, se dresse sur Church Street et mesure environ 43,5 mètres, soit 143 pieds. La liste indicative de l’UNESCO donne 43,59 mètres et précise que l’édifice est en bois, à l’exception de basses fondations en maçonnerie. Le bois principal est le greenheart, un bois dur et durable du pays. Du pitch pine importé d’Amérique du Nord s’y ajoute pour le plafond.

Le Guyana protège la cathédrale Saint-Georges de Georgetown depuis avril 2001, date de son classement comme monument national. Le pays l’a aussi inscrite, le 15 novembre 1995, sur sa liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO, au titre du critère (i), celui du chef-d’œuvre du génie créateur humain.

Cathédrale Saint-Georges de Georgetown vue de côté, avec sa tour et ses murs de bois blanc sous un ciel bleu
Billet de 100 dollars du Guyana avec la cathédrale Saint-Georges de Georgetown gravée au verso

Quand la brique a cédé

À Georgetown, les offices anglicans commencent en 1796. Sur le site de l’actuelle église Saint-Georges, une première chapelle est bâtie au début du XIXe siècle. Une cathédrale en brique lui succède, achevée en 1842, l’année de la création du diocèse de Guyane. L’évêque William Piercy Austin, premier évêque du diocèse, la consacre. Sa tour occidentale est jugée trop lourde pour ses fondations. La cathédrale de brique de Georgetown est ensuite démontée, après un défaut structurel. L’année exacte de cette démolition n’est pas établie. En 1877, la paroisse de Saint-Georges s’installe dans une église provisoire, la pro-cathédrale, sur les pelouses du Deanery, à Georgetown.

Cathédrale Saint-Georges de Georgetown vue depuis la rue, derrière des fils électriques

Blomfield, l'architecte qui n'est jamais venu

Les plans de la nouvelle cathédrale Saint-Georges de Georgetown viennent d’Angleterre. Leur auteur, Sir Arthur Blomfield, n’est jamais venu en Guyane britannique. Ses dessins se révèlent impraticables, et l’église bâtie entre 1889 et 1892 prend une forme gothique, avec arcs, colonnes groupées et arcs-boutants, construite surtout en greenheart.

Nef de la cathédrale Saint-Georges de Georgetown, avec sa charpente et ses bancs en bois

La pierre de fondation de la cathédrale Saint-Georges de Georgetown est posée le 21 novembre 1889. L’édifice ouvre au culte le 24 août 1892, encore inachevé. L’évêque William Proctor Swaby le consacre le 8 novembre 1894. Certaines publications guyaniennes donnent 1899 comme année d’achèvement, une date que les sources officielles ne reprennent pas. Le titre de plus haut édifice en bois reste disputé. On lit plus haut bâtiment en bois de l’hémisphère occidental, plus haut du monde entier, ou plus grande église en bois du monde. Ces formulations ne se recoupent pas, et l’édifice de Georgetown n’a pas besoin d’elles pour rester singulier.

Vitrail de la cathédrale Saint-Georges de Georgetown avec Moïse tenant les tables de la Loi
Tuyaux peints de l'orgue de la cathédrale Saint-Georges de Georgetown, au Guyana

La cathédrale Saint-Georges, une restauration et un toit en attente

En 2015, le doyen Paul Andrew Carto juge nécessaire une réhabilitation complète de l’église Saint-Georges, après 121 ans d’existence et de réparations. Le doyen signale aussi, la même année, une inondation en saison des pluies qui menace les fondations. Un cabinet d’architectes de la Grenade, TVA Consultancy, avait évalué l’édifice, et sa structure avait été jugée saine.

La restauration de la cathédrale Saint-Georges de Georgetown est lancée le 26 avril 2015 sous l’évêque Cornell Moss. Les travaux démarrent en 2017. Les murs extérieurs et intérieurs, le sous-sol et le plafond sont restaurés, et l’installation électrique est reprise. La phase principale s’achève le 17 octobre 2020. Le greenheart de remplacement vient de la forêt d’Iwokrama, au centre du Guyana. Le chantier coûte plus de 200 millions, dont 177 millions viennent du diocèse du Guyana et du Suriname, selon l’évêque Charles Davidson en 2020. La devise n’est pas précisée ici.

À la fin des travaux, Carlton Joao, cadre de Banks DIH, entreprise qui soutient le chantier, se disait « aujourd’hui un fier Guyanien ». Le chroniqueur Ian McDonald, qui connaît le bâtiment depuis 65 ans, écrit qu’il « brille pour Dieu et pour les hommes ». Le toit principal de la cathédrale Saint-Georges, lui, n’était pas inclus. En novembre 2020, l’évêque Davidson l’évaluait à environ 150 millions et espérait des dons, tandis que le National Trust of Guyana attendait le budget national 2021 pour fixer sa contribution.

À Georgetown, la question du doyen Carto en 2015 n’a pas fini de se poser. Qui financera, année après année, pour que ces 43,5 mètres de greenheart tiennent debout ?

Questions fréquentes sur la cathédrale Saint-Georges

La cathédrale Saint-Georges de Georgetown mesure environ 43,5 mètres, soit 143 pieds. La liste indicative de l’UNESCO donne 43,59 mètres. Elle est en bois, sur de basses fondations en maçonnerie.

Sir Arthur Blomfield, architecte britannique, a conçu la cathédrale Saint-Georges de Georgetown. Il n’est jamais venu en Guyane britannique.

L’évêque William Proctor Swaby a consacré la cathédrale Saint-Georges de Georgetown le 8 novembre 1894. L’édifice avait ouvert au culte le 24 août 1892, encore inachevé.

Le 16 juillet 1941, Peter Minshall naît à Georgetown, en Guyana britannique, avant de grandir à Port d’Espagne, à Trinité-et-Tobago, où il devient le plus grand créateur de costumes de carnaval de son époque. En 1996, pour les Jeux olympiques d’Atlanta, il invente avec l’artiste israélien Doron Gazit une silhouette gonflable qui ondule dans le vent, aujourd’hui visible devant des milliers de stations-service à travers le monde sans que presque personne ne sache qu’elle est née dans les rues du carnaval trinidadien.

Ce jeudi 24 septembre 2026, jour où Trinité-et-Tobago célèbre sa fête de la République, portrait d’un artiste qui a fait voyager le mas bien au-delà de son île.

Peter Minshall, l'enfant qui fait naître un colibri de tissu à Port d'Espagne

En 1974, à Port d’Espagne, Peter Minshall confectionne pour sa sœur adoptive Sherry-Ann Guy un costume de colibri destiné au carnaval de Trinité-et-Tobago. Douze personnes travaillent cinq semaines durant pour assembler ce costume, intitulé From the Land of the Hummingbird, recouvert de plumes façonnées à la main. Ce costume marque un tournant pour lui, jusque-là connu pour avoir remporté, à treize ans, le premier prix d’originalité d’un carnaval pour enfants avec un déguisement de sorcier africain confectionné en carton, en décorations de Noël et en herbes séchées. Il en dira plus tard que son travail n’a jamais eu qu’un seul objectif, marier la structure au corps humain qui danse, faire danser le tissu, et à travers cette danse, parler.

Costume de carnaval créé par Peter Minshall pour le carnaval de Trinité-et-Tobago
Il a créé certains des costumes les plus marquants du carnaval de Trinité-et-Tobago. © Peter Minshall - Instagram

Un Guyanais devenu la légende du carnaval trinidadien

Peter Minshall naît le 16 juillet 1941 à Georgetown, en Guyana britannique, et arrive à Trinité-et-Tobago à l’âge de douze ans, lorsque son père y obtient un emploi de dessinateur. Il étudie au Queen’s Royal College de Port d’Espagne avant de partir à vingt et un ans pour Londres, où il se forme au décor de théâtre à la Central School of Art and Design. Sa double origine reste une part assumée de son identité.

Dans un témoignage publié en février 2026 par le journal guyanien Stabroek News, Peter Minshall se décrit lui-même comme un hybride rare, une créature aux multiples couches, précieuse comme une perle. Cette double appartenance, à la Guyana par la naissance et à Trinité-et-Tobago par toute une vie de création, explique pourquoi certains, encore aujourd’hui, réclament pour lui une reconnaissance officielle du côté guyanien. Le NIHERST, l’institut trinidadien du patrimoine scientifique et culturel, le compte aujourd’hui parmi ses grandes figures nationales.

Peter Minshall invente le carnaval total, de Paradise Lost à la trilogie du fleuve

En 1976, Peter Minshall présente à Trinité-et-Tobago Paradise Lost, sa première bande à grande échelle, cinq cents masqueraders répartis en quatre sections. Le photographe Roy Boyke écrira que l’œuvre d’aucun autre créateur n’aura eu un impact aussi immédiat et aussi brûlant.

Il enchaîne ensuite, dans les années 1980, une trilogie construite autour du fleuve, avec des personnages devenus célèbres comme Mancrab, une créature mi-homme mi-crabe mécanique qui menace la rivière. Pour donner du mouvement à ces costumes, il introduit dans le mas trinidadien des matériaux jusque-là inédits, tiges de fibre de verre, cannes à pêche, tubes en acrylique, film polyester réfléchissant. Il résumera un jour sa conception du carnaval en une phrase, le masman dépend d’une famille et d’une tribu, et la famille et la tribu dépendent du masman.

Vers les Jeux olympiques, du carnaval de Trinité-et-Tobago à la scène mondiale

Cérémonie d'ouverture olympique mise en scène par Peter Minshall dans un stade
Il a dirigé artistiquement plusieurs cérémonies d'ouverture olympiques. © Peter Minshall - Instagram

Barcelone 1992, la Méditerranée mise en scène

En 1992, Peter Minshall passe une année en Espagne pour concevoir, avec l’artiste catalan Miralda, la séquence consacrée à la mer Méditerranée lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Barcelone, sa première incursion internationale d’une telle ampleur en tant que directeur artistique.

Séquence de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Barcelone 1992 conçue par Peter Minshall
En 1992, il conçoit la séquence consacrée à la Méditerranée pour la cérémonie d'ouverture de Barcelone. © Peter Minshall - Instagram

Atlanta 1996, la naissance inattendue du Tube Man

En 1996, pour la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’Atlanta, Peter Minshall conçoit avec l’artiste israélien Doron Gazit une silhouette gonflable initialement baptisée Tall Boy. Cette invention, née de décennies de recherche sur le tissu et le mouvement dans le mas trinidadien, deviendra le Tube Man que l’on retrouve aujourd’hui devant des commerces du monde entier.

Silhouette gonflable Tube Man conçue par Peter Minshall pour la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'Atlanta en 1996
Le Tube Man, sa plus célèbre invention pour Atlanta 1996, est aujourd'hui visible dans le monde entier. © Peter Minshall - Instagram
Deuxième vue du Tube Man de Peter Minshall lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'Atlanta 1996
Le Tube Man en mouvement lors des Jeux olympiques d'Atlanta 1996. © Peter Minshall - Instagram

Salt Lake City 2002, un Emmy Award pour Peter Minshall

En 2002, Peter Minshall dirige artistiquement la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de Salt Lake City, un travail qui lui vaut un Emmy Award. Il reçoit par ailleurs, au fil de sa carrière, une bourse Guggenheim en 1982, la médaille Chaconia d’argent en 1987, un doctorat honorifique de l’Université des Indes occidentales en 1991, la Trinity Cross en 1996, alors la plus haute distinction nationale de Trinité-et-Tobago, le prix Prince Claus des Pays-Bas en 2001, puis un Republic Day Award en 2005, décoration remise chaque année à l’occasion de la fête de la République de Trinité-et-Tobago, célébrée le 24 septembre.

Peter Minshall récompensé d'un Emmy Award pour la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'hiver de Salt Lake City 2002
Il reçoit un Emmy Award pour la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'hiver de Salt Lake City 2002. © Peter Minshall - Instagram

Peter Minshall, toujours sur le pavé du carnaval

En 2020, à Trinité-et-Tobago, Peter Minshall revient présenter Mas Pieta, une bande consacrée à ce qu’il appelle la puissance de l’amour face à l’amour du pouvoir, récompensée du titre de bande de l’année. Interrogé par le quotidien trinidadien Newsday, il explique que le titre porté par son roi et sa reine résume l’endroit où se trouve aujourd’hui l’humanité.

Il met en garde, dans ce même entretien, contre le risque de voir le carnaval perdre son identité caribéenne face à la mondialisation et à la commercialisation. En février 2026, le journal guyanien Stabroek News relance publiquement l’idée d’un hommage officiel de la Guyana à cet enfant de Georgetown devenu, à Port d’Espagne, l’un des artistes les plus copiés et les plus décorés de l’histoire du carnaval caribéen. La reconnaissance viendra-t-elle un jour du pays où tout a commencé ?

Le carnaval trinidadien continue de faire vivre cet héritage, de Machel Montano et le Road March aux doubles, star de rue du carnaval trinidadien, que Richès Karayib met aussi à l’honneur cette même semaine.

Peter Minshall est un artiste et créateur de costumes de carnaval, né le 16 juillet 1941 à Georgetown, en Guyana britannique, et considéré comme l’un des plus grands créateurs de mas de l’histoire du carnaval de Trinité-et-Tobago.

Peter Minshall est né à Georgetown, en Guyana, mais s’installe à Trinité-et-Tobago dès l’âge de douze ans, où il construit toute sa carrière de créateur de mas. Il se décrit lui-même comme un hybride rare entre ces deux appartenances.

Peter Minshall a coconçu en 1996, avec l’artiste Doron Gazit, la silhouette gonflable Tall Boy pour la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’Atlanta, un objet devenu depuis le Tube Man utilisé aujourd’hui dans le monde entier à des fins publicitaires.

Du 17 au 19 août 2026, Georgetown a accueilli la 57e Assemblée générale de la Caribbean Broadcasting Union. Réunis autour du thème « Caribbean Media and AI », dirigeants de médias, journalistes, créateurs, universitaires et spécialistes ont confronté leurs pratiques à cette transformation. Derrière l’intelligence artificielle, une question s’est imposée, comment renforcer des médias caribéens capables de rester crédibles, indépendants et durables dans un environnement numérique en mutation.

Quand l’IA entre dans les rédactions caribéennes

À Georgetown, le président du Guyana, Mohamed Irfaan Ali, a résumé un défi central. L’intelligence artificielle peut aider les rédactions à transcrire et traduire des contenus, analyser des données et gagner en efficacité. Mais elle ne doit pas se substituer au jugement éditorial, au contexte ni à l’expérience humaine. Son avertissement a été clair, « Never allow the technology to become the journalist ». Le message rejoint une priorité de la Caribbean Broadcasting Union, développer des usages responsables de l’IA tout en renforçant les mécanismes de vérification et la transparence sur les contenus générés.

Cette volonté se traduit par les CBU Media Awards. Les règles imposent désormais aux candidats de déclarer l’utilisation de grands modèles de langage ou d’autres outils d’intelligence artificielle. La part de contenu généré par IA ne peut dépasser 20 % du contenu total d’une candidature. Un cadre qui place la responsabilité éditoriale au centre de l’innovation.

Caribbean Broadcasting Union
Le président du Guyana, Son Excellence le Dr Mohamed Irfaan Ali, prononce le discours inaugural lors de la cérémonie d'ouverture de la 57e Assemblée générale annuelle de la CBU à Georgetown.

La viabilité devient le véritable enjeu

L’IA n’est pourtant qu’une partie du chantier. La Caribbean Broadcasting Union a annoncé la Caribbean Media Viability Initiative, un programme consacré à la durabilité, à la résilience, à la compétitivité et à l’indépendance éditoriale des médias de la région. L’initiative doit réunir diffuseurs, éditeurs de presse et médias numériques, producteurs indépendants, enseignants, régulateurs, décideurs publics, annonceurs, plateformes technologiques et partenaires de développement de la Caraïbe néerlandophone, anglophone, francophone et hispanophone.

Les premières rencontres en ligne sont prévues au quatrième trimestre 2026. Elles doivent porter sur les modèles économiques durables, la transformation numérique, la confiance du public, l’engagement des audiences, l’innovation éditoriale, les compétences et les partenariats. La Caribbean Broadcasting Union a aussi retenu « Caribbean Media Viability » comme thème de sa 58e Assemblée générale en 2027.

Mieux connaître le secteur pour mieux agir

Le CBU Media Industry Overview, coordonné par l’ancienne présidente, Dr Claire Grant, doit connaître une première publication au premier trimestre 2027. Ce rapport annoncé examinera la structure du secteur, sa portée, la propriété des médias, les effectifs et leur environnement de travail. Il doit aussi aborder la liberté de l’information, la sécurité des journalistes, la formation, la transition numérique, l’influence des grandes plateformes technologiques et la résilience des médias.

Pour la Caribbean Broadcasting Union, cette base doit soutenir le plaidoyer, la planification des entreprises médiatiques et le développement professionnel. Une stratégie régionale suppose d’abord de disposer d’une image suffisamment précise des réalités vécues par les médias.

Caribbean Broadcasting Union
Les membres et observateurs de la CBU discutent des priorités régionales lors de la séance plénière de la 57e Assemblée générale annuelle à Georgetown, au Guyana.

Une coopération régionale qui s’élargit

Cette réflexion sur l’avenir du secteur s’accompagne d’un élargissement de la représentation régionale. En 2026, quatre nouvelles organisations ont rejoint la Caribbean Broadcasting Union, parmi lesquelles Richès Karayib, média numérique de Martinique. Cette entrée intervient au moment où la CBU cherche à élargir sa présence parmi les médias commerciaux, institutionnels et numériques, tout en renforçant les liens entre les espaces linguistiques régionaux.

La 37e édition des CBU Media Awards a aussi marqué la première participation de Richès Karayib. Le média martiniquais y a obtenu deux Awards et deux Special Mentions. La compétition a attiré plus de 680 candidatures, en hausse de plus de 25 % sur un an, avec 92 Awards et Special Mentions attribués dans 13 pays et territoires.

Caribbean Broadcasting Union, après Georgetown le chantier continue

L’Assemblée de Georgetown n’a donc pas seulement posé la question de l’intelligence artificielle. Elle a relié technologie, modèles économiques, connaissance du secteur, confiance du public et coopération régionale. Les travaux doivent se poursuivre jusqu’à l’AGA 58, avec l’ambition de nourrir une Caribbean Media Viability Roadmap. Pour la Caribbean Broadcasting Union, le défi sera de transformer les constats et les échanges en solutions concrètes adaptées aux réalités de la région. Pour les médias caribéens, la question reste ouverte, comment conserver la maîtrise de leurs outils, de leur indépendance et surtout des histoires qu’ils choisissent de raconter ?

La Caribbean Broadcasting Union met notamment l’accent sur l’usage responsable de l’intelligence artificielle, la viabilité économique des médias, une meilleure connaissance du secteur et le renforcement de la coopération régionale. Ces priorités ont été mises en avant lors de sa 57e Assemblée générale organisée à Georgetown en août 2026.

La CBU encourage l’utilisation de l’IA comme outil au service du journalisme, tout en insistant sur la vérification, la transparence et le maintien du jugement éditorial humain. Pour les CBU Media Awards, les candidats doivent désormais déclarer l’utilisation d’outils d’IA et le contenu généré par intelligence artificielle ne peut dépasser 20 % d’une candidature.

Richès Karayib fait partie des quatre nouvelles organisations admises à la Caribbean Broadcasting Union en 2026. Pour sa première participation aux CBU Media Awards, le média martiniquais a également obtenu deux Awards et deux Special Mentions, dans une compétition ayant reçu plus de 680 candidatures.

Pour sa première participation aux 37th CBU Media Awards, Richès Karayib repart avec quatre distinctions : deux Awards et deux Special Mentions. Les résultats ont été annoncés le 19 août à Georgetown, au Guyana, lors d’une cérémonie retransmise et diffusée en streaming dans la région. Une première participation qui place d’emblée le média parmi les nouveaux entrants remarqués de cette 37e édition.

Quatre distinctions dès une première participation

Caribbean Broadcasting Union cite Richès Karayib parmi les « first time entrants » ayant fait forte impression cette année. Au total, le média obtient deux Awards et deux Special Mentions dans les catégories Print et Digital.

Cette reconnaissance intervient dans une édition particulièrement dense. Les 37th CBU Media Awards ont révélé 92 lauréats d’Awards et de Special Mentions, répartis dans 56 catégories. Des professionnels et médias issus de treize pays et territoires de la Caraïbe anglophone, francophone et hispanophone ont vu leurs productions distinguées. Pour Richès Karayib, les contenus récompensés couvrent plusieurs univers éditoriaux : le sport, l’art, le patrimoine et la musique caribéenne.

Une Assemblée entre médias, culture et intelligence artificielle

Les Media Awards s’inscrivaient dans la 57e Assemblée générale annuelle de la Caribbean Broadcasting Union, organisée à Georgetown. Dès la cérémonie d’ouverture, la rencontre a mêlé prises de parole institutionnelles, réflexion sur l’avenir des médias et expressions culturelles caribéennes. Michella Abraham-Ali a conduit la soirée, ouverte notamment par une parade des drapeaux des territoires représentés. Le président de la CBU, Anthony Greene, a ensuite rappelé les défis auxquels font face les médias de la région, de leur viabilité économique à l’arrivée de l’intelligence artificielle dans les rédactions.

Eric Falt, représentant régional de l’UNESCO pour la Caraïbe, a pour sa part placé la confiance, l’éthique et la responsabilité journalistique au cœur de son intervention. Le président du Guyana, Mohamed Irfaan Ali, a également pris la parole, insistant sur la nécessité pour les médias caribéens de maîtriser les nouvelles technologies sans abandonner leur rôle dans la transmission des réalités et des identités de la région. 

L’ambiance ne s’est pas limitée aux discours. Musique, tambours, saxophone avec Roy Stewart et séquences consacrées aux traditions du Guyana ont rythmé la cérémonie. Une manière de rappeler que cette rencontre professionnelle était aussi un rendez-vous entre territoires, cultures et acteurs des médias de la Caraïbe.

37th CBU Media Awards
37th CBU Media Awards

Deux Awards pour le print: la Transat Café L’Or et Cécile Vernant

Les deux Awards reçus par Richès Karayib distinguent des productions éditoriales nées de rencontres menées par l’équipe du média. La première récompense, dans la catégorie Best Sports Story – Print, distingue la production consacrée à « La Transat Cafe L’or », , réalisée à partir d’une rencontre avec Damien de Longueville, président de l’association Martinique Transat. Le contenu consacré à cet événement sportif reçoit ainsi un Award lors des 37th CBU Media Awards.

37th CBU Media Awards
37th CBU Media Awards

Le deuxième Award, dans la catégorie Best Entertainment Item – Print, récompense la production consacrée à « Cécile Vernant : une artiste multimédium qui sculpte la mémoire de l’île », , née elle aussi d’une rencontre avec l’artiste. À travers cet échange, Richès Karayib a construit un contenu autour de son travail, de sa pratique artistique et de la mémoire qu’elle explore dans ses créations.

Ces deux récompenses mettent en lumière deux rencontres très différentes. L’une s’inscrit dans l’univers sportif, l’autre dans celui de la création artistique. Elles ont pourtant un point commun : chacune raconte une histoire ancrée dans un territoire et portée par une lecture caribéenne.

37th CBU Media Awards
37th CBU Media Awards

Deux Spécial Mentions dans les catégories Digital

Richès Karayib reçoit également deux Special Mentions pour des productions numériques. « Les Journées du Patrimoine » obtient une Special Mention dans la catégorie Best Entertainment Item – Digital.

37th CBU Media Awards
37th CBU Media Awards

Une deuxième Special Mention est attribuée à « Machel Montano: Summer Fest Anguilla » dans la catégorie Excellence in Media Coverage of Caribbean Arts and Culture – Digital, soutenue par le Caribbean Culture Fund. Avec ces reconnaissances, les 37th CBU Media Awards distinguent donc Richès Karayib à la fois pour des contenus Print et Digital.

La répartition des prix souligne également la diversité des sujets que Richès Karayib peut couvrir, du patrimoine à la culture, en passant par la musique, l’art et le sport. Elle met aussi en lumière un savoir-faire et une approche multidimensionnelle, permettant de faire vivre ces sujets sur différents supports, du magazine print à l’article web, en passant par la vidéo au format court et la production vidéo au format long.

37th CBU Media Awards
37th CBU Media Awards

Quatre contenus, plusieurs façons de raconter la Caraïbe

Au-delà du palmarès, la sélection dessine une ligne éditoriale plurielle. La Transat Café L’Or raconte le sport. Le portrait de Cécile Vernant place la création et la mémoire au centre. Les Journées du Patrimoine interrogent la transmission. Le sujet consacré à Machel Montano et au Summer Fest Anguilla s’inscrit dans le mouvement des scènes musicales caribéennes.

Ces contenus ne racontent donc pas la même histoire, mais ils partagent une volonté commune : documenter des événements, des personnalités et des expressions qui participent à la vie culturelle et sociale de la région. Dans une compétition réunissant des médias établis de plusieurs territoires, cette première participation constitue une étape importante pour Richès Karayib.

Le média figure dans le communiqué parmi les nouveaux entrants distingués, aux côtés de St. Lucia Times, API de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Compass TV des îles Caïmans et The BVI Beacon. Cette première participation prend aussi place dans une édition qui a récompensé plusieurs acteurs majeurs du paysage médiatique caribéen, parmi lesquels RJRGLEANER Communications Group en Jamaïque, The Nation Publishing Company et Starcom Network à la Barbade, TTT Ltd, Guardian Media et Trinidad Express à Trinité-et-Tobago, Greater Belize Media au Belize ou encore News Room Inc au Guyana. Une présence dans ce palmarès régional qui permet à Richès Karayib de positionner son savoir-faire aux côtés de médias reconnus et expérimentés de plusieurs territoires de la Caraïbe.

Une première participation qui ouvre une nouvelle étape

Les 37th CBU Media Awards marquent ainsi une première pour Richès Karayib, avec une présence remarquée dès son entrée dans la compétition, aussi bien dans les catégories Print que Digital. Cette reconnaissance régionale intervient dans un espace où se rencontrent médias anglophones, francophones et hispanophones. Elle rappelle aussi la place que peuvent occuper des récits produits depuis la Martinique dans une conversation médiatique plus large à l’échelle caribéenne.

Remerciements

Richès Karayib tient à remercier toutes celles et tous ceux qui rendent ces productions possibles, les personnalités et les professionnels qui nous accordent leur confiance et partagent leur expertise, les équipes mobilisées autour de chaque contenu, ainsi que nos lecteurs et nos communautés, qui font vivre ces histoires au-delà de leur territoire.

Nos remerciements vont tout particulièrement à la Caribbean Broadcasting Union, pour cette reconnaissance et pour les espaces de rencontre qu’elle crée entre les acteurs du paysage médiatique caribéen. Nous remercions également les médias de la région avec lesquels nous collaborons et échangeons, et qui contribuent, chacun depuis leur territoire, à faire circuler les histoires, les regards et les savoir-faire de la Caraïbe.

Richès Karayib remercie enfin le Guyana pour son accueil, ainsi que les équipes du comité local d’organisation et l’ensemble des personnes mobilisées pour la 57e Assemblée générale annuelle de la CBU et les 37th CBU Media Awards. Leur travail a permis de réunir à Georgetown des professionnels venus de plusieurs territoires autour d’un même espace d’échange, de réflexion et de célébration des médias caribéens.

Pour Richès Karayib, la suite se jouera dans la continuité : raconter les territoires, suivre celles et ceux qui les font vivre, et multiplier les passerelles entre les différentes territoires de la Caraïbe. Après cette première participation aux 37th CBU Media Awards, une question s’ouvre désormais : quelles histoires caribéennes seront les prochaines à franchir les frontières de leur territoire ?

Richès Karayib a reçu quatre distinctions lors des 37th CBU Media Awards : deux Awards et deux Special Mentions, pour sa première participation à la compétition.

Les contenus distingués sont La Transat Cafe L’or, Cecile Vernant: Une artiste multi médium qui sculpte la mémoire de l’ile, Les Journees du Patrimoine et Machel Montano; Summer Fest Anguilla.

Les résultats des 37th CBU Media Awards ont été annoncés le 19 août à l’Atlantic Suites at the Hyatt, à Georgetown, au Guyana, lors d’une cérémonie diffusée dans la région.

À mesure que l’avion quitte Georgetown, les routes s’effacent, les maisons deviennent minuscules et la forêt finit par occuper presque tout l’horizon. Puis, soudain, une cassure blanche apparaît dans cette immensité verte. Ce sont les Chutes de Kaieteur, où la rivière Potaro plonge de 226 mètres en un seul saut. Le spectacle impressionne par sa hauteur, mais surtout par ce qui l’entoure : presque aucun décor construit, seulement la roche, la forêt, l’eau et le vide.

Chutes de Kaieteur

Chutes de Kaieteur : 226 mètres qui changent l’échelle

Avec leurs 226 mètres, soit 741 pieds, les Chutes de Kaieteur sont plus de quatre fois plus hautes que les chutes du Niagara. Leur singularité tient aussi à l’association entre cette hauteur et le volume d’eau qui se précipite du plateau. La Potaro ne descend pas ici en une succession de cascades. Elle avance à travers le paysage, atteint brusquement l’escarpement, puis disparaît dans un rideau d’eau, d’embruns et de grondement.

Cette puissance donne au lieu une sensation difficile à transmettre en photographie. Depuis les points d’observation, le regard ne se fixe pas seulement sur la chute. Il suit aussi les parois rocheuses, la brume qui remonte du bassin et l’étendue forestière qui semble continuer sans interruption.

Chutes de Kaieteur
Chutes de Kaieteur
Chutes de Kaieteur
Chutes de Kaieteur

Une cascade au cœur d’un paysage vieux de milliards d’années

Les Chutes de Kaieteur se trouvent dans la région de Potaro-Siparuni, au sein du Kaieteur National Park. Créé en 1929, ce parc couvre aujourd’hui environ 62 700 hectares. Il repose sur le Bouclier guyanais, une formation géologique dont certaines roches ont plus de deux milliards d’années.

Cette profondeur géologique ajoute une autre dimension au site. Kaieteur n’est pas seulement une destination spectaculaire : c’est aussi une fenêtre ouverte sur l’un des paysages les plus anciens du continent sud-américain. Dans cette partie du Guyana, l’expérience touristique repose moins sur l’accumulation d’activités que sur la confrontation avec l’échelle du territoire.

Chutes de Kaieteur
Chutes de Kaieteur

Un lieu habité par les récits

Bien avant les premiers récits occidentaux, les Chutes de Kaieteur étaient connues des peuples autochtones de la région, notamment des Patamona. Plusieurs traditions orales sont associées à leur nom. L’une raconte qu’un chef aurait choisi de franchir la chute en canoë afin de protéger son peuple. Une autre évoque un vieil homme emporté vers les eaux. Ces récits ne doivent pas être confondus avec des faits historiques établis. Leur importance est ailleurs : ils rappellent que le lieu appartient aussi à une mémoire culturelle, et pas seulement à l’histoire du tourisme ou de l’exploration.

Le 29 avril 1870, le géologue britannique Charles Barrington Brown atteignit la chute lors d’une expédition. Cette date marque son entrée dans les récits d’exploration occidentaux, mais non sa « découverte » au sens absolu : les communautés locales connaissaient Kaieteur depuis bien plus longtemps.

Un monde vivant à regarder de près

Autour des chutes de Kaieteur, le spectaculaire peut tenir dans quelques centimètres. Le parc abrite notamment Anomaloglossus beebei, une petite grenouille dorée endémique du secteur. Elle vit en lien étroit avec de grandes broméliacées, dont les feuilles retiennent de petites réserves d’eau utilisées pour le développement des têtards. On peut également y observer le coq-de-roche orange et les martinets de Kaieteur, qui nichent dans les parois proches de la cascade. Cette biodiversité rappelle que la chute n’est pas une attraction isolée : elle constitue le point le plus visible d’un écosystème beaucoup plus vaste.

Chutes de Kaieteur
Chutes de Kaieteur

Voir les chutes de Kaieteur commence avant l’arrivée

Pour de nombreux visiteurs, l’approche des chutes de Kaieteur fait déjà partie du voyage. Les vols au départ de l’aéroport d’Ogle, à Georgetown, durent environ une heure. Depuis les petits appareils, le paysage urbain laisse progressivement place aux fleuves, puis à la forêt. À l’arrivée, des marches guidées mènent vers plusieurs points d’observation, dont Rainbow View, Boy Scout View et Johnson View. Chacun modifie la perspective : ici la chute paraît massive, là elle semble presque suspendue au-dessus de la vallée.

C’est peut-être là que réside la force de Kaieteur. Les 226 mètres impressionnent, mais ils ne racontent qu’une partie de l’histoire. Kaieteur révèle aussi un Guyana forestier, ancien, autochtone et profondément lié à ses espaces sauvages. Une destination qui ne demande pas seulement d’être regardée, mais d’être replacée dans le territoire qui lui donne toute sa puissance.

Les Chutes de Kaieteur se trouvent au Guyana, dans la région de Potaro-Siparuni, au cœur du Kaieteur National Park. Elles sont formées par la rivière Potaro, dans un vaste environnement de forêt tropicale.

Les chutes de Kaieteur atteignent environ 226 mètres, soit 741 pieds, lors de leur saut principal. La rivière Potaro plonge presque directement depuis le plateau, créant l’impressionnante chute visible aujourd’hui.

Les Chutes de Kaieteur se distinguent par la combinaison de leur hauteur, de leur puissant débit et de leur environnement forestier isolé. Le site possède également une forte dimension culturelle, liée aux traditions autochtones, et abrite une biodiversité remarquable.

À Sainte-Lucie, lors de la 51e réunion des chefs de gouvernement de la CARICOM, Dr Hyginus « Gene » Leon, directeur exécutif du DBRP/The Nature Bank, a présenté, au cours d’un événement parallèle consacré aux réparations, une idée ambitieuse : utiliser la justice réparatrice pour repenser le développement caribéen. Ici, elle ne désigne pas uniquement une compensation financière. Elle vise à reconnaître les conséquences de l’esclavage et de la colonisation, à réparer les dommages et à transformer les mécanismes qui continuent à les reproduire.

Quatre richesses pour mesurer le développement

Le développement est souvent évalué à travers la croissance, les investissements et les infrastructures. Cette lecture reste incomplète. Une économie peut construire des routes, des ports ou des hôtels tout en affaiblissant ses ressources naturelles, sa population ou ses institutions. La réflexion repose sur quatre formes de richesse. Le capital produit comprend les infrastructures, les entreprises et les ressources financières. Le capital naturel réunit les sols, les forêts, l’eau, les récifs et le climat. Le capital humain englobe la santé, l’éducation, les compétences et la dignité. Enfin, le capital sociétal concerne les institutions, la cohésion et la confiance.

justice réparatrice

Le progrès suppose que ces quatre richesses avancent ensemble. Lorsqu’une forme de capital se développe en détruisant les autres, la croissance devient fragile. Un territoire peut afficher de bons résultats économiques tout en épuisant les bases qui rendent cette prospérité possible.

justice réparatrice

Une erreur économique vieille de cinq siècles

La justice réparatrice prend ici une dimension plus large. Elle part d’un constat historique : pendant des siècles, le système économique a donné un prix aux biens produits tout en réduisant les personnes et la nature à des ressources disponibles. La loi britannique d’abolition de 1833 illustre cette logique. Plus de 800 000 personnes réduites en esclavage ont été libérées. Pourtant, les 20 millions de livres mobilisés ont indemnisé les propriétaires, tandis que les personnes libérées n’ont reçu aucune compensation. La valeur financière de la propriété a été reconnue ; celle de la vie humaine est restée absente du bilan.

justice réparatrice

Cette logique d’extraction n’a pas entièrement disparu. Le cacao produit au Ghana et en Côte d’Ivoire alimente une industrie mondiale, alors que les producteurs et les territoires d’origine ne conservent qu’une faible part de la valeur créée. Les revenus restent bas, les forêts reculent et l’essentiel des profits se concentre ailleurs.

justice réparatrice

Réparations, climat et inégalités : une même racine

Les réparations liées à l’esclavage, les pertes et dommages climatiques et la lutte contre les inégalités sont souvent traitées séparément. Pourtant, ces enjeux reposent sur une même erreur : ne compter qu’une partie de la richesse réelle. Dans la Caraïbe, cette contradiction est visible. Une mangrove peut être détruite pour rendre un projet rentable à court terme. Sa capacité à protéger les côtes, à limiter les dégâts d’une tempête ou à soutenir la pêche n’apparaît pas toujours dans le calcul initial. Lorsque la catastrophe survient, le territoire doit financer la reconstruction, souvent par la dette. La valeur de la nature est ignorée au départ, puis son absence devient une facture collective.

justice réparatrice

La justice réparatrice relie ainsi mémoire, économie et environnement. Elle pose une question concrète : comment réparer une injustice historique sans reproduire les mêmes déséquilibres dans les décisions présentes ?

justice réparatrice

Secourir, reconstruire et transformer

Trois étapes structurent la justice réparatrice : secourir, reconstruire et repositionner. La première répond aux urgences immédiates. La deuxième restaure ce qui a été perdu. La troisième transforme les règles afin que les dommages ne se répètent pas. Cette dernière étape est décisive. Reconstruire une maison sur la même faille revient à préparer son prochain effondrement. De même, une compensation dispersée dans des projets isolés peut produire des résultats temporaires sans corriger les causes profondes de la vulnérabilité.

justice réparatrice

La justice réparatrice pourrait donc financer des investissements complémentaires : éducation, santé, protection des écosystèmes, infrastructures résistantes, institutions solides et économies capables de conserver davantage de valeur dans les territoires caribéens. L’objectif serait de compenser une perte tout en rendant sa répétition moins probable.

justice réparatrice

Trois changements possibles pour la CARICOM

La justice réparatrice ouvre trois pistes pour la région. D’abord, chaque grande décision publique ou financière pourrait mesurer ce qu’elle crée et ce qu’elle détruit dans les quatre formes de richesse. Ensuite, les réparations pourraient être organisées comme un portefeuille cohérent de reconstruction et de transformation. Enfin, les coûts humains et environnementaux pourraient être intégrés dans l’évaluation des projets, des prêts et des investissements.

La justice réparatrice déplacerait ainsi le débat. Pour la Caraïbe, réparer le passé pourrait devenir une manière de protéger l’avenir, en donnant enfin une valeur égale aux personnes, à la nature, aux institutions et aux infrastructures.

Dans ce contexte, la justice réparatrice désigne une démarche visant à reconnaître et à réparer les conséquences durables de l’esclavage et de la colonisation. Elle ne se limite pas au versement d’une compensation financière : elle cherche aussi à investir dans les populations, les institutions, l’environnement et l’économie afin que les mêmes inégalités ne continuent pas à se reproduire.

Les quatre richesses sont le capital produit, qui comprend les infrastructures et les entreprises ; le capital naturel, comme les forêts, les récifs et l’eau ; le capital humain, qui englobe la santé, l’éducation et les compétences ; et le capital sociétal, fondé sur les institutions, la confiance et la cohésion. Un développement durable suppose de faire progresser ces quatre capitaux ensemble, sans enrichir l’un en détruisant les autres.

Elle pourrait permettre de financer un ensemble cohérent d’actions dans l’éducation, la santé, la protection des écosystèmes, la résilience climatique et les infrastructures. Elle suppose aussi d’intégrer les coûts humains et environnementaux dans les décisions financières et de mesurer ce que chaque projet crée ou détruit. Ces orientations ont été présentées comme des propositions à la CARICOM, et non comme des décisions déjà adoptées.

Barbade et Guyana vont franchir une nouvelle étape dans la mobilité caribéenne. À partir du 1er juillet 2026, les citoyens éligibles des deux pays pourront voyager entre les deux territoires avec une carte d’identité nationale valide, sans avoir à présenter de passeport. Derrière cette mesure administrative, c’est une idée plus large qui se dessine : rendre l’intégration régionale plus visible dans la vie quotidienne.

Une carte d’identité nationale pour voyager

Dans les aéroports, le changement pourrait se voir dès l’enregistrement. Un citoyen barbadien se rendant au Guyana, ou un citoyen guyanien partant vers la Barbade, pourra utiliser sa carte d’identité nationale pour effectuer ce trajet, à condition qu’elle soit valide et reconnue dans le cadre du nouvel accord bilatéral.

Cette décision ne supprime pas les contrôles aux frontières. Elle ne signifie pas non plus, à ce stade, que les citoyens auront automatiquement le droit de résider ou de travailler librement dans l’autre pays. L’accord porte d’abord sur le document exigé pour voyager. C’est une précision importante : Barbade et Guyana facilitent le déplacement, sans annoncer pour autant une ouverture totale des frontières.

Une annonce au moment des 60 ans du Guyana

L’annonce intervient dans un moment hautement symbolique : le Guyana marque ce 26 mai 2026 ses 60 ans d’indépendance, tandis que la Barbade atteindra le même cap le 30 novembre 2026. Les deux pays, indépendants depuis 1966, choisissent donc de donner à cet anniversaire une traduction très pratique : rapprocher leurs citoyens par une procédure plus simple.

Le message politique est clair. Dans une région où les liens historiques, familiaux et culturels sont forts, les démarches de voyage restent parfois lourdes. En permettant à certains citoyens de circuler avec une carte d’identité nationale, les deux gouvernements veulent rendre le passage entre les territoires plus accessible.

Barbade et Guyana

Un signal fort pour la CARICOM

Depuis des décennies, la CARICOM défend l’idée d’une Caraïbe plus unie. Mais pour beaucoup d’habitants, cette ambition reste souvent associée aux sommets, aux déclarations officielles et aux textes institutionnels. Ici, l’intégration devient plus concrète. Elle se mesure à un document que l’on garde dans son portefeuille.

Avec cette décision, Barbade et Guyana montrent qu’une coopération régionale peut toucher directement les citoyens. Une famille pourra envisager un déplacement avec moins de contraintes. Un entrepreneur pourra organiser un voyage plus facilement. Un artiste, un étudiant ou un professionnel pourra se rendre dans l’autre pays sans passer par la procédure classique du passeport, si toutes les conditions prévues sont remplies.

La mesure peut aussi soutenir les échanges touristiques, culturels et économiques. La Barbade et le Guyana occupent deux places différentes, mais complémentaires, dans l’espace caribéen anglophone. L’une est une île fortement tournée vers les services, le tourisme et les échanges internationaux. L’autre est un territoire continental, en pleine transformation économique, avec une profondeur géographique et culturelle particulière. Leur rapprochement donne du relief à l’idée d’une Caraïbe moins fragmentée.

Barbade et Guyana
@Barbados Today

Des détails encore attendus

Il faudra toutefois suivre les prochaines précisions officielles. À ce stade, l’accord prévoit que les citoyens éligibles pourront voyager avec leur carte d’identité nationale. Les gouvernements devront encore clarifier les conditions exactes d’éligibilité, les procédures d’application, les règles pour les mineurs, la durée des séjours et les consignes qui seront appliquées par les compagnies aériennes.

Ces détails seront essentiels pour éviter les confusions au moment du départ. Une mesure de mobilité ne fonctionne vraiment que si les citoyens, les agents d’immigration et les transporteurs disposent des mêmes informations. C’est sur ce terrain pratique que l’accord sera jugé.

Une Caraïbe plus proche, pas seulement dans les discours

L’accord entre Barbade et Guyana rappelle qu’une région ne se construit pas seulement avec de grands principes. Elle se construit aussi avec des décisions simples, capables de modifier les habitudes. Voyager avec une carte d’identité nationale au lieu d’un passeport peut sembler technique. Pour les citoyens concernés, cela peut devenir un signe concret d’appartenance à un espace régional plus proche.

Reste maintenant à voir si cette mesure inspirera d’autres États de la CARICOM. Car derrière cet accord, une question plus large se pose : jusqu’où la Caraïbe est-elle prête à aller pour rendre la mobilité régionale plus simple pour ses propres citoyens ?

À partir du 1er juillet 2026, les citoyens éligibles de Barbade et Guyana pourront voyager entre les deux pays avec une carte d’identité nationale valide. Ils n’auront donc plus besoin de présenter un passeport pour ce trajet précis, selon le nouvel arrangement bilatéral annoncé par les deux gouvernements.

L’accord annoncé concerne d’abord le document nécessaire pour voyager. Il ne faut donc pas le confondre avec un droit automatique de résidence ou de travail. Les gouvernements devront encore préciser les conditions exactes d’éligibilité, les règles de séjour et les procédures applicables aux citoyens concernés.

Cette mesure donne une forme concrète à l’intégration régionale caribéenne. En facilitant les déplacements entre Barbade et Guyana, elle peut renforcer les liens familiaux, culturels, touristiques et économiques entre deux pays membres de la CARICOM, tout en ouvrant la voie à d’autres initiatives similaires dans la région.

Lors de l’édition 2026 du Bocas Lit Fest, dans l’Old Fire Station à Port of Spain, Trinité-et-Tobago, Margaret Busby, présidente du jury, prononce le nom de Tessa McWatt. La salle applaudit. Ce moment est historique : pour la première fois en seize années d’existence du Prix OCM Bocas pour la littérature caribéenne, une autrice née au Guyana remporte le grand prix.

Un livre primé au-delà de la récompense

Le livre primé est: “The Snag: A Mother, a Forest, and Wild Grief”. Un mémoire. Random House Canada et Scribe, au Royaume-Uni, le publient. Les juges l’ont décrit comme « un travail d’une rare brillance ». Le prix s’accompagne d’une dotation de 10 000 dollars américains, financée par One Caribbean Media Limited. Mais l’argent n’est pas l’essentiel. Ce qui compte, c’est ce que cette reconnaissance signifie pour le Guyana   un pays caribéen continental dont la littérature reste trop peu lue en dehors de ses frontières.

Tessa McWatt est née à Georgetown, au Guyana. Tessa McWatt a quitté le pays jeune pour le Canada, puis s’est établie au Royaume-Uni, où elle enseigne l’écriture créative à l’Université d’East Anglia. Tessa McWatt a publié onze livres : romans, textes pour la jeunesse, essais et ouvrages de non-fiction. Tessa McWatt est aussi librettiste, autrice de livrets d’opéra, et membre de la Royal Society of Literature.

Tessa McWatt
Tessa McWatt
Tessa McWatt

The Snag, un mémoire sur la perte, la forêt et le vivant

Le mémoire couronné par le Prix OCM Bocas n’est pas un livre facile à résumer. The Snag qu’on pourrait traduire par « l’accroc » ou « l’obstacle »  entrelace plusieurs fils. Le récit du moment où la mère de l’autrice, atteinte de démence, ne peut plus vivre seule et doit quitter son foyer. Une méditation sur la forêt et sur ce que les écosystèmes naturels nous apprennent de la perte, de l’attachement et du vivant. Et une réflexion sur la grande déstabilisation contemporaine : climat, perte de biodiversité, solitude, vieillissement, vies humaines parfois réduites à des statistiques.

Tessa McWatt
Tessa McWatt

Un prix caribéen en trois catégories

Le Prix OCM Bocas existe depuis 2011. Il est attribué chaque année à un livre publié l’année précédente par un auteur caribéen, citoyen ou né dans la Caraïbe. Le prix se décline en trois catégories : poésie, fiction et non-fiction littéraire. Chaque catégorie a son lauréat, qui reçoit 3 000 dollars américains. Puis un grand gagnant est désigné parmi les trois, avec une dotation de 10 000 dollars américains.

Pour l’édition 2026, les deux autres lauréats catégoriels étaient Justin Haynes, pour le roman Ibis, et Canisia Lubrin, pour The World After Rain: Anne’s Poem. Tessa McWatt a d’abord remporté la catégorie non-fiction avant d’être désignée lauréate générale. Ce parcours renforce l’importance de The Snag dans une sélection où la poésie, le roman et la non-fiction portaient chacun une voix forte de la Caraïbe contemporaine.

Tessa McWatt
Tessa McWatt

Le Guyana, territoire continental de la Caraïbe littéraire

Une singularité de la sélection 2026 mérite d’être nommée. Les trois lauréats catégoriels écrivent depuis la diaspora : McWatt depuis le Royaume-Uni, Haynes depuis les États-Unis, Lubrin depuis le Canada. Le Prix OCM Bocas rappelle ainsi que la littérature caribéenne ne s’arrête pas aux frontières physiques des territoires. Elle circule avec les familles, les langues, les blessures, les souvenirs et les livres.

Pour le Guyana, le moment est doublement historique. La même cérémonie a aussi récompensé un autre Guyanien-Canadien : Frank Birbalsingh, érudit et critique littéraire, lauréat du Prix Henry Swanzy 2026 pour son service distingué aux lettres caribéennes. Deux figures liées au Guyana primées dans le même cadre : pour un pays de moins d’un million d’habitants, c’est une affirmation publique forte.

Cette singularité Guyanienne mérite d’être précisée. Le Guyana anglophone, situé sur le continent sud-américain, frontalier du Venezuela, du Brésil et du Suriname, appartient géographiquement à l’Amérique du Sud mais culturellement à la Caraïbe anglophone. Cette double appartenance produit une littérature qui interroge constamment les catégories. Wilson Harris, David Dabydeen, Pauline Melville, Fred D’Aguiar, Oonya Kempadoo : la liste des grandes voix guyaniennes de la diaspora est dense, et la consécration de Tessa McWatt s’inscrit dans cette lignée.

Tessa McWatt
Tessa McWatt
Tessa McWatt
Tessa McWatt

Une consécration qui ouvre le récit

Le thème 2026 du Bocas Lit Fest était « All Together Now ». Dans ce contexte, la victoire de Tessa McWatt prend une résonance particulière. Elle rappelle que la Caraïbe littéraire se construit aussi par ses voix dispersées, ses trajectoires migrantes et ses mémoires familiales. Elle rappelle surtout que le Guyana, souvent placé à la marge des récits insulaires, écrit depuis longtemps une part essentielle de l’histoire caribéenne.

À lire The Snag, on retrouve une tension majeure de la littérature caribéenne : faire entrer le monde dans le récit intime, et faire entendre le récit caribéen dans le monde. Tessa McWatt y parvient sans transformer la douleur en slogan. Son livre part d’une situation familiale précise, une mère qui ne peut plus vivre seule, pour ouvrir une réflexion plus vaste sur la perte, la mémoire, la forêt et notre manière d’habiter un monde fragilisé. Sa victoire au Prix OCM Bocas ne ferme donc pas une histoire. Elle ouvre une question : combien d’autres voix Guyaniennes attendent encore d’être lues à la hauteur de leur puissance ?

Tessa McWatt est une autrice née à Georgetown, au Guyana, dont le parcours s’inscrit entre la Caraïbe, le Canada et le Royaume-Uni. Elle est connue pour une œuvre qui mêle mémoire familiale, identité, migrations et rapport au monde vivant. Sa victoire au Prix OCM Bocas 2026 renforce la place du Guyana dans la littérature caribéenne anglophone et met en lumière une voix importante de la diaspora Guyanienne.

La victoire de Tessa McWatt est historique parce qu’elle fait d’elle la première autrice née au Guyana à remporter le grand prix du Prix OCM Bocas pour la littérature caribéenne. Cette reconnaissance dépasse le simple palmarès littéraire : elle rappelle que le Guyana, bien que situé sur le continent sud-américain, occupe une place majeure dans l’espace culturel caribéen anglophone.

The Snag: A Mother, a Forest, and Wild Grief est un mémoire qui relie une expérience familiale intime à une réflexion plus large sur la nature, la forêt et les fragilités contemporaines. Tessa McWatt y évoque le moment où sa mère, atteinte de démence, ne peut plus vivre seule et doit quitter son foyer. Le livre raconte une situation de perte d’autonomie, de déplacement, d’attachement familial et de transformation intérieure, mise en relation avec les crises écologiques et humaines de notre époque.

Eric Walrond n’a pas laissé une œuvre abondante, mais son nom occupe une place singulière dans l’histoire littéraire du monde noir atlantique. Né à Georgetown, au Guyana, alors territoire sous domination britannique, il a grandi entre la Barbade, le Panama, New York et l’Angleterre. Cette trajectoire forme la matière même de son écriture. Chez lui, le Guyana n’est pas un point de départ effacé par la migration. Il reste une origine fondatrice, prolongée par les ports, les journaux et les langues qui circulent autour de l’Atlantique.

Georgetown, premier ancrage d’une vie déplacée

Eric Walrond naît le 18 décembre 1898 à Georgetown, au Guyana. Son père vient de ce territoire continental de la Caraïbe anglophone ; sa mère est originaire de la Barbade. Très tôt, son enfance se construit entre plusieurs lieux. Il quitte Georgetown, vit à la Barbade, puis à Colón, au Panama, une ville marquée par la construction du canal et par l’arrivée de travailleurs venus de la région.

Ce passage par le Panama est décisif. Il y observe une société où les hommes et les femmes originaires des territoires anglophones travaillent dans des conditions difficiles, souvent enfermés dans des hiérarchies raciales dures. Cette réalité nourrit son regard. Il ne racontera jamais les tropiques comme un décor paisible. Il les écrit comme des lieux de travail, de tensions, de peurs, de résistances et de survie.

Eric Walrond
Eric Walrond

Une voix de Guyana dans le New York noir

En 1918, Eric Walrond arrive à New York. Harlem devient alors l’un des centres majeurs de la pensée, de la presse et de la création noire. Mais son importance tient à ce qu’il n’y arrive pas comme un écrivain américain. Il y arrive avec une mémoire de Guyana, une expérience panaméenne et une connaissance directe des migrations issues de la Caraïbe anglophone.

Dans les années 1920, le New York noir rassemble des trajectoires venues des États-Unis, de Jamaïque, de Trinidad, de la Barbade, de Guyana et du Panama. Eric Walrond apporte une sensibilité particulière : celle d’un homme formé par les territoires britanniques de la région, par les ports et par la presse. Il collabore avec plusieurs publications et se rapproche des milieux intellectuels de la Harlem Renaissance.

Eric Walrond
Eric Walrond

Tropic Death, un livre qui refuse l’exotisme

En 1926, Eric Walrond publie Tropic Death, son ouvrage le plus important. Ce recueil de nouvelles ne cherche pas à flatter l’imaginaire touristique ou colonial. Il montre des existences fragiles, exposées à la pauvreté, aux accidents, aux croyances, aux violences sociales et à la mort. Les personnages ne sont pas des silhouettes décoratives. Ce sont des travailleurs, des femmes isolées, des enfants, des marins, des paysans, des habitants de villages ou de quartiers portuaires.

La force du livre tient aussi à sa langue. Il ne lisse pas les paroles pour les rendre plus confortables. Il laisse entendre les accents, les rythmes oraux, les expressions populaires et les traces de créole. Cette écriture donne une place littéraire à des voix que l’édition anglophone de son époque tenait à distance. Tropic Death devient ainsi un texte important pour comprendre comment un auteur né au Guyana a inscrit les réalités du monde tropical noir dans une littérature moderne.

Eric Walrond
Eric Walrond
Eric Walrond

La reconnaissance, puis l’effacement

Dans les années 1920, Eric Walrond est remarqué. Son talent circule dans les cercles de Harlem. Pourtant, après Tropic Death, sa trajectoire se fragilise. Il quitte les États-Unis, passe par l’Europe, séjourne à Paris, puis s’installe en Angleterre. Peu à peu, son nom s’éloigne des centres littéraires qui l’avaient d’abord reconnu.

Cet effacement ne peut pas être lu seulement comme une affaire personnelle. Eric Walrond occupe une place difficile à classer. Il n’entre pas proprement dans la littérature afro-américaine, car son imaginaire vient de Guyana, du Panama et des circulations coloniales britanniques. Il n’appartient pas non plus à une littérature nationale facile à ranger, car sa vie se construit dans le déplacement. Cette position instable explique l’oubli qui a longtemps entouré son œuvre.

Un auteur à replacer dans l’histoire

Relire Eric Walrond, c’est corriger un oubli. C’est reconnaître qu’un écrivain né au Guyana a participé à élargir la Harlem Renaissance au-delà du seul cadre américain. Son œuvre rappelle que l’histoire noire atlantique s’écrit aussi depuis Georgetown, Colón, Harlem, Paris et Londres. Elle passe par les ports, les journaux, les migrations, les langues mêlées et les mémoires laissées en marge.

Mort à Londres le 8 août 1966. Il revient aujourd’hui dans le regard des chercheurs, des lecteurs et des éditeurs. Son importance tient à une chose simple : il a refusé de transformer les tropiques en image facile. Il a écrit les vies du monde noir tropical avec dureté, précision et dignité. C’est pour cela que son nom mérite de retrouver une place nette dans l’histoire littéraire de Guyana.

Eric Walrond

Eric Walrond est un écrivain et journaliste né à Georgetown, au Guyana, en 1898. Son parcours l’a conduit vers la Barbade, le Panama, New York, Paris puis Londres. Il est surtout connu pour Tropic Death, publié en 1926, un recueil de nouvelles qui donne une place littéraire forte aux réalités du monde noir tropical. Son œuvre est souvent associée à la Harlem Renaissance, mais son regard reste profondément lié à Guyana, aux migrations caribéennes anglophones et aux circulations de l’Atlantique noir.

Eric Walrond est important parce qu’il a élargi la Harlem Renaissance au-delà du seul cadre afro-américain. Il a apporté une voix de Guyana, nourrie par l’expérience du Panama, des ports, des travailleurs migrants et des sociétés coloniales britanniques. À travers Tropic Death, il a montré des vies rarement représentées dans la littérature de son époque : travailleurs, femmes isolées, marins, paysans et habitants de territoires tropicaux confrontés à la pauvreté, aux tensions sociales et aux violences héritées du colonialisme.

Eric Walrond est né à Georgetown, au Guyana, un territoire continental rattaché historiquement et culturellement à la Caraïbe anglophone. Il ne faut pas confondre Guyana avec la Guyane française ni avec Guayana, qui renvoie à d’autres espaces géographiques et historiques. Son œuvre part de cette origine guyanaise, mais elle s’élargit ensuite vers la Barbade, le Panama, New York et Londres. C’est ce parcours qui fait de lui un auteur essentiel pour comprendre les migrations, les langues et les mémoires du monde noir atlantique.