À Santiago de los Caballeros, en République dominicaine , certaines maisons victoriennes portent encore leurs balcons ouvragés, leurs toits de zinc et leurs couleurs vives. Pourtant, derrière ces façades, le temps travaille. Abandon, dégradation et occupations irrégulières fragilisent une partie de ce patrimoine. Pour l’urbaniste Reynaldo Peguero, environ 400 édifices victoriens et républicains subsistent dans la ville. Chacun raconte davantage qu’une histoire d’architecture : un quartier, une famille, parfois un épisode national.
Cette réalité donne un visage concret au débat ouvert en République dominicaine. Le Sénat a approuvé en deuxième lecture, le 24 juillet 2026, un projet de loi sur la protection et l’acquisition du patrimoine culturel. Le texte doit encore être examiné par la Chambre des députés avant une éventuelle transmission au pouvoir exécutif. Il ne s’agit donc pas encore d’une loi promulguée. Derrière ce projet se révèle une difficulté concrète : restaurer un bâtiment ancien demande des moyens, alors que laisser agir le temps peut effacer sa valeur. La réponse ne peut donc reposer ni sur les propriétaires ni sur l’État seul.
République dominicaine: quand la propriété rencontre la mémoire
Le projet reconnaît comme patrimoine culturel des biens publics ou privés ayant une valeur historique, artistique, architecturale, archéologique, documentaire, scientifique ou ethnologique. Il concerne aussi le patrimoine immatériel, subaquatique et certaines collections. Le propriétaire conserverait son bien, mais devrait respecter des obligations particulières : l’entretenir, permettre des inspections et demander une autorisation avant certaines transformations.
La mesure la plus discutée est l’expropriation. Dans certaines circonstances, l’État pourrait acquérir un bien privé lorsque son manque d’entretien menace sa conservation, lorsque sa sauvegarde l’exige ou lorsqu’un intérêt public est établi. La procédure devrait respecter le cadre légal et prévoir une indemnisation.
La question dépasse donc un simple conflit entre administration et propriétaires. Lorsqu’une maison historique s’effondre, ce n’est pas seulement un bâtiment privé qui disparaît. Ce sont des techniques artisanales, des souvenirs familiaux et une façon d’habiter la ville qui deviennent illisibles. La propriété appartient à une personne. Mais la mémoire qu’elle contient peut concerner toute une communauté.
Un patrimoine vivant, pas un décor
En République dominicaine, Reynaldo Peguero appelle à mieux identifier les édifices vulnérables et à coordonner les acteurs publics et privés. Saúl Abreu, directeur exécutif de l’Association pour le développement de Santiago, estime également que l’État devrait envisager l’acquisition de propriétés possédant une forte valeur patrimoniale. L’objectif ne serait pas de figer ces maisons, mais de leur donner une nouvelle fonction : musée, espace culturel, centre de formation ou bâtiment institutionnel.
Cette approche rejoint une idée essentielle pour la République dominicaineRépublique dominicaine : protéger ne signifie pas seulement conserver une façade pour les visiteurs. Un patrimoine reste vivant lorsqu’il continue d’être fréquenté, raconté et transmis. Sans usage, une restauration peut devenir une coquille vide. Sans habitants, artisans, historiens et associations, la protection juridique ne suffit pas.
Le projet prévoit aussi un droit préférentiel d’acquisition pour l’État lorsqu’un propriétaire souhaite vendre un bien patrimonial. Il encadrerait les interventions sur les monuments nationaux, la sortie du territoire de certains objets et les fouilles archéologiques. Des sanctions allant de 10 à 50 salaires minimums du secteur public sont également envisagées.
Qui décidera de ce qui mérite d’être sauvé ?
Le texte ouvre cependant plusieurs questions. Comment déterminer qu’un propriétaire n’assume plus son devoir de conservation ? Quels soutiens lui seront proposés avant une expropriation ? Comment fixer une indemnisation juste ? Et surtout, l’État disposera-t-il ensuite des budgets, des spécialistes et du temps nécessaires pour restaurer les biens acquis ? Ces interrogations sont indispensables. Une loi de protection ne doit pas devenir un outil arbitraire. Elle doit s’appuyer sur des inventaires transparents, des expertises indépendantes, des recours accessibles et une stratégie de long terme. Elle doit aussi reconnaître que certains propriétaires veulent préserver leur bien, mais n’en ont simplement pas les moyens.
En République dominicaine, le débat ne se résume donc pas à choisir entre propriété privée et intervention publique. Il invite à construire une responsabilité partagée. L’État peut encadrer et financer. Les propriétaires peuvent entretenir et transmettre. Les collectivités peuvent documenter. Les citoyens peuvent redonner une place à ces lieux dans la vie quotidienne. Au fond, la question est simple : lorsqu’un bâtiment porte une part de l’histoire commune, peut-on attendre sa disparition pour décider qu’il comptait ?
Le projet vise à empêcher la disparition de bâtiments, objets ou collections ayant une valeur patrimoniale. Une expropriation encadrée pourrait être envisagée lorsque l’abandon ou le manque d’entretien menace leur conservation.
Non. Le texte a été approuvé en deuxième lecture par le Sénat dominicain, mais il doit encore poursuivre son parcours législatif avant une éventuelle promulgation.
La protection pourrait concerner des bâtiments historiques, des œuvres, des archives, des collections, des sites archéologiques et d’autres biens matériels ou immatériels reconnus pour leur valeur culturelle.