Le 9 août 2026, Bélya dévoilera officiellement Adoumanman, un album de dix titres pensé comme un équilibre entre héritage bèlè et création contemporaine. Le groupe martiniquais y met en musique migration, mémoire, transmission, violences, résistance et espoir, sans détourner les yeux du présent.
Bélya : l’héritage comme point de départ
Avec Adoumanman, Bélya poursuit une idée qui traverse sa démarche artistique : rester profondément ancré dans le bèlè tout en laissant cette matière respirer avec son époque. Le groupe parle de « Bèlè Fusion » et pratique le k’bel, ou kadans bèlè, nourri notamment des rythmes du bèlè samaritain et arlésien, mais aussi des expériences de ses musiciens dans le carnaval, le gospel, le zouk ou le jazz.
Pour ce nouvel album, l’intention tient en quelques mots : « Enracinement, et ouverture aux souffles du monde ». Adoumanman porte aussi la formule « Mi Plézi dann ». L’enjeu n’est donc pas de placer la tradition sous vitrine, mais de puiser dans une richesse rythmique et musicale transmise par les anciens pour l’inscrire dans une dynamique contemporaine.
Dix titres, dix façons de regarder le présent
Les dix morceaux donnent corps à cette ambition.
– Migran suit une mère et son fils Ibrahim qui fuient leur pays vers l’Europe, traversant le désert, la mer et les dangers du voyage.
– Chape aborde une relation où les coups ont remplacé les moments de « kolé lapo » et où les proches appellent à sortir de l’engrenage.
– Zayann conduit vers le « Zayonn », les « grands bois », source d’inspiration et d’énergie créatrice de Bélya. Kokoye relie le tambour autrefois joué au danmié, la danse du même nom, à une histoire d’amitié fissurée par la rancune et la vengeance, où tambours, chants et musique ramènent la paix.
– Avriyet revisite un granbèlè de l’héritage bèlè dans une nouvelle orchestration.
– Dekolonial traverse le choc des cultures, la domination, les affrontements, la destruction, mais aussi la résistance, la résilience et les utopies à refonder.
– Lyannaj Bele prend la forme d’un medley de chants bèlè porté par la rythmique de Bélya.
– Depi Ventan rend hommage aux parents et à l’éducation transmise à l’enfant, tandis que Limina honore Lumina Sophie, héroïne de l’insurrection du Sud de 1870, et « toutes les Lumina du Monde ».
Enfin, Ich Madinina affirme l’attachement au pays Martinique dans un hymne à l’espoir, à la tolérance et au respect.
Quand le bèlè devient une matière vivante
Cette façon de raconter passe autant par les textes que par le son. Les instruments « racines » occupent une place centrale : tanboubèlè, tanboupak, doumpak et bwapitak dialoguent avec batterie, piano, basse et guitare. Les voix d’Ivy Jalta et Stella Gonis portent plusieurs titres, tandis que Bèbène et Metjo prennent le lead sur Kokoye.
La formation repose sur un ensemble où Jimmy Thomasi tient la batterie, Elizé Domergue le piano, Hervé Martini la basse, tandis que Krys Dachir et Harry Brédas sont aux guitares. Justin Lesalles, Jocelyn Bernadine, Henri Altorn et Eric Bertrand participent au socle percussif.
Ce croisement n’efface pas le bèlè. Il en fait le point d’appui. Même la disposition scénique de Bélya en dit quelque chose : les musiciens forment un demi-cercle ouvert au public, qui vient fermer le Wondi. La musique ne se limite alors plus à ce qui est joué ; elle devient relation, circulation et transmission.
Adoumanman, un nouveau chapitre pour Bélya
Adoumanman prolonge un parcours déjà marqué par Fondok, Djenm en 2010 et le single Konngo en 2023. Bélya a également porté sa musique hors de la Martinique, notamment en Guadeloupe, à Trinidad, en France, au Japon et au Sénégal. Cette circulation donne tout son sens à l’idée d’ouverture revendiquée par le groupe. Les « souffles du monde » n’éloignent pas Bélya de son socle : ils deviennent une manière supplémentaire de le faire résonner.
Avec Adoumanman, la question n’est finalement pas de choisir entre héritage et création contemporaine. Les dix titres montrent plutôt comment l’un peut nourrir l’autre. À deux jours de sa sortie officielle, l’album pose ainsi une question : comment les nouvelles générations feront-elles vivre le bèlè à leur tour ?
L’album Adoumanman de Bélya sort officiellement le 9 août 2026. Il réunit dix titres construits autour de l’héritage bèlè et de thématiques contemporaines.
Adoumanman comprend 10 titres : Migran, Chape, Zayann, Kokoye, Avriyet, Dekolonial, Lyannaj Bele, Depi Ventan, Limina et Ich Madinina.
Le bèlè constitue le socle musical de Bélya. Le groupe développe une approche contemporaine, appelée notamment « Bèlè Fusion » et k’bel ou kadans bèlè, où les rythmes et instruments bèlè rencontrent d’autres expériences musicales.